Chapitre Un / Partie 2

Notes de l’auteur : Et voilà la seconde partie de ce premier chapitre! Il est en retard, vu que je ne connais plus les jours de la semaine visiblement :') Mais pour me faire pardonner, il est un petit peu plus long que le précédent! J'espère que ça va vous plaire, à la semaine prochaine!

Lorsque je me réveille, la première chose qui me frappe, c’est la violence de la douleur que je ressens dans mon cou. J’ai l’impression d’avoir utiliser une énorme pierre très pointue comme oreiller, et ça fait un mal de chien. Il me faut un petit moment, mais je finis par me rappeler ce que je faisais ici. Visiblement, j’ai réussi à finir bourré avec quatre bières. Comment dire que… Je ne tiens pas du tout l’alcool. Loin de là.

 

Je cherche Ezra du regard, mais je ne trouve personne à mes côtés. Je me lève, les jambes flageolantes, et je remarque quelque chose au sol : une simple serviette, où il est marqué :

« Il est 19h à peu près, je suis parti me changer, je n’arrivais pas à te réveiller.

Rejoins moi dans la salle, je serai le gars tout seul dans son coin qui veut éviter tout le monde :’)  -Ezra »

 

Un rapide coup d’œil à ma montre m’apprend qu’il est 19h30, donc ça ne fait pas si longtemps que ça qu’Ezra est parti. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait un peu plaisir de savoir qu’il va tout de même m’attendre dans la salle, alors qu’il pourrait juste dire bonjour puis partir. Maintenant que j’y pense, je ne sais même pas pour qui il est venu : pour mon frère ou pour Denise ? Je ne me suis pas occupé de la liste des invités, ils tenaient à la faire eux mêmes, alors je ne sais absolument pas dire qui est Ezra. Il faudra que je le lui demande lorsque je le rejoindrai dans la salle. Mais avant ça, il faut absolument que je prenne une douche !

 

Je remonte rapidement à l’auberge, que j’ai louée pour toute la soirée. Comme la majorité des invités boivent et qu’ils n’habitent pas tout près, j’ai préféré éviter tout accident dramatique, et j’ai loué l’entièreté du bâtiment, qui est sur le même terrain que la salle de réception et la salle où on a « rejoué » la cérémonie de ce matin. Disons qu'en une soirée, on a fait explosé les bénéfices du propriétaire. C’est d’ailleurs pour ça qu’il me laisse utiliser son champ pour la surprise que j’ai prévue pour ce soir, sinon, j’aurais dû payer plusieurs centaines d’euros pour une heure seulement. Mais vu ce qu’on paie déjà pour cette soirée… Une petite ristourne ne me fait pas de mal !

 

En cinq minutes, donc, j’arrive à l’auberge. Le premier étage est réservé à la famille Barbier, la mienne donc, le second est pour la famille de Denise, les Ramirez, et le troisième est pour les amis. Charles et Denise, eux, passeront leur première nuit en tant que mari et femme dans un hôtel à proximité, pour plus d’intimité. Tout en montant au premier étage, je ne peux m’empêcher de me demander si la chambre d’Ezra est au second ou au dernier étage. Lorsque je suis dans ma chambre, je me débarrasse rapidement de mon costume, puis je rentre dans la douche ; en quelques minutes seulement, je ressors, et j’enfile une nouvelle chemise, violette cette fois, avec un nœud-papillon noir et un pantalon de la même couleur. Cette tenue reste malgré tout plus décontractée, plus « fun », que mon costume-cravate de ce matin et cette après-midi.

 

J’arrive dans la salle de réception peu après 20h30; en général, je mets énormément de temps à me préparer, surtout pour coiffer mes cheveux. Ici, je considère que je suis allé assez vite, surtout que j’ai passé plus de temps à essayer de faire mon nœud correctement qu’à m’apprêter réellement.

 

La salle est énorme, avec un plafond très haut. Les décorations que j’ai acheté, dans les tons de blanc, de rouge, et de rose pâle, donnent une nouvelle dimension à la pièce, qui était très terne lorsque je suis arrivé hier pour tout préparer. De base, les murs étaient beiges, mais ici ils sont couverts par des tentures, ainsi on ne voit plus cette affreuse couleur. Le brouhaha dans la pièce me prouve que tout se passe bien et, pendant que je me dirige vers le fond de la pièce, il me semble avoir entendu dire une ou deux fois que la décoration était « Magnifique ». Oui oui, je vous assure, mes chevilles vont très bien !

 

Plus j’avance vers le fond de la salle, plus la densité de personnes autour de moi augmente. Je ne me demande même pas pourquoi : c’est dans cette direction qu’il y a le bar, et la plus grande partie de la famille Barbier a un léger penchant pour l’alcool. C’est pour ça que je ne suis pas le moins du monde étonné lorsque je croise plusieurs de mes oncles, déjà complètement pleins. Pourtant, la salle n’a été ouverte il y a trois heures seulement, donc ils n’ont vraiment pas attendu longtemps pour commencer l’apéro. Je parle un peu avec certains d’entre eux, ceux que je ne vois pas souvent. Je prend de leur nouvelles, ils prennent des miennes, puis je continue mon chemin.

 

Je repère assez facilement Charlie et son 1m85 au travers de la foule, et je me dirige vers lui. Denise est à ses côtés, plus belle que jamais ; ce matin, dans sa robe de mariée, elle était magnifique. Maintenant, elle porte une robe blanche, lui arrivant un peu au dessus des genoux. Les chaussures qu’elle porte avec complètent parfaitement sa tenue. Si elle ne venait pas de se marier avec mon frère, j’aurais certainement tenté de lui piquer son numéro avec des phrases de dragues les plus nulles les unes que les autres.

 

Au moins, à elle, tu ne lui sortirais pas « Tout ce que tu veux, beau gosse »…

 

Cet épisode gênant avec Ezra me revient tout le temps à l’esprit. Je ne sais toujours pas ce qui m’a poussé à sortir ça, certainement l’alcool, mais ça a eut l’air de le faire rire, alors peut-être que tout n’est pas perdu. D’ailleurs, je ne l’ai toujours pas vu depuis que je suis arrivé ici. En même temps, il m’est un peu sorti de la tête.

 

-Alors Alex, t’étais où ? Je pensais te voir après la seconde cérémonie !, me demande Denise.

 

Je n’ai pas le temps de répondre que mon frère dit:

 

-D’ailleurs, merci infiniment. Jamais on aurait pu faire rentrer tout le monde dans la petite salle de la mairie, c’était une idée de génie de tout rejouer dans une salle plus grande juste après. Tu as ma reconnaissance éternelle pour tout ce que tu as fait pour nous…

 

Il finit sa phrase en me serrant dans ses bras. Il pue le bonheur, c’est dingue ! Je lui rend son étreinte, puis je me tourne vers ma nouvelle belle-sœur :

 

-En fait, je suis tombé sur un gars dans l’autre salle, on a tout rangé avec l’équipe, puis on a bu des bières. Comme un con, je me suis endormi après environ cinq bouteilles, et je me suis réveillé il y a presque deux heures. Je suis parti me changer, et je suis venu directement ici. Voilà voilà, maintenant vous pouvez vous moquer de moi, je vous en prie !

 

Les deux tourtereaux se regardent dans les yeux pendant un quart de seconde, comme pour se concerter, puis ils éclatent de rire. Je les laisse faire, après tout, moi aussi je me serrais moqué de Charlie s’il avait fini assez bourré pour s’endormir après « seulement » cinq petites bières. Après plusieurs minutes, ils sont toujours pliés en deux, entrain de se marrer ; c’est drôle, mais pas à ce point là, pas vrai ? Je croise mes bras, et je leur jette un regard noir, mais ça a juste l’air de les faire rire plus. Alors je les laisse seuls, et je me faufile jusqu’au bar, où je tente d’attirer l’attention du barman.

 

Je ne le vois que de dos, mais pour moi c’est suffisant ; il est musclé comme il faut, là où il faut. Ce n’est pas mon genre de mater comme un affamé, loin de là, mais des fois, surtout quand j’ai bu, je ne sais pas résister. Je vais me sentir mal après, je le sais, je déteste être comme ça. J’ai l’impression d’être un prédateur. Je fixe la nuque de l’homme pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’il se retourne finalement pour me servir. Et là, je suis à peu près sûr que ma mâchoire est tombée au sol…

 

C’est Ezra.

 

Ses yeux bruns me regardent avec étonnement pendant un court instant, puis un sourire narquois pris place sur ses lèvres. Il vient s’accouder sur la partie de bar juste en face de moi, ce qui fait que nos visages sont assez proches.

 

-Tiens, tiens… Ne serait-ce pas là ce cher petit Alexandre ? Alors t’as fini ta petite sieste ? Je n’arrivais vraiment pas à te réveiller, tu sais !

 

Ses yeux moqueurs restent fixés dans les miens. Il veut me perturber. Et il y arrive, ce con, mais je ne compte pas le laisser faire comme ça. Je me penche vers lui, dans une tentative de l’intimider moi aussi, et je lui susurre :

 

-Je vis dans un conte de fées, seul un baiser peut me réveiller.

 

Il ne s’attendait visiblement pas à ce que je lui réponde ça ; la stupeur a figé son visage dans une expression particulièrement drôle, à mon goût. On aurait dit qu’il avait été pétrifié sur place par ma réplique. Mais ça ne dure pas longtemps : après quelques secondes seulement, il éclate de rire, se foutant clairement de moi. Maintenant, c’est moi qui fait une tête bizarre. Il reprend sa respiration difficilement, puis, les yeux pétillants, il me dit :

 

-Je ne m’attendais tellement pas à ça ! Le regard que tu m’as lancé, je vais le revoir pendant longtemps ! Tu as refait ma vie, Alex, merci infiniment ! Sinon, tant que je suis ici derrière, tu veux que je te serve quelque chose ?

 

-Attends… T’es pas le barman ? Qu’est-ce que tu fais là alors ?

 

Il ne me répond pas directement, mais il s’empare d’un shaker derrière lui, et y met plusieurs liquides dedans, avant de remuer le tout.

 

-Nope, je ne suis pas barman. Mais j’en avais marre d’attendre que quelqu’un me serve à boire, alors je suis passé derrière le comptoir. Et puis, je m’ennuie carrément à cette soirée, alors ça m’occupe !

 

Sa dernière remarque, je ne peux m’empêcher de mal la prendre. C’est moi qui ai tout organisé, alors apprendre que quelqu’un s’ennuie… J’ai l’impression d’avoir foiré à un moment donné. Ezra pose un verre devant moi, qui contient certainement le mélange qu’il vient de finir. Au vu de l’aspect, je dirais que c’est un mojito. Mais lorsque je commence à le siroter, le goût n’est pas le même que ceux que j’ai pu boire par le passé. Le brun doit voir sur mon visage qu’il y a quelque chose qui ne va pas, puisqu’il me dit :

 

-C’est du sans alcool. Si tu t’es endormi après cinq pauvres bières, je ne tiens pas à ce que tu te retrouves à l’hôpital après avoir bu quelque chose d’un peu plus fort !

 

Encore ce sourire narquois et son regard moqueur. Il se paie de ma tête, encore une fois ; mais je ne vais rien faire. Si j’essaie de répondre quelque chose, il va juste rétorquer, se moquer un peu plus de moi, alors ça ne sert pas à grand-chose. Et puis, il n’a pas tort, je ne tiens pas du tout l’alcool. Peut-être que, pour ce soir, je vais m’en tenir à ce mojito sans alcool, du jus d’orange, et du soda. Comme si j’étais à la table des enfants, super !

 

Donc, je me contente d’ignorer Ezra, et de boire ma boisson, lorsqu’une main vient se poser sur mon épaule. Elle appartient à une jeune femme, certainement l’une des amies de Denise. D’une voix particulièrement aiguë, elle me demanda :

 

-Excusez-moi… On m’a dit que vous êtes l’homme qui a organisé toute cette soirée, est-ce vrai ?

 

-Hum… Oui, en effet, c’est bien moi. Pourquoi cette question ?

 

-Et bien, en fait, ma meilleure amie va fêter ses trente ans dans quelques mois, et j’aimerais bien organiser une super soirée pour elle. Et lorsque je vois tout ce qui a été fait ici, je me dis que vous êtes certainement l’un des meilleurs organisateurs que j’aurais pu trouver. Du coup, je me demandais, est-ce que vous auriez un numéro auquel je pourrais vous appeler pendant la semaine ?

 

Et bien, ça c’est nouveau. Jamais personne ne m’a contacté comme ça pour organiser quelque chose. Je trouve un papier, sur lequel je note rapidement le nom et le numéro de ma boîte, puis elle repart vers l’endroit dont elle venait, tandis que je me reconcentre sur ma boisson. Ça me fait plaisir de savoir que cette femme aime assez mon travail que pour vouloir que je travaille avec elle. Peut-être que, d’ici la semaine prochaine, j’aurai un nouveau contrat, de nouveaux clients, et tout ce qui va avec ! C’est la voix d’Ezra qui me sort de mes rêves de grandeurs :

 

-Tu sais quoi ? C’est un énorme travail que tu as fait ici. Je viens seulement de comprendre que c’est toi qui a fait tout ça, et c’est con mais… Je regrette d’avoir dit que je m’ennuyais tout à l’heure. C’est mal sorti, je le reconnais. Je voulais juste te dire que, sans toi, c’était chiant comme soirée. Alors, je suis désolé pour cette énorme gaffe,et pour ne pas avoir réalisé plus tôt que tout ça, c’était ton œuvre. Ah, et pour les mauvaises blagues aussi, je m’excuse. Et si jamais je foire encore ce soir, je m’excuse à l’avance. Voilà.

 

Pendant tout son discours, je l’ai fixé en continuant de boire mon verre. Ce qui est marrant, c’est que j’ai l’impression de l’avoir déstabilisé en faisant ça, alors que je trouve juste sa boisson excellente. J’ai l’impression de lui devoir des excuses, moi aussi, alors je lui souffle :

 

-J’accepte toutes tes excuses, mais à une condition : tu me pardonnes et tu oublies que je me suis endormi dans l’autre salle. Deal ?

 

Il sourit à pleines dents, avant de me tendre sa main et de me répondre sur le même ton :

 

-Deal. Enfin, je promets de ne plus faire allusion au fait que tu t’es endormi comme un bébé, mais il est hors de question que j’oublie ça. C’est beaucoup trop drôle, et je me réserve le droit de me marrer tout seul comme un con, dans mon appartement. Et c’est non négociable !

 

Au moins, il est honnête, c’est déjà ça. Je suppose que je n’ai pas vraiment le choix, alors je lui serre la main, avec un sourire aussi grand que le sien. Lorsque je veux recommencer à boire mon mojito, je me rend compte qu’il est entièrement vide, à ma grande déception. Sans que je ne dise quoi que ce soit, Ezra me reprend mon verre, et le remplit à nouveau de sa délicieuse boisson. En fait, ce n’est pas une mauvaise chose que ce soit sans alcool : je vais certainement boire ça pendant toute la soirée, mais je ne finirai pas à l’hôpital !

 

Le temps passe assez rapidement, pendant que je suis au bar. Ezra est resté là pendant tout ce temps, à me parler de choses et d’autres, de son roman, de sa famille. Alors qu’il me racontait la fois où il avait renversé du café sur son ordinateur, il s’interrompt soudain, avec un air effrayé. Il me murmure :

 

-Alex, ne pose pas de question. Viens te cacher derrière le bar. Maintenant !

 

Il a l’air d’avoir extrêmement peur, alors ça doit être assez grave. Sans prendre la peine de réfléchir plus que ça, et sans me retourner pour voir ce qui se passait derrière moi, je passe au dessus du bar et je m’accroupis derrière, où Ezra se cache déjà. Il se tourne vers moi, avec un doigt sur sa bouche, pour dire que je ne dois pas faire de bruit, puis il me chuchote :

 

-Ma mère est là. Je ne veux pas la voir. En fait, je ne peux pas. C’est à cause d’elle que je ne voulais pas venir ce soir.

 

Tiens, lui aussi il veut éviter sa mère ? Quelle coïncidence ! On devrait peut-être former un club, ça pourrait être marrant !

 

-Et donc, je suis derrière le bar avec toi parce que… ?, je lui chuchote.

 

-Ah. Parce que je t’aime bien, et j’avais pas envie de me retrouver coincé ici tout seul, sans toi…

 

Awww, il rougit, c’est adorable. Alors comme ça, il m’aime bien ? Un point en plus pour moi !

 

Evidemment, c’est à ce moment-ci que le barman que j’avais engagé pour toute la soirée se décide à revenir de sa pause, qui a duré bien plus longtemps que ce qui est généralement autorisé. Alors qu’il s’apprête à nous virer de notre cachette, je lui chuchote de façon assez forte :

 

-Tu ne dis rien du tout, tu fais comme si on n’était pas là, sinon je signale à ton agence que tu as laissé le bar sans surveillance pendant plus d’une heure et tu ne seras absolument pas payé !

 

Le barman me regarde comme si j’étais complètement dingue - c’est probablement le cas, certes, mais bon - puis il part prendre la commande de l’un des invités, qui est probablement un membre de ma famille ; mon oncle Robert, au son de la voix.

 

-Rassure-moi, Ezra…. On ne va pas passer le reste de la soirée ici, pas vrai ? J’ai un truc à faire avant minuit, et…

 

-Attends, tu vas me faire le coup de Cendrillon ? Tu vas partir avant minuit et je vais retourner le monde entier pour te retrouver ? Je me doutais que t’étais un romantique, Alex, mais à ce point là…

 

Il se moquait ouvertement de moi, mais de façon à ce que ça ne s’entende pas trop, pour ne pas attirer l’attention. Je croise les bras et fais la moue, comme si je boudais. Puis, avec le ton qui va avec mon attitude, je lui dis :

 

-Non, j’ai juste une surprise pour Charles et Denise, et je dois finir de la préparer, c’est tout. Arrête de te moquer, t’es méchant.

 

Bien sûr, je n’en pense pas un mot. Il n’y a absolument rien de méchant là-dedans, il a juste fait une blague (très) nulle, et il se fait rire tout seul. C’est bien, il vivra heureux, avec cet humour là ! Il n’a même pas besoin de trouver quelqu’un pour rire à ses blagues, il sera son propre public.

 

-Rooh, c’est bon, ça va, j’arrête, Princesse. Tu dois partir vers quelle heure ?

 

-Eh bien, mon cher Prince, vous apprendrez que je dois partir absolument avant 11h30. Sinon, rien ne sera prêt pour le point final de la soirée !

 

Ezra regarde sa montre, puis fait la moue.

 

-Il est déjà 22h45. Qu’est-ce qu’on peut faire, pendant quarante-cinq minutes ?

 

J’ai bien une idée ou deux, mais je ne sais pas si ça peut être faisable ou non. Je propose quand même mon idée la plus catholique :

 

-Tu sais quoi ? J’ai vraiment envie que tu me montres comment tu fais pour faire ce délicieux mojito sans alcool. Je ne vais boire que ça à partir de maintenant, rien d’autre, plus d’eau, rien. Ce mojito sera à présent ma vie. Je vais me marier avec, tu pourras être le témoin, et le parrain de nos bébés mojitos.

 

Il éclate à nouveau de rire, mais il est beaucoup moins discret, cette fois. En plus, il a du mal à se calmer. Le pire, c’est que je n’étais qu’à moitié sérieux : je pense que j’aime cette boisson plus que ce que je m’aime moi.

 

Une fois calmé, Ezra me montre sa « recette secrète ». Au total, il m’aura fallu trente minutes pour maîtriser la recette, parce que je me trompais toujours quelque part.

 

« Non Alex, tu dois mettre ça avant le reste. »

 

« Attend, tu vas trop vite, tu as oublié de mettre cet ingrédient là, ça change tout, tu verras. »

 

« Tu sais que t’es beau quand tu fais des cocktails ?»

Mettons les choses au clair, avant la dernière réplique, je m’en sortais parfaitement. C’est Ezra qui a décidé de me déconcentrer, du coup j’ai beaucoup trop mélanger, et mon mojito a perdu tout son « peps ». Du coup, j’ai dû le recommencer une ultime fois, sans que je n’écoute un seul mot du brun. Résultat, ma boisson était parfaitement parfaite, même mon cher professeur n’a rien eut à y redire.

 

Je sirote mon délicieux ami le mojito pendant encore une dizaine de minutes, parfaitement concentré sur les différents goûts que je parviens à déceler, et je me repasse la recette en boucle dans ma tête pour être certain de ne pas l’oublier. C’est, à nouveau, Ezra qui me sort de mes pensées :

 

-Dis Alex, je suis content de t’avoir appris à faire un mojito et tout, mais… Tu ne devais pas partir il y a cinq minutes déjà ? Il me semble que tu avais prévu quelque chose pour Denise et Charles, ou quelque chose du genre, non ?

 

Les couleurs quittent mon visage. Merde, j’avais complètement oublié ça ! Cette surprise est supposée être le clou ultime de la soirée, quelque chose que tout le monde verrait avant d’aller se coucher, qui égayerait les coeurs de tout un chacun. Mais moi, je suis resté caché sous un bar toute la soirée, avec un gars que je connais à peine, qui plus est. En un quart de seconde, je suis debout sur mes pieds et mon verre est placé sur le bar. Je souffle à Ezra :

 

-J’ai besoin que tu restes ici. J’ai un travail à faire, je dois le faire seul, mais crois moi, ça en vaudra la peine.

 

Il a l’air déçu, mais comprend qu’il ne doit pas me suivre. Je quitte la salle par la porte arrière, celle utilisée par le barman lorsqu’il a pris sa pause, et je tombe directement là où je dois être : dans un grand champ qui doit faire la taille d’un terrain de foot. En plein milieu de l’herbe grimpante, se trouve un tas de feux d’artifices cachés sous un drap. Tom les avait apporté ici avant de venir ranger la salle de cérémonie, et il avait aussi pensé à placer quelques lanternes tout autour pour qu’on puisse y voir quelque chose.

 

Je me mets rapidement au travail : je sors une feuille de ma poche, où le vendeur de feux d’artifices m’a noté toutes les instructions pour placer les feux et pour que tout soit sécurisé. Tout y est tellement bien expliqué qu’en à peine une quinzaine de minutes, tout est placé et re-caché sous les draps. Le plus gros du travail est fait, il ne me restera plus qu’à appuyer sur un bouton le moment venu pour que le ciel soit entièrement illuminé.

 

Je remonte rapidement à la salle, en rentrant par où j’étais sorti. Ezra n’est plus caché sous le bar, je suppose que soit sa mère l’a trouvé, soit il a pu partir sans danger. Peu importe la raison, je ressens quand même une petite pointe de douleur dans ma poitrine en voyant que mon compagnon de fortune n’est plus là pour me tenir compagnie. Je me reconcentre sur la tâche que je dois encore accomplir : faire en sorte que tous les invités sortent pour aller dans le champ.

 

Une partie des invités est déjà partie pour retourner à l’auberge : ceux avec des enfants en bas âge, principalement. En prévention, j’ai fait porter un petit message dans les chambres pour qu’ils sachent pour le feu d’artifice, afin qu’ils le regardent depuis leur chambre ou qu’ils viennent le voir en personne.

 

Ma meilleure option reste encore de faire une annonce au micro. Ainsi, je saurai que tout le monde m’aura attendu. Charles et Denise sauront que quelque chose se prépare, mais j’arriverai à les garder près de moi jusqu’à ce que tout le monde soit parti.

 

Je monte sur la petite scène où se trouve l’animateur de la soirée, et je prend le micro qu’il me tend en me voyant. Je me racle la gorge, puis je commence :

 

-Chers invités, minuit approche à grand pas ! Mais ce n’est pas la fin de la soirée, loin de là ! Je vous invite à vous rendre dans le champ à l’arrière de la salle, vous avez dû le voir en arrivant ce matin. Charlie, Denise, ça sera ma dernière surprise pour vous ce soir, j’espère que vous l’aimerez autant que moi. Allons-y !

 

J’ai droit à quelques applaudissements, et les invités se dirigent vers les grandes portes comme un troupeau. Ils vont utiliser le chemin le plus long, et ça m’arrange un peu : j’aurai le temps de marcher avec mon frère et ma nouvelle belle-sœur sans me presser. Je descend de la scène et rejoins les nouveaux mariés, qui ont des sourires jusqu’aux oreilles.


 

-Une surprise, hein ? Il me semblait que tu avais mis quelque chose sur la table des cadeaux, tout à l’heure, et tu nous offre quelque chose en plus ? T’es adorable !

 

Denise me sert dans ses bras, assez fort pour que j’aie mal aux côtes. Elle ne sait même pas ce qu’est la surprise et elle est déjà émue aux larmes, elle est adorable ! Mon frère me fait une tape sur l’épaule, et nous partons tous les trois par la porte que j’ai utilisé tout à l’heure, pour aller dans le champ.

 

La plus grande majorité des invités est déjà présente. En passant, j’entends plusieurs groupes se demandant ce qui pouvait être sous le drap, ce qui signifie que personne n’a regardé en dessous, ça me soulage un peu. Un rapide coup d’oeil à ma montre m’indique qu’il ne reste que deux minutes avant minuits, alors je me fraie un chemin parmi les invités jusqu’à ce que j’arrive près du drap.

 

Tout le monde me fixe, attendant que je m’explique. Alors d’une voix forte -je n’ai plus de micro, malheureusement- je dis :

 

-D’accord, merci de nous avoir rejoint ici, c’est très important pour moi. Sans plus vous faire attendre, voici mon ultime chef-d’oeuvre pour ce soir ! J’espère que ça va te plaire, frérot !

 

D’une main, j’attrape le drap qui se trouve derrière moi et je le tire d’un coup sec ; avec l’autre main, j’appuie sur l'interrupteur que j’ai attrapé avant de commencer à parler. Le tout sans jeter le moindre regard derrière moi.

 

Je rejoins mon frère et Denise, au milieu des invités. Je n’ai toujours pas revu Ezra depuis que je suis sorti du bar, mais même si une part de moi est inquiète, je me force à me concentrer sur le moment actuel, sur mon frère, et sur ce qui se passe dans le ciel. Mais au lieu de la joie, ce que je ressens, c’est de l’effarement

 

Peu à peu, seconde après seconde, un dessin commence à se dessiner parmi les étoiles. Jusque là, tout va bien. Ce qui ne va pas, c’est que le dessin qui apparaît n’est pas celui qui était prévu.

 

Au lieu d’un « Charles+Denise= <3 » tout mignon, tout ce qu’on voit, c’est….

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Eurys
Posté le 04/09/2020
NON MAIS .. NON MAIS ???ca ne va pas de couper la T_T !! Et wesh je dois me coucher en plus moi XD
Bon je ne sais pas si j'ai l'esprit mal placé mais j'ai deux options de ce qui pourrait être dessiné XD Soit un Alex + Ezra soit ... un certain organe génital masculin XD
Mais cette fin horrible que tu nous offres la !

Sinon, quand on dit mes chevilles vont bien c'est qu on est a l’étroit dans ses chaussures mon p'tit Alex XD
Et la table des enfants ... arf les souvenirs pas jojos XD

Bon je me demande si Ezra est pas le frère de Denise, et je suis certaine que cette blague de merdouille c'est a cause de lui !

Chapitre très sympa, et on sent que ca va bientôt casser entre notre mignon petit couple en formation !
Charlie L
Posté le 08/09/2020
MWAHAHAHAHAHAH
Figure toi que c'est l'une de mes fins de chapitre préférées, :eyes:
Saamodeus
Posté le 05/08/2020
Alors je sais que j'ai l'esprit très mal placé, mais je sens fort que le dessin risque d'avoir une forme phallique. J'espère que je me trompe j'ai pas envie que Alex se tape la honte devant tout le monde.
Sinon cette deuxième partie de chapitre est top, j'aimerais bien moi aussi avoir la recette du fameux mojito sans alcool. Je croise aussi les doigts pour que rien ne sois arriver à Ezra
Charlie L
Posté le 07/08/2020
C'est un mystère qui ne sera résolu que mardi :D (si j'oublie pas ENCORE de publier XDD)
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