Chapitre III – Les anciens

Par Lohiel
Notes de l’auteur : Version révisée. Les sauts de lignes entre certains paragraphes n'apparaissent pas dans le texte original, bien sûr, je les ai rajoutés pour faciliter la lecture sur écran

La foule se pressait dans la grand’salle de la citadelle, à Fontevault. On avait fait amener des chaises et des bancs, les conseillers de Neil s’y étaient regroupés. Ainsi que nombre de soldats et de victimes de l’attaque des ronfles, des blessés légers ou des citadins en état de choc. Le jeune roi avait demandé qu’on les accueille tous ici. Il tenait à rester proche des soucis de la population – et c’est bien pour cette raison qu'on l'appréciait de plus en plus.

Des hautes fenêtres en ogive tombaient à flots les premiers rayons du soleil de l’après-midi, formant sur le sol carrelé de vastes plates-bandes de lumière. Mais nul ne paraissait réjoui par le beau temps. L’assemblée bourdonnait fiévreusement, des exclamations atterrées fusaient, quelques plaintes sanglotantes montaient encore çà et là. Chacun était impatient de donner sa version de l’affaire : les protecteurs circulaient parmi eux, tentant de recueillir toutes les informations possibles.

Grobert, le marchand de sel, se carrait à grand peine sur un tabouret bien trop étroit pour lui, à deux pas de l’entrée. Il avait reçu une légère estafilade au dos et faisait donc partie de ceux qui patientaient avant de rencontrer les soignants. Ces derniers devaient arriver de l’infirmerie encombrée par les blessés graves, dès que possible. En attendant, il avait réussi à épingler la protectrice Leyna à qui il servait une histoire embrouillée de métamorphose et de probable complot, ourdi par les anciens. La vieille dame l’écoutait en soupirant quelque peu.

Ysolda occupait un fauteuil, dans un angle de la salle. Une tache rouge s’élargissait sur le pansement sommaire qui couvrait son épaule. Tête baissée, elle contemplait obstinément le sol, entre ses pieds. Le meilleur ami de Jan, Redmond, se tenait à ses côtés, la mine anxieuse. Un groupe d’archers et d’archères du roi discutait à voix basse, non loin d’eux.

Neil venait de remonter du dispensaire avec Cassidan, le gardien affecté à la protection de la cité – et dont la haute stature dominait l’assistance. L’ancien était habillé à la mode qwentile, des vêtements simples et confortables qu’il faisait réaliser à sa taille, mais en choisissant des étoffes plus raffinées que l’ordinaire. Seules ses bottes couvertes de peau de chêne-liège restaient de fabrication tout à fait traditionnelle, car personne ne connaissait de meilleur matériau pour remplacer le cuir, jugé barbare. Sur son épaule perchait Do, un jeune épervier à l’œil de bille jaune, miroitant comme une escarboucle.

Cassidan séjournait à Fontevault plus souvent qu’aucun autre ancien. De l’avis général, il représentait à lui seul un petit mystère : son caractère ouvert, parfois presque enjoué, se démarquait des manières de son peuple. Témoin, cette affaire du mirenoir persistant : de toute évidence, il lui arrivait de montrer aussi insouciant qu’un damizeau. Tandis qu'à d'autres occasions, il redevenait pareil à ses semblables, solennel, énigmatique. Mais tout compte fait, il suscitait relativement peu de craintes, pour un ancien.

Roch, le capitaine de la Garde, leur exposa la situation en quelques mots :
― D’après nos vigies les ronfles sont repartis vers le désert immédiatement. Nous n’avons aucun indice sur leurs intentions futures.
Ce qui revenait à dire qu’on y comprenait rien.

Sous le choc des évènements, Neil s’efforçait de conserver un maintien digne et retenu, mais il passait souvent la main dans sa crinière fauve. Ce tic ressurgissait dès qu’il se sentait mal à l’aise. Comment aurait-il pu s’attendre à une histoire pareille ? Les ronfles ne s’étaient jamais organisés, ni n’avaient fait preuve de la moindre aptitude pour se rassembler à plus de vingt, ou élaborer une quelconque stratégie. Cassidan restait silencieux, le visage penché dans l’ombre transparente de sa longue chevelure ondulée, presque blanche.

― Il y a autre chose, dit Roch, d'un ton altéré.
D’un mouvement de tête, il indiqua au jeune roi l’endroit où Ysolda et ses compagnons s’étaient réunis :
― Jan Tollivert… personne ne sait où il est.
Neil se tourna dans leur direction, avec une expression perplexe, puis se dirigea vers eux à grands pas. Redmond tapota doucement l’épaule d’Ysolda qui se redressa. Ses yeux étaient humides, sa figure d’une inquiétante pâleur.
Le roi mit un genou à terre devant son archère. Il ne s’embarrassait jamais du protocole – ce qui exaspérait Johanna, bien sûr.
― Ysolda ? Où est Jan ?
Elle secoua la tête, le regard fuyant :
― Je ne sais pas, Majesté. Il a disparu pendant la bataille.

Cette fois, Neil eut du mal à cacher son trouble :
― Disparu ? Comment ça, disparu ?
Ysolda ne répondit pas.
Redmond reprit à sa place :
― Nous avons cherché partout, Sire. J’ai pensé qu’il avait pu être blessé, il se serait mis à l’abri sous un étal. On n’a rien trouvé. Et ça fait un bon moment, maintenant.
Cassidan s’était approché également, dans le sillage du roi. Neil se releva et le fixa d’un air interrogateur. L’hypothèse la plus probable restait aussi la plus difficile à admettre – et à formuler, face à l’inquiétude d’Ysolda :
― Pensez-vous… que les ronfles puissent faire des prisonniers ?
― Toutes choses peuvent changer à tout moment, Majesté.

Neil se sentit soudain très jeune et désarmé devant cette perspective absolument inédite. Puis l’idée le traversa que son défunt père n’aurait sûrement pas mieux réagi. À vrai dire, il serait sans doute enfui vers sa bibliothèque pour lire des romances en mangeant des sucreries, abandonnant toute décision à Cassidan. Combien de fois le petit Neil n’avait-il pas été mortifié, autrefois, par la mollesse du vieux roi ? Cette pensée le rasséréna un peu. Quoiqu’il se passe, il valait mieux pour l’amour-propre des qwentils que cela arrive au cours de son règne, et non pendant celui du pauvre Ursus.

Le roi s’éloigna du groupe et monta sur la petite estrade située près de la vaste cheminée de la salle. Il jeta un coup d’œil agacé à la reine, alanguie sur un profond canapé et reniflant dans un mouchoir brodé. Ses suivantes la réconfortaient comme si c’était elle qui venait tout juste de se faire agresser.

Levant les mains, Neil réclama le silence de la foule. Il l’obtint rapidement. Sa voix résonna sous les voûtes. Une voix jeune, mais bien timbrée :
― Mes amis, ce qui est arrivé aujourd’hui reste encore mystérieux… et très préoccupant. Nous allons renforcer notre défense, nous organiser d’une nouvelle manière. En attendant de mieux comprendre ce qui se passe, le marché sera déplacé dans la cour d’honneur. Les tentes des marchands peuvent être remontées dans la prairie qui jouxte les écuries. Ainsi, tout le monde sera à l’intérieur des remparts.

Un murmure d’approbation parcourut l’assemblée.
― Pour l’instant, les commis de cuisine vont vous porter à boire et à manger. Plusieurs soigneurs et soigneuses viendront bientôt s’occuper de vous. Je demande aux protecteurs de continuer à dispenser à tous leur pleine assistance. Qu’ils poursuivent aussi la collecte des récits, au plus précis, vous savez à quel point c’est important. Merci… et gardez courage !
Personne ne lança de vivat, la circonstance était trop pénible, mais Neil revint vers l’ancien et les deux amis accompagné par une rumeur chaleureuse. Il leur fit signe de le suivre. Ysolda, que l’allocution royale semblait avoir un peu requinquée, se leva de son fauteuil.

Tous les trois emboîtèrent le pas au jeune roi, qui sortit par une porte donnant directement sur le jardin clos de la citadelle. Ils s’engagèrent dans l’allée pavée qui coupait les massifs, à travers une profusion de fleurs d’été débordant des buissons et des tonnelles. La végétation paraissait d’autant plus exubérante que l’endroit se révélait finalement assez étriqué, derrière ses hauts murs en pierres de taille. Neil les mena vers une gloriette surchargée de clématites. Il s’adressa à Cassidan :
― Voilà, ici nous pourrons discuter au calme. Dites-moi ce que vous en pensez réellement, mon ami.
― Majesté, il est difficile de juger avant d’avoir évalué la situation dans le Désert Rouge. Ce qui m’inquiète, c’est le nombre de ronfles que nous avons observés ce matin. C’est inexplicable.

Il parut réfléchir, pendant un instant. Ses interlocuteurs le fixaient en silence, dans l'expectative. Il était le mieux placé pour déterminer comment agir à l’heure présente. L'ancien. Leur guide, en toutes circonstances.
― Nous pourrions envoyer Do en reconnaissance, Sire ? proposa-t-il enfin, d'un ton un peu hésitant.
L’épervier hocha la tête signe d’assentiment.
― Quelques rondes d’observation lui suffiront pour nous fournir une vue d’ensemble. Et en attendant, nous resterons groupés ici pour assurer la protection de la cité.

Ysolda intervint brusquement, elle semblait avoir retrouvé un peu de de sa pugnacité :
― Non, il faut que je parte rapidement ! Si Jan a été enlevé par les ronfles, il est en danger !
― Ysolda, ton épaule, remarqua Redmond.
Il désigna la tache de sang qui s’élargissait encore. Ysolda évacua la question d’un geste impatient. Elle affichait une mine décidée, à la limite de l’exaspération. Le jeune roi se tourna vers Cassidan, en roulant des yeux : il ne savait pas quoi répondre à ce malheur supplémentaire.

Avec Jan, Ysolda était sa meilleure archère. Il n’avait aucune envie de la voir s’en aller maintenant, où le doute restait total, y compris à propos de la capacité de Fontevault à se défendre. Les qwentils ignoraient tout de la guerre et les anciens qui auraient pu leur venir en aide étaient ridiculement peu nombreux, voilà tout. Pire, même Cassidan ne semblait pas sûr de lui. Bref, une panoplie de motifs d’inquiétude. D’un autre côté, il comprenait parfaitement qu’Ysolda souhaite partir rapidement à la recherche de Jan.
― À dire vrai, il est difficile de demander à Ysolda de rester ici en attendant la suite des évènements, murmura Cassidan, comme un écho à sa pensée.
L’ancien considéra Ysolda, l’air préoccupé. Puis il tendit le poing devant lui, l’épervier vint s’y percher d’un coup d’aile. Il lui parla :
― Do, regarde si les ronfles sont toujours dans le coin. Si tu ne vois personne, ne perds pas de temps. Va prévenir Neige, à Bois-Terrasse, raconte-lui. Qu’elle renforce sa surveillance. Ensuite, viens nous rejoindre sur le chemin du Désert Rouge. Je vais transmettre l’information aux gardiens, à Olvida, conclut-il, sans donner de précision sur la manière dont il comptait s’y prendre pour communiquer à une telle distance.

Il se tourna vers le roi :
― Nous nous occuperons nous-même de la reconnaissance.
Depuis quelques secondes, Neil fixait le haut personnage avec un air d’incompréhension.
― C’est la meilleure solution, Majesté, reprit Cassidan. Si les ronfles ont établi un camp au delà du périmètre des vigies, il est forcément dans cette direction. Ysolda et moi, nous allons suivre leurs traces.
― Ysolda… et vous ?
Neil se sentait de plus en plus mal à l’aise. Voilà que le principal protecteur de la cité parlait de s’en aller avec sa première archère ! Alors que Fontevault se trouvait clairement menacée. Sous son regard atterré, l’épervier s’élança vers le ciel, où il disparut rapidement.
― Ne vous inquiétez pas, si nous les rencontrons en train de revenir vers Fontevault, nous tournerons bride et serons ici bien avant eux, dit Cassidan en délaçant son gantelet de fauconnier. Nous pourrons à la fois reconnaître le terrain et nous mettre à la recherche de Jan. Et les gardiens seront là dans peu de temps, quelques heures tout au plus. C’est une affaire sans précédent : Deirdre, Morana et Bréval ne vont pas hésiter une minute, soyez tranquille.

Il s’adressa à Ysolda :
― Mais d’abord, il faut arranger ce bandage. Et demandez aux soigneurs de vous donner de quoi vous panser correctement pendant le voyage. Pour le reste, pas de problème : j’emmènerai une préparation qui peut enrayer l’infection des plaies.
Neil comprit qu’il n’y avait plus rien à faire, sinon se plier à la volonté de l’ancien. De toutes façons, personne ne pouvait leur ordonner quoi que ce soit, pas même un roi qwentil. Et à dire vrai, il se sentait aussi très inquiet au sujet de Jan. Le jeune souverain s’absorba quelques instants dans ses pensées, occupé à peser le pour et le contre. Il finit par acquiescer, sans enthousiasme :
― Vous devez avoir raison. Eh bien, nous tenterons de nous débrouiller, ici, en attendant l’arrivée des gardiens.

La décision prise, ils allaient repartir vers la grand’salle, quand Redmond, dansant d’un pied sur l’autre, les interpella :
― Il y a encore quelque chose.
Il les fixa tour à tour, embarrassé :
― Ce n’est peut-être qu’un détail. Mais les ronfles… cela m’est revenu après l’attaque… ils ne ronflent plus.
La petite compagnie échangea des regards perplexes. Ce surnom avait été donné aux créatures du désert par les qwentils, bien longtemps auparavant, en raison de leur continuel reniflement sonore. Une sorte de vrombissement intermittent, causé par une respiration encombrée et maladive. On les entendait arriver à vingt pas au moins, ce qui les rendait franchement inefficaces.
― Ceux qui ont attaqué la citadelle étaient rapides, expliqua Redmond, ils se bagarraient sacrément bien. Ils n’avaient plus l’air souffreteux, ni maladroits. Ils semblaient en meilleure santé.
― C’est vrai, ajouta Ysolda, j’ai remarqué aussi.

Il y eut un silence incrédule.
― Voilà encore une chose tout à fait nouvelle et inattendue, dit enfin Cassidan.
L’ancien fronça les sourcils, pensif, l’œil errant de droite à gauche. Il parut fouiller dans sa mémoire pendant quelques secondes.
― Et un autre mystère à éclaircir, conclut-il en se massant la tempe, avec une mimique contrariée.
Puis il salua Neil et posa la main sur l’épaule d’Ysolda. Celle-ci s’inclina également et tous deux s’éloignèrent parmi les buissons bigarrés, laissant derrière eux le jeune roi qui fourrageait dans ses cheveux avec vigueur, à côté d’un Redmond à la figure parfaitement sinistre.

_oOo_

Les abords du mince sentier étaient constellés de taches étincelantes. Des nuées de moucherons tourbillonnaient sans fin dans les rais de soleil tombant des futaies sur la mousse épaisse, piquetée de fougères et de myrtilliers. Une senteur de bois détrempé, de sureau et de noisettes imprégnait l’air tiède.

Lils progressait lentement à travers le clair-obscur, en s’arrêtant souvent pour observer autour d’elle. Malgré ses déclarations bravaches, s’aventurer aussi loin lui procurait quand même quelques palpitations. À cet endroit, elle le savait, la forêt était particulièrement vaste, recouvrant tout un ensemble de défilés profonds et s’enfonçant au jusqu’au cœur des monts Vétérans.

Elle avait laissé Haute-Source derrière elle et franchi et le Briselonde par une passerelle de bois. Sur les deux flancs de la vallée grimpaient les pâturages, puis les contreforts des montagnes qui l’enserraient. C’était en quelque sorte la limite du monde connu, avant les dédales pierreux d’altitude. Et les rares cols, qui menaient vers un ailleurs inexploré, forcément peu désirable.

La pierre tirait, on ne pouvait le dire autrement : Lils la sentait s’orienter comme l’aiguille magnétique d’une boussole, mais avec beaucoup plus de vigueur, à l’intérieur de l’aumônière de sa ceinture. La décision de venir en aide au peuple des loups avait suffi à l’éveiller.

Lorsque la jeune fille avait ouvert le tiroir de sa table de nuit, une lueur jaune d’or s'était répandue sur son visage. Jamais elle n'avait vu une chose pareille. Le cuivre des montants du lit s’était soudain enluminé comme les décorations de la Jola, au solstice d’hiver. Lils avait pris l’objet dans le creux de la main. Une pulsation discrète, mais puissante, émanait de son cœur. Une naergia minérale, qu’elle ressentait pourtant aussi clairement qu’une saute d’humeur de Tol.

Oui, la pierre savait se faire comprendre, aucun doute… mais la sente déjà presque effacée disparaissait dans un taillis enchevêtré de houx et de laurentin. Lils en fit le tour et constata que la piste était bel et bien terminée. On se trouvait loin du village, personne n’avait de raison de pousser plus avant, ni même d’y venir régulièrement. Le fantôme de chemin s’arrêtait là.

La jeune fille regarda dans la direction où elle devait poursuivre : le sol de la forêt continuait de s’y élever en pente douce, le sous-bois humide laissait la place à une sylve plus ancienne. Sous les chênes aux troncs énormes ne subsistaient que quelques arbrisseaux, leurs vaillants rejetons, ainsi que des fougères et de modestes ronciers. De loin en loin, émergeaient de hauts rochers arrondis et moussus. Lils apercevait de larges trouées jonchées de feuilles mortes, entre les arbres. Des chants d’oiseaux paisibles cascadaient depuis les frondaisons tout autour d’elle et des flaques de soleil s’étalaient çà et là. Bref, l’endroit ne semblait pas particulièrement sinistre ni effrayant, tenta-elle de se rassurer. Seulement très inhabituel pour elle.

Un chevreuil lui jeta un coup d’œil à peine intéressé avant de s’éloigner à pas lents, sans dire un mot. Grâce aux mystérieux signaux de la pierre, Lils devinait que sa destination se trouvait bien droit devant, mais encore lointaine. Elle reprit sa route et sa progression se révéla bientôt plus facile, même si la couche de feuilles s’épaississait au sol en faisant froufrouter et crisser chacune de ses foulées.

Elle marcha ainsi pendant deux bonnes heures entre les arbres géants, sans que le décor ne change. La montée s’adoucit peu à peu. Elle parvenait à un plateau, ce qui lui permit d’accélérer l’allure. À la longue, le bruissement régulier sous ses pas la plongeait dans un état proche de la somnolence.
― Ouch ! Faites attention, espèce de lourdaud !

La voix grinçante avait vociféré aux pieds de Lils, qui en eut un coup au cœur et recula aussitôt de trois pas. Une trogne noirâtre surgit juste devant elle, surmontée de quelque chose qui ressemblait à des tentacules décharnés ou à des branches pourries, quoique fort remuantes.
Lourdaude, rectifia l’apparition d’un ton cassant, en toisant la jeune fille de la tête aux pieds.
― Veuillez m’excuser, vous étiez… sous les feuilles, fit Lils d’une voix étranglée par la surprise.
Elle considéra la singulière créature :
― Vous êtes un homme-souche, c’est ça ?
― Ah ! Ne m’appelez pas comme ça ! Pfut ! Je n’ai rien à voir avec ces fainéants d’arbres ! Rien du tout ! Eux et moi, c’est le jour et la nuit ! Et je n’étais pas sous les feuilles, mais dans mon salon !
― Oh, je suis désolée, dit Lils, médusée.

En vérité, elle était tout à fait terrifiée. Elle savait que les hommes-souches pouvaient se montrer très brutaux. Et elle se demanda avec anxiété comment se présentait la partie de son corps qui restait encore invisible. Quelle taille faisait-il, au juste ?
― Dans mon salon, si fait, en train de calculer la structure logarithmique de la coquille d’un escargot senestre ! Très rare ! Un truc à attraper la migraine, vous pouvez me croire !

Lils ignorait de quoi il parlait, mais il ne lui laissa pas le temps de s’y attarder. Il grogna, en dressant tous ses appendices d’un seul coup, ce qui lui donna l’air vraiment épouvantable :
― Et vous arrivez sans crier gare… Vous me marchez sur l’oreille en me faisant atrocement mal ! Il y a de quoi être désolée, en effet… désolée ! Au moins !
Il roula des yeux noirs et perçants, en la regardant comme s’il s’apprêtait à la mordre. Lils aperçut l’éclat de ses petites dents acérées et recula encore un peu. Elle ne voyait pas précisément où pouvait se trouver l’oreille dans tout le fatras qui s’agitait sur son crâne boucané, mais la question lui sembla assez négligeable, en regard du problème très concret que lui posait cette altercation imprévue avec un être aussi effrayant.
― Écoutez, monsieur… Monsieur… comment doit-on vous appeler ?
― Fibonbberm, c’est mon nom !

Il avait baissé d’un ton, relâchant ses tentacules. Le fait que Lils ait jugé utile qu’il se présente le calmait quelque peu, à l’évidence. Elle détestait l’idée de négocier avec cet individu répugnant, mais elle savait que fuir à toute jambes aurait été une très mauvaise solution. Fosse-souche était à l'origine de plusieurs récits, de ceux qu’on racontait de préférence le dernier jour d’octobre. Et c’est bien pour cela que personne n’osait plus y mettre les pieds depuis des lustres.

Pour résumer, l’homme-souche l’aurait rattrapée en trois enjambées. Et ensuite, il pourrait bien se mettre en tête de faire d’elle un nouveau sujet d’étude. Ou n’importe quoi d’autre.
― Monsieur Fibonbberm… si je peux faire quelque chose pour réparer ma bêtise, je vous assure, ce sera avec plaisir.
La créature renifla et l’examinant de nouveau des pieds à la tête, puis lança dédaigneusement :
― Je ne vois pas à quoi une abrutie comme vous pourrait bien me servir… à part d’étrennes pour le maître des ronfles ! Mais je ne vais pas interrompre mon travail pour ça ! Oh non !

Il secoua la tête en jetant à Lils un regard chargé de mépris. Elle se sentit d’abord légèrement rassurée. Il n’imaginait pas de la disséquer ou de la déguster. Ou pas encore. Mais d’un coup, les mots qu’il venait de prononcer la frappèrent. Elle en oublia presque le mauvais pas où elle se trouvait :
― Qu’est-ce que vous avez dit, Monsieur Fibonbberm ?
― Moi ? Eh bien, que vous êtes inculte et barbare, comme tous les qwentils ! Vous ne comprenez strictement rien aux sciences exactes ni…
― Non, non, pas ça, l’interrompit Lils. Mais le… maître des ronfles ?
― J’ai dit ça, moi ?

L’homme-souche se renfrogna.
― Vous semblez assez attentive, pour une qwentile, c’est peu courant… Oui, j’ai dû le dire, admit-il aigrement.
― Les ronfles ont un maître ? Depuis quand ?
L’homme-souche parut embarrassé. Et du coup, moins en colère, ce qui soulagea Lils. Elle comprit aussi qu’il avait parlé sans réfléchir et ne savait plus comment se tirer de ce mauvais pas. Il lui retourna une œillade d’une sournoiserie sans équivoque, mais resta muet. Lils s’enhardit :
― Vous et les vôtres… vous êtes les amis des ronfles ?
― Les miens ? Ah ah ! AH AH AH ! Une demi-douzaine de jeunes ergoteurs, qui se croient tous plus futés que moi ! Mais à notre prochain colloque je leur ferai voir qui est le meilleur !

Il toussota – ce qui produisit un gargouillement infect – tout en se rengorgeant. Mais il n’avait pas échappé à Lils que Fibonbberm avait sauté sur l’occasion de dévier la conversation.
― C’est moi le plus savant d’entre tous, il n’y a pas à tortiller ! Je suis sur le point d’établir une formule, dont le génie les ramènera à ce qu’ils sont en réalité : des larves à peine sorties du cocon !

Fibonbberm émit un petit rire sarcastique et croassant. La jeune fille opina du chef, perplexe. Elle n’arrivait pas à trancher : devait-elle tenter d’en savoir plus sur la bizarrerie qui venait de lui échapper ? Ou s’en tenir à la prudence et continuer à l’amadouer, jusqu’à ce qu’elle puisse prendre la tangente ?

C’est le moment que choisit l’homme-souche pour s’extraire de son trou, bien trop prestement au goût de Lils, et s’installer face à elle. Il afficha une mine satisfaite, comme s’il s’apprêtait à poursuivre une longue et agréable conversation. Il avait complètement oublié sa fureur.

Il présentait un corps a peu près proportionné, pas très volumineux, mais muni d’un nombre beaucoup trop élevé de membres. Lesquels étaient aussi bigrement trop longs et flexibles. Et il empestait ! Le fumet d’une vieille harde imprégnée de sueur, pourrissant dans un séchoir à lichen.
― Fisse-lui la paix ! intervint subitement une voix fluette au-dessus de leur tête.

Lils leva les yeux et aperçut un écureuil, qui les observait. Ces gentilles petites bestioles possédaient un vocabulaire assez réduit mais n’étaient jamais avares de donner leur avis. Malgré son inquiétude, la jeune fille ne put s’empêcher de sourire.
― Oh misère, un saute-branche ! grimaça l’homme-souche.
Il agita un doigt décharné en direction du minuscule animal :
― Mêle-toi de tes noisettes et de tes glands, pour une fois !
― Moi je savoir ! Tu parler… et après, elle fatiguée trop ! Doit pas dormir, doit marsser, la dame attend.
― Hein ? dit Fibonbberm en reportant son regard sur Lils. La dame ? Quelle dame ?
L’écureuil atterrit en souplesse sur l’épaule de la jeune fille et répéta :
― Laisse-là ! Doit marsser ! Maintenant !

Lils comprit qu’il pourrait y avoir là une occasion de s’en tirer. Mais il faudrait qu’elle éclaircisse néanmoins cette histoire de maître des ronfles – et le plus vite possible. L’anarchie stérile qui régnait chez leurs ennemis séculaires était le sujet de nombreuses plaisanteries qwentiles. Et pourtant Greirtch leur avait amené nouvelles qui allaient dans le même sens : ils s’organisaient, ils s’aguerrissaient.
― Écoutez, Monsieur… c’est vrai, je voyage pour rendre visite à une ancienne qui vit dans cette région. Vous feriez mieux de me laisser partir, il a raison.
― Une ancienne qui habite par ici ? Celle de Bois-Terrasse ?
― Ouip, dit l’écureuil.

L’homme-souche plissa les yeux.
― Je ne souhaite pas contrarier la dame, admit-il enfin. Je n’ai pas envie d’avoir affaire à elle. Elle n’est pas très aimable, nom d’un cancrelat !
Fibonbberm renifla plusieurs fois de suite en produisant un chuintement de bouilloire détraquée.
― C’est fâcheux, reprit-il, pour une fois qu’une qwentile ne me semblait pas trop stupide. Très fâcheux.
― Eh bien je peux donc m’en aller ? demanda Lils qui n’en était pas encore tout à fait certaine.
― Ouiche, allez-y, siffla l’homme-souche. Et dites à la dame qu’elle devrait cesser de me menacer avec son épée à chaque fois qu’elle passe par ici. Nous pourrions plutôt boire un nectar de scolopendres, discuter un peu de trigonométrie… Son attitude me chagrine !

Lils s’éloigna à reculons, penchée en courbette. Neige savait sûrement ce qu’elle faisait et elle devinait, grâce à l’intervention du saute-branche, à quel point il devait être difficile de se défaire d’un tel personnage lorsqu’il n’était pas d’accord. Elle s’imagina obligée d’écouter ses discours ésotériques, sous peine de déclencher des hostilités où elle aurait certainement le dessous. Elle frémit de dégoût. Une fois parvenue à bonne distance, elle lui adressa encore une révérence, la plus cérémonieuse possible, et reprit son chemin à pas lents.
― Ouf, confirma l’écureuil en chuchotant dans son oreille. Homme-araignée pas bon, hein !

Fibonbberm regardait Lils s'éclipser avec une expression pleine de rancœur. Elle ne respira mieux qu’après l’avoir perdu de vue.
― Tu l’appelles homme-araignée ? demanda-t-elle alors à son petit compagnon.
― Ouip, grands bras, partout. Attraper.
― Je vois. Et après il te croque ?
― Non, mange pas moi, mange pas qwintils. Juste garder, parler… trop.
― Eh bien, merci, dit Lils en souriant. Heureusement que tu es arrivé, j’ignore ce que j’aurais pu inventer. Je ne savais pas qu’il y avait moyen de s’en tirer en le menaçant.
― Courir, non. Mais il peur les anciens.
― Nous évitons Fosse-Souche, en temps normal. À vrai dire, la plupart des qwentils évitent même toute la forêt.
La jeune fille eut un petit rire nerveux et s’immobilisa :
― Et maintenant, il faudrait que je fasse attention… à ne pas rencontrer un de ses voisins !
― Aucun ici, mais passer là, dit l’écureuil en désignant leur droite de sa minuscule patte. Route-caillou.

Lils s’engagea dans la direction indiquée. Après quelques minutes de marche elle distingua effectivement une paroi rocheuse, qui se prolongeait en bordant les derniers chênes, avant une prairie d’altitude visible au loin. À son pied, de gros blocs émergeaient à moitié du sol jonché de pierraille. Aucun homme-souche n’aurait pu habiter là-dedans et il semblait possible de longer l’escarpement, en marchant vers le nord. Lils grattouilla amicalement la tête du petit animal.
― Tu es un bon conseiller, dis donc !
― Je Froy, répliqua l’écureuil.
― Enchantée Froy, moi c’est Lils.
― Je savoir, répondit-il en se frottant le nez d’un air sérieux.
La jeune fille reprit sa route en regardant où elle mettait les pieds.
― Ainsi, tu es un ami de dame Neige ? C’est elle qui t’envoie ?
― Je habiter là, dit l’écureuil.
― À Bois-Terrasse ?
― Ouip, nous beaucoup, mais dame seule.

Lils était perplexe. Que cherchait-il à exprimer par ces paroles contradictoires ? Neige se trouvait seule dans les bois, mais pour un ancien, cela n’avait rien d’étonnant. D’après sa mère Ysolda, même Cassidan préférait vivre la plupart du temps aux abords d’un promontoire rocheux au-dessus de Fontevault, un belvédère naturel pointant hors de la forêt, où il avait ses quartiers. De là, il bénéficiait d’une vue d’ensemble sur la ville, sans pour autant être obligé d’y résider.

De manière générale, les anciens étaient très peu nombreux en Cinqueterre : pour ce qu’on en savait, il n’étaient pas plus d’une centaine à Olvida, leur capitale. Quant à L’Isleverte, impossible de dire ce qui s’y passait ou combien y habitaient encore. Aucun qwentil n’y avait jamais été admis.

Le cheminement au travers des éboulis s’avéra malaisé jusqu’à la tombée du jour, après quoi la combe se rétrécit et déboucha sur une prairie formant une vaste clairière. Celle-ci était enserrée de tous côtés par de hauts taillis, qui semblaient impénétrables. Depuis un bon moment, Froy avait quitté l’épaule de Lils, l’allégeant un peu. Il l’accompagnait à distance, en sautant de branche en branche quand c’était possible. Exténuée, elle se laissa tomber dans l’herbe fraîche. Froy s’assit en face d’elle, la considérant avec réprobation de ses petits yeux en gouttelettes noires.
― Marsser, dit-il d’un ton péremptoire – et assez comique de la part d’un aussi minuscule interlocuteur.
― Je suis très fatiguée, tu sais. On pourrait s’arrêter ici, faire un feu, manger un peu… et même y passer la nuit, non ?
Froy secoua la tête en signe de dénégation. Lils soupira profondément et ouvrit l’aumônière :
― Tu vois cette pierre ? Elle arrive à me faire sentir la distance qui nous reste, je ne sais pas comment. Et là, elle me dit que nous sommes encore loin, petit bonhomme ! Je voudrais vraiment me reposer un peu.
L’écureuil tendit la patte vers la lisière de la forêt :
― Semin ancien !

Chemin ancien ? Lils regarda la direction qu’il indiquait. Effectivement, il s’ouvrait là-bas une brèche dans les feuillages, comme une poterne en ogive donnant sur un couloir faiblement éclairé. Elle ne l’avait pas remarquée auparavant, ce qui lui parut extrêmement curieux. C’était pourtant bien visible.
― D’accord, dit-elle. Si tu me laisses souffler et grignoter un peu. Et puis il va bientôt faire noir… Je ne suis pas un hibou, tu comprends ?

Froy ne répondit pas mais la lorgna avec une mine sévère. Lils haussa les épaules et ouvrit son sac. Le petit animal se rapprocha et la regarda avec intérêt, ce qui la fit rire. Elle en sortit une noix puis attrapa deux cailloux qui traînaient à peu de distance. Elle cassa la coque et posa le cerneau devant Froy.
― Tiens, tu dois aimer ça ?
L’écureuil s’en empara et commença aussitôt à ronger avec appétit.
― Tu vois bien que tu avais besoin d’une petite pause ! ironisa Lils gentiment.
― Ouip, vite !

Ils mangèrent en silence, la jeune fille tendant de temps à autre à Froy un quartier de pomme sèche, ou un bout de croûte de son pain. Quand ils eurent fini de se restaurer, les étoiles commençaient à clignoter dans le ciel, qui avait viré au bleu sombre. On n’y voyait plus grand-chose.

Lils se sentait mieux, bien qu’encore un peu courbaturée par le long cheminement précautionneux au travers de la pierraille. L’idée de continuer pendant la nuit ne lui plaisait toujours pas, mais Froy se mit à sautiller autour d’elle. Puis stoppa net, très agité, dans l’axe de la mystérieuse porte. Le message était clair : la jeune fille comprit qu’il ne la laisserait pas tranquille tant qu’elle n’aurait pas repris sa route. Elle se leva en soupirant, ramassa son paquetage et se mit en devoir de traverser la prairie dans l’obscurité presque totale.

Mais au fur et à mesure qu’elle approchait de la lisière, en face d’elle, un phénomène étrange se manifestait : d’abord, une phosphorescence verte émana de l’intérieur de la trouée, puis le porche s’agrandit peu à peu, sur un passage de plus en plus brillamment éclairé à chaque seconde. Chemin ancien, avait dit Froy…

Une fois parvenue à l’orée du bois, elle s’immobilisa. Elle comprenait ce que cela signifiait réellement. Pas une simple direction pour rejoindre la demeure de Neige, non… mais bien une voie magique, aménagée grâce à la naergia.
Hésitante, elle entra dans le domaine de l’ancienne.

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Lynkha
Posté le 16/11/2019
Bonjour,

Suite de ma lecture.

J'aime vraiment beaucoup tes descriptions, dans la forêt. Elles glissent toutes seules. C'est très agréable.

Deux passages assez différents dans ce chapitre. Le jeune roi apparaît effectivement sous un jour très ouvert, très proche de ses sujets. D'un point de vue extérieur, je m'interroge du coup sur la taille du royaume et la population Qwentil.
J'ai bien aimé aussi l'explication sur l'origine du nom des Ronfles.
Quant à l'attaque, le fait qu'ils se replient si vite laisse supposer qu'ils avaient atteint leur but : était-ce de s'emparer d'un qwentil pour quelque sinistre expérience ?

La balade de la jeune Lils se passe plutôt bien pour le moment. Sa rencontre avec l'araignée s'est finalement terminée sans incident. Cette histoire de maître des ronfles confirme qu'il se passe quelque chose d'inquiétant avec ce peuple que les Qwentils avaient l'air de tenir pour quantité négligeable.

Quelques détails relevés au fil de ma lecture :

"Des hautes fenêtres en ogive tombaient à flots" -> ce n'est qu'en arrivant sur le mot "flot" que j'ai compris que le sujet était inversé. J'ai dû relire le début de la phrase.

"les protecteurs circulaient parmi eux" -> grammaticalement dans le texte, je ne suis pas sûre de savoir à qui "eux" fait référence (tous les sujets précédents sont singuliers)

"il lui arrivait de montrer" -> de se montrer

"il serait sans doute enfui" -> se serait

"Il n’avait aucune envie de la voir s’en aller maintenant, où le doute restait total" -> J'ai l'impression qu'il y a un souci de construction : le pronom relatif "où" semblerait faire référence à un lieu, mais l'antécédent est "maintenant".

"Et demandez aux soigneurs" -> ne serait-ce pas plutôt "demander" ?

"On les entendait arriver à vingt pas au moins, ce qui les rendait franchement inefficaces." -> je ne sais pas si "inefficace" est le terme le plus adapté dans ce contexte.

"à toute jambes" -> toutes
Lohiel
Posté le 16/11/2019
Merci de ces remarques, les mots et s oubliés, par exemple :/
Merci bis !

"Parmi eux", je vais voir... grammaticalement OK, un peu trop bizarre.

Pour d'autres, je ne changerai pas, parce que c'est approprié.

Tu connais le site du CNRT ? (centre national des ressources textuelles) Il est super utile.
Je pense qu'on ne peut pas mettre de lien donc je remplace les points et les slashs par des tirets (tu reportes sur google, tu retrouveras) :
cnrtl-fr-lexicographie-où
B. − Sens temporel
1. [L'antécédent marque le temps] Il fut un temps où...; le temps n'est plus où...; en un temps où...; pendant le temps où...; le(s) jour(s) où...; les soirs où...; ces matins-là où...; l'heure où..., à l'âge où..., à l'instant où...; il y a des moments où, des jours où... Il y a des heures où il faut chercher tous ses mots dans le dictionnaire (Renard,Journal,1900, p.597):

Et demandez aux soigneurs : les deux sont possibles, mais le fait est que la première forme, que tu proposes, serait un lissage grammatical, alors que là il s'adresse directement à elle. Tu sais, un prof de français est là pour faire respecter la langue. L'auteur fait un autre métier, il ne doit pas se gêner pour la bousculer un peu. Sinon son texte est souvent soporifique, j'ai vu ce problème de déformation professionnelle à plusieurs reprises dans des manuscrits que j'étais amenée à réviser.

Inefficace, je garde. J'y ai beaucoup pensé, fait beaucoup d'essais. C'est clairement la formulation la plus humoristique, justement à cause du décalage.

Pour tes questions d'intrigue, regarde mes réponses à Renarde, ci-dessous. Oui, c'est bizarre, mais tout sera éclairci, il n'y a aucun hasard là-dedans.

Merci encore :-)




Lynkha
Posté le 16/11/2019
Ah oui, j'écris avec un onglet ouvert en permanence sur le site du CNRTL et je m'y réfère tout le temps. J'ai effectivement écrit trop vite sur la question du où, sans réfléchir à l'utilisation que tu cites. Mais la phrase m'avait choquée. Du coup, je ne sais pas pourquoi, ou comment mettre le doigt sur ce qui me gêne dedans.

Quant à l'intrigue, je ne la trouve pas bizarre pour l'instant. Des événements étranges se produisent, mais c'est ce qu'on attend dans un début de roman ;) J'attends de voir où tout cela va nous mener.
Lohiel
Posté le 16/11/2019
Justement, si j'aime bien cette phrase un peu chaotique, c'est parce qu'elle correspond à l'esprit de Neil - au moment où ça se passe.
Mais peut-être, un jour, on me dira la même chose que toi, si le texte passe en révision pro. Wait'n see.
Sinon, truc que j'ai remarqué, quand une de mes phrases me chipote : le problème n'est parfois pas à l'endroit que j'ai détecté, mais juste à côté.
Renarde
Posté le 16/11/2019
Coucou Lohiel,

Le roi a complètement changé pour moi. J'avoue que lors que j'ai lu "Ceci dit, je suis roi et donc… c’est moi qui décide !" lors du précédent chapitre, je l'avais trouvé puéril. Ne manquait plus que le "Na !" à la fin de sa tirade pour parfaire le sale gamin, et j'avais été surprise d'apprendre qu'il avait quinze ans.

Là, au contraire, il fait preuve d'une maturité et d'un sens des responsabilités admirable.

Par curiosité, pourquoi n'as tu pas fait deux chapitres ? Il y a deux parties bien distinctes, centrées sur deux personnages différents du coup cela se prêtait bien à un découpage. Ce n'est pas "grave", mais j'aimerais bien comprendre ta logique (parce que pour le peu que je te connais, je sais qu'il y en a une).

Plus je repense à l'attaque des ronfles, plus je me dis qu'il y a anguille sous roche. Ce n'est pas logique. Ils sont mûrement préparés, armés, supérieurs en nombre, profitent de l'effet de surprise et ils terminent par se carapater sans aucune raison. Toute cette préparation pour rien (en apparence) ?
Je me demande si le but n'était pas de capturer Jan, mais là également, ça ne tient pas... Soit c'est un hasard (ils ont pris Jan mais cela aurait pu être n'importe qui d'autre), soit c'était prémédité mais dans ce cas, ils n'avaient aucun moyen de savoir qu'il serait là.
Une attaque de cette ampleur pour enlever un Qwentil au hasard ? Hum...

Dans tous les cas, les ronfles évoluent rapidement. On dirait qu'ils ont passé du stade d'Australopithèque à celui d'homo erectus en un claquement de doigt. On les arme, on les organise, on les soigne... Mais qui est ce "on" ? Le maître des ronfles ?

J'ai beaucoup aimé la deuxième partie centrée sur Lils. J'imaginait très bien la scène, il y avait quelque chose du "Seigneur des anneaux" dans la rencontre avec l'homme-souche, peut-être parce que j'ai pensé aux Ents.

Je me réjouis de découvrir Neige ! J'espère en apprendre plus sur ces anciens.
Lohiel
Posté le 16/11/2019
Merci de ce message.

J'ai changé le 1er paragraphe du chapitre précédent pour qu'on comprenne plus vite qui est Neil. un personnage important, courageux, mais très nerveux.

Oui, les ronfles, c'est bizarre, effectivement, hein ? C'est voulu, bien sûr, mais tout cela sera expliqué - en partie - assez vite (dans le texte qui figure sur ce site, déjà), c'est le moindre des mystères et ça me permet de réutiliser ce procédé que j'aime beaucoup (cf. le loup, chapitre précédent) : prendre le lecteur à contre-pied.
Je trouve intéressant, que rien, jamais, ne se passe comme prévu :-)

Cela dit, l'attaque répond à trois objectifs distincts. Tous seront détaillés au court du bouquin., bien sûr. Et pourquoi elles s'est passé ainsi. Il est absolument vrai qu'il y a zéro hasard, dans ce que je mets en place.

Neige est un de mes personnages préférés. Pour son côté sauvage, revèche. En l'écrivant je pensais à une des rares photos de Rachel Weisz où elle fait la tête (j'ai trouvé des modèles physiques pour plusieurs de mes persos, mais pas pour Cassidan, qui est censé être terriblement beau ^^).

Sinon, le découpage, rien d'exceptionnel, c'est papier, classique. 18 gros chapitres, qui correspondent à des unités d'action (un peu moins au début où les personnages n'ont pas encore convergé vers le même endroit)
Lohiel
Posté le 16/11/2019
elle s'est passé* pff j'écris trop vite, avec tout ce boulot ^^
Lohiel
Posté le 16/11/2019
d'ailleurs, c'est : elle s'est passée* (bon, je repars, ça ne va décidément plus ^^)
Xendor
Posté le 13/11/2019
Waou ! Un homme-souche spécialiste des mathématiques ! Si j'avais pu lui parler directement je pense que j'aurai passé une bonne journée avec lui ^^ Il devrait rencontrer Ramanujan (best mathématicien ever).

Cela à peut-être l'air bête, mais même si pour le moment les ronfles - qui d'ailleurs ne ronflent plus - on l'ai d'être les méchants, et bien ils m'ont l'air plus ... "dignes", et j'insiste bien sur les guillemets.

Je ne doute pas que les Qwentils soient gentils. Ils sont juste un peu simple comme les Hobbits. Mais les Ronfles ont gagnés mon respect - pour l'instant- parce qu'ils ont évolués dans une zone sensé être déserte, et surtout parce que leurs amis semblent être plus répandus qu'on ne le pensait.

C'est vrai, on pourrait se dire : ils sont les méchants, ils vivent dans un désert ou au-delà : ils n'ont que peu ou pas de liens dans les Cinqterres. Mais ... ils semblent s'être fait des alliés au nez et à la barbe des anciens.

Alors : est-ce de la négligence, de l'arrogance de la part des anciens ? Et par extensions côté négligence pour les Qwentils ?

Pour parler vrai même, je crois qu'il serait juste de dire que les Qwentils se font en fait mener de bout en bout, sans même le savoir.
Lohiel
Posté le 13/11/2019
Wow... bon, je pense que j'ai laissé assez d'indices pour les nez creux dans ton genre ^^ tu es sidérant.
En fait, c'est pour ça que j'ai mis 6 chapitres d'emblée, pour que le 1er mystère, au moins, soit levé. Celui des ronfles (mais c'est le moindre d'entre eux).
Par contre, les qwentils, c'est beaucoup plus épineux. On attendra longtemps. Au cas où, petite énigme, puisque tu es fort en la matière : fais un tour sur mon profil forum, et demande sans hésiter. En effet, en raison de certaines circonstances, je ne pourrai tout chanter ici.
Je me remets à mes révisions. Beaucoup allégé la séquence avec l'ancienne du premier chapitre, ça m'a pris l'après-midi. Heureusement, par la suite, c'est déjà plus abouti, ouf ^^ Sinon, j'en ai encore pour dix ans :-))

Xendor
Posté le 13/11/2019
Pour te répondre je dirai que c'est également un concours de circonstances ^^ Il y a de cela à peine à moi je finissais la quête principale pour un classe d'un MMORPG basée sur des intrigues à tout va : agents double, triples, complots à l'envergure galactique, etc. Et dans le lot : une partie de la quête se passait sur une planète où deux espèces se battaient entre elles. Et on se rendait compte à la fin que non seulement elles étaient apparentés mais que c'est un troisième parti qui tirait sa force de leurs conflits incessants. C'est pourquoi j'ai eu un tilt direct. Disons que j'ai eu une vaccination sur le sujet ^^

Je ne m'en inquiète pas pour le scénario. J'ai conscience que vouloir trop en dire d'un seul coup c'est tuer le récit. Et puis découvrir pas à pas c'est bien aussi :)

Xendor
Lohiel
Posté le 13/11/2019
Ah, voilà une énigme que tu n'as PAS résolue ^^
Xendor
Posté le 13/11/2019
Dans ce cas, je ferai appel à Arsène Lupin pour m'aider ^^ Il connaît tous les bons tuyaux le sacripan
Lohiel
Posté le 13/11/2019
Non je te disais de jeter un oeil sur mon profil forum, vu que je ne mettrai pas tout ici. Le mystère restera entier, sauf pour les audacieux ^^ Voilà. Je suppose que ce bouquin pourra trouver un éditeur, mais quand ? C'est difficile à dire. Et les lecteurs malins, c'est précieux.
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