CHAPITRE III : LA CARAVANE

Notes de l’auteur : Dec. 5 : Coupe du chapitre en deux + corrections pour rythmer et fluidifier le texte

Dec. 18 : grosse refonte du chapitre. Les dialogues ont été réécrits.

Dec. 20 : sans grande surprise : correction des corrections, des répétitions nulles ont été introduites

Un grand merci à Myst pour son oeil de lynx et ses conseils avisés :-)

Un triangle d’oies cendrées traversait le ciel alors que les deux voyageurs longeaient la rive bordée de prairies verdoyantes. Même Bachi le revêche qui s’arrêtait souvent sans raison avançait bien ; ses sabots claquaient contre la terre de façon régulière. Meghi ouvrit son gilet en laine et déroula son écharpe. À ses côtés, Hjartann flottait dans ses frusques de fermier. Sa chevelure noire emmêlée le faisait ressembler aux ermites vêtus de leurs propres cheveux, hantant les sanctuaires des Trois. Pour ne pas savoir que la guerre est finie depuis quinze ans, il doit avoir reçu un bon coup sur le gandot ! se dit Meghi en riant sous cape. Mais il devait l’admettre : il appréciait sa compagnie, sa présence calme l’apaisait.

Quand Meghi aperçut le bourg de Valnoy, amoncellement de bâtiments en bois le long du lac, il se retourna et porta son regard sur la ligne d’horizon. Le ciel dégagé permettait de voir les montagnes aux sommets blancs, dont la gamme variée de couleurs laissait deviner l’existence de différentes vallées sur leurs flancs. Meghi ne fut satisfait que lorsqu’il repéra la sienne. Face à ce panorama familier, il fut brièvement torturé par l’angoisse de devoir partir, mêlée à la crainte de ne plus revenir. Il avait franchi la frontière du monde qu’il connaissait : jamais il ne s’était aventuré au-delà de ce pays pittoresque encaissé entre les hauts monts et par le lac Noure à l’ouest. Il ne put s’empêcher de rire : il venait de prendre la route et voilà-t-il qu’il était lié à un drôle de vagabond ; que lui réservait la suite ?

Il s’apprêtait à lancer une plaisanterie, mais remarqua que Hjartann titubait sur le sentier comme un homme ivre. Des veinules violacées parcouraient son visage. Haletant, les lèvres craquelées, ses cheveux collés à son front humide, le pauvre semblait à bout de force. Passé le choc, Meghi courut vers lui, glissa le bras autour de son torse et l’assit dans les herbes au bord du chemin. Délaçant son écharpe, il se dépêcha de déboucher le bouchon de sa gourde.

« Je suis vraiment navré, finit par dire Hjartann avec un sourire contrit, en avalant une gorgée. Je ne fais que vous ralentir.

— Vous êtes malade, ce n’est rien du tout. »

D’un revers de main, Hjartann essuya son front perlé de sueur. « Ce soleil… J’ai juste besoin d’un petit moment pour récupérer. »

Les températures s’étaient adoucies depuis qu’ils avaient quitté les hautes montagnes. Les premiers bourgeons prêts à s’ouvrir décoraient les branches nues des frênes et des saules et à leur droite, les fleurs blanches d’un prunier s’épanouissaient au milieu du pré ; l’odeur capiteuse qu’elles exhalaient, mêlée à celle de la terre humide et du lac, sentait bon le soleil et le printemps.

« Ne forcez pas, le rassura Meghi. Reposez-vous. Nous repartirons dès que vous irez mieux. »

Il se promit de lui acheter une plâtrée de beignets, une fois à Valnoy. Poussant les sacs de linges et déplaçant les casseroles, il lui aménagea un siège et Hjartann se hissa sur le dos de Bachi. Plusieurs charrettes vides remontaient le sentier. Les deux voyageurs se mirent de côté pour leur faciliter le passage. Meghi ne s’étonna pas de voir les bucherons les dévisager en les croisant. Avec sa peau claire comme un Elfe, ses fossettes creusées et ses cheveux en bataille, Hjartann n’avait pas un physique des plus rassurants. Sans compter sa lèvre entaillée et le coquard noirâtre sur son arcade gauche, où Meghi l’avait frappé. À mesure qu’ils approchaient de Valnoy, celui-ci surveillait son compagnon du coin de l’œil, craignant qu’il ne s’effondre à tout instant, mais Hjartann tint bon.

Postés sur le haut beffroi dominant le bourg, les deux soldats armés de lance les laissèrent entrer sans encombre ; Hjartann mit pied à terre et guida Bachi par la longe. Ils s’engagèrent sur la route principale bordée de maisons en bois qui semblaient avoir été construites au gré des différents propriétaires : ici, on contournait une pièce et là, on passait sous une arcade ou l’on enjambait une rigole boueuse.

« Regardez-moi ça ! s’exclama Hjartann, en tournant la tête de tous côtés. La dernière fois, tout était détruit. Des flammes dévoraient les bâtiments. »

Meghi ne savait s’il devait rire ou s’inquiéter : tous les souvenirs de Hjartann se rapportaient à la guerre, à croire que celle-ci s’était achevée la veille. Le long du fleuve Golin, une bourrasque fraîche leur fouetta les joues. Ils longèrent les scieries de planches et de madriers, enveloppés par l’odeur des pins. L’activité du bourg s’était développée autour du commerce de ce précieux bois.

« Cette odeur me rappelle mon chez-moi », dit Hjartann en s’immobilisant au milieu de la rue, les paupières closes.

Essayait-il de faire croire à Meghi qu’il possédait chez lui des meubles en pin de Valnoy ? Meghi n’était pas dupe ; ces planches parfumées coûtaient une petite fortune !

« J’imagine que votre grand château en est plein », ironisa-t-il, soulagé que d’autres pans de sa mémoire pussent resurgir. Il huma un arôme délicieux : celui du pain chaud sorti du four. « Pis ça, c’est l’odeur de chez moi ! » ajouta-t-il en riant.

Comme il se l’était promis, il acheta un bon stock de beignets bien gras qu’il offrit à Hjartann.

« Mangez ! lui intima-t-il. Vous me finissez ce sac, c’est sans appel ! »

Ils marchèrent en grignotant jusqu’au port d’embarcation dans lequel des gabares à une voile et à fond plat s’entrechoquaient doucement. Des matelots transportaient des panneaux ou tiraient des caisses posées sur des rondins de bois. Meghi s’approcha d’un groupe d’enfants :

« Où peut-on trouver un bateau ? »

Les gamins se regardèrent avec surprise. Un tout jeune s’enfuit en courant après avoir longuement fixé Hjartann, la bouche ouverte, mais le plus grand et le plus vif, aux chausses maculées de boue, se détacha des autres et s’avança vers eux, le torse bombé.

« Allez au hangar là-bas, celui avec la porte verte, lui conseilla-t-il, le doigt pointé vers une maison le long du quai. Mon père, il a un bateau, vous pouvez lui demander. »

Un des panneaux de la porte verte, délavée par le soleil, les hivers froids et les intempéries, s’ouvrit sur un entrepôt empli de caisses et de planches. Le cri des ouvriers couvrait à peine le bruit incessant des marteaux. Meghi attacha Bachi à l’entrée et héla un gaillard aux larges épaules et au nez épaté aboyant des ordres à destination d’un groupe de travailleurs.

« Est-ce que vous avez des bateaux qui partent vers le sud aujourd’hui ? »

Le marinier secoua la tête. « J’aimerais bien mon brave, mais voilà deux semaines que les bateaux sont cloués au port. Plus aucun n’appareille jusqu’à nouvel ordre.

— Pourquoi ? demanda Meghi.

— Vous viviez dans une grotte ou quoi ? Passé Valnoy, le voyage est périlleux. Des bandes de Nains se sont rassemblés sur la lande et attaquent les voyageurs. Même les bateaux sont menacés. L’un des miens a coulé la semaine précédente, avant d’arriver à Desaigues. »

Meghi échangea un regard avec Hjartann. « Ben mince alors, on ne pourra jamais aller à Nisle.

— Nisle ? réagit le batelier. Vous êtes fous ! S’il y a autant de bandes, c’est parce que les nabots partent vers le Sud. D’après les rumeurs, ils veulent rejoindre leurs congénères et gonfler l’armée naine qui menacerait Nisle.

— Des Nains qui menacent Nisle ? s’étrangla Hjartann, les yeux ronds. Est-ce que vous en savez plus ?

— Non, les informations nous parviennent au compte-goutte. D’après la caravane elfe qui vient d’arriver, ce sont les nabots des montagnes Bleues. Mais allez savoir avec ces Elfes, ils ne sont pas dignes de confiance.

— Quelle caravane ? demanda Hjartann.

— Leur camp se trouve à une lieue, le long du fleuve, ils n’ont pas le droit d’entrer dans Valnoy. Il paraît qu’ils sont sur le point de repartir vers Desaigues, les inconscients ! »

Le gaillard se détourna vers ses ouvriers : « Mais faites donc un peu attention avec ces planches ! »

Meghi joua avec ses bracelets, Hjartann détacha Bachi et tous deux déambulèrent dans le port.

Hjartann fixait le sol boueux, la mine sombre, les joues plus creusées encore que d’ordinaire.

« Vous avez l’air vraiment inquiet, constata Meghi.

— Si l’armée est sortie des Monts bleus, ce ne peut être que des Nains danbrais, énonça Hjartann. Vous avez vu la vilaine cicatrice sur ma poitrine ? C’est de leur fait. Ils sont plus organisés que leurs congénères et se spécialisent dans le commerce d’esclaves. Si ce que dit le marinier est vrai, Nisle est en grand danger.

— Eh beh ! Nous voilà bien dans la panade. Pouvons-nous continuer notre voyage ?

— Nous pourrions rejoindre cette caravane, proposa Hjartann.

— Vous n’êtes pas bien ? Avez-vous écouté le marinier ? Hjartann, je sais bien que vous n’avez aucun souvenir de la guerre, mais reprenez-vous. Ce sont des Elfes, des barbares venus du fond des âges. Ils tuent rien que pour le plaisir ! »

Hjartann s’immobilisa et croisa les bras. « Est-ce les sortes de préjugés qui courent dans votre village ? C’est n’importe quoi ! J’ai bien écouté au contraire et il semblerait que ce soit des Tutsas.

— Des quoi ?

— Des Tutsas, des elfes nomades. Ils sont bien différents des Gondrelonais que nous avons combattus pendant la guerre, ou des Elfes sébénites d’au-delà des mers. Ils ne respectent même pas les cyls.

— Les cils ?

— Non : les cyls ! Ces lois millénaires structurent leur existence. Je ne suis pas un spécialiste, je n’en connais pas les détails, mais je sais que les Elfes honorent leurs préceptes comme un culte. Pour eux, tout est cyl : une année, la vie, le monde. Mais ce n’est pas le cas des Tutsas. »

À la sortie du bourg, le sentier se poursuivait à travers une vaste prairie vallonnée, traversée par le fleuve Golin qui sinuait comme un serpent géant dans les hautes herbes. À mesure qu’ils s’éloignaient de Valnoy, une boule se créait dans le ventre de Meghi, comme s'il venait d’avaler un sac de pierres. La mention des Elfes le renvoyait à la guerre et il repensait aux morts, aux privations, à l’état de son frère.

Dans la steppe, des caravanes en bois, peintes de motifs jaune et vert, aux roues écarlates, formaient trois cercles autour desquels paissaient des troupeaux d’ovins gigantesques, plus grands qu’un cheval. Leurs épais poils beiges les faisaient ressembler à de grosses boules de foin roulant sur la plaine. Des chiens de berger couraient en tous sens et aboyaient pour les rassembler. À travers les bêlements perçaient les railleries d’adolescents.

Le corps de Meghi se raidit. « Voilà donc la fameuse caravane. Vous savez, il est encore temps de rebrousser chemin. »

Hjartann se tourna vers lui, les sourcils levés. « Mettez vos préjugés de côté et laissez-moi faire ! Voulez-vous rejoindre Nisle, oui ou non ? C'est comme ça que nous allons traverser la plaine jusqu'à Desaigues sans encombre. À moins que vous n’ayez une meilleure idée ? »

Meghi déglutit. Un jeune chien de berger peu farouche courut droit sur eux en battant la queue. Il leur lécha les doigts, Hjartann lui gratta le museau, puis l’animal sautilla joyeusement autour d’un Bachi indifférent. Un long sifflement le rappela et il repartit comme une flèche d’où il était venu, dispersant les mouflons sur son passage.

Hjartann fit de grands signes de la main. Meghi crut défaillir quand deux guerriers elfes, montés sur de superbes chevaux alezans, galopèrent à leur rencontre. Ils portaient une cotte de mailles sur une robe râpée en laine jaune vif, recouverte d’un manteau en daim. Le premier était coiffé d’un casque avec un cimier en plumes. Le second avait noué ses cheveux blond cendré en un chignon lâche en haut de sa tête. De petites oreilles pointues en dépassaient, d’où pendaient de nombreux bijoux en chrysocale. Meghi recula.

Hjartann marcha droit vers eux. Une bourrasque balança sa longue natte noire dans son dos et autour d’eux, les herbes chuchotèrent. Dès qu’ils furent à portée de voix, il les salua et Meghi faillit tomber à la renverse quand son compagnon se mit à parler en langue elfique.

Meghi les dévisagea. C’était la première fois qu’il se trouvait face à des Elfes. Les individus grands et musculeux ressemblaient aux démons décrits par son frère. Leur figure triangulaire à la blancheur éclatante, leurs yeux noirs immenses, leur nez retroussé et leurs lèvres sinueuses leur conféraient un aspect vraiment singulier. Impossible de les confondre avec des Humains !

« Vous n’avez rien à faire là, dit l’Elfe en litois, nous n’acceptons plus aucun voyageur.

— Nous rentrons à Nisle », expliqua Hjartann tout en déroulant son écharpe.

Le Elfes fixèrent son cou avec intensité, dévisagèrent Meghi des pieds à la tête, puis échangèrent un regard interloqué.

« Le dragon-paon… constata l’Elfe casqué d’une voix claire. Que font un zérègue et son ligni aussi loin de Nisle ? Avez-vous perdu vos troupes ? Êtes-vous en mission de reconnaissance ? »

Meghi ignorait ce que « zérègue » et « ligni » signifiaient, mais dans l’immédiat, il était si effrayé qu’il n’arrivait même plus à bouger les lèvres.

« Le clan birukann vous serait redevable si vous nous acceptiez parmi vous », dit Hjartann.

Les deux Elfes se penchèrent l’un vers l’autre et échangèrent des paroles dans leur langue. Qu’avaient-ils vu dans le tatouage de Hjartann qui les met dans cet état ? Après un court laps de temps, le casqué dévoila une rangée de dents blanches bien alignées :

« Nous serions enchantés de vous avoir avec nous. Après tout, compter un guerrier zérègue dans nos rangs peut renverser la balance en cas d’attaque. Nous n’allons pas jusqu’à Nisle, mais Desaigues se situe sur votre route. »

Meghi contempla Hjartann avec appréhension. L’étude de son tatouage et la mention du nom de son clan avaient changé la considération des Elfes à leur égard. De plus en plus mal à l’aise, Meghi ne savait plus qui des Elfes ou de son compagnon il devrait se méfier le plus.

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Flammy
Posté le 15/01/2023
Coucou !

Le voyage progresse gentiment. On en apprend de plus en plus, et notamment, que c'est de nouveau la merde, mais avec les nains cette fois-ci, youhou. Plus Meghi avance et plus le monde devient grand. J'ai cru comprendre que c'était un truc qui te tenait à coeur, ça fonctionne très bien ;) surtout à la mention des différents types d'Elfes, ça a vraiment donné cette idée que le monde est très vaste.

La fin laisse clairement entendre que Hjartann était un personnage important de Nisle, et quelque chose me dit qu'à son retour, soit personne ne va croire que c'est lui, soit ça risque de bouleverser beaucoup de choses. Hâte de voir ce que ça va donner de ce côté du coup ! Curieuse aussi de voir comment va se passer le voyage avec les Elfes, Meghi a toutes les raisons du monde de leur en vouloir, on verra bien.

Sinon, il y a quelques phrases où j'ai tiqué sur l'absence de virgules à certains endroits (surtout au début), mais je préfère être honnête avec toi, pour le placement des virgules mais aussi pour certains points de grammaire, j'y vais à l'instinct et en vrai, je suis une quiche en règles de français ^^" Du coup, j'ai pas osé les relever, parce qu'elles étaient peut-être correctes, mais si à l'avenir tu veux que je relève même quand je ne suis pas sûre de moi, je peux le faire. Juste, je préfère être honnête là-dessus ^^"

Deux remarques :

"Hjartann marcha droit vers eux. Une bourrasque balança sa longue natte noire" alors qu'au début : "Sa chevelure noire emmêlée le faisait ressembler aux ermites vêtus de leurs propres cheveux". Pour moi au début, il n'avait pas de natte, du coup, il a pris le temps d'en faire une quand ?

"Qu’avaient-ils vu dans le tatouage de Hjartann qui les met dans cet état ? " le met" me perturbe, je l'aurai mis au passé :/ (mais pareil, à l'instinct, donc à prendre avec des pincettes ^^" )
Peridotite
Posté le 16/01/2023
Coucou Flammy,

Merci beaucoup d'avoir continué la lecture, contente que ce chapitre te plaise.

Hjartann va débarqué à Nisle après 15 ans d'absence et ça va pas se passer nickel en effet, je te laisse le découvrir, j'ai peur de te spoiler en en disant trop 🙂

Je vais corriger les 2 phrases que tu as relevées. Concernant la ponctuation, c'est vraiment mon point faible. J'ai fait des relectures spécial ponctuation mais j'ai ajouté de mauvaises virgules et je dois admettre que je suis une quiche. J'ai beau lire les règles, j'arrive pas à les appliquer correctement 🙂

Je te laisse relever comme tu le sens. Moi ça m'aide tjs, mais si t'es pas sûre, pas la peine non plus de t'embêter à vérifier etc, ça brise la lecture tranquille.

Merci encore pour ton message 🙂
MrOriendo
Posté le 11/01/2023
Hello, c'est encore moi !

L'histoire se déroule et la lecture est toujours aussi agréable. C'est fluide, on se laisse porter par ta plume et par les jolies descriptions que tu nous sers des paysages. On entre aussi doucement dans le vif du sujet avec l'évocation de cette armée naine qui menace Nisle. Le dialogue final entre Hj et les elfes de la caravane amène une touche de mystère supplémentaire qui incite à tourner la page pour découvrir qui est vraiment ce vagabond issu d'une famille importante.

Quelques remarques :

- "Postés sur le haut beffroi dominant le bourg, les deux soldats armés de lance les laissèrent entrer"
--> C'est peut-être mon côté médiéviste qui parle, mais j'ai du mal avec cette phrase en particulier. Plusieurs choses ne vont pas selon moi ici. D'abord, un beffroi est une grande tour de guet au sommet de laquelle, généralement, se trouvait une cloche pour alerter les habitants en cas d'incendie ou de danger. Elle est le plus souvent située au cœur du village ou de la ville. Si Meghi et Hj se trouvent au pied de la porte, ils auraient bien du mal à communiquer avec les gardes postés au sommet du beffroi. De même, ceux-ci ne pourraient pas "les laisser entrer" en étant loin de la porte.
Par ailleurs, pourquoi les gardes sont-ils armés de lances au sommet d'une tour ? Sur une muraille à la rigueur ça peut se comprendre, il y a le côté soldat en uniforme réglementaire, posté derrière les créneaux avec sa lance qui dépasse, ça fait fantasy. Mais sur une tour aussi haute qu'un beffroi ? Quelle utilité pour une arme de corps-à-corps ? Ne serait-ce pas plus pertinent d'y trouver simplement un garde muni d'un cor pour prévenir de l'arrivée des voyageurs, ou des archers ?
La solution serait simplement de changer le terme "beffroi" pour indiquer que les gardes sont postés "sur la muraille", ou "sur une tour de guet près de la porte/l'entrée" si jamais le bourg n'est pas fortifié.
Après, comme je le dis plus haut, c'est peut-être mon côté historien qui fait que je chipote là-dessus, je ne sais pas si ça choquera les autres lecteurs autant que moi ^^

- Il y a une incohérence dans les souvenirs de Hj par rapport à la guerre. Depuis son apparition dans le récit, on comprend que ses derniers souvenirs datent de la guerre, des combats. Il s'étonne de ne pas trouver la ville incendiée, etc...
Pourtant, à l'évocation des elfes, Meghi lui dit :
"Hjartann, je sais bien que vous n’avez aucun souvenir de la guerre, mais reprenez-vous."

Je continue ma lecture :)
Peridotite
Posté le 11/01/2023
Coucou Oriendo,

Mais oui tu as raison ! Alors j'aime bien l'idée du beffroi donc je vais plutôt virer les lances et l'idée que les gardes les laissent entrer. Genre je vais mettre qu'y a juste 2 gars en haut du beffroi, ils n'en voient pas plus.

Par après, tu as vu juste, Hjartann n'est pas total amnésique, mais il n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé après la guerre.
Meghi devrait donc dire "depuis la guerre", je vais changer

Merci beaucoup pour ton commentaire, ça va me permettre d'ajuster 🙂

PS : tu es historien ?
MrOriendo
Posté le 11/01/2023
J'ai enseigné pendant 5 ans l'histoire-géographie dans le secondaire, j'ai fait un mémoire de recherche en histoire médiévale à l'université et j'ai donné occasionnellement des cours à la fac au début de mon doctorat, que j'ai dû abandonner à cause de la Covid et du confinement (les archives ont fermé, donc plus aucun moyen de travailler, du coup plus de financement non plus et il faut bien vivre...).

Du coup je me suis reconverti depuis et je suis devenu développeur web, mais j'ai toujours l'histoire et en particulier le Moyen Age dans mon coeur ;)
Peridotite
Posté le 11/01/2023
Trop chiant ce covid, t'as du être trop deg ! Y a moyen que tu reprennes ton doctorat ou pas ? En même temps, même avec un doctorat, c'est hyper tendu de continuer en tant qu'historien. Mais bon rien que faire la thèse, ça doit être cool. J'aime bien la médiévale aussi. J'ai pleins de bouquins d'histoire à la maison. T'as fait ton mémoire sur quoi, qu'elle période et quels lieux ?
MrOriendo
Posté le 11/01/2023
J'aimerais bien le reprendre à l'occasion oui, mais ça va être compliqué d'un point de vue pragmatique de passer d'un CDI avec une très bonne paye comme devweb à un contrat doctoral précaire avec une indemnité en-dessous du SMIC.
Donc je pense que si ça se fait, ce sera plutôt sur mon temps libre et pas dans le cadre d'un contrat doctoral rémunéré. Ce qui impliquerait une thèse en 6 ans au lieu de 3. J'y réfléchis encore, ce ne sont que des projets tout ça.

J'ai travaillé plus spécifiquement sur le commerce des chevaux et le personnel des écuries princières à la fin du Moyen Age :)
Peridotite
Posté le 11/01/2023
Oui je comprends, vaut mieux pas lâcher ton CDI, car tu n'es pas sur de trouver mieux, même avec une thèse en poche. Les postes sont super rares à la fac et il est difficile de faire une thèse en 3 ans. Et oui tu tournes au Smig avec une bourse de thèse, si tant est que tu en ais une.

En tout cas, tu dois être calé en chevaux maintenant ! Tu fais de l'équitation ?
MrOriendo
Posté le 11/01/2023
Plus maintenant mais j'en ai fait pendant 15 ans, c'était aussi l'occasion de réunir mes deux passions et de travailler sur un sujet original, qui me plaisait et qui a somme toute été assez peu abordé dans le monde de la recherche.

Concernant la bourse, ça dépend aussi du budget des labos qui la complètent partiellement. À titre d'exemple, la mienne avant Covid n'était que de 830 euros.
Peridotite
Posté le 11/01/2023
Wouah c'est vraiment pas beaucoup ! Comment tu faisais ? Moi j'avais reçu la bourse MRT du ministère c'était 1300, c'était déjà pas beaucoup alors 830 ! T'as même pas 5 € pour une bière à la fin du mois !
MrOriendo
Posté le 11/01/2023
J'étais complété par la CAF et je donnais justement des cours pour augmenter mes revenus. Que ce soit à la fac directement ou des cours particulier via Acadomia le soir :)
Et oui, moi je n'ai pas eu la bourse ministérielle, donc j'ai dû me contenter de ce que l'Ecole Doctorale et le labo voulaient bien m'accorder.
Milou
Posté le 02/01/2023
Un chapitre toujours aussi prenant . La plume demeure très belle et donne vraiment envie de se plonger dans l'histoire. On s'imagine bien aux côtés des héros, qui demeurent très attachants, nul doute là dessus. On comprend bien également tout ce qu'ils peuvent ressentir à cause de la guerre passée et celle ci est, mine de rien, encore très ancrée dans leurs esprits, surtout dans celui de notre héros principal. Quelque part, cela apporte un brin de réalisme. Dois-je y voir une part de syndrome post traumatique ou quelque chose comme cela ? Ce sujet sera t'il abordé plus tard ? Cela pourrait être intéressant (mais bien entendu, cela reste ton histoire, tu fais ce que tu veux avec). En tout cas, j'ai vraiment hâte de découvrir la suite, je me sens totalement immergée avec ces belles descriptions.

Néanmoins, j'ai quelques petites remarques à faire. Tout comme Mist, le fait qu'on ne sache pas dés le chapitre 1 que 15 ans se sont écoulés m'a perturbé.
Un autre passage qui m'a interrogé est le suivant

" Les cils ?

— Non : les cyls !"

Mais comment sait il que l'autre parlait d'un homonyme ? Est ce que la prononciation de "cils" serait différente de celles de "cyls" ? J'avoue que j'ai eu un peu de mal à le comprendre ! (dans ce cas là ,peut être préciser comme se lit "cyls")

Mis à part cela, j'ai beaucoup apprécié ! Continue ainsi !
Bonne chance pour la suite
Peridotite
Posté le 02/01/2023
Coucou Milou,

Merci beaucoup pour ton commentaire encourageant 🙂

Oui en effet le syndrome de stress post-traumatique est un thème abordé dans le récit, mais plutôt du point de vue de Hjartann. Je dirais que c'est même un aspect central du récit, entremêlé à l'intrigue principale.

Normalement le fait que la guerre soit finie est dit au chapitre précédent. Je vais réfléchir à ajouter une phrase ou quelque chose pour qu'on comprenne plus tôt que la guerre est finie depuis 15 ans.

Pour les cyls/cils, ça n'a pas de sens en effet, mais je laisse ce point à l'imagination du lecteur 😄

Merci encore pour ton message 🙂
Mist
Posté le 11/12/2022
Avec l'information que la guerre s'est terminée depuis 15 ans je comprends que le prologue m'a induit en erreur, et c'est vraiment dommage, parce qu'en commençant le chapitre 1 j'étais dans la continuité de l'histoire...
Pourquoi ne pas avoir précisé en début de chapitre 1 que 15 annnées se sont écoulées ? ça éviterait de fourvoyer le lecteur...
parce que dissimuler cette information n'apporte rien au récit (selon moi bien sûr), c'est même le contraire.
en fait ça aurait été excellent de cacher l'information si on avait été immergé dans Hjartann, qui lui aussi l'ignorait, mais là ça n'a servit qu'à apporter de la confusion (et non du suspens)

un détail me chagrinne : M n'est jamais sorti de son village, pourtant il connait le nom de tous les bourgs et villages qu'il traverse... les lacs, forêts etc.
on a plutôt l'impression d'être en face de quelqu'un qui a passé sa vie sur les routes plutôt que d'un jeune homme qui ne connais pas le monde

attention aux descriptions lors des transitions :
ils sont sur un sentier (avec les charrettes qu'ils croisent), ensuite ils approchent de Valnoy , ensuite ils se retrouvent devant des soldats et ils entrent dans un bourg...
et ensuite tu parles du fleuve Golin, mais il n'y a pas de vue d'ensemble et on a l'impression que le fleuve vient juste d'apparaître.
ça fait comme si les perosnnages avançaient les yeux fermés et ne les ouvraient que de temps en temps.
parfois c'est utile de décrire un panorama : le personnage arrive en vue d'une ville qui est traversée par un fleuve, et donc, décrire ce qu'il voit (entend etc.) est intéressant avant d'entrer dans les détails.

"ici, on contournait une pièce"
j'ai eu du mal avec cette phrase... si la pièce se trouve dans une maison, c'est la maison qu'ils contournent, et non la pièce, à moins de carrément entrer dans la maison.

"Il essaya de lui faire croire qu’il en possédait chez lui, mais Meghi n’était pas dupe. Ces planches parfumées coûtaient une petite fortune !"
je n'ai pas compris cette phrase...
est-ce que c'est M qui pense que H essait de lui faire croire qu'il possédait de type de planche chez lui ? dans ce cas il faudrait mettre "essayait" au lieu de "essaya" non ?
et si cest M qui essaie de faire croire à H qu'il possédait ces planches chez lui, ben là, je ne comprendrais pas pourquoi il fait ça...

"Nous n’avons pas le choix, dit Meghi, nous irons à pied. Je sais me battre. Si nous croisons ces brigands, je vous protègerai, comme promis"
je croyais que c'était H qui avait promis de protéger M (je serais votre garde du corps...)

"aux roues rouge vif"
c'est purement technique mais il faut faire attention aux sonorités, et là le "rou-rou-ge-vif" ça sonne mal, parfois il suffit de dire par exemple "aux roues d'un rouge vif" ou changer rouge par carmin ou un un autre synonyme pour corriger le truc.

"— Les cils ? — Non : les cyls !"
je comprends l'idée, mais le souci c'est qu'il s'agit d'un dialogue... st-ce qu'il y a vraiment une différence entre un I et un Y à l'oral ?
en tout cas, ça m'a parut artificiel...
encore avec un truc genre "— Les sels ? — Non : les cyls !" ok, ce serait compréhensible, M aurait mal entendu, mais là, ça sonne faux...

après j'aime bien parce que ça montre l'état d'esprit de M, qui pour moi commence à ressembler à un gosse ignorant et bourré de préjudices (ce n'est pas une critique hein, c'est juste l'image qu'il dégage, et je pense que c'est le but)

"Meghi les dévisagea. Il n’avait jamais quitté Rugaut"
Encore un nom propre ? ça fait vraiment beaucoup beaucoup là... surtout que tu n'as pas cité Rugaut dans les chapitres précédents (alors que M devait logiquement s'y trouver)

"Meghi frappa le sol de son pied. « Ah non alors ! Il est hors de question de cheminer avec des Elfes ! »"
ça fait plus penser à un enfant de 6 ans capricieux qu'à un fermier qui a été marié et qui a eu un enfant... est-ce que c'est volontaire ?
Peridotite
Posté le 11/12/2022
Coucou Mist,

Merci pour ce long commentaire,

On dirait que tu as vraiment du mal à entrer dans l'histoire. Tu sembles avoir des soucis de compréhension et pourtant tes ressentis sont les bons.

"en commençant le chapitre 1 j'étais dans la continuité de l'histoire."
> C'est voulu, certains ont même cru qu'on enterrait Kuara au début. D'autres que Kuara et Hj formaient une seule et même personne. Puis au final, on découvre que non :-) Je joue avec l'attente des lecteurs. D'ailleurs tout ce début est même un jeu avec les règles de la fantasy car le lecteur pense s'engager dans un récit d'aventure à la Tolkien mais va découvrir un récit politique à la Trône de Fer (en bien moins ambitieux, je n'ai clairement pas le talent de Martin, un de mes auteurs de fantasy préféré).

Pourquoi ce détail te chagrine ? Il n'y aucune raison à ce que Meghi ne connaisse pas sa propre région ni qu'il ne prépare pas son voyage. Il a tout vendu, a dit au revoir à tout le monde, il ne part pas sur un coup de tête. Pour moi, son voyage est préparé, et c'est normal.

En effet, le fleuve vient juste d'apparaître à leurs yeux car il part du lac. Je dis que Valnoy est située à l'embouchure du fleuve. C'est exactement comme à Genève à l'embouchure du Rhône qui part du Léman (en plus petit que Genève 🙂) (je m'inspire de ça). Les persos ne progressent pas à vol d'oiseau, ils voient les choses comme elles leur apparaissent, c'est-à-dire progressivement. C'est seulement en arrivant au port qu'ils voient le fleuve, pas avant.

"dans ce cas il faudrait mettre "essayait" au lieu de "essaya" non ?"
> Ils n'en parlent pas 3h non plus, c'est rien qu'une courte action.

"Est-ce qu'il y a vraiment une différence entre un I et un Y à l'oral ?"
> Oui c'est ce que je me dis, c'est rigolo non 🙂

Oui Meghi est insupportable, il est bourré de préjugés en effet ! 🙂 Son arc narratif est construit de la sorte sur la partie 1. On a juste envie de le baffer !

Merci encore pour ton commentaire,

J'espère que la suite te plaira 🙂
Peridotite
Posté le 18/12/2022
Coucou Myst,

Merci à toi, je viens de faire une grosse refonte du chapitre cette après-midi.

J'ai viré des noms propres inutiles qui embrouillaient, réécrit les dialogues pour que tout s'enchaîne au poil.

J'ai essayé de rendre Meghi moins insupportable et Hjartann plus débrouillard.

J'ai gardé ma blagounette nulle les cyls/les cils puisque j'ai un humour de merde ! :-)

Dans le chapitre précédent, j'évoque rapidement que Meghi connaisse bien sa région pour éviter toute question.

Je garde le fait du saut dans le temps car le prologue est détaché du reste et je laisse le lecteur le découvrir.

Voilà voilà,

J'espère que c'est mieux :-)
Mist
Posté le 19/12/2022
Coucou
Quelques répétitions à surveiller :
- front perlé de sueur
- chien de berger
le mot "regard" dans la phrase
"Le regard des Elfes glissa sur son cou qu’ils fixèrent avec intensité. Ils dévisagèrent Meghi des pieds à la tête, puis échangèrent un regard interloqué"
et le mot "échangèrent" que l'on retrouve aussi plus bas.
il y en a d'autres, mais je te laisse regarder ça tranquillement...
Peridotite
Posté le 20/12/2022
Arg mais tu as tout à fait raison. Je vais revoir ces phrases.

Quand je corrige, j'introduis toujours des fautes et il faut toujours que je repasse par derrière, genre les corrections des corrections. J'ai un passif de tête en l'air que je dois toujours contrôler, c'est pour ça que j'ai toujours tendance à repasser sur les choses de nombreuses fois pour tout bien vérifier. Hier soir, j'ai remarqué ça avec le chapitre 1 où j'ai dû revoir certaines phrases modifiées dimanche dernier. Aaahh c'est sans fin :-)

Bref, je vais corriger ça de ce pas, merci pour ton regard aiguisé
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