Crash and Trash

Notes de l’auteur : Bonne lecture !

Le cookie ne resta pas vide longtemps. L’adresse de la page sur laquelle se trouvait Eloann clignotait de temps à autre. Le lien était protégé par les défenses anti-intrusion mais à mesure que l’anti-virus la détruisait, elle laissait échapper de plus en plus de données. Ce n’était pas suffisant pour qu’Albane ait le temps de copier le lien mais cette subtile vision leur redonnait l’espoir et le courage dont ils avaient besoin. La bande l’avait consulté au moment de la destruction de la page où se trouvait Eloann. Puis, après plusieurs minutes, l’adresse clignotante avait fait une dernière brève apparition fugace avant d’être remplacée par le lien d’arrivée du jeune homme.

Ils eurent tous un moment d’incrédulité face à cet ligne de code qui venait d’apparaître après leur avoir fait une telle frayeur. Les cris de joie repartirent de plus belle. Albane, grand sourire aux lèvres, remonta ses lunettes sur son nez et entra le lien dans son navigateur. Ils attendirent que la page daigne se charger mais après quelques dizaines de seconde et plusieurs rafraîchissements, la sentence tomba :

« C’est encore une page vide. »

Albane regarda le code source. Elle voyait bien les données qui correspondaient à Eloann mais rien d’autre n'apparaissait, du moins pour le moment. 

« Tu en es sûre ? Pourquoi s’est-il retrouvé là-bas ?

— Aucune idée, mais il va bien falloir aller le chercher. Ce type de page est impossible à modifier. Il n’y a aucun contenu avec lequel interagir.

— Putain de merde », résuma Robin avant de ranger sa tête entre ses bras.

Lina ne prit même pas la peine de rabrouer son jumeau pour son langage peu châtier. Elle secouait plutôt la tête, sa lourde chevelure bruissant comme s’il y avait du vent. Aller le chercher ? Personne n’avait de meilleure idée. Eloann ne pouvait pas rester seul sur sa page blanche. Bientôt, son code source s’altérerait et il ne pourrait plus être téléchargé. L’Université avait été limpide à propos du jeu : les équipes n’iraient plus chercher d’élèves. Ils allaient devoir se débrouiller seuls. Après tout, ils étaient adultes.

« Personne parmi nous n’a les compétences ni les contacts pour obtenir un vaisseau, fit remarquer Gaylor. Avec Lina, on peut les piloter. On pourra même se relayer. Par contre, nos profs de vol n’accepteront jamais de nous en prêter un appareil, même si nous prétextons que c’est pour nous entraîner dans le cadre des cours.

— Peu importe, nous trouverons un autre moyen. Il ne nous faut pas un vaisseau classique de toute façon. La page où Eloann se trouve est bien trop éloignée de l’Université, ajouta Albane. Nous mettrions des années à y parvenir et il serait déjà trop tard. Il nous faut quelque chose d’hybride.

— Alors, il faut aller voir les ingés », répondit Ludivine en attrapant son sac.

Elle en avait marre d’attendre sans rien faire. Mise à part Albane, ils n’avaient fait qu’attendre impuissants. Toute la bande se leva comme un seul homme pour suivre la jeune femme brune mais Gaylor et Lina, après quelques secondes, réalisèrent ce qu’elle venait de dire et protestèrent. Les pilotes et les ingénieurs ne s’entendaient pas toujours très bien. Les premiers cherchaient la sécurité, la facilité de pilotage et l’efficacité tandis que certains ingénieurs les considéraient un peu comme leurs cobayes et leur faisaient essayer de nouveaux systèmes sans savoir s’ils fonctionneraient. Dans l’espace, les incidents techniques étaient souvent fatals. 

Lina avait échappé de justesse à l’explosion d’un de ces engins de la mort. L’ingénieur qui l’avait conçu avait tenté de réaliser une forme inédite. Si elle était inédite, c’était qu’il y avait une bonne raison : elle n’était pas compatible avec la possibilité de manœuvrer le vaisseau. Sa sortie dans l’atmosphère s’était bien passée car il s’agissait juste de propulser la machine en ligne droite en dehors du champ d’attraction de la terre. Lorsque Lina avait commencé à prendre les commandes, l’appareil était rapidement devenu incontrôlable et avait flotté un long moment dans l’espace avant de se retrouver dans la zone d’attraction lunaire. La jeune femme s’était longtemps démenée pour retourner près de la terre mais rien n’y avait fait et quelques heures plus tard, elle était sur le point de s’écraser sur la Lune. Si l’apesanteur lui permettait de tomber moins violemment que sur Terre, la chute aurait tout de même été fatale. Lina avait donc actionné le Wifi de secours, une immense antenne s’était déployée derrière le vaisseau, cherchant du réseau et un point de téléchargement à des kilomètres autour d’elle. Sans attendre d’établir une bonne connexion ou d’avoir l’accord des autorités, la jeune femme avait écrasé le bouton de téléchargement pour établir un transfert physique direct à l’Université via le réseau, échappant de peu à l’alunissage le plus violent que l’astre ait jamais connu. Après cet épisode, ses parents avaient voulu la retirer de sa filière et elle avait échappé aux poursuites judiciaires pour avoir utilisé illégalement un point de téléchargement seulement parce qu’il s’agissait d’une situation d’extrême urgence. Lina n’avait jamais retrouvé l’abruti qui avait conçu le vaisseau mais elle s’était promis de lui mettre une raclée si elle le croisait dans un des couloirs de l’Université. Robin, qui avait cru perdre sa sœur ce jour-là ne lui réservait pas un meilleur sort.

Gaylor n’avait pas une meilleure expérience : il était sorti pendant quelques temps avec une ingénieure qui s’était révélée être une véritable harpie. S’ils avaient en commun d’aimer les vaisseaux spatiales, cette fille adorait les voir s’écraser. Plus une explosion faisait de dégâts, de fumée et de bruit et plus elle était heureuse. Quand elle avait commencé à lui demander de piloter ses engins, il avait compris qu’il fallait fuir.

Raphaël, qui n’avait encore rien dit, prit la parole pour faire cesser les protestations de ses camarades :

« On ne va pas aller n’importe quel ingénieur. On va aller voir Aby. »

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