Chapitre Six

Par Adamska
Notes de l’auteur : Une longue attente... est-ce que certains suivent encore ? Ahah.

Autant vous dire que le lendemain a été une journée sacrément bizarre. Déjà, j'ai eu un mal de chien à me concentrer sur le travail. Ensuite, j'ai longuement pesé le pour et le contre appeler mon oncle pour lui demander des renseignements au sujet de cette histoire - il ne m'en a jamais reparlé lorsque j'étais plus jeune, pour la simple et bonne raison que mes parents le lui avaient strictement interdit.

Je l'ai harcelé... je m'en rappelle, à présent. J'ai même dû aller consulter un psy - mais ça n'a rien donné. Pour lui, cette obsession venait du fait que je vivais mal mon passage à l'âge adulte, et toutes les conneries possibles et imaginables que les psys tentent de nous foutre dans la tronche. Par contre, le côté humain ne lui a pas effleuré l'esprit.

J'y suis allé quelques fois, et en parler m'a, malgré tout, soulagé. Mais je ne l'écoutais pas, autant que lui-même ne semblait pas avoir grand chose à foutre de ce que je racontais - bon, je répétais les mêmes choses. A ce souvenir, j'ai du mal à réprimer un sourire. Mais ça me faisait du bien, parce que lui, au moins, ne me disait pas d'aller consulter. Il ne s'inquiétait pas outre mesure. Il cherchait juste à avoir raison et à ce que j'accepte ses théories de merde.

Puis j'ai fini par enterrer ce regard, cette détresse, quelque part au fond de moi. J'en ai fait le deuil, en quelques sortes. Je pense que c'est la meilleure manière de décrire la chose. Mais je n'ai pas oublié.

Le soir, Kirsten est venue à la maison. Elle paraissait heureuse de savoir que j'avais retrouvé ce garçon qui m'avait tant bouleversé à l'époque. On a mangé tous les trois, avec Alex qui était ravie de revoir sa grande-sœur préférée. Julian en a profité pour passer une soirée avec son super-pote, comme il dit - de ce que m'a transmis Kir.

Mais je n'ai pas revu William. Je sais même pas s'il a prévu qu'on se revoit un jour, à vrai dire. Mais là, je pense que c'est à lui de faire le premier pas. Ou plutôt, le cinquième, peut-être même sixième, je sais pas. C'est à lui d'agir. De décider de ce qu'il veut.

J'en ai trop fait pour en rajouter une couche.

"Tu vas bien ?..."

C'est Alex. Elle vient s'asseoir à côté de moi, dans le canapé. Je suis affalé devant la télé, paumé dans mes réflexions.

Ca fait trois jours depuis que je me suis rendu à son travail pour l'attraper, et autant de jours que j'ai la sensation de n'être qu'une loque. Un événement de mon passé qui revient en surface, sous une forme nouvelle, ... c'est difficile à la digestion. Puis je me pose trop de questions.

"Ouais."

"C'est pas parce que je suis ta petite sœur que tu peux pas m'en parler. J'vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas."

J'ai un sourire.

"T'es mignonne, toi."

"Tu t'es disputé avec William ?"

"Perspicace."

"C'est pas un peu tôt pour une dispute ? C'est à quel sujet ?"

Voyez l'intéressée.

"Il veut me piquer Kirsten," je réponds, cherchant rapidement une excuse.

"Si tu ne veux pas en parler, tu peux me le dire hein. Il a dit qu'il était gay."

Zut.

"C'est rien. C'est juste un peu compliqué. T'as fait tes devoirs ?"

"Tu veux que je reste avec toi, ce week-end ?"

Bonjour le changement de sujet. Je souffle du nez, secouant négativement la tête.

"Laisse-moi vivre un peu."

"Il faut bien que je prenne soin de mon grand-frère," elle ironise, me tapotant grossièrement le sommet du crâne. J'ai une grimace, bien qu'amusé. Elle est capable d'être mignonne et attentive quand elle en a envie, elle. C'est réconfortant, en vrai. "Envoie lui un message à ton copain. Compliqué ou pas, c'est nul de rester sur une dispute."

"... qu'est-ce que je ferais sans toi ?" je rigole, la poussant gentiment.

"Tu mangerais des plats surgelés tous les jours."

"Mh, pas faux."

"Vraiment, envoie-lui un message. C'est nul la fierté mal placée."

... j'ai un semi-rire, si j'ose dire les choses ainsi. La fierté mal placée. Ma fierté, je l'ai réduite à néant pour le forcer à avoir une conversation avec moi. Je ne suis pas à ça près. Mais bon, je ne vais pas lui dire - parce que cette histoire ne la concerne pas.

"C'est à lui d'être prêt à me revoir, maintenant," je lui réponds. "Ca viendra..."

"Wow. C'était si violent ?"

J'esquisse une moue. Deuxième option : ne plus lui répondre.

Même si en vérité, je suis à deux doigts de craquer et de lui envoyer un message pour lui proposer qu'on se revoit dans les prochains jours. Tout simplement parce que j'ai peur qu'il s'imagine que je n'en ai plus envie.

Mais j'ai peur d'en avoir déjà trop fait, et de finir par l'insupporter - mon comportement pour pouvoir renouer contact avec lui, aujourd'hui, me fait clairement honte. D'ailleurs, dès que je le reverrai, je m'excuserai.

... au pire, qu'est-ce que je perds à essayer ? Qu'y-a-t-il de pire que de payer pour forcer quelqu'un à passer une heure avec soi ? Un message ne pourra pas être si dramatique.

Ouais.

Je sors mon téléphone, ignorant le "ben voilà" de ma sœur. J'écris quelque chose de court, concret, avant de l'envoyer avec une précipitation motivée par une certaine angoisse.

Puis on termine la soirée à deux, à mater des émissions débiles. Le téléphone posé à côté de moi est et restera silencieux.


 


 


 


 

"Ca vous dérange si je vous laisse nettoyer seuls, les garçons ? J'ai un travail à rendre pour demain, et il me reste vraiment pas grand chose-"

"Bah, vas-y. On devrait s'en sortir," rigole Eliott, alors qu'il remonte les chaises de la table qu'il vient de terminer.

"Je préfère laver la table que faire des devoirs," je la taquine. Elle me tire la langue, filant pour récupérer ses affaires qu'elle avait déposé derrière le comptoir.

"Merci. A demain !"

Elle nous fait un sourire, avant de s'échapper vers la porte. Les choses semblent s'être tassées en ce moment - il n'y a pas eu d'autres incidents depuis l'attroupement des bécasses dans le café, même si j'ai un peu peur que son comportement ne soit qu'une apparence. J'essaie de la raccompagner au campus le plus régulièrement possible, mais ce n'est pas toujours simple.

"Tu devrais faire attention avec Krista," il me dit soudainement.

"Quoi ?"

"Tu la surprotèges. Je comprends que tu l'apprécies, et que tu tiennes à elle, mais garde des distances. Ca serait stupide qu'elle s'attache de trop à toi."

Je fronce les sourcils.

"Qu'est-ce que tu racontes ? C'est de Krista dont on parle."

"D'une gamine qui se cherche et qui se fait pouponner par un mec sans aucune arrière pensée."

J'ai une grimace.

"Quoi, tu penses qu'elle pourrait tomber amoureuse de moi ?"

"Franchement, j'en sais rien. Mais ça serait con que ça arrive."

Je hausse les épaules. J'ai du mal à imaginer ma petite Krista avoir le bégun pour moi. On s'entend bien, mais à part m'emmerder, elle fait pas grand chose de son temps avec moi. Et n'allez pas me dire "oui mais qui aime bien, châtie bien", parce que c'est pas la seule que j'aime bien faire chier, et franchement, Dieu merci que j'ai pas envie de tous les pécho.

"Elle est certifiée que j'suis amoureux de Will, de toute manière," je tente de le rassurer.

"Quelle innocence tu as, Lukas..."

Je l'ignore, m'activant pour nettoyer les tables. On termine plutôt rapidement, et je m'esquive vite aux vestiaires pour pouvoir me changer. Eliott passe un rapide coup de balai, avant d'éteindre les lumières.

On sort dehors - ça y est, les journées commencent timidement à se rallonger, et la température est moins difficile à endurer. Il abaisse le volet roulant, avant de me saluer - et moi, je me dirige vers ma fidèle moto, enfilant ma veste coquée.

Mais je n'ai même pas le temps de mettre la deuxième manche, que je m'arrête net sous l'effet de la surprise.

Ou c'est mon cœur qui s'arrête, je ne sais pas. Assis au bord du trottoir, à deux mètres de mon véhicule, mon blondinet préféré. Il me fixe, hésitant.

"Will..."

J'aimerais sourire, mais je n'y arrive pas. J'ai tellement honte de mon comportement - j'ai vraiment agi comme un gamin incapable d'accepter que son ami l'ignore. Pire - je dirais même comme un pervers. Et le voir face à moi me renvoie à la tronche mon insistance, et j'en suis pas fier. Mais alors pas du tout.

"... j'aurais pas dû venir ?" il me demande, craintif. Je me mords la lèvre - non, c'est pas le but de lui faire ressentir ça. Au contraire, moi qui crevais d'envie de le revoir...

"Bien sûr que si," je lui dis, doucement. Il se relève pour me faire face, mais j'ai du mal à le regarder dans les yeux, cette fois-ci. "Euh... pardon pour... pour avoir été aussi... insistant," je dis - ah, j'veux mourir. J'assume pas. "Maintenant que-"

"Ca a un côté assez plaisant," il m'avoue, affichant un sourire taquin.

"... ah. Masochiste ?"

"... non. Mais- c'est à moi de m'excuser. J'aurais dû accepter d'en parler avec toi. Mais... j'aurais jamais pensé que tu irais aussi loin."

Moi non plus.

Je me sens rougir, mal à l'aise.

"Bah-..."

"Et- pour ce que je t'ai dit- que- que je t'aimais. Oublie, ok ? Je suis désolé, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise." Et pourtant. Ca a le mérite de me faire un petit pincement au cœur - je m'y attendais, de toute manière. "Même si je t'apprécie énormément," il rajoute, comme pour me rassurer. "Peut-être même un peu trop..."

"Je ferai avec," je l'embête, m'autorisant à me replonger dans son regard - je suis tellement soulagé de le ravoir en face de moi, de pouvoir lui parler, sans qu'il ne me fuit, sans... sans lui inspirer une certaine angoisse ? Sûrement. Même si ce n'est pas le Will d'il y a deux semaines que j'ai en face de moi, mais un mec un peu cabossé, troublé, avec la chair à vif, mais un cœur qui n'attend que d'être réconforté.

Mais qui m'autorise à rentrer dans sa bulle malgré tout. Et rien que ça... ça valait le coup de galérer, de dépenser du fric, et de descendre ma fierté au fond du puits et lui dire d'aller se faire foutre.

Même si je doute qu'il me laissera accès à davantage. Je brûle d'envie de savoir, mais de l'autre... j'ai un peu peur. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, au juste ? Non- je ne veux pas y penser maintenant.

"Tu veux passer la nuit à la maison ?" je lui demande, comme ça, sans que je n'ai envoyé la moindre autorisation à ma langue de bouger dans le but de prononcer ces paroles. Je sens la chaleur me monter aux joues, tentant de me justifier : "Enfin- il est tard, et- euh..."

"Oui."

Il a une expression - trop mignon.

"Euh, ben... j't'amène. J'ai un deuxième casque," je dis.

"Merci, Lukas..."

"... y'a pas de quoi."

Je lui fais signe de me suivre pour rejoindre ma bécane adorée. J'ai le cœur qui bat un peu trop fort, mais j'imagine qu'il va finir par se calmer, celui-là. Une fois installés, j'enclenche le moteur pour rejoindre la route.


 

 

La soirée... fût vraiment agréable. Dans le sens où j'ai eu la sensation que les choses étaient redevenues comme avant, ou qu'elles n'avaient simplement jamais changé. Je sais que ce n'est qu'en apparence, mais j'en ai profité. On a regardé un film, Alex nous tenant compagnie, rigolant avec William comme s'ils étaient déjà amis de longue date.

Ca a permis d'apaiser un peu les tensions, les inquiétudes, les angoisses - on a pas eu le temps de penser à nos tracas. Je lui ai refourgué une brosse à dents, un T-shirt qui lui ira sûrement trop grand et un caleçon propre - il est plus fin que moi, même si nos tailles correspondent à un ou deux centimètres près. Et pendant qu'il était dans la salle de bain, je me suis rendu compte d'une chose importante : je n'ai que mon lit, et celui d'Alex. Donc on va dormir dans le même lit. Ou alors y'a le canapé - mais... ouais.

D'un côté, j'ai peur qu'il se fasse des idées sur mes intentions. Reprenons la vieille expression de "coucher" qui signifie prendre place dans le lit pour dormir, et je peux être sûr de faire des cabrioles avec lui dans les secondes qui suivent sans en comprendre le pourquoi.

J'oserais même pas faire la blague. Il est gentil, mais à ce niveau là, il me fait quand même pas mal flipper. Est-ce une déformation... professionnelle ? Non, au départ, il pensait que j'étais intéressé - maintenant, il... il est censé savoir que je ne le suis pas.

Oui, mais avec le comportement que j'ai eu et cette invitation, je ne fais pas trop en sorte de m'épargner de tout soupçon. J'ai un soupir - il choisit ce moment pour revenir dans la chambre, ses affaires dans les bras.

"Pose les sur la chaise," je lui dis, et il s'exécute, avant de me rejoindre sur le lit. "Ca te dérange pas qu'on dorme ensemble ? Sinon, y'a le canapé."

"J'ai connu pire," il ironise - et j'ai une grimace. C'est vrai qu'il doit avoir l'habitude d'en voir passer, des types dans son lit. Quoi que, il ne dort quand même pas avec ses clients ? "J'veux dire- ça me ferait plaisir de dormir à tes côtés, Lukas."

Et le sourire hyper craquant qui va avec. Est-ce qu'il se rend compte de son charme naturel, ou ce n'est que moi qui suis fasciné par ce mec ?

Je me perds à le regarder.

Je meurs d'envie d'en savoir plus. C'est atroce. Mais une autre partie de moi refuse tout simplement de risquer de blesser un peu plus ce cœur déjà bien malmené. Est-ce qu'il m'en parlera un jour de lui-même, je n'en sais rien.

Mais je n'ai plus envie de voir cette froideur, cette angoisse...

J'allume la lampe de chevet, pour aller éteindre la lumière.

Pourquoi je lui ai proposé de dormir à la maison, déjà ? Aucune raison. Ou peut-être quelque chose de plus égoïste que je n'assume pas vraiment.

Il se glisse sous la couette, me regardant avec un petit sourire.

"J'ai pas l'habitude de me coucher aussi tôt," il rigole. "Tu vas devoir me chanter une berceuse."

"C'est pas toi, le chanteur ?" je le taquine, passant de l'autre côté pour m'installer à mon tour. Oh bordel, quelle inspiration soudaine j'ai pu avoir ? J'ai le cœur qui bat à cent mille.

"T'imagines si je m'endormais moi-même en chantant ? Ca ferait une triste carrière..."

"Tu me feras écouter, un jour ?"

"... va savoir." Énigmatique. "Je suis tellement heureux de t'avoir retrouvé," il m'avoue, se tournant sur le côté. "A chaque fois que tu essayais de venir me voir, de m'appeler, je t'assure que j'avais envie de te répondre, mais j'avais tellement peur de... enfin... merci. Merci, Lukas."

"T'as pas à me remercier," je maugrée, mal à l'aise. "J'me suis bêtement attaché à toi, c'est tout," je rétorque, m'allongeant sur le dos. Pas de réponse, autre que sa respiration régulière. Tant mieux, parce que je n'ai pas envie de continuer cette conversation - je vais finir par trop en dire. Bordel. J'assume pas. "... bonne nuit."

Je me redresse pour pouvoir éteindre la lumière.

"Hé, boude pas," il se moque. "Lukas..."

"... dis-moi, tu es vraiment heureux ?"

Je me retourne vers lui - et dans le noir, je suis presque soulagé de ne pas pouvoir voir son regard. Il semble avoir un instant de réflexion. Je suppose.

"... à l'instant même, je suis heureux." Je lui souris. A quel point peut-il être optimiste ? "Et toi ?"

"... moi ?"

"Bah, oui. Moi aussi, j'ai le droit de te poser des questions."

... idiot.

"Moi aussi. Mais ça devient vraiment niais, là."

"Qui nous l'interdit ?"

"Le bon sens."

"J'le connais pas, mais ça doit être un idiot."

J'ai un rire.

"C'est toi, l'idiot." Je le sens bouger dans le lit, et j'ai un mauvais pressentiment en sentant ses doigts venir se glisser distraitement sur mon ventre. Un peu comme une interrogation silencieuse. Je pourrais écrire un roman sur les débauches d'un prostitué avec un pauvre mec qui n'a rien demandé, avec comme protagoniste le beau William. "Hé," je l'avertis.

"T'es vraiment bizarre, comme gars." Ah bah, voilà donc autre chose. "Qu'est-ce qui te plaît à ce point, chez moi ?"

"Quoi ?"

"On appartient pas vraiment au même monde."

Il ne me fait pas confiance. C'est normal, après tout - on se connaît depuis peu, et je suis quand même allé assez loin pour l'empêcher de me filer entre les doigts. Et son passé - ainsi que son présent - sont loin de le mettre en valeur. Et pourtant, je reste bêtement accroché à lui.

"Je te l'ai déjà dit la dernière fois," je lui réponds.

"Ah bon ?" Il semble vraiment surpris. Bon, en même temps, je ne me rappelle plus moi-même ce que j'ai pu lui dire... les souvenirs sont plutôt troubles. L'adrénaline, tout ça. Je suppose. "C'était ce baiser charnel ?"

... l'enfoiré. Je me sens rougir horriblement - ok, normalement, il ne me voit pas. Alors autant répondre quelque chose mine de rien, non ? ... ouais, non, j'y arrive même pas. Je me sens tellement gêné que j'ai envie de m'enfoncer dans le matelas, passer à travers, et qu'il se referme sur moi. Si seulement.

Autant, j'ai oublié ce que j'ai dit, mais ce baiser est bien ancré dans ma mémoire.

"Y'avait rien de charnel," je grogne, vexé. "Je- je me suis un peu laissé emporter."

"Je sais. Je te taquine, Lukas."

"..."

Si je pouvais l'assassiner du regard. Moi qui essayais de mettre ça de côté, en plus, le voilà qu'il me renvoie ce souvenir à la tronche. En vérité, je n'ai pas vraiment compris ce qu'il s'est passé, à ce moment-là. Excepté que je n'ai pas pu faire autrement. Comme si mon corps était dirigé par ses propres désirs ou je ne sais quoi.

Non. De toute manière, je me suis tellement acharné à tout faire pour le recontacter que j'ai juste un peu vrillé. Voilà tout.

Tu parles. J'arrive même pas à me convaincre moi-même.

"Tu t'es endormi ?"

"Pas aussi vite. Mais c'est pas une mauvaise idée. J'te rappelle qu'on se lève tôt, demain."

"C'est vrai. Tu veux un bisou de bonne nuit ?"

Le pire, c'est que je serais tenté d'accepter. Ah putain, j'ai les hormones qui me travaillent ou quoi ?!

Le problème, c'est que je ne sais pas ce qu'il pense réellement. Pourquoi il agit ainsi. Est-ce par ennui ? Pour m'embêter ? Ou parce qu'il a compris que mes sentiments pour lui sont à un autre niveau que la simple amitié ?

Dans le dernier cas, ça serait plutôt vache de sa part.

"Non. Bonne nuit, Will."

"Pfff. Bonne nuit."

... "pfff" ? Il boude ? Ah, je laisse tomber. D'un côté, c'est pas plus mal : au moins, il me foutra la paix.

Enfin, faudrait-il encore que j'arrive à m'endormir. Avec sa présence à mes côtés, mon esprit est loin d'être serein.


 


 


 


 

Je dors debout.

Cet enfoiré s'est endormi bien avant moi. Et je n'ai pas l'habitude de dormir avec quelqu'un : ça m'a réveillé à plusieurs reprises, ça m'a gonflé, et j'ai fini par finir ma nuit dans le canapé. Au moins, j'étais tranquille, mais y'avait un certain manque de place, j'ai envie de dire. Du coup, j'ai comaté devant la télé - j'ai fini par m'endormir, mais le réveil m'a paru sonner beaucoup trop tôt.

J'suis allé dans la salle de bain, constatant ma tronche de fatiguée - je marque vite. J'ai pris une douche chaude pour me réveiller, grognant d'avoir oublié mes fringues. Accrochant une serviette autour de ma taille, je retourne à la chambre, où Will dort paisiblement - c'est probablement le seul moment de la journée où il n'est pas effrayant.

"Hé, Willy."

"Mmh."

Il a du mal à émerger. J'ouvre mon placard pour prendre de quoi m'habiller.

"T'étais où... ?" il marmonne, se redressant mollement.

"Je suis parti dormir dans le salon."

"... je t'ai gêné ?"

"Non. J'te laisse la douche. Tu veux un thé, un café, un chocolat ?"

"T'es en serviette."

... j'ai une grimace. Il me cherche de bon matin, lui ?

"Je pourrai me changer quand tu te décideras à bouger ton cul."

"Mh. J'veux bien un chocolat chaud," il minaude, sortant du lit. Avec ses cheveux décoiffés, et sa tête de pas réveillée, il est absolument adorable. "Ah, il est tôt..."

Il ramasse les affaires qu'il a déposé sur mon siège la veille, traînant des pieds jusqu'à la sortie. Un vrai gamin. J'attends qu'il ferme la porte pour pouvoir enfiler des vêtements - un peu de pudeur, voyons.

Une fois chose faite, c'est au tour de la cuisine d'être investie. Ca ne me surprend pas qu'il aime les chocolats chauds - entre ça, le sirop à la menthe... on dirait un vrai gosse.

J'ai le temps de tout préparer - en vérité, j'ai mis le réveil un peu plus tôt pour ne pas avoir à le presser. La journée va être longue - à cette pensée, j'ai un bâillement de l'enfer. Fait chier. Faut assumer, maintenant.

Il ne tarde pas à revenir, habillé, coiffé... et un petit sourire aux lèvres. Au moins, la douche a eu le mérite de le réveiller.

"Je suis chouchouté," il me fait remarquer. Ah... comment se sentir fatigué face à une telle bouille ? J'ai un sourire - bordel, c'est encore pire qu'avant. Je deviens gaga de ce type. Encore plus depuis que je me suis rappelé de notre fameuse première rencontre.

En vrai, je fais mon possible pour omettre l'idée qu'il ait pu... faire du mal à quelqu'un. Je sais que ce n'est pas bien, mais je ne parviens pas à faire autrement. Je ne vois pas en lui l'image d'un criminel. Je n'y arrive pas. C'est impensable.

Il reste qu'il a été relâché, donc présumé innocent, je suppose. Ce qui signifie qu'il n'en est pas un, mais... il se le reproche peut-être ? C'est compliqué, sans pouvoir l'interroger directement.

Qu'importe. L'important, c'est qu'il soit là. Et même si j'ai passé une mauvaise nuit, ça me prouve juste que je ne rêve pas. Qu'il n'ignorera pas mes appels de nouveau.

"T'as l'air préoccupé," il me fait remarquer, me tendant une biscotte beurrée par ses soins. "J'ai fait quelque chose qui ne fallait pas ?"

"Merci."

Bien sûr que non, il n'a rien fait. Et son téléphone se met à sonner - ça m'arrange, parce que ça me permet d'ignorer ses interrogations. Par contre, vu la tête qu'il tire, c'est pas réciproque. Il essuie ses mains sur sa serviette, avant de décrocher.

"Je sais ce que tu vas me dire- ... oui, je suis désolé. ... chez Lukas. Je serai là pour midi. ..." Il a un petit rire. "Super. A tout à l'heure." Il me fait une grimace. "J'avais oublié de prévenir Dave que je rentrais pas, hier. Il était pas content."

"Ca a pas eu l'air de l'inquiéter plus que ça, s'il t'appelle que maintenant," je dis, un peu blasé. Quoi que- "Il est au courant de ton travail ?" Il a une moue, comme si je venais de lui poser la question la plus idiote du monde. "Ah- excuse-moi-"

"Non, je comprends. C'est plutôt mignon."

"... te moque pas de moi," je grogne, un peu vexé. Gêné. En même temps, c'est pas un boulot habituel. En tout cas, pas un métier qui rend dans la catégorie du "normal", ou tout simplement de l'éthique.

"Oui il est au courant. C'est d'ailleurs lui qui m'a débloqué à ce niveau-là, parce qu'au départ, c'était pas facile..." Il fronce légèrement les sourcils. "Il est vraiment cool."

Je hoche la tête, ne sachant pas trop quoi répondre.

Il l'a débloqué. J'y arrive pas. Je ne peux pas concevoir que ce mec serve à d'autres pour assouvir je ne sais quel désir charnel. Ca me débecte. Pas lui - mais ce qu'il vit. Ce qu'il peut potentiellement vivre...

"Pardon. Je t'en ai trop dit."

"Non- c'est rien. Ca me surprend un peu... c'est tout."

Et qu'il en parle avec autant de détachement... enfin. J'ai d'autres choses à faire que de me concentrer sur ça - profiter de la compagnie de mon blondinet en fait parti. Il finira par m'accompagner au travail, et rester glander au comptoir, m'encourageant de son regard et de ses sourires à tomber.

Puis il est rentré chez lui, et j'ai pu souffler.

En fait, j'ai qu'une envie, c'est d'aller pleurnicher à Kirsten.

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Sorryf
Posté le 22/01/2020
Ahh, la réconciliation <3
ils sont trop mignons !
le "débloqué" purée il m'a fait grincer des dents, c'est vraiment affreux ! et Will qui balance ça tranquilou... T.T
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