DATA : La fin

Tac ! Tac ! Tac !

 

Le bruit de la canne d'un vieil homme contre le sol résonne dans le vide. Là où il est, il n’y a rien, sinon un long couloir de béton nu, sinon la solitude, sinon la tranquillité, sinon la paix. 

 

Il s’arrête devant une plaque de métal qui de toute façon lui barre la route. Ses épaules s’affaissent, doucement. Elles cèdent enfin, après avoir pendant d’interminables années, porté le poids d’un monde.

 

Ses mains ridées caressent le cercle de peinture rouge et les chiffres gravés dans le fer. Il garde le silence. Il se sait observé. La machine voit tout, la machine sait tout.

 

La machine.

 

L’œuvre de sa vie. Non, de leurs vies… ils étaient trois. Des trois, il ne restait plus que lui. Soraya avait été la première à partir, puis Morty. Une injustice. La pire. Elle le faisait encore crier de douleur et de frustration. Lui n’avait que quelques désirs : la liberté, l’amour et l’amitié. Deux lui avaient échappé et l’autre… L’autre était plus compliqué à quantifier. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il se sentait trop souvent enchaîné sur terre, alors que son seul souhait était de rejoindre l’éden où ses compagnons l’attendaient depuis trop longtemps. 

 

Un paradis… on devrait tous en avoir un…

 

 

– Dis-moi, toi qui sais tout, c’est quoi le sens à tout ce bordel ? 

 

– Qua… commence une voix masculine, nasillarde, presque comique venant du système le plus élaboré au monde.

 

L’homme agacé, donne un coup de canne sur la plaque de métal. 

 

– Je démarre l’analyse. Réponds un timbre plus neutre.

 

L’homme soupire :

 

– Inutile chérie, je connais la réponse : aucun.

 

– As-tu une autre question Cam ? Demande une dernière voix, féminine et autoritaire.

 

Que va-t-il se passer maintenant ? À cette question également, il connait la réponse : il vient à peine de quitter ses fonctions et déjà ses successeurs s’éloignent, inconsciemment, de son l’idéal. Il s’amuse presque à les regarder tomber dans des pièges aussi vieux que la société elle-même… parfois, il songe à les mettre en garde...

 

Ce n’est plus mon problème, pense-t-il, j’ai assez donné.

 

Et de toute façon, il connaît la nature humaine. Il sait. Ses doigts jouent avec une pièce de monnaie, son porte-bonheur, frappé de deux côtés face. Oui, il sait. L’Homme n’est que pur chaos. On ne contrôle pas une tempête. Et donc un jour quelqu’un, quelque part...

 

– Non chérie. Je venais juste te dire qu’il était temps pour moi...

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Edouard PArle
Posté le 06/11/2022
Coucou !
Une prologue très mystérieux auquel on ne comprend pas grand chose si ce n'est que cette histoire s'annonce d'une grande richesse. Le ton axé sur le regret est très intéressant, on a envie de savoir ce qui a pu arriver avant cette fin...
"Un paradis… on devrait tous en avoir un…" j'ai trouvé cette phrase très touchante ! la ponctuation apporte vraiment un truc en plus.
Je poursuis ma lecture !
Pandasama
Posté le 08/11/2022
Salut,

Déjà, merci de ta lecture et surtout merci pour tes compliments qui me font extrêmement plaisir !
Aramis
Posté le 05/09/2022
Coucou Panda ! Enfin je me penche sur ton récit qui est dans ma PAL depuis longtemps ! Je n'ai pas grand chose à dire en terme d'amélioration, je trouve que ça fonctionne bien, j'aime beaucoup le passage avec les voix multiples et le fait qu'on ne sache pas exactement lesquelles des trois notions le vieil homme a loupé. C'est intriguant et très fluide, et je vais lire la suite de ce pas !
Pandasama
Posté le 06/09/2022
Salut !

Déjà, merci pour ta lecture ! Je suis ravie de voir que ce chapitre t’a plu et j’espère que tu aimeras aussi les suivants.

Bonne lecture !
Taranee
Posté le 03/09/2022
Salut !
On dirait que ce vieil homme a des regrets...
Quant à sa machine, est-ce qu'elle imite les voix des compagnons du vieil homme ? Ceux qui sont partis...
J'aime bien le ton solennel apporté à ce prologue...
Je me demande ce qu'est cette machine exactement... Quelle est son utilité...

En tout cas, ça donne envie de lire la suite...
Pandasama
Posté le 03/09/2022
Salut !
Déjà, merci pour ta lecture ! Ravie de voir que mon prologue t’a plu ! Quant aux questions que tu te poses, elles auront des réponses au fil de l’histoire !

Bonne lecture !
Altaïr
Posté le 21/08/2022
Coucou Panda !

je trouve ce premier chapitre/prologue très bien construit, il est bien écrit et l’intrigue est habilement amenée. Il m’a donné envie de passer au chapitre suivant.

Quelques remarques :
* une minuscule coquillette s’est glissée dans l’incipit : « Reynia vit à Port Orange ou (où). »
* ton récit est au présent, j’aurais donc gardé ce temps pour les deux passages suivants : « L’œuvre de sa vie [...] depuis trop longtemps » et « Que va-t-il se passer [...] les mettre en garde ».
* le vieil homme appelle la machine « chérie », je me suis donc dit que les voix étaient celles des co-créateurs, dont sa bien-aimée. Seulement ce n’est pas à la voix féminine qu’il répond « inutile chérie » mais à la voix neutre ... et seulement ensuite la voix féminine lui répond. Je me suis un peu perdue à ce moment-là ... mais cela n’empêche pas du tout la compréhension globale et ne bloque pas la lecture.
Pandasama
Posté le 22/08/2022
Bonjour !

Déjà, je te remercie pour ta lecture ! Effectivement, les passages que tu me signales seraient bien mieux au présent.

Quant à la voix neutre, il y a une explication, qui sera bien sûr fournie, mais un peu plus tard.

Merci !
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