Corto 1 : la chasse

Par ric

L’œil collé à la lunette, Il fait pivoter le fusil une dernière fois avant que la lumière n’arrive. Il n’a pas aperçu les yeux jaunes de sa proie, pas cette nuit. Cette bête est plus rusée que lui, il sait qu’elle se trouve là, quelque part, mais elle aussi sait qu’il la traque.
Corto, le corps encore engourdi par cette nuit de veille sort de son duvet crasseux et enfile une veste mille fois rapiécée. La brise glacée de l’aube le saisit lorsqu’il sort de la douce chaleur de son cocon. Ses chaussures aussi sont élimées, mais ce sont les seules qu’il possède. L’atmosphère est limpide, d’une pureté qu’on ne trouve qu’en montagne, donnant l’impression d’une proximité avec tous les sommets visibles, même les plus lointains. Le ciel débute alors son grand spectacle matinal. Le bleu marine commence à céder la place à quelques filets rougeâtres dessinant des arabesques sur les nuages, comme un peintre élaborant une esquisse avant de se décider à vraiment tremper son pinceau dans la couleur. Un point orange lumineux apparait d’abord sur le ventre rebondi d’un petit nuage, là bas au dessus du Mont Thabor, puis colore petit à petit l’ensemble de l’horizon par petites touches délicates, pour en arriver à l’embrasement final. Puis, à l’est, au dessus de l’Italie, le soleil fait son apparition au dessus de l’horizon progressant à une vitesse surprenante. Enfin, les sommets sont illuminés à leur tour de cette couleur de plus en plus vive, accentuant le relief et les formes des rochers et des falaises.
 La chasse au loup est finie pour aujourd’hui. De jour, il n’a aucune chance de le surprendre. Libéré de la tension de la traque, Corto est envahi par un bien être mille fois ressenti à l’aube en d’autres lieux et sur d’autres sommets. Mais cette délicieuse émotion ne dure pas, Il a entendu un léger bruit au dessous du col, côté ouest. Il se lève doucement, contourne le rocher pour redescendre en contrebas du col. Il marche lentement, sans faire de bruit, à l’affut d’un mouvement. Soudain il aperçoit quelque chose sur sa gauche, rapide, furtif. Il s’arrête, son fusil épaulé, prêt à tirer, retenant au mieux sa respiration. De nouveau un bruit, derrière lui cette fois. Il se retourne rapidement et tire sur cette forme en mouvement entre les rochers. Son sang se glace en entendant le cri poussé par sa victime, un cri humain.

***

Il n’a pas bougé de sa cache de toute la nuit. Il sait que Corto possède une lunette de vision nocturne pour chasser. Depuis le lever du jour, il ne peut plus se faire repérer à moins de le faire exprès. Sa tenue de camouflage lui permet de rester invisible tant qu’il ne bouge pas. Il a l’habitude d’attendre, il a passé des jours entiers immobile dans les déserts du Proche Orient du Maghreb et dans bien d’autres pays. Il est celui qu’on appelle dans son petit monde  « le scorpion ». Il aime ces moments d’attente, d’observation, où il faut se faire aussi discret qu’une pierre, où il faut survivre seul en milieu hostile, attendre encore pour jaillir au bon moment, soit pour capturer, soit pour tuer. C’est cette tension qui le fait vivre. Il surveille Corto dans la lunette de son fusil. Il le voit bouger discrètement. Cet homme- là sait se déplacer, c’est un vrai chasseur, pas pour le même gibier que lui, mais il apprécie sa technique. Au moment où il l’entend tirer, il se dit que les plans vont certainement être modifiés.
                                                 ***
Corto se couche au sol, dans l’attente de ce qui va se passer, son cœur battant la chamade. Qui cela peut-il bien être ? Personne n’est censé se trouver là, sur son secteur. Combien sont-ils ? Que cherchent-ils ? Il reste là, immobile, un long moment, à l’affut du moindre bruit, son fusil prêt à tirer de nouveau. Ses mains tremblent un peu, la tension, la peur aussi. Il n’a rien d’un guerrier, il n’aime même pas la chasse. Il ne sait que faire, comment sortir de cette situation. Tout est devenu silencieux, comme si toute la vie présente en ces lieux retenait son souffle, observant avec inquiétude le drame  en train de se jouer. Dans ce silence, il croit percevoir un gémissement dans la direction où il a tiré. Sa victime doit être blessée. Il sait qu’en se dirigeant vers la gauche, il peut contourner un gros rocher et  monter par derrière pour avoir une vue du haut sur la zone sans s’exposer. Doucement, en faisant le moins de bruit possible, il remonte et se penche. Au dessous de lui, derrière un bloc, se tient une forme humaine, recroquevillée sur le sol, les mains sur la jambe. Il fait rapidement le point sur les alentours pour vérifier que sa victime est bien seule, puis il l’appelle d’une voix qu’il voudrait plus ferme:
-   je te tiens en joue, au moindre mouvement brusque tu es mort. Tu vas jeter ton sac loin de toi et te mettre à genoux mains sur la tête.
  Sa victime s’exécute péniblement et il descend la rejoindre. Sa surprise est grande en arrivant auprès d’elle ; c’est une femme, une migrante certainement, et son visage lui est douloureusement familier. Il la tient toujours en joue prêt à tirer en cas de danger. Elle relève la tête, doucement, et plante son regard dans le sien. Et face à cette apparition sortie tout droit de sa mémoire, ses mains se mettent à trembler et il baisse son fusil. Ils restent un long moment face à face, sans bouger, elle toujours à genoux, à ses pieds, et lui debout, immobile, l’esprit ailleurs, parti dans ces souvenirs qu’il a enfouis depuis si longtemps. C’est elle qui rompt le silence.
  - Et maintenant, on fait quoi ? Tu vas te décider à me tuer ou on passe la nuit ici ? 
Corto a un sursaut au son de cette voix qui n’est pas celle qu’il s’attendait à entendre. Il est incapable de lui répondre, sidéré par cette situation. Il va s’assoir à l’écart, pour reprendre ses esprits, gardant un œil sur elle. Elle s’est assise, a remonté son pantalon déchiré pour voir sa blessure. Du sang s’écoule de son mollet, la balle destinée au loup a certainement traversé les chairs, elle ne pourra pas marcher. Il est tenté de fuir, de la laisser se débrouiller toute seule. Cette idée lui semble soudain la seule possible, il se lève, va chercher son sac et commence à descendre. Il s’aperçoit alors qu’il a oublié son fusil auprès d’elle et fait demi-tour. Elle le regarde faire, elle n’a pas bougé. Elle a plaqué ses mains sur sa blessure pour tenter d’en arrêter le sang. Elle doit souffrir terriblement mais n’exprime rien. Il la regarde alors avec à la fois curiosité et admiration ; où peut-elle puiser une telle force ? Quelles épreuves a-t-elle traversé pour arriver là en pleine montagne dans un pays hostile, seule? Il sort alors une gourde de son sac et la lui tend. Elle en boit  son contenu d’une traite, de l’eau coule sur ses joues et forme des trainées sombres sur le col d’une veste trop grande pour elle. Il note ses chaussures de cuir plus adaptées à la marche en ville qu’à la montagne, un pantalon taché et troué, et un bonnet à pompon jaune et vert totalement incongru. Un vol de choucas passe au dessus d’eux en direction de la vallée en poussant des cris stridents. Ces oiseaux sont ses compagnons de tous les jours, ils l’accompagnent dans ses journées de solitude en montagne. Cette femme ne peut pas savoir, elle est vraiment seule dans ce milieu sauvage. Les choucas l’ont aidé à prendre une décision, ils lui ont montré le chemin. Il va la redescendre jusqu’à son chalet, aux Drayères. Après, il ne sait pas, mais il n’est certain que d’une chose : il ne peut pas la laisser là.

Il s’assied un moment en face d’elle, la fatigue de sa nuit de veille et la tension l’ont épuisé. Il la regarde à la dérobée pris d’un léger vertige face à ce visage à la fois familier et inconnu. Sa ressemblance avec Pénélope le trouble énormément. C’est une femme entre trente et quarante ans probablement, de type méditerranéen, les cheveux noirs et courts, des lèvres charnues qui lui font une bouche très sensuelle, un nez busqué, un beau visage ovale, de grands yeux noirs, une très belle femme. Elle lui a parlé avec un accent qu’il n’a pas pu définir exactement. Elle est d’une taille moyenne, très mince, des muscles bien dessinés. Elle fait comme s’il n’était pas là, ne cherche pas à lui parler, elle attend avec dignité. Enfin il s’aperçoit de la pâleur de son visage et voit la flaque de sang au sol. Il prend son sac et l’ouvre.
- Laisse ce sac, il est à moi ! lui dit-elle.
Sans répondre, il le fouille et en sort  une de ces bandes de tissu qui font maintenant office de soutien gorge. Il s’agenouille devant elle, soulève délicatement la jambe du pantalon déchirée, verse de l’eau sur la plaie. Elle sursaute à ce contact mais ne dit rien, elle le laisse faire en le fixant. La plaie nettoyée sommairement, il enroule la bande autour du mollet pour tenter d’interrompre le saignement. Le soleil a maintenant franchi la ligne de crête et forme de longues ombres autour d’eux. La femme se met à trembler, elle doit s’allonger au sol. Corto prépare un cacolet avec le morceau de corde qui reste toujours au fond de son sac. Il forme de longs anneaux, les arrête à l’aide un nœud, en fait un huit qu’il passe autour de ses épaules.
- Je vais te porter mais il faut que tu passes tes jambes dans les boucles de corde.
Elle s’exécute péniblement, et Corto se relève, la femme sur son dos.
- Tiens-toi à mes épaules, ça va secouer un peu.
Corto marche le plus délicatement possible sur ce terrain de montagne fait de pierres qui roulent sous le pied et de névés durcis, vestiges de l’hiver passé. Il tente de lui rendre cette épreuve la moins douloureuse possible mais il l’entend gémir à chaque secousse plus forte. Elle a passé ses mains autour de ses épaules et serre de toutes ses forces pour se maintenir. Par deux fois, il lui faut s’arrêter pour lui laisser reprendre des forces, il sait que si elle perd connaissance tout sera plus difficile. Une heure plus tard, ils arrivent sur le plat des Muandes, là où il a laissé sa mule la veille. Il dépose la femme au sol et part à la recherche de la bête. Il espère qu’elle n’est pas partie trop loin. Il la trouve près du lac dont les eaux sont encore à moitié prises par les glaces. Les blocs bleutés qui flottent à sa surface lui donnent un petit air de banquise. Sa mule vient le rejoindre dès qu’elle l’aperçoit, elle semble nerveuse. Corto lève la tête pour regarder autour de lui et il comprend ; une centaine de mètres au dessus, assis sur la crête, se détachant sur le bleu du ciel, le loup l’observe et semble s’amuser de cette situation. C’est une bête magnifique un des plus gros loups qu’il ait vu jusqu’à présent. Son poil gris clair est long et dense et forme comme une crinière autour de sa tête et de son poitrail. C’est un jeune loup en dispersion qui cherche un territoire. Ce sont les plus difficiles à piéger, ils sont imprévisibles. Corto admire ces bêtes sauvages mais il doit en éliminer de temps en temps quand ceux-ci deviennent une  menace trop importante pour les troupeaux, c’est sa fonction dans la communauté ainsi que la surveillance de la zone nord de la vallée. Corto adresse un signe de la main au loup pour lui montrer qu’il reconnait qu’il a gagné la partie, pour cette fois, un signe de respect. Il retourne avec sa mule auprès de la femme qui elle semble dormir, mais Corto se rend vite compte qu’elle a perdu connaissance. Il n’a d’autre choix que de la charger sur le dos de la mule et de la ramener en vallée rapidement. Un peu plus bas elle se réveille et gémit, ils doivent s’arrêter pour qu’elle reprenne ses esprits.
-Dans une demi-heure, on sera arrivés et tu pourras te reposer, lui dit-il.
Elle le regarde sans le voir, toute à sa douleur. Du sang s’écoule du pansement, il est impossible de l’arrêter dans ces circonstances. Corto espère que l’artère n’est pas touchée auquel cas il ne pourra rien faire. Son soulagement est grand quand ils arrivent enfin au chalet, où il vit depuis maintenant plus de quinze ans. Il est seul ici, tout au fond de la vallée de la Clarée entre les Hautes Alpes, l’Isère et l’Italie, à deux mille deux cent mètres d’altitude, et ça lui va très bien. Le chalet n’en est pas vraiment un. A l’origine une bâtisse de pierres, l’ancien refuge des Drayères date de l’époque où les hommes venaient en montagne pour leur plaisir, un monde révolu. Corto l’a habillé de bois de mélèze et de laine de mouton pour l’isoler quand il a aménagé ici, une maison bien trop grande pour lui seul avec ses deux ailes encadrant la partie centrale de deux niveaux. Il ouvre la porte pour pénétrer dans la piece principale qui est son lieu de vie, avec une  vue ouverte sur la vallée de la Clarée. La rivière du même nom se faufile entre les rochers en contrebas du chalet, et continue son chemin au milieu de la prairie. Elle rejoindra la Durance trente kilomètre plus bas, puis la Guisane à Briançon et elles uniront leurs forces pour se frayer un passage au milieu des montagnes jusqu’au lac de Serre-Ponçon. La fonte du printemps n’est pas terminée, et le grondement de la Clarée résonne à l’intérieur du chalet. Corto porte la femme jusqu’à une chambre de l’aile droite, un ancien dortoir. Il la dépose sur le lit et ressort de la maison pour débâter la mule qui se dirige aussitôt vers l’abreuvoir. Puis il fait chauffer de l’eau et cherche dans sa pharmacie, de quoi désinfecter la plaie. L’alcool qu’il possède est de la gnôle distillée au village ; il prend également des linges propres pour confectionner un pansement. Quand il retourne dans la chambre, la femme est à demi consciente, il lui touche le front qui est brûlant tout en s’efforçant de ne pas regarder son visage. La fièvre est en train de monter, il n’a rien à lui donner pour cela. Il coupe la jambe du pantalon au dessus du genou et nettoie la plaie au mieux puis la désinfecte. La balle a traversé le mollet et le saignement n’est pas assez important pour que l’artère soit touchée. Corto en est à la fois soulagé et inquiet. La responsabilité de la mort de cette femme, l’aurait affecté, mais la suite de cette histoire commence à l’inquiéter. Il confectionne un pansement  et retourne dans la cuisine pour préparer un repas. Il ne lui reste pas beaucoup de vivres, il doit aller se ravitailler à la coopérative du village demain. Il lui reste des œufs, de la poudre d’insectes, et de la viande de mouton séchée. Pas de légumes, la production des serres vient juste de repartir en ce début de printemps. Il faudrait qu’il aille pêcher la truite dans la journée. Il mange dans la cuisine puis retourne dans la chambre avec de l’eau pour la faire boire, mais elle semble dormir. Corto va s’assoir sur la terrasse devant le chalet pour enfin prendre le temps à réfléchir à cette situation. Elle pourra peut-être s’en sortir si l’infection ne gagne pas. Il va contacter la milice pour qu’ils s’en occupent, ce n’est pas son problème. Il l’a blessée, il l’a ramenée en vallée, maintenant son rôle est terminé. Demain, il préviendra ceux d’en bas pour qu’ils viennent la chercher et advienne que pourra…C’est ce qu’il doit faire… Même s’il n’a jamais été confronté à cette situation jusqu’à ce jour, il connait la procédure ; toute personne étrangère à la communauté et surprise dans ce secteur doit être capturée et remise à la milice ou bien abattue. Corto sait bien que les miliciens capturent rarement, ils préfèrent tuer.
  Corto prend sa canne à pêche et se dirige vers la rivière, il a envie de poisson frais pour ce soir, et la pêche est pour lui un moment de paix intérieure, les pieds dans l’eau, l’esprit uniquement occupé par l’attente d’une touche, c’est juste ce dont il a besoin.  La Clarée dans sa partie supérieure n’est pas assez large pour la pêche à la mouche, Corto s’est équipé pour pêcher au toc. Il enfile un ver sur l’hameçon et plonge sa ligne au pied d’un rocher là où les truites aiment à se cacher. Rien ne se passe et il remonte un peu plus haut pour tenter sa chance dans une petite vasque qu’il connait bien. Aussitôt sa ligne immergée, il sent une petite secousse dans sa canne. Il ferre et sent alors la tension imposée par la truite qui se débat. Il la laisse se fatiguer puis relève la canne pour la sortir. L’éclair brillant de ses écailles jaillit de l’eau et brille à la lumière du soleil. Il la dépose sur la berge et l’assomme contre un rocher.
Il continue la pêche pendant deux heures encore et rentre au chalet avec le repas du soir. Il pose les truites au bord de l’abreuvoir, il reviendra les vider plus tard. Il entre dans la chambre pour voir dans quel état se trouve la femme. Elle a les yeux ouverts mais semble très fiévreuse; elle divague sans qu’il comprenne se paroles. Il soulève la couverture pour faire baisser sa température et l’odeur lui agresse aussitôt les narines. Elle a certainement uriné pendant son sommeil et le lit est trempé. Il est tenté de la changer de lit et de la laisser comme cela. Il n’a pas envie de s’occuper d’elle, de créer le moindre lien quel qu’il soit avec elle. Et puis, le souvenir de moments où dans sa vie, il s’est retrouvé en position de dépendance lui revient et il se remémore à quel point il a été reconnaissant à ceux qui s’étaient occupés de lui dans ces moments là. Il va chercher une bassine d’eau chaude dans la cuisine, une serviette, du savon. Il  lui faut maintenant la déshabiller. C’est gênant, mais il n’a pas le choix. Il commence par lui enlever son tee-shirt. Il lui lave le visage, puis les bras pour finir par le torse. Il ne peut s’empêcher d’admirer ses seins ronds et pleins. Puis il la retourne, et ce qu’il voit alors le fait frémir ; son dos est entièrement lacéré de cicatrices. Elle a de toute évidence été fouettée et pas qu’une seule fois. Quelles épreuves a-t-elle traversé ? Qui lui a fait cela?  Il la lave avec précaution, comme si le contact avec le gant de toilette pouvait raviver ses douleurs. Il passe aux jambes en faisant attention de ne pas mouiller le pansement. Enfin il doit se résoudre à lui enlever sa culotte trempée d’urine. Il découvre ses fesses. Ses bourreaux ne se sont pas attaqués à cette partie de son corps, il peut s’imaginer pourquoi, ils ont certainement préféré en profiter d’une autre façon. Enfin il doit la remettre sur le dos pour finir sa toilette. Il s’en veut mais la vue de son sexe le perturbe. Il se force à penser à autre chose pour finir de la laver et de l’essuyer. C’est à ce moment qu’elle revient à elle et ouvre les yeux. Il voit alors de la haine dans son regard, il peut comprendre pourquoi.
Elle parvient à chuchoter :
- Tu t’éclates ? Tu vas pouvoir en profiter maintenant. Ne te gêne pas !  
Elle accompagne le geste à ses paroles en écartant les jambes pour découvrir son sexe.
- Tu sais, tu peux me faire ce que tu veux, mon corps ne m’appartient plus avec ce qu’il a subi. Mon esprit est intact, tu ne m’atteindras pas. Tu baiseras de la viande morte !
A ces mots, Corto se sent rougir comme un enfant pris en faute, puis la colère de se trouver dans cette situation le fait réagir.
- Ne dis pas n’importe quoi, je t’ai lavée parce qu’il fallait le faire, tu t’es pissé dessus si tu veux savoir ! Alors maintenant, débrouilles toi si tu veux!
Elle le regarde sans répondre puis resserre ses cuisses pour cacher son sexe.
- Alors aides moi à me rhabiller s’il te plait, et donne moi de l’eau, je meurs de soif.
Il fait ce qu’elle lui demande et sort de la chambre, soulagé de s’enfuir. Cette scène l’a troublé plus qu’il ne le pensait. Il se met à marcher sans but pour se calmer. Il est en proie à des sentiments contradictoires. Il a ressenti à la fois de la pitié, du désir, de la honte et de la culpabilité. Comme souvent dans sa vie, il est incapable d’avoir des sentiments ou des avis tranchés dans des situations où il est ébranlé affectivement. Elle l’a pris pour un sale type, mais en fait, pourquoi aurait-elle pu penser autre chose de lui ? Il l’a blessée, capturée, et elle ne connait pas ses intentions. Lui-même ne sait pas ce qu’il va faire d’elle, alors ? Est-il aussi vertueux que ce qu’il aime à croire ? Il n’a eu aucune intention de profiter d’elle mais il est furieux d’avoir été troublé par ce corps nu. Mais comment lutter contre les images de son passé  qu’il croyait enfouies au plus profond de sa mémoire ? Les souvenirs douloureux le submergent, le paniquent. Il ne se sent pas capable d’affronter ce visage familier plus longtemps.
  Il doit la dénoncer à la milice, mais il se doute de ce qu’ils vont faire d’elle. Sans savoir officiellement ce qui se passe en pareil cas, il sait qu’ils vont aimer ce cadeau. Sans aucun doute, une belle femme comme elle fera leur bonheur. Elle va certainement subir ce qu’elle a visiblement déjà connu, viols, coups, torture. Il se demande alors ce qu’a été sa vie jusqu’à ce jour, elle a visiblement déjà beaucoup souffert. Maintenant, il est face à un choix. La dénoncer revient à la condamner, ne pas le faire l’expose à de gros ennuis s’il est découvert. Pourquoi prendre ce risque? 

 

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