Chapitre Premier – La pierre-qui-pense

Par Lohiel
Notes de l’auteur : Version révisée. Les sauts de lignes entre certains paragraphes n'apparaissent pas dans le texte original, bien sûr, je les ai rajoutés pour faciliter la lecture sur écran.


Cher Cassidan
Je comprends tes craintes. Rien ne se passe comme prévu.
Mais nous devons respecter l’héritage des fondateurs. C’est pour nous qu’ils ont accompli tout cela, c’est en pensant à nous qu’ils ont mené les premières expériences.
Imagine, Cassidan, ils nous ont donné la possibilité de changer notre destin commun, de recommencer autrement. De forger une légende. Ce n’est pas rien !
Et toi, tu préfères laisser tomber ? Je suis désolée, je ne te suivrai pas. En réalité, cette querelle sans fin nous a déjà séparés. Il vaut mieux que nous cessions de nous voir.
Je pense à toi,
Niamh


_oOo_

 

― Qui étaient les hommes, grand-père ?
Tol Tollivert regarda Padrig, assis à ses pieds. Il se frotta le nez.
― Tu m’as promis ! Tu m’as promis quand je serai capable de porter le seau jusqu’à la maison. Et ce matin, je l’ai fait ! Tout seul.
Tol se frotta le nez encore une fois, pensif, puis toussota pour s’éclaircir la voix. Lils était installée à côté d’eux, dans un fauteuil d’osier. Elle leva les yeux et l’interrompit dans son élan :
― Non, il va encore faire des cauchemars, grand-père ! Ou pire !

L’aïeul fit semblant de s’agacer :
― Depuis quand les damizelles connaissent-elles le bon usage des hauts-récits ? Je préfère lui faire peur que le laisser nigaud, ce petit, ça lui sera utile plus tard.
― Peut-être qu’il est simplement un peu trop petit, non ? Est-ce que le seau était rempli à ras bord ? Tu as vérifié ?
Elle le fixa un court instant puis hocha la tête d’un air désabusé.
― Enfin, tu feras bien ce que tu voudras. Comme d’habitude. Mais je te préviens que s’il pleure cette nuit, c’est dans ton lit qu’il ira ! La dernière fois, il a été pris du malsommeil et m’a bourrée de coups de pieds jusqu’à l’aube, j’en ai encore mal au dos.

Elle soupira de manière un peu exagérée et se remit à son travail. Sous ses doigts, la paille tressée prenait peu à peu la forme d’un grand chapeau de soleil.
― Merci de ton autorisation ! s’exclama le vieux Tollivert d’un ton goguenard.
Assis sur le tapis devant la cheminée, éteinte en ce tiède soir de juin, Padrig suivait l’échange avec beaucoup d’intérêt. Même s’il n’en montrait rien et s’absorbait en apparence dans l’examen méticuleux d’une figurine de renard en bois. Redmond, l’ami de papa Jan, l’avait sculptée pour lui à la dernière Jola. Il en avait promis d’autres, mais il faudrait encore attendre, bien trop longtemps. Jusqu’à l’hiver prochain, quand il reviendrait pour la fête.

Les leçons de Tol lui fichaient un peu la frousse, oui, mais c’était le passé. Et le passé ne peut plus faire de mal, imaginait-il. Quant aux fréquentes chamailleries entre Tol et Lils, sa grande sœur, elles étaient tout à fait captivantes. Il se rendait bien compte qu’ils en rajoutaient un peu pour le plaisir de le mettre sur le grill. N’empêche, il pressentait là-derrière tout un tas de secrets formidables. Il lui tardait d’en savoir plus.

Grand-père l’impressionnait beaucoup avec sa crinière grise et sa barbe tressée de minces cordons rouges. Mais cette fois, il avait promis :
― Alors, les humains ?
Le vieux Tollivert se redressa sur son fauteuil et considéra le bambin, avant de se pencher vers lui, la mine grave :
― C’étaient tes ancêtres. Les ancêtres de tous les qwentils. Pourtant, en réalité… ils n’ont pas grand-chose à voir avec nous.
Padrig fixa le vieillard, attendant la suite. Lils avait posé son ouvrage sur ses genoux. Tol parut satisfait d’avoir captivé son auditoire. Il poursuivit :
― Jadis, vois-tu, les humains se croyaient les seuls à habiter Cinqueterre. Les nations animales vivaient déjà là, bien sûr, mais elles avaient appris à se dissimuler avec beaucoup de soin. Et comment leur en vouloir ? Les hommes étaient devenus si violents et imprévisibles, ils inventaient des armes si effrayantes… même les bêtes féroces les fuyaient !
Padrig ouvrit de grands yeux inquiets sous sa tignasse bouclée.
― Comme les ronfles ?
― Je pense qu’ils étaient pires, dit grand-père d’un ton lugubre (et parfaitement étudié), bien pires.
― Ça, c’est pas possible ! s’écria l’enfant aussitôt.
― Eh bien, si ! Ne le répète pas, mais maintenant que tu as cinq ans, tu es grand… je peux te le dire ! Les ronfles sont stupides et peu dégourdis. Ces histoires de bébés, c’est pour vous empêcher de sortir de la cour !

Padrig haussa les sourcils. Tol s’interrompit une seconde et sourit brièvement, le regard pétillant :
― Ils sont capables de se fendre le crâne entre eux, en cherchant à assommer un lapin, ces abrutis. Alors que les humains avaient invoqué une puissante magie, sans même savoir ce qu’ils faisaient.
― Comme l’apprenti sorcier, observa Padrig.
― Exactement. De tous temps, utiliser la magie sans en connaître les conséquences a eu des effets catastrophiques. Ils pouvaient voler dans les airs, se déplacer à la vitesse du vent, voyager jusqu’à la lune… Fabriquer des tas d’objets incroyables ! Mais aussi des poisons et des substances toxiques, par tonnes. Ils appelaient ça l’industrie.
Tol rapprocha encore son visage de celui de l’enfant et baissa la voix :
― Pourtant, toi, tu sais que la naergia ne disparaît jamais vraiment, elle ne fait que se transformer. Eh bien, imagine… eux, ils ne s’en doutaient même pas !

Padrig restait bouche bée. Il grimpa sur les genoux de sa sœur qui l’entoura de ses bras. Elle non plus n’en perdait pas une miette.
― Et alors, grand-père, qu’est-ce qui s’est passé ?
― Ce qui était à prévoir : un grand malheur. Au bout du compte, ils ont réchauffé la surface de Cinqueterre, avec leurs engins sauvages qui perdaient de la naergia par tous les bouts. Et à ce moment-là, ils n’ont rien trouvé de plus malin que de commencer à se faire la guerre, à peu près partout… voisin contre voisin, ville contre ville, pays contre pays. Presque tout a fini dévasté par les flammes.
Presque tout ?
― L’Isleverte a été épargnée, forcément : elle était bien cachée – et protégée par la magie. Quelques grandes forêts humides aussi, les océans profonds… les montagnes, où nous habitons maintenant. Enfin, des petites régions, par-ci par-là. Mais finalement, pas grand-chose : les fumées des incendies avaient disséminé les poisons de l’industrie sur Cinqueterre. Du coup, l’air était brûlant – et toxique. Le respirer pouvait rendre très malade, et même tuer, en de nombreux endroits.

Le vieillard se tût, soupira avec emphase et attrapa son gobelet d’eau de miel. Le garçon le regarda avec des yeux ronds, déçu par cette conclusion abrupte :
― Mais qu’est-ce qui s’est passé après, grand-père ?
― Après ? Ah oui… Eh bien, les anciens sont revenus pour réparer les dégâts. Du moins, ce qui pouvait l’être. Avant les hommes, il n’y avait pas de terres mortes, tu sais.
― Alors… c’était il y a longtemps ?
― Oui, Padrig, très longtemps.

_oOo_

Lils sortit de la maison dans le petit jour frisquet. Padrig était à nouveau pris par le malsommeil, bien sûr. Il s’avérait parfaitement utopique de se reposer dans ces conditions. Le gamin avait fini par la réveiller pour de bon, d’un coup de poing vigoureux au bas du dos – sans doute destiné à quelque ronfle venu le tourmenter dans ses rêves. En se massant le creux des reins, elle se dirigea vers le poulailler, un peu en contrebas. Au moins, elle ne serait pas en retard ce matin, pensa-t-elle en ouvrant la porte, tandis que la volaille commençait à s’ébrouer à l’intérieur.

Elle éparpilla au sol le grain qu’elle avait apporté dans la poche de sa robe. Le bruissement familier provoqua aussitôt un désordre caquetant au seuil de la cahute. Les poulettes noires se précipitèrent dehors et se mirent à picorer à qui mieux-mieux, tandis que le coq lançait son premier cocorico du jour. Lils retourna s’asseoir sur le banc en pierre, devant la fermette.

Lils tira un peigne d’os d’une autre poche, défit sa tresse et se mit à démêler ses longs cheveux châtains. Elle penchait légèrement la tête en se débattant avec ses mèches entortillées. La pâle lumière du matin jouait sur sa peau claire et dans ses yeux verts pailletés d'ambre. Comme la plupart des qwentils, elle était frêle et plutôt lente. Pour la centième fois, elle se promit de sacrifier cette chevelure qui lui donnait tant de soucis.

La ferme où elle vivait avec grand-père et son petit frère s’accotait à un repli herbeux surplombant les confins de la vallée, au pied des hautes murailles montagneuses. Lils aimait bien cet endroit niché, de manière littérale, au bout du monde. D’ici, la jeune fille pouvait voir les maisons en pierres sèches de Haute-Source et les chemins de terre ou dallés, nimbés de la brume montant des champs et des potagers. Certaines demeures étaient construites au creux des escarpements du terrain et présentaient un toit revêtu de paille ou de végétation, d’autres étant simplement couvertes de tuiles d’ardoise grossières. Tout dormait encore.

Le Briselonde serpentait au milieu du village, entre des rives consolidées par endroits de rochers, ou laissées aux joncs sauvages et aux renoncules. La rivière arrivait dans la vallée par l’est, depuis les hauteurs. Une cascade glaciale se précipitait au creux d’une large vasque de granite clair, offrant un lieu de baignade providentiel lors des violentes canicules de l’été. Le torrent s’assoupissait ensuite dans le Bas-Marais, royaume des grenouilles, jusqu’à Pontécluse où officiait Swen le meunier.

Ce matin, l’air sentait bon le foin fauché de frais dans les prairies alentour. Lils étendit les jambes pour profiter de la douce tiédeur qui s’imposait peu à peu. La vie ici était plutôt agréable, même si elle trouvait parfois le prix de cette tranquillité singulièrement élevé.

Chez les qwentils, la règle de paix tenait lieu de doctrine fondamentale, d’où découlaient nombre de pratiques sociales, à commencer par les audiences des protecteurs et protectrices, pour arranger à l’amiable les querelles entre voisins.

Pourtant, il y avait un hic : les gens qui critiquaient la coutume subissaient d’amicales – mais incessantes – pressions afin qu’ils quittent le village et tentent de faire leur vie en ville. Car on le savait, l'ambiance s'était notoirement relâchée du côté de la forteresse, et depuis un bon moment.

Son père et sa mère, Jan et Ysolda, en avaient fait les frais. Pas un drame, d'accord, juste un souvenir inconfortable. Elle les trouvait pourtant sacrément plus malins –  et moins barbants –  que les braves villageois du coin, prêts à se conformer avec enthousiasme à chaque nouvelle recommandation, aussi ridicule soit-elle. Quand il s'agissait de jouer les toutous des anciens, certains n'étaient jamais en reste, par ici.

Bon, en définitive, ils se plaisaient à Fontevault et elle pouvait prendre soin de Padrig. On les verrait à la Jola, la fête des récits du solstice d’hiver, autour des feux, comme chaque année. De toutes façons, beaucoup d'enfants habitaient loin de leurs parents, chez d'autres membres de la famille. Rien d'extraordinaire. Autant se faire une raison, même en grimaçant quelque peu.

Lils se leva : il serait bientôt temps de charger la mule avec les nourrices vides, il ne restait plus d’eau. Et avant cela, d'inspecter le potager pour déloger les limaces attardées (non, elle n’irait pas les jeter dans les légumes du vieux Bobine, comme le suggérait Padrig). Mais elle se pétrifia soudain, les yeux écarquillés. Un énorme loup gris se tenait à moins de trois mètres d’elle, le poitrail palpitant et la langue pendante. De toute évidence, l’animal s’était approché dans un silence parfait à travers la prairie, depuis la lisière de la forêt.

_oOo_

Padrig se réveilla en sursaut. Constatant que Lils n’était plus à ses côtés, il galopa au long du couloir jusqu’à la chambre de grand-père, en produisant un vacarme épouvantable sur le plancher aux lattes criardes. Il sauta dans le lit de l’aïeul.
Ébranlé par cette intrusion bondissante, Tol ouvrit un œil ahuri. Il identifia aussitôt l’importun. « Ah, c’est toi… » grogna-t-il en se retournant, visiblement décidé à se rendormir.
Padrig le secoua, très énervé :
― Grand-père, Lils est partie !
Cette fois, Tol s’assit, considéra le petit, la pièce autour de lui, et répondit en bâillant à moitié :
― Il fait jour, Padrig, elle est sûrement sortie ouvrir aux poules.
― Mais j’ai eu le malsommeil !

L’ancien leva les yeux au ciel comme si cette information n’annonçait qu’un ennui de plus.
― C’est fâcheux… mais pas très dangereux, à ton âge. Et qui donc est venu te visiter ?
― Des hommes, grand-père ! Des hommes !
Le vieillard dévisagea le petit, perplexe, se gratta la tête longuement, puis le bout du nez d’un doigt pensif, et encore une fois la tête. Enfin :
― Ça… ce n’est pas possible Padrig, tu as du confondre avec des qwentils bien bâtis, comme Ben. Il est presque aussi gaillard que les humains d’autrefois, d’après ce qu’on dit.
― Non, non ! J’étais sur du sable au bord d’un lac, un lac…

Il écarta les bras, avec une expression impuissante, pour figurer cette étendue qui dépassait son vocabulaire :
― Il n’y avait pas de terre en face, ça faisait drôle. Je marchais… et tout d’un coup j’ai vu une troupe de gens très hauts et très forts. Mais pas maigres comme les anciens, hein ! Avec des femmes et des enfants, même. Tous ils avaient des gros bras et des grosses jambes… D’abord j’avais peur, mais après je voulais vraiment savoir. J’ai approché, je leur ai dit « le bonjour, qui vous êtes ? Comment vous avez fait pour être aussi costauds ? » et ils ont répondu que tous les hommes étaient pareils à l’Isle du Bout, en rigolant. Et puis ils ont demandé ce que j’étais, moi.

Le grand-père paraissait de plus en plus étonné :
― Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
― Alors… un de leurs enfants est venu en courant, il m’a poussé pour me jeter par terre, répondit Padrig en fronçant le nez. Je me suis relevé, je lui ai tendu la main mais il m’a encore fait mal et après ils sont tous venus pour nous séparer… et je me suis réveillé.

Tol resta silencieux un long moment, le regard plongé en lui-même. Quand il recommença à parler, ce fut lentement, en détachant bien les mots, comme s’il s’adressait à un simplet – à moitié sourd de surcroît.
― Padrig, après le grand incendie, les anciens se sont occupés des hommes. Du coup, il n’est plus resté que nous, les qwentils. Et ces crétins de ronfles, qu’ils ont bannis dans les immenses déserts créés par nos ancêtres, avec leurs sottises. Mais leur décision était sans appel et aucun homme ancien n’a survécu. Aucun.

Padrig regarda grand-père sans rien dire. Tol le fixait dans les yeux également, maintenant bien réveillé, l’air très sérieux.
― Tu comprends ce que ça signifie ?
― Oui. Que les hommes ont disparu, donc ils ne peuvent pas venir dans le malsommeil.
― Tout à fait. On n’y rencontre que ce qui existe réellement et dans le présent, sur Cinqueterre. Mais tu n’as jamais vu de plage non plus. Et ce que tu me racontes, le garçon qui te bouscule au lieu de chercher à faire connaissance, ça ressemble bien à ce que je sais des humains.
― Alors, grand-père ?
― Alors…
L’aïeul secoua la tête, dépité :
― Alors… il faut que je demande à Caiti si le malsommeil peut parfois ramener des créatures d’autrefois, je n’ai jamais entendu parler de ça ! Et en attendant, levons-nous pour aller prendre un bon lait de miel. Il est temps, jeune maldormeur !

Tol ébouriffa les cheveux de Padrig d’un geste affectueux. Il se leva et se dirigea vers la salle commune de la ferme, où il aperçut la silhouette de Lils, immobile derrière les carreaux de verre dépoli. Et c’est en sortant de la maisonnette, pour aller lui souhaiter le bonjour, qu’il tomba lui aussi nez-à-nez avec le loup.
― Sapristi, Greirtch Hochsprach ! s’écria-t-il, ça fait un bail !
― Salutations et hommages à toi, Tol Tollivert ! Cela fait très longtemps, en vérité, répondit le loup avec une politesse exquise, mais un étrange timbre rauque, car les gosiers des loups sont peu adaptés à la langue qwentile. Ce qui ne les empêche pas – on le sait – de s’exprimer souvent de manière très cérémonieuse. Aussi Lils s’efforça-t-elle d’adopter une attitude appropriée :
― Tu m’as un peu surprise ! J’étais encore petite quand je t’ai vu pour la dernière fois. Le bonjour, maître Greirtch.
Une voix fluette ajouta derrière eux :
― Et moi je ne te connais pas du tout, mais je suis bien content de te rencontrer. Grand-père m’a raconté l’histoire du peuple gris et c’était épatant.
Il hésita :
― Est-ce que tu aimes qu’on te gratte la tête ?
― Je l’accepte, concéda le loup.

Padrig s’approcha de la grosse bête, leva haut le bras et lui caressa timidement le front en adressant un sourire radieux à grand-père et à Lils.
― Pourrais-tu m’offrir un peu d’eau, Tol ? demanda le loup. J’ai couru le plus vite possible. Nous demeurons ces derniers temps dans la longue forêt, aux frontières des terres mortes et je ne me suis pas arrêté pour boire, depuis un bon moment.
― Bon sang, je manque à tous mes devoirs, tu as raison ! Je t’apporte ça tout de suite.
Grand-père entra dans la maison et revint avec un large bol empli d’eau fraîche.
― Qu’est-ce qu’il se passe, mon ami ? Je suis très content de te revoir, bien sûr… mais je te connais… tu ne quittes pas ton clan sans une bonne raison ?
― En effet, répondit le loup.

Il n’ajouta rien et se mit à boire à longs traits. Tol s’installa sur le banc et attendit patiemment que son visiteur soit prêt à parler. Enfin, Greirtch reprit :
― Ce sont les ronfles, Tol, ils ont changé. Ils viennent de plus en plus souvent du désert, ils sont très nombreux maintenant. Ils explorent les terres dévastées pendant des jours entiers. Et puis ils entrent dans la forêt. Ils ne sont pas solides, ça non, mais quand ils arrivent à une centaine… certains d’entre nous ont quand même du mal à leur échapper. En particulier les jeunes et les damelles.
Greirtch pencha sa tête énorme et ferma les yeux.
― Ils viennent nous… chasser. Ils posent aussi des pièges.
― Misère… murmura Lils, tandis que le loup serrait les mâchoires, visiblement ému.

Tol haussa les sourcils, stupéfait.
― Mais pourquoi font-ils ça ?
― Ils prennent notre peau, souffla le loup.
Sa voix s’étrangla :
― Ils abandonnent… ce qui reste des corps.
Un silence lourd comme du granit tomba sur la petite assemblée.
Au bout d’un moment, Tol demanda d’une voix douce :
― Et ils vont dans les terres mortes ? Pourquoi ?
― On se posait aussi la question. Nous les avons pistés discrètement : ils remplissent des sacs avec des éclats pointus de verre de roche.

Le grand-père resta songeur quelques secondes.
― Oui, pas très difficile d’imaginer ce qu’on peut faire avec : des armes. Et un peu plus efficaces que leurs bâtons moisis ! Tu as raison, ils changent. Avant, ils n’étaient pas si dégourdis.
Lils avait écouté très attentivement la discussion. Après un nouveau silence où chacun plongea dans ses réflexions (sauf Padrig qui affichait une expression ahurie, bouche ouverte), elle s’adressa à Greirtch d’un ton raffermi, empreint d’une nouvelle autorité :
― Qu’attends-tu de nous, Greirtch ? Si tu es venu ici, c’est que tu penses que nous pouvons t’aider, non ?
Le vénérable animal fixa Lils de ses pupilles jaune sombre.
― C’est vrai, damizelle, le patriarche dit qu’il renifle parfois le noir fumet, dans ses rêves. Quelque chose de mauvais se prépare, nous en sommes sûrs. Mais c’est toi qui détiens la pierre-qui-pense du Briselonde.

Lils soutint le regard du loup et hocha la tête.
Quatre siècles auparavant, juste après la grande dévastation, les anciens étaient revenus de l’Isleverte, où ils se dissimulaient depuis longtemps. Du moins c’est ainsi qu’ils l’avaient expliqué. Mais il se trouva un historien sourcilleux de Fontevault pour pointer des invraisemblances dans ce récit. Par exemple, la possibilité de disparaître pendant des milliers d’années, avec une île grande comme un continent, alors même que Cinqueterre était en ce temps-là aussi peuplée qu’une vieille fourmilière.

Les anciens avaient entrepris plusieurs tâches, dont celle de restaurer quelques régions tempérées, en attendant que les terres contaminées se régénèrent, ce qui pouvait encore prendre fort longtemps, pour certaines.

Chaque année au solstice d’hiver, lors des hauts-récits de la Jola, deux ou trois anciens visitaient les maisons communes et y racontaient comment les qwentils étaient venus au monde, grâce à la manière dont la nature elle-même répare ses erreurs, l’évolution. Une belle surprise, disaient-ils dans leur style coutumier, bizarrement grandiloquent : "des enfants plus honnêtes et joyeux que leurs parents, les derniers humains". Il y eut aussi un rebut, c’était inévitable car la vie ne disparaît jamais : elle ne fait que se transformer. Ainsi apparurent les ronfles, héritiers des tares humaines, heureusement beaucoup moins nombreux. Ceux-ci, expliquaient doctement les conteurs "furent conçus dans les lignées malfaisantes, au sang affaibli par la cruauté".

Un collège de quatre vieux naturalistes, qui menaient leurs études dans une aile délabrée de la forteresse royale, avait bien objecté qu’il était impossible que deux races aussi radicalement différentes se soient développées en un temps si court. Personne ne les avait pris au sérieux. Le rôle joué par les savants dans la grande dévastation était à l’origine d’un discrédit larvé, mais tenace.

Quoi qu’il en soit, le récit officiellement admis expliquait que les anciens avaient ensuite décidé d’établir une surveillance. Chacune des trois principales régions qwentiles conservait donc une pierre-qui-pense, remise à une personne désignée selon des critères incompréhensibles au commun des mortels.

Lils n’était pas en âge d’être une détentrice, surtout pas sept ans plus tôt. Pourtant, à sa grande surprise, c’est elle qui avait été choisie par Neige, l’ancienne chargée de veiller sur l’ouest du Briselonde. Celle-ci était arrivée par le chemin des bois, alors que le bûcher funéraire du précédent détenteur flambait encore, comme de coutume. Elle mesurait au moins deux mètres. Les plus élancés, dans l’assemblée, n'atteignaient même pas son épaule. On l’avait déjà reçue, bien sûr, mais son apparition restait toujours spectaculaire : les habitants affichèrent aussitôt des mines figées, entre le profond respect et l’effroi.

La pierre-qui-pense reposait sur un petit autel, au pied du tertre des morts. La dame l’avait saisie et observée un moment, avant de laisser planer un regard interminable sur les villageois pétrifiés. Et enfin, s’était avancée vers Lils en lui présentant le précieux objet sur sa paume à demi-ouverte. Sa voix résonnait curieusement, tranchant le silence autour du brasier crépitant, tandis qu’elle déclamait, à la manière théâtrale des anciens :
― Lils Tollivert, tu seras désormais garante du pacte entre nos peuples. Prends la pierre : en cas de besoin, tu pourras lire ses pensées, afin que tu saches comment nous porter tes messages et ceux de nos alliés, créatures vivantes animales et végétales.

Neige marqua une pause, après quoi elle posa trois doigts sur la tête de l’enfant :
― Je te déclare seule juge en la décision d’invoquer sa magie, car tu en es digne. Aussi ne doute pas de toi !
Mal à l'aise, Lils avait bravement tenté de soutenir le regard de la dame. Elle paraissait si haute et imposante dans son armure sombre, aux fines ornementations, faite d’une curieuse matière souple, vaguement luisante. Sa chevelure noire, entremêlée de nattes et de gemmes, lui tombait jusqu’au bas du dos. Ses iris brasillaient d'étranges reflets : on aurait dit la levée d’une tempête bousculant les nuages dans un ciel obscur. Ce n’était pas chose facile de la fixer droit dans les yeux, la petite baissa rapidement la tête.

Elle ramassa timidement le galet d’ambre poli au creux de la longue main gantée. Jamais elle ne l'avait vue d’aussi près. Animé d’une vie mystérieuse, l’objet miroitait au rythme des pulsations de son cœur invisible. Sa forme ovale, parfaite, semblait soulignée par une fissure rectiligne à sa circonférence. Lils s’interrogea, l'espace d'une seconde : s'agissait-il d'une pierre ou d'un artefact ?

Bien qu’elle en eût envie, car le contact en était vaguement inquiétant, elle n’osa pas la glisser tout de suite dans sa poche. Elle risqua plutôt une révérence maladroite, personne ne l’ayant renseignée sur la manière de se tenir en pareil cas.

En vérité, les qwentils n’avaient établi aucun rituel particulier tant l’occasion était rare et intimidante : on se contentait, l’émotion passée, de commenter la façon dont le nouveau détenteur avait réagi. Si on y voyait un bon présage pour l’avenir de sa charge. Ce qui se révélait toujours le cas, en fin de compte. Le choix des anciens ne pouvait pas être remis en cause ouvertement.

Neige s’était ensuite enfoncée dans la forêt, mais la pierre permettrait de la retrouver, si nécessaire. Car les anciens restaient difficiles à repérer, en temps normal. Ils parcouraient de grandes distances à une vitesse prodigieuse, sur leurs immenses chevaux, et même parfois à l’intérieur d’étranges traîneaux opaques, noirs et ornés de filetages cuivrés en arabesques. Des véhicules sans attelage, de toute évidence animés par une naergia considérable.

Depuis des siècles, la région connaissait une paix absolue. Les villages s'éparpillaient dans une longue vallée resserrée, dont l’unique issue se trouvait au pied de Fontevault, la forteresse du roi qwentil. Il y avait bien quelques cols dans les monts Vétérans, mais loin derrière la forêt et bloqués par le gel la majeure partie de l’année. En réalité, personne n'appelait jamais à l’aide. Et contre qui ? On savait que la guerre et les conflits brutaux avaient existé autrefois, mais le temps passant, ils s’enfonçaient de plus en plus dans le registre des légendes. Et de l’avis général, les ronfles étaient beaucoup trop froussards pour tenter quoi que ce soit.

Aujourd’hui, face à Greirtch Hochsprach, Lils devait décider s'il fallait réveiller la pierre-qui-pense. C’était le rôle d’une détentrice. Et elle avait fait son choix.
― Nous manquons d’eau, il faut en remonter, grand-père, dit Lils, tandis qu’elle se levait pour aller préparer son sac.

 

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Renarde
Posté le 14/11/2019
Coucou Lohiel,

Je te fais mes remarques en vrac, noté au fur-et-à-mesure de la lecture :

J'adore le personnage du grand-père ! Je trouve que tu l'as très bien croqué.

Je ne sais pas ce que tu vas faire de Padrig, qui m'a l'air très (trop ?) dégourdi pour son âge. Il a parfois des raisonnements extrêmement évolué pour un garçon de cinq ans (le coup du passé). Si c'est un futur héros/personnage exceptionnel, cela peut se comprendre, mais si cela "reste" un garçon lambda, cela m'interpelle (c’est la maman qui parle, là).

J'ai vraiment apprécié comme tu relates les ravages de l'industrie et la folie des hommes. J'ai bien peur que cela soit prophétique...

Je me demande pourquoi les parents de Padrig et Lils ne les ont pas emmenés avec eux ? J'avoue que si je déménage, j'embarque mes enfants, je ne les laisse pas au grand-père, du coup je reste un peu sur ma faim (c’est encore la maman qui parle, là).

Le concept de malsommeil est assez génial. Cela permet, via le récit de Padrig, de raconter ce qui est arrivé aux hommes de manière très naturelle, vraiment très fort.

"s'agissait-il d'une pierre ou un d'artefact" est-ce que c'est une coquille ? "s'agissait-il d'une pierre ou d'un artefact" ?

J'ai dû relire le passage sur les Anciens pour comprendre, et je ne suis toujours pas sûre d'avoir tout saisi. Dans tous les cas, ils ne m'inspirent pas confiance...

C’est un chapitre dense, où tu présentes beaucoup de concept différents en plus des personnages. C’est extrêmement bien écrit et bien amené, du coup ça « passe ». N’ayant pas lu la suite, je ne sais pas si certains pourraient être abordés plus tard ou non (la règle de paix par exemple) histoire de diluer l’information dans les futures actions.

Je répète, je fais mes commentaires à chaud, donc j’ignore si c’est complètement absurde ou non. J’aime bien recevoir les pensées des gens à l’instant où ils lisent, du coup je fais pareil.

Si ce n’est pas du tout cela que tu recherches, n’hésite pas à me le dire !
Dans tous les cas, le récit est prometteur 😉
Lohiel
Posté le 14/11/2019
Coucou, merci de ce message :-)

- Alors, ce ne sont pas des humains - mais c'est vrai que Padrig est dégourdi, c'est un futur héros du tome 2, oui - diptyque. Et déjà là, il a un rôle important. Cela dit, les enfants sont différents. Lire couramment à cinq ans, par exemple, j'ai vu ça. De près ^^

- L'étrange indifférence dont ils font preuve envers leurs enfants fait partie du mystère. Elle ne trouvera son explication qu'au dénouement (tout à fait vérifiable en matière scientifique, en plus). Je la réintroduis un peu plus tard. Elle nous choque, c'est normal. Vu que nous, nous sommes humains. Mais je vais peut-être rajouter un indice, déjà ici, qu'on comprenne que c'est voulu.

MERCI pour la coquille "s'agissait-il d'une pierre ou d'un d'artefact". Le pire c'est que j'ai dû la coller à la révision :/

- Les anciens seront un mystère pendant 400 pages, t'inquiète... Même le charmant Cassidan, qui est un des héros du bouquin, on est toujours en point de vue externe, on tourne autour jusqu'à la fin, à travers les yeux des qwentils... ça m'a beaucoup amusée de montrer son énigmatique évolution, la manière dont il change brutalement de camp - car il va y avoir une mystérieuse crise chez les anciens - sans (quasiment) faire savoir ce qu'il pense. Il refuse de parler, en plus (à raison), et le lecteur doit enquêter, tout comme Ysolda, en essayant de décrypter ses réactions.

La règle de paix est un peu anecdotique. Mais c'est l'introduction de l'étrange passivité des qwentils. Qu'on vérifiera à plusieurs occasions par la suite.

Sinon, oui, c'est dur à lire sur écran. Je n'ai laissé que le minimum d'explications, il y en avait plus auparavant. Mais sur papier, ça passe, quelques paragraphes.

Merci encore ! Ton message était parfait. Tu as bien tiqué là où il fallait ^^
Renarde
Posté le 15/11/2019
Pour la lecture à cinq ans, je confirme ! J'ai appris à lire toute seule à cet âge là, frustrée de ne pas avoir continuellement un adulte sous la main pour me faire la lecture.
Ma fille a demandé à apprendre à lire dès trois ans et demi, et elle lisait parfaitement une année plus tard (rapidement et dans sa tête). C'est plus la notion de temporalité qui m'a interpellée, mais tu fais bien de me rappeler que ce ne sont pas des humains. Et si Padrig est amené à monter en puissance, cela colle parfaitement d'être "trop" intelligent ;-)

Ah, c'est bien que leur indifférence soit une partie du mystère ! Bon, j'ai hâte de lire ce dénouement, qui m'intrigue depuis le début en fait...

Pour la différence écran/papier, j'avoue que tu es la première à avoir soulevé cela et que je n'y avais jamais prêté attention. Je pensais seulement que c'était moins confortable, pas que la perception même se modifiait.

Cela me rassure pour mes propres chapitres où j'ai l'impression de mettre trop d'informations.
Xendor
Posté le 11/11/2019
Coucou, ton histoire me plaît bien :) elle me donne l'impression de donner des airs de "Princesse Mononoké" pour les animaux qui parlent et l'aspect magie.

J'aime beaucoup ton style qui est direct et simple, de même que les personnages qui sont tout aussi humbles.

Il y a également cette histoire de race séparée en deux qui m'intrigue. Donc je vais suivre cela aussi avec beaucoup d'attention :)

Xendor

P-S : leurs scientifiques ont oubliés le phénomène connu sous le nom "d'explosion Cambrienne". Ce sujet est très intéressant et très enrichissant :)
Lohiel
Posté le 12/11/2019
Merci beaucoup de ce message :-)

Eh oui, plus on avancera, plus on se rendra compte que leurs savants, outre le fait d'être clairement discriminés, ont aussi oublié beaucoup de choses. Que la technologie passe pour de la magie. Que les mots un peu techniques, comme "scientifique" justement, n'existent pas. Pourquoi ?
Et l'intéressant, était, bien sûr, de se placer de leur point de vue.

(Cela dit, là on parle de 400 ans, pas de dizaines de millions d'années... preuve que s'ils sont dans le noir total, ils n'ont pas tous perdu leur jugeote ^^)
Xendor
Posté le 12/11/2019
Pauvre savants :/ Je commence de plus en plus à croire que les anciens sont de véritables tyrans doublés d'hypocrites et de menteurs. Ils ont jetés le discrédit sur les scientifiques alors que la majorité d'entre eux militaient pour la paix. L'exemple le plus frappant était Einstein.

Donc pour moi cela soulève la question des véritables intentions de ces anciens qui ont décrété que les scientifiques ont aidés à la catastrophe. C'est ... stupide de dire cela. Si on connaît la nature humaine, on sait que tout n'est pas noir ou blanc. Donc qu'ils créent un mouvement en mode syndicats, genre les Scientifiques Jaunes, et qu'ils protestent !

Plus sérieusement je suis pour leur réhabilitation ^^
Lohiel
Posté le 12/11/2019
Mandiou, le grand cric me préserve de trop de lecteurs aussi redoutablement attentifs que toi ^^ heureusement que tu n'as pas encore tout compris :-)) (en vrai, c'est bien pire ôô)
Xendor
Posté le 12/11/2019
Mince ! Cela veut dire que je n'ai pas Free 😁 (j'imagine pas le complot 😮 mais j'ai l'habitude 😁)
Lynkha
Posté le 10/11/2019
Bonjour Lohiel,

Je viens d'arriver sur la plateforme et j'ai ouvert ton histoire un peu au hasard, attirée par la couverture et le résumé, ce qui prouve qu'ils font leur office ;)

Je dois dire que je suis soufflée par la qualité de ton texte. Je le trouve très abouti. Les descriptions, les informations sur le monde et l'action sont très bien équilibrées dans le texte. Il n'y a pas de pavé indigeste, pas de temps mort et on rentre en douceur dans les particularités de ton monde.

J'ai beaucoup apprécié également la qualité des descriptions (notamment le passage qui décrit la vallée : superbe).

Et même dans ce premier aperçu, on commence à sentir les personnalités des personnages.

Je viendrai lire la suite !

Par curiosité, cela fait longtemps que tu travailles sur cette histoire ?
Lohiel
Posté le 11/11/2019
Bonjour Lynkha et merci de ce commentaire très positif.
En fait, oui, ce début est assez ancien, plusieurs années, mais il a beaucoup changé depuis sa première version, à mesure que je comprenais quoi faire de cette histoire. Et je compte le dynamiser encore un peu, tout comme le second chapitre.

En fait, c'est certainement un texte difficile à lire sur écran, il n'est absolument pas calibré pour ça. Ton regard patient m'en semble d'autant plus précieux !

Je suis allée lire le prologue que tu as mis en ligne. Le moins qu'on puisse dire, c'est que tu te défends bien ^^. Ajouté à ma PAL et j'attends de voir un peu du corps de texte avant de commenter (étant donné qu'un prologue n'est pas forcément aligné sur le même style de narration).
Tous mes remerciements encore.
Lynkha
Posté le 11/11/2019
On sent que tu as passé du temps sur ce texte. Je le trouve déjà assez dynamique ainsi, mais ça dépend aussi de la tranche d'âge que tu vises.
C'est vrai que ton texte est assez long pour une lecture sur écran. J'écris aussi de longs (voire très longs) chapitres et je les découpe artificiellement pour simplifier la lecture sur ce type de plateforme.
C'est gentil d'être passé lire mon prologue et merci du compliment ^^ Je vais sans doute mettre en ligne le début assez rapidement, pour que les lecteurs puissent se faire une première idée avec un peu de matière.
Lohiel
Posté le 11/11/2019
C'est jeune adulte - comme toute la fantasy non enfant-ado, dans la vieille standardisation, alors qu'on sait qu'il y a de plus en plus d'adultes qui en lisent. La fin est quand même assez rude. Dans la version complète, il y a des citations en exergue pour remettre en perspective, malgré cette attaque sur le mode semi-féérique.
Mais la dynamique du texte, à mon humble avis, elle n'est jamais de trop ^^ Je ne vais pas tout sabrer, déjà... et il y a aussi une question d’harmonisation avec la suite.
aranck
Posté le 08/11/2019
Hello, Lohiel, malgré ma PAL, je suis passé voir au moins ton premier chapitre. Je ne te promets pas que je repasserai très vite, d’une part parce que ma PAL est déjà lourde, et d’autre part parce que j’ai beaucoup de difficultés pour lire à l’écran.

Je ne sais ni quel est ton âge ni quelle est ta formation, mais j’avoue que ton écriture est vraiment très aboutie.

Pour en revenir à ton histoire, j’adore les idées qui sont transmises ici, et ce retour à la nature obligé, mais tellement bon ! Si j’ai bien compris, Qwentils et Ronfles sont des branches d’humains dont une qui a tourné vinaigre ?

Padrig et l’ensemble de tes personnages sont bien campés et très réalistes. Ma préférence va pour l’instant à Tol.

Le loup m’a un peu rappelé le lion de Narnia, ce qui ne me dérange absolument pas et j’ai adoré la relation qui se crée entre lui et Lils.

Je suppose que la naergia est de l’énergie ? Si c’est cela, nous avons quelques points communs dans nos histoires… :-)

Bref, c’est un bon début. Le seul bémol que j’émettrai est que je trouve ce chapitre un peu long, surtout s’il s’adresse à un public jeune. Il est également rempli de nombreuses explications et je me demande si tu n’aurais pas intérêt à en distiller quelques unes plus tard.

Et j’ajoute quelques remarques que tu prendras ou non en compte, puisque c’est avant tout ton histoire.

« Padrig suivait l’échange avec beaucoup d’intérêt. Même s’il n’en montrait rien et s’absorbait en apparence dans l’examen méticuleux d’une figurine de renard en bois. » Je suis assez classique dans la façon de couper mes phrases, c’est peut-être pourquoi le point avant le « même » me dérange. Je trouve qu’il hache la lecture au lieu de la faciliter et ne met pas forcément en exergue ce qui suit.

« Et le passé ne peut plus faire de mal, se disait-il, du haut de ses cinq ans. » Je ne sais pas si tu as des enfants ou si ton personnage est particulièrement mûr, mais je trouve cette réflexion très pointue pour un enfant de 5 ans.

« Jadis, vois-tu, les humains se croyaient les seuls à habiter Cinqueterre. Les nations animales vivaient déjà là, bien sûr, mais elles avaient appris à se dissimuler avec beaucoup de soin. Et comment leur en vouloir ? Les hommes étaient devenus si violents et imprévisibles, ils inventaient des armes si effrayantes… même les bêtes féroces les fuyaient ! » j’aime énormément cette phrase ! Elle est tellement vraie !

« de se fendre le crâne les uns aux autres » on dit plutôt « les uns les autres »

« Mais aussi des poisons et des substances toxiques, par tonnes. Ils appelaient ça l’industrie. » Génial !

« – Presque tout ? » c’est un détail, mais j’ôterai le « tout »

« et dans ses yeux d’un vert liquide. » j’aurais mis (mais c’est encore un détail) « dans le vert liquide de ses yeux »

« niché, de manière très littérale, au bout du monde. » Je comprends bien que tu veuilles insister sur le fait qu’il s’agit bien du bout du monde, mais je trouve la phrase un chouia lourde. Pourquoi ne pas mettre : littéralement niché ?

« C’est ce qui était arrivé à ses parents. » Les parents de qui ? Le sujet doit se trouver trop éloigné pour que tu te contentes de dire « ses ».

« Et avant cela de faire un tour au potager pour en déloger les limaces attardées » manque une virgule après « cela ».

« dans un ciel bleu assombri. » J’ôterai le bleu qui alourdit la phrase et n’est pas utile selon moi.
Lohiel
Posté le 08/11/2019
Merci de ton commentaire !

Non, ça n'est pas vraiment pour un public jeune, contrairement à ce que pourrait faire imaginer ce début. Normalement, les citations initiales (que je n'ai pas reportées ici) sont là pour lever le doute. Les Seigneurs de l'Instrumentalité - et surtout celle d'Ellory : "Je sais les ombres qui nous suivent et celles qui nous attendent."
Parce qu'en fait, le livre parle beaucoup des conséquences lointaines de certaines idéologies ultra-scientistes contemporaines.

C'est *jeune adulte*, classement standard, comme toute la Fantasy (c'est à dire qu'il y a des adultes qui lisent, tout le monde le sait - et certains bouquins sont un peu durs pour des ados, la fin de celui-ci l'est). Et c'est pour le papier, où la taille des chapitres importe peu. Donc si ça pose problème ici, je ne pourrai changer mon découpage pour autant. Là, vraiment, il est calculé.

Pour les questions que tu te poses sur les qwentils, ronfles, etc, elles sont constitutives du *grand mystère*, qui ne trouvera sa vraie réponse que dans les dernières pages. En attendant, on te dit bien qu'il y a une version officielle. Et qu'elle est douteuse. (Oui, moi je préfère "ponctuer mes phrases", pour la dynamique, c'est vraiment goût personnel, on en avait parlé sur une forme dans ton texte déjà).

Le loup... hem hem ^^ ne t'attache pas trop, j'ai le chic pour prendre les lecteurs à contre-pied et avec ce personnage, je ne m'en suis pas privée (on ne le retrouvera que deux fois après ça, de toutes façons). C'est un loup. Disons que sa prochaine intervention s'inscrira dans la réflexion transversale du bouquin, sur la nature. Elle ne négocie pas.

Fendre, fendre à : alors oui, la locution "fendre la tête à" est du domaine du langage familier, normalement le verbe est transitif (CNRT) Loc. verbales fig., fam. − Fendre la tête à qqn.

Du coup, oui, dans l'absolu tu as raison, mais là c'est Tol qui parle... Tu me poses un problème, parce que justement son langage est un peu travaillé dans le sens spontané vieux bonhomme... MAIS que tu as vu ça comme une faute. Donc peut-être cet emploi va-t-il en faire frémir d'autres ? Beaucoup de choses sont oubliées maintenant. J'y réfléchirai.

Padrig. Non, la réflexion n'est pas pointue, il se trompe. Le passé peut faire beaucoup de mal. Avant, c'était *croyait-il du haut de ses 5 ans*, mais c'était une intervention d'un locuteur assez absent ailleurs, ça me gênait. Par contre, oui, cette phrase, j'y suis revenue trop souvent. Elle doit avoir un problème.

"C’est ce qui était arrivé à ses parents." on ne ressens donc pas que ce sont ses pensées, qu'elle réfléchit à propos d'elle-même ? Curieux. Noté.

Sinon, pour les modifications de mots, je note, mais une bonne partie de ce que tu proposes, je ne sens pas trop. Mais pareil, c'est archivé. Je reviendrai dessus, j'y repenserai. (Par contre, je signale quand même, c'est toujours bon à savoir : suggérer des modifs de mots quand il n'y a pas de forme fautive, c'est casse-gueule, parce que tu substitue tes pratiques à celles de l'auteur, en révision professionnelle on évite... ^^)

Merci pour la virgule ! Et pour tout le mal que tu t'es donné à lire dans ces conditions (je ressens pareil, très pénible !)
Lohiel
Posté le 08/11/2019
donnée* oups

Sinon, la naergia, ce que c'est vraiment, c'est pour plus tard, bien plus tard...
aranck
Posté le 08/11/2019
Ce n’est pas le mot fendre qui me dérange, mais la suite, on ne dit pas "les uns aux autres", mais "les uns les autres".
Pour la réflexion de Padrig, c’est l’âge qui est en décalage avec de telles pensées, car la phrase est bonne. Le passé pour un enfant de 5 ans n’existe pas vraiment. Du coup, "le croyait-il" passerait mieux à mon humble avis.

"C’est ce qui était arrivé à ses parents." On ne ressent donc pas que ce sont ses pensées, qu’elle réfléchit à propos d’elle-même ? Curieux. Noté." Si, on se doute bien que c’est probablement Lille qui pense, mais littérairement parlant, lorsque le sujet, en l’occurrence Lils, se trouve très éloigné physiquement de la phrase en question il faut repréciser de qui on parle. Chépas si je suis claire, là ? Bref, c’est une erreur récurrente que tout le monde fait.
Quant aux modifications de mots, ce n’est pas ce que j’ai fait, me semble-t-il ; j’ai simplement souligné certaines tournures de phrases qui me semblaient un peu lourdes, et fait des propositions qui me semblaient alléger les-dîtes phrases. Mais bien entendu, je te l’ai d’ailleurs dit et c’est même une évidence, c’est forcément toi qui décides.
Lohiel
Posté le 08/11/2019
Je t'assure, c'est une forme intransitive familière, qui existe, dans le langage non soutenu (d’où ma référence CNRT). Mais puisque ça te chipote tant, ça en chipotera d'autres, c'est tout ce que je vois. Je vais donc la changer. Il arrive que j'utilise des formulations obsolètes, simplement parce que je me suis biberonnée aux classiques. Ma littérature jeunesse c'était Balzac et Stendhal, puis la SF une fois "vraiment" ado ^^ Je sais, je suis pas normale :-))

Le fait d'oublier que le sujet est loin, oui, ça peut arriver absolument à tout le monde (et c'est ce genre de choses qui sont traquées dans tous les manuscrits, y compris de vieux routiers).

Mais dans ce cas, ça me dit surtout que le point de vue interne n'est pas clair. Et ça, c'est nettement plus grave. J'irai voir ça de très près.

Merci encore.

ludivinecrtx
Posté le 08/11/2019
Bonjour,

Je suis venu voir ton histoire après l'avoir découverte sur le forum. Ton récit est très détaillé. Je t'avoue des fois avoir du reprendre quelques phrases pour me resituer, mieux comprendre les facultés de chacun, les lieux etc. Mais dans l'ensemble je suis intriguée!

Première hypothèse, les ronfles ne sont ils pas des humains? ou descendants très proche du moins?

Tu dis aussi que les Qwentil sont des ancêtres des humains : "C’étaient tes ancêtres. Les ancêtres de tous les qwentils. Pourtant, en réalité… ils n’ont pas grand-chose à voir avec nous."

C'est à dire qu'ils sont leur descendants, qu'il y a un lien comme l'homme et le singe? On va en apprendre plus après, je suppose...?

Du coup si Qwentil ont pour ancêtres les humains et qu'une ressemblance apparaît entre les ronfles et les humains, sont ils pas tous de la même 'famille''?

J'attends la suite :)
Lohiel
Posté le 08/11/2019
Merci de ce commentaire ^^ Hélas, tu risques d'attendre un bout de temps, vu que le roman fait 600K ces et que la plupart de ces questions ne seront résolues que dans les toutes dernières - sauf pour les ronfles *dans une certaine mesure* (mais va voir sur mon profil forum - et n'hésite pas, si envie)
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