Début et fin

Par Dédé

 

— Mon radar anti-mensonges ne l'avait pas vue venir celle-là.

— Je suis désolée, Adrien... Vraiment... J'aurais dû te dire la vérité plus tôt, je le sais. Mais je n'ai pas pu... J'avais peur que tu prennes la fuite.

— Mmmh...

— Je t'ai laissé plusieurs jours de réflexion. Vas-tu réussir à me pardonner ou bien notre relation est-elle terminée ?

— C'est un vrai dilemme...

— Pardon, Adrien. Pardon de te mettre dans une telle situation... Je sais combien tu détestes les dilemmes.

— Ce sont plutôt les dilemmes qui me détestent.

— Je suis tellement désolée...

— Cependant, je voudrais bien que l'on revienne un peu sur tes révélations. Pour voir si j'ai bien tout assimilé comme il faut...

— Bien sûr, tout ce que tu voudras.

— Tu n'es donc pas amnésique, c'est bien ça ?

— Non, je ne le suis pas. J'ai simulé depuis le début... Je m'appelle bien Andréa. Mais as-tu compris comment j'en suis arrivée là, Adrien ?

— Tu ne supportais plus ton mari. Il était si fou amoureux de toi que tu le rendais hypermnésique et tu n'en pouvais plus. C'est bien ça ?

— Oui, c'est en partie ce qui m'a poussée à agir de la sorte. Je m'ennuyais dans mon propre couple. Et j'ai entendu tellement de sales histoires sur les séparations que j'ai pris peur. Je me sentais prise au piège...

— Mais ce que tu as fait... ce que tu as fait... c'est... ça dépasse l'entendement...

— Je sais...

— Depuis le début, je prends ton mari pour un fou. Alors que son seul défaut, c'est de t'avoir aimée au point de voir ses capacités mnésiques décuplées...

— Te rappelles-tu de ce qui m'a vraiment poussée à simuler mon amnésie ?

— C'est justement la partie que j'ai le plus de mal à comprendre... Tu envisageais de prendre la fuite, un peu comme le mari de notre psy mais sans les chèvres birmanes.

— C'est vrai... Sauf que quelque chose m'en a empêché.

— Tu as perdu ta carte d'identité et tu ne pouvais plus partir à l'étranger.

— Oui...

— Mais comment as-tu eu l'idée de simuler une amnésie ? C'est ça que je ne comprends pas...

— Quand tu es prisonnière de ta propre vie, les idées les plus folles te viennent à l'esprit.

— Je veux bien le croire.

— J'aurais très bien pu faire refaire ma carte d'identité mais la mairie est en guerre avec les gens étourdis comme moi. J'aurais dû payer une grosse amende... Tout ça pour avoir une carte d'identité plus laide que la précédente puisqu'à cause des nombreux abus, la mairie ne peut se permettre de refaire les cartes d'identité comme avant. Et je ne voulais pas de ça, Adrien... Je ne voulais pas...

— Mmmh...

— Et le changement de carte d'identité, cela aurait pris trop de temps. Honnêtement, j'ignore si j'aurais pu survivre sept minutes de plus en jouant les femmes au foyer parfaites...

— Je vois...

— Est-ce que tout est clair cette fois-ci ?

— Un peu plus clair que tes premières explications, oui.

— Tant mieux !

— Mais dis-moi... Qui es-tu vraiment ? Jane ou Andréa ? J'ai l'impression de ne plus te connaître. Je ne sais plus qui j'ai en face de moi...

— Je suis Jane. Je suis Jane, j'ai choisi de l'être tout comme j'ai choisi d'être avec toi.

— Justement, Jane... N'avais-tu pas choisi d'être avec ton prétendu mari qui n'est plus prétendu ?

— Oui...

— Donc qui me dit que tu ne rejoueras pas la carte de l'amnésie avec moi dès que tu te lasseras de notre vie à deux ?

— Je te le promets sur la tête de ma carte d'identité mais je comprends que tu aies des doutes...

— C'est que ça fait beaucoup à encaisser et mon radar ne m'avait pas prévenu que tu me mentais depuis le début. J'en suis encore choqué, d'ailleurs.

— Je comprends...

— J'ai vraiment envie de te faire confiance à nouveau, Jane. Déjà parce que rien ne t'obligeait à me dire la vérité. Pourtant, tu m'as tout raconté. Tu as pris le risque de me perdre pour de bon. Peu de personnes sont capables de ça...

— C'est vrai...

— Toutefois, j'ai peur que tu fasses la même chose avec moi. Que tu simules l'amnésie quitte à me faire passer pour un fou.

— Je ne ferai jamais une telle chose. Je t'aime trop pour ça.

— N'était-ce pas le cas avec ton ex-mari ?

— Je ne l'aimais pas autant... Puis, je sens que je peux parler avec toi, comme on parle en ce moment. Albert, il était tellement dans sa bulle de bonheur que tout dialogue était presque impossible.

— Je vois...

— Au plus profond de moi, je sens que les choses vont être différentes avec toi. Vraiment ! Je sais qu'après ce que je viens de te dire, ça peut être difficile à croire mais c'est la vérité...

— Aussi incroyable que ça puisse paraître, je te crois, Jane. Je te crois...

— Es-tu prêt à me donner une seconde chance ?

— J'hésite encore un peu...

— Je suis tellement désolée de te mettre face à un tel dilemme...

— Tu vois, c'est paradoxal mais... C'est là le plus grand dilemme auquel j'ai dû faire face jusque là et pourtant, je ne me suis jamais senti aussi serein.

— Ah ?

— Oui... Je crois que tu me guéris de ma dilemmite. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi mais je le sens.

— J'ai rendu Albert hypermnésique et toi, je te guéris de la dilemmite. Étrangement, il y a une logique derrière tout ça.

— Ah oui ?

— L'amour transforme les gens, Adrien. Du moins, c'est ce que je viens à penser... Regarde, moi par exemple, Albert m'a donné envie de mentir alors qu'avec toi, j'ai envie de me limiter à la vérité.

— Vu comme ça, c'est vrai.

— Et j'ai entendu dire qu'Albert et la psy étaient ensemble. J'ai revu la psy avant-hier par hasard et elle était beaucoup plus aimable avec moi. Quant à Albert, il a l'air heureux à présent. L'amour transforme les gens, je disais...

— Je crois que j'ai résolu mon dilemme.

— Vraiment ?

— Pour une fois dans ma vie, j'en ai résolu un comme tout individu normalement constitué.

— Et alors ? Verdict ?

— J'avais le choix entre vivre une vie sans risques et sans toi... Ou... écouter mon cœur, te pardonner et reprendre notre relation là où on en était.

— Quelle option as-tu choisie ?

— J'ai décidé d'écouter mon cœur, Jane. Je veux vivre avec toi et continuer à te transformer pour le meilleur comme tu le fais si bien avec moi. Tout simplement parce que je t'aime et qu'il n'y a que ça qui compte.

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