CHAPITRE III : CONFIDENCES

Les deux soldats se positionnèrent tous deux face au sestier, les jambes écartées, les mains dans le dos. Alors que Meghi récupérait sa solde, il se demandait vraiment ce qui ne tournait pas rond chez le sergent Yori à ses côtés qui ne cessait de lui jeter des regards rieurs.

« J’aim’rais déposer une plainte », annonça Yori.

Le sestier Mirbaut leva un sourcil.

« Contre M’sieur Cenet, indiqua Yori.

— Que lui reprochez-vous ?

— Ce Darrain a gardé par-devers lui des coffres saisis au cours de son arrestation. J’le soupçonne de dissimuler les preuves de sa forfaiture.

— Cet orfèvre ? Je me souviens de lui. J’enverrai une patrouille, dit le sestier Mirbaut en trempant sa plume dans l’encrier. Autre chose, sergent Yori ?

— Oui, j’viens dénoncer une humaine : une hôtelière du nom de Toss. »

Meghi sursauta. « Madame Toss ? C’est impensable, je connais bien cette honnête femme.

— Que tu crois, l’ami ? Pas aussi bien qu’moi. Elle héberge des conspirateurs nains et darrains. Tu f’rais mieux de t’méfier, on m’a rapporté qu’elle se s’rait mise à prier Gaud ou je-n’sais quel foutu démon darrain.

— Mais…

— Le sergent Yori a de quoi s’inquiéter, le coupa Mirbaut. Je lis ici que Madame Toss a été incarcérée à plusieurs reprises sous ce même motif. Nous enverrons une patrouille pour l’interroger. Si elle est innocente, il n’y a pas de quoi se préoccuper. »

Meghi voulut protester contre ces dénonciations calomnieuses, mais le sestier ajouta :

« Le sergent Yori ne cesse de tarir d’éloges en votre honneur, soldat Meghi. Ces dernières semaines, vos faits d’armes remarquables ont retenu l’attention de notre bon gonfalonier Kuara, en personne. Il cherche des hommes loyaux, tel que vous. De fait, je suis heureux de vous nommer sergent. »

Le cœur de Meghi rata un battement. Mirbaut se leva et Meghi bomba le torse quand son sestier y accrocha l’insigne brillant de sergent. Une sensation de chaleur parcourut tout son corps. 

« Sergent Meghi, je vous félicite pour votre avancement. Nous attendons beaucoup de vous. Vous pouvez disposer tous les deux.

— Félicitations », lui glissa Yori avec un clin d’œil. « C’tait trop dur de pas t’le dire avant ! »

Meghi peinait à croire que son travail avait été remarqué par le gonfalonier ! En descendant les marches de la tour, il flottait sur un petit nuage. Il déclina l’invitation de fêter à la taverne avec Yori, car il n’avait plus qu’une hâte : annoncer sa promotion à Jukei.

L’hiver s’était installé, la boue et la saleté couvraient les rues. Sur les canaux, de longues péniches étaient immobilisées par le gel. La coche de Jukei était coincée au milieu de deux autres. Comme la passerelle était levée, Meghi prit de l’élan, fit un petit saut et dérapa sur le pont glissant. Il réajusta son insigne en se remettant sur ses pieds.

À travers le hublot, Jukei vissait les chevilles d’une viole. Ses cheveux montés en un chignon lâche remémorèrent à Meghi la nuit où il l’avait rencontrée, dans l’atelier de Grahann. Il admira un instant la ligne de son cou parfait, avant de toquer à la vitre. Jukei posa ses outils avec délicatesse. Quand elle se tourna vers lui, son regard noir le transperça. Le sourire de Meghi s’évanouit et il se figea sur place.

Elle ouvrit, mais ne le laissa pas entrer.

« Qu’y a-t-il ? » demanda-t-il, tout remué.

Une bise glaciale soufflait ; il releva son col.

« Comment oses-tu te représenter chez moi, après ce que tu as fait ? » lança-t-elle.

Le cœur de Meghi trembla. « Que… Que veux-tu dire ?

— Ne fais pas l’innocent ! s’écria-t-elle. Tu comprends très bien de quoi je parle ! Je suis au courant. Je sais ce qui s’est passé ! Cirion croupit en prison et c’est toi le responsable. Je n’arrive pas à croire que tu aies participé à ça ! »

De toute évidence, elle faisait référence à l’arrestation du boucher clandestin, en début de semaine.

« Je suis soldat, expliqua-t-il. Je n’ai fait que suivre les ordres. Ce type n’avait pas sa licence et nous l’avons appréhendé. Quel mal y avait-il à ça ? Il ne pouvait prétendre…

— Je le connaissais ! C’était quelqu’un de bien. Son magasin est ouvert depuis des années et il n’y a jamais eu de problème.

— Jukei, calme-toi. S’il est innocent, il n’a rien à craindre, dit Meghi en lui montrant ses paumes.

— Ah oui ? Il est toujours en prison en ce moment, que je sache ! Cette licence n’était qu’une simple procédure administrative. Ne trouves-tu pas que vos actes étaient démesurés ? Vous l’avez salement amoché ! Vous avez retourné sa boutique pour un vulgaire bout de parchemin ! Les dégâts sont considérables ! »

Les yeux rouges, elle ajouta : « Cirion est un Darrain ! Comme moi, il a eu l’audace de croire qu’il pouvait quitter le Trou et s’installer au centre-ville avec les Humains. C’est un nissang ! Et c’est bien la seule chose qui lui est reprochée ! Ose me dire le contraire ! »

Elle criait presque. Un groupe de passants tourna la tête vers eux. Meghi la contempla, la mine sérieuse.

« Jukei, tu réagis de façon extrême. Je ne faisais qu’appliquer la loi. S’il avait eu sa licence à jour, rien de tout ça ne serait arrivé.

— Il ne faut plus que tu participes à ces violences ! dit-elle, sur un ton catégorique. Il y a de nombreuses boucheries, ouvertes ici et là en ville. Tu le sais bien. Ne reçois-tu pas assez de pots-de-vin pour ne pas fermer celles du Trou ? »

Meghi s’empourpra. Elle venait de mettre le doigt sur la corruption des gardes qui le révulsait.

« C’est le Trou, protesta-t-il, c’est différent.

— Bien sûr ! ironisa-t-elle. Au Trou, c’est caché, c’est acceptable ! Quand un nissang comme moi ose s’installer dans un quartier humain, là tout à coup, il y a problème !

— Quand bien même, cela reste hors-la-loi, rétorqua-t-il. Seules les boucheries de Soreh sont admises. Toutes les autres devraient être fermées. C’est illégal enfin ! »

Jukei secoua la tête. « Meghi, tu ne sembles pas te rendre compte. De nos jours, les gardes sont terrifiants, bien plus que les criminels dont ils sont censés nous défendre. Ils ont tout pouvoir et ils me font peur. Nous autres, nissangs, préférons en rester éloignés. Quand j’ai appris que toi, tu… » Elle frappa son front. « Je ne peux le croire ! Meghi, es-tu contre nous ?

— Bien sûr que non ! » rétorqua-t-il du tac au tac.

Jukei s’esclaffa : « Peut-être es-tu là pour me mettre aux fers ? Peut-être fabriquer des violes est-il soudain devenu illégal ? Ou peut-être qu’arrêter une autre nissang va te permettre de l’avoir, ta foutue promotion tant convoitée ! Vas-tu aussi prendre plaisir à me tabasser, comme tu l’as fait avec Cirion ? 

— Ne dis pas de sottise ! Je ne l’ai pas…

— Toi, ne me mens pas ! fit-elle en l’interrompant, l’index levé devant son visage. Cirion était salement amoché ! Je lui ai rendu visite. Vous l’avez frappé ! Ne va pas affirmer le contraire ! On t’a vu sortir de la boutique avec lui ! Quant à moi, je reste convaincue qu’il ne produisait pas de sang et que sa licence était à jour ! Comment peux-tu te rendre complice de ça ? »

Meghi prit une longue inspiration. Il s’apprêtait à lui répondre, puis se ravisa, et son souffle s’épanouit, blanc devant son visage. Il ne pouvait nier que le vendeur avait été brutalisé : il n’y était pas allé de main morte. Dans le fond, il comprenait la colère de Jukei : le frapper et le jeter en prison avait-il été nécessaire ? De son côté, le Darrain n’avait montré aucune intention de les violenter et Meghi se rappelait avoir lui-même ressenti la démesure de cette arrestation. Toutefois, comme le marchand n’avait pas respecté la loi, Meghi restait convaincu du bien-fondé de leur intervention, acte qui lui avait valu une belle promotion.

« Être soldat, c’est toute ma vie, Jukei, finit-il par dire. J’ai des factures à payer, comme tout le monde. Et que veux-tu que je fasse ? Que je démissionne ? Que je retourne à ma vie misérable de fermier ? Que je fasse partie des victimes à nouveau ? Je ne l’ai pas quittée pour rien. Chaque jour, je suis témoin des malheurs des paysans, réfugiés en nos murs : trop pauvres, ils sont obligés de vendre leurs filles et les garçons survivent en chapardant. Jukei, c’est mon choix. C’est comme si je te demandais de tirer un trait sur la musique. Le ferais-tu ? 

— La musique ne tue personne, cingla-t-elle.

—  Ce commerçant n’est pas mort, corrigea Meghi. Et je suis sûr qu’il sera bientôt libre s’il n’a rien à se reprocher, comme tu le dis. Il faut faire confiance en la justice.

— La justice ! ricana-t-elle. Les nissangs ne connaissent même pas ce mot ! »

Meghi fixa ses bottes. Quand il avait rejoint Nisle, il ignorait tout des nissangs, mais ces derniers mois, il avait pu constater combien ils étaient opprimés. On leur reprochait tous les maux. Après tout, Jukei avait peut-être raison. Le sergent Yori avait-il déchiré sa licence ce jour-là, pour ne pas perdre la face devant ses hommes ? Ou pour nuire au vendeur ? Meghi peinait toutefois à le croire. Jukei le dardait de ses yeux flamboyants, le nez rougi par le froid.

« Avant de rejoindre Nisle, j’avais une très mauvaise image des Darrains, reconnut-il. À la vérité, ce que disent mes collègues, le sergent Yori et les autres, ne me surprend pas. C’était le même discours que tenait mon frère à l’époque. Et sur ce point, tu as raison, oui, j’étais comme eux. »

Jukei pencha la tête de côté.

« Ma vision des Darrains n’était pas glorieuse, continua-t-il. Dans mon village, on les décrivait comme des prédateurs, des monstres attaquant les Humains pour assouvir leur soif de sang. Mon amitié avec Hjartann m’a ouvert les yeux. Puis ma rencontre avec toi, bien sûr, m’a définitivement convaincu du contraire. Je ne vous considère plus comme des parasites, des “sangsues”, des moins que rien dont il faut se tenir éloigné. »

Elle entrebâilla la porte. « J’aimerais tant te croire, dit-elle avec chaleur. 

— Mon frère avait l’ambition de défendre la race des Hommes. Pour ma part, je me suis engagé afin de protéger ceux dans le besoin. Je souhaite louer mon épée au service des faibles et des opprimés, pour que même les fermiers et les nissangs soient respectés. » Il poussa un soupir en repensant aux accusations du sergent Yori contre les Darrains et contre ceux qui les aidaient, incluant Madame Toss. « Je suis au courant de ces injustices, mais que veux-tu que j’y fasse ? Moi, un simple garde ?

—  J’ignorais que tu avais un frère, dit-elle en se renfrognant. Est-il ici ? Êtes-vous venus à Nisle ensemble ? »

Meghi secoua la tête. Comme il restait muet, elle ajouta avec dérision :

« C’est pour suivre Hjartann que tu as abandonné ta famille et rejoint Nisle, n’est-ce pas ? Comme tous ces lignis de Soreh. Il t’a gâté l’esprit avec ces histoires de “Voie de l’Épée” et toutes ces fadaises de guerrier. Et toi, naïf, tu l’as cru ! »

Jukei n’avait pas parlé d’un ton particulièrement incisif. Pourtant, Meghi discerna dans sa voix le même mépris qu’elle avait manifesté à l’égard de Hjartann, la première fois, à l’hôtel de Madame Toss. Elle s’enfonça dans la coche en laissant la porte entrouverte. Meghi la suivit et referma derrière lui. Une douce chaleur régnait dans la longue pièce familière. Il se frotta les mains l’une contre l’autre. Jukei alluma une lampe à huile sur la table et la flamme éclaira les nombreuses violes, terminées ou presque, qui pendaient du plafond. Des partitions de musique se déroulaient à même le tapis, à côté de parchemins parsemés d’esquisses au fusain. Des peintures s’inclinaient le long des murs, comme chez Grahann. Dans un coin, une pile de manuscrits à la couverture en cuir usé menaçait de s’écrouler. La vaisselle en céramique s’entassait sur les étagères bleues.

Un service à thé flambant neuf trônait sur la fine table rectangulaire, près du jeu de rixe, devant le banc qui épousait la forme du bateau. Les pions bien alignés montraient toujours la dernière attaque menée par Jukei, juste avant que Meghi ne la prenne dans ses bras, son sang enflammé de désir, et la porte sur le matelas, ses jambes enroulées autour de sa taille. Il jeta un bref regard vers le lit, caché derrière un rideau pourpre à demi tiré, qui occupait tout le mur du fond. Il baissa la tête en repensant à leurs étreintes, tremblant à l’idée de la perdre s’ils ne se réconciliaient pas.

« Prends place, dit Jukei sur un ton plus affectueux. Tu dois être gelé. »

Elle versa de l’eau fumante dans la théière et servit l’azurté. Frigorifié, Meghi ne se fit pas prier. Il s’empressa de glisser sur le banc, près du poêle, et enserra le bol chaud de ses deux mains. Une baleine à l’air sévère, peinte au fond du récipient, semblait s’ébattre dans le thé bleu.

« C’est nouveau cette baleine, dit-il en la désignant des yeux.

— C’est un ami à moi qui m’a offert ce service, expliqua-t-elle en s’asseyant près de lui. Je ne crois pas que tu l’aies déjà rencontré. Je donne des cours de viole à sa femme et ils viennent de m’en acheter une. C’est un potier dont l’échoppe est sur la rue des ours. Ne va pas la vandaliser, elle aussi ! » ajouta-t-elle d’un ton cinglant.

Lassé de leur dispute, il leva les yeux au plafond. « Non ! Bien sûr que non !

— Qu’en est-il de ton frère ? reprit-elle, les sourcils froncés. Tu pensais me dissimuler son existence ou me le présenter bientôt ? Ou bien as-tu honte de notre relation devant ta famille ? »

Meghi s’enferma dans le silence pendant un long moment. L’évocation de sa famille le mit mal à l’aise. Il se racla la gorge et remua sur le banc. Il ne souhaitait pas gâcher l’atmosphère agréable qui avait fini par s’installer entre eux, par de tristes propos. Mais elle le regardait avec attention, ses yeux de biche grands ouverts, comme si elle attendait une réponse, et il reprit la parole :

« Ne dis pas de sottise, Jukei. J’aimerais beaucoup, mais ce n’est pas chose possible. D’une fratrie de cinq enfants, il ne reste que moi. Tous ont été emportés, un à un, par la maladie. Mes plus jeunes sœurs à la santé fragile sont parties les premières. Ma mère est morte, ensuite. Mon père n’a pas supporté sa perte. C’est devenu quelqu’un de très taciturne. » Il mordilla ses lèvres, puis ajouta : « Non pas qu’il parlait beaucoup avant. Il nous a quittés à un âge avancé, peu après la guerre des Ulynes. J’avais une sœur aînée, mariée à un voisin. Elle a été fauchée par une sorte de grippe qui a pris nombre des nôtres. Plus tard, ma femme et mon fils, mort-né, les ont suivis. 

— Palsambleu ! C’est affreux, ce que tu me dis là !

— Oui, dit-il en hochant la tête. Ça a été dur, je ne te le cache pas. » Il tira sur les mèches courtes de sa frange et poursuivit encore : « Avec ma femme, nous ne nous entendions pas trop. Cet enfant, nous ne l’espérions plus… »

Il fit tourner les bracelets en bois autour de ses poignets et prit une gorgée d’azurté, avant de lâcher : « Les Trois en ont voulu autrement. Lidda a fait une fausse couche. Son décès a été très soudain. »

Il repensa à cette période sombre en silence, puis il dit : « Le souvenir de leur mort reste douloureux. Comme ces gens qui ont perdu un membre et continuent de le sentir longtemps après. »

Il gratta nerveusement une aspérité de la table avec son doigt : « C’est à ce moment-là que mon frère et moi avons pris la décision de quitter Rugaut pour devenir soldats. Nous travaillions dur, mais nos terres ne donnaient rien. Nous étions pauvres, l’avenir était incertain. Nous en avions assez de cette vie de labeur. Depuis son retour de la guerre, il m’apprenait à manier l’épée dans la grange. » Il rongea son ongle, appuya son front contre son poing fermé, le coude sur la table, puis se remémora la question de Jukei : « Nous nous apprêtions à partir quand Himin est tombé malade. On en parlait sans arrêt, mais le mois d’après, les Trois l’avaient rappelé. »

Jukei posa sa main sur la sienne.

« Meghi, je suis désolée, je l’ignorais. Ça a dû être terrible !

— Ça l’a été, oui… Mon frère, ma femme, mon fils… Ma famille, tant de peine. Mais je t’ai toi maintenant, dit-il après une pause, en serrant sa main et en relevant les yeux vers elle.

— Tu ne m’as jamais dit que tu avais été marié, observa-t-elle en faisant la moue.

— Eh bien, je te le dis maintenant. C’était un mariage arrangé. J’étais fermier en ce temps-là, et bien trop pauvre pour pouvoir choisir celle que je voulais épouser. En fin de compte, ma femme, Lidda, c’était quelqu’un de bien. Elle avait de la tendresse pour moi et je regrette de ne pas lui avoir davantage montré mon affection. Je me revois, cette nuit-là, enserrant son corps inerte contre moi. Je me remémore parfois le visage de mon fils, repris par les Trois, avant même d’avoir ouvert les yeux. Si petit, dans mes mains grémottues. »

Il ferma les paupières, la gorge nouée.

« La mort de mon frère, après ça, c’était trop. J’ai tout plaqué et je suis parti. Je me trouvais à un moment de ma vie où j’étais vraiment perdu. »

Il redirigea son regard au fond du bol, comme s’il cherchait à y plonger tout entier, à y disparaître. Il se frotta l’arête du nez et dit encore :

« Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans le soutien de Hjartann. Il était très malade quand je l’ai rencontré ; il fallait le voir ! Un spectre vivant ! Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il allait mourir, lui aussi, qu’il serait le prochain. Que je serai seul, à nouveau. Maintenant, je peux l’affirmer, c’est sa présence qui m’a réconforté et m’a permis d’aller jusqu’au bout, de rejoindre Nisle. Sans lui, je n’aurais pas réussi, je ne sais pas…

— Je m’en veux. Je n’aurais pas dû être si réticente à son égard. J’ignorais la force de votre relation. Je croyais qu’il avait de mauvaises intentions.

— Non, il n’est pas ainsi. Et tu te trompes si tu penses que je suis contre les Darrains. Bien sûr que je n’aime pas voir mes collègues vous brutaliser ! Que vas-tu imaginer ? Comment le pourrais-je, en étant avec toi ? »

Jukei acquiesça. « Je suis contente que tu te sois ouvert à moi.

— Et tu comprends maintenant que ces “fadaises”, comme tu les as appelées, ce rêve de devenir guerrier, je l’ai eu bien avant de rencontrer Hjartann. Pour rien au monde, je ne renoncerai.

— Ce n’est pas ce que je te demande et tu le sais bien. Je veux juste que tu utilises ta tête, parfois », dit-elle en lui caressant la joue.

Meghi se sentait vidé. Il quitta son gilet et leur resservit une tasse d’azurté. Il ne comprenait pas son mépris pour Hjartann, alors même qu’elle portait aux nues son cousin Grahann.

« Tu aurais dû le voir à Ivali ! laissa-t-il échapper. Quel guerrier redoutable ! Si seulement j’avais son niveau !

— Par les Trois, Meghi ! » s’exclama-t-elle.

Meghi sourit quand il l’entendit évoquer les dieux humains. Il se dit que Jukei était différente de Hjartann, par bien des aspects.

« Envisages-tu d’être son disciple ? demanda-t-elle alors. De devenir Darrain ? »

Il éclata de rire. « Non, tu dis n’importe quoi ! Arrête avec cette obsession ! Bien sûr que non ! »

Devenir Darrain… En voilà une idée ! Le fils de Hjartann ? C’était impossible, évidemment. Quand bien même Hjartann était d’accord, il s’était limé les dents et avait affirmé à sa mère d’un ton catégorique qu’il n’aurait plus d’enfant. Meghi reprit une gorgée d’azurté bien chaude. La présence de cette baleine sarcastique le fit sourire et revenir à des pensées plus légères. Il s’apprêtait à lui annoncer sa promotion, quand Jukei posa ses coudes sur la table, enserra son visage dans ses mains et dit :

« Au moins, tu as la chance de pouvoir y réfléchir par toi-même. »

Devant son air sérieux, il fronça les sourcils et demanda :

« Que veux-tu dire ? »

Elle baissa la tête et partit d’un petit rire aigre. « Pour être franche, je dois admettre que je suis jalouse de ce Hjartann à qui tu tiens tant. »

Elle rit à nouveau, puis se redressa et tourna son regard vers le hublot, observant des mouettes au loin. Ses cheveux bouclés constituaient une véritable crinière orangée dotée de reflets dorés quand ils étaient touchés par la lumière.

« Non, c’est stupide, reprit-elle en se frottant la nuque, je ne peux pas te garder rien que pour moi n’est-ce pas ? »

Meghi l’attira contre lui et posa un baiser sur son front.

« Cette barbe ! s’exclama-t-elle en riant. Elle me pique ! Quand vas-tu enfin te résoudre à la raser ? Les gens vont bientôt te prendre pour un Nain !

— C’est sûr, vu ma taille ! »

Elle pouffa. Soulagé par le tournant de leur conversation, Meghi s’intéressa au manuscrit ouvert à côté de lui sur le banc. Il en feuilleta les pages brunes, recouvertes de notes de musique resserrées.

« Quand vas-tu me donner des cours de viole ? demanda-t-il. N’oublie pas ta promesse ! Tu sais, je n’ai aucune notion de solfège, mais je ne suis pas un débutant pour autant. Car je jouais de la flûte. J’animais les bals de mon village. »

Le visage de Jukei s’illumina.

« De la flûte à bec ?

— Flûte à bec double avec bourdon.

— Et tu oses me dire que tu es mauvais en solfège ! Pourquoi m’as-tu caché tes talents de musicien jusqu’à présent ? L’as-tu prise avec toi ? J’adorerais t’entendre. Nous pourrions même faire des duos ! »

Ses yeux étincelaient.

« Je l’ai prise en partant de ma ferme, répondit-il, mais je l’ai perdue et je n’ai plus touché aucun instrument depuis.

— Quel dommage !

— En réalité, j’aurais honte de jouer devant quelqu’un d’aussi talentueux ! »

Elle posa la tête contre sa large poitrine et il glissa la main dans ses cheveux. Cette dispute lui avait gelé le cœur. Quel soulagement de pouvoir la tenir à nouveau dans ses bras ! Il savourait ce moment de paix, quand soudain, elle dit :

« Tous mes amis désapprouvent notre relation. Reno et les autres, ils m’ont conseillé de ne pas trop m’attacher à toi. Surtout après ce qui s’est passé, ils ne te font pas confiance.

— Mes collègues me diraient la même chose. Ne les écoute pas ! Je t’aime. Je vois comment Reno te regarde. Il est jaloux, voilà tout.

— Peut-être… Mais l’autre nuit, nous avions forcé sur l’alcool et ils ont évoqué quelque chose de très vrai. Contrairement à moi, tu vas vieillir. Ton corps changera. D’ici vingt à trente ans, qui sait si nous pourrons continuer à nous fréquenter ainsi, à faire l’amour passionnément dans le ventre de la baleine ? » 

Elle se redressa et désigna l’intérieur de la coche de ses yeux lumineux.

« Comme le chevalier Irasmo.

— Je ne crois pas qu’il y faisait l’amour ! » répliqua-t-elle avec un sourire.

Ils faisaient allusion à une légende nislienne, où le guerrier Irasmo rejoignait le peuple des Ambres au fond des océans, pour retrouver son aimée, en voyageant dans la bouche d’une baleine.

« Non, peut-être pas », dit Meghi en riant, après réflexion.

À la ferme, jamais il n’aurait osé se comporter avec Lidda comme il le faisait avec elle. Avec sa femme, leurs sexes se touchaient timidement sous les draps, dans l’obscurité de leur chambre. Même avec Doline, sa première amante, le plaisir qu’il avait connu était loin de l’intensité des étreintes de Jukei. Celle-ci était douce, chaude, sensuelle. Parfois, l’image de son corps le hantait toute la nuit pendant son tour de garde avec Yori et Marik, dans le Trou. Il ressentait les pulsations de son sang enflammé, brûlant de désir. Chaque matin, il lui tardait de la retrouver. À peine avait-il franchi sa porte qu’ils faisaient l’amour, avec une passion sans cesse renouvelée.

Mais c’était une Darraine. Humains et Darrains n’étaient fertiles que par le sang. Meghi s’était fait une raison : jamais Jukei et lui ne se marieraient. Jamais le ventre de son aimée ne porterait son enfant. Et ils ne vieilliraient pas ensemble.

Après une courte pause, il murmura :

« C’est une question que je me pose aussi.

— La vie des hommes est éphémère. Comme le sera notre relation. »

Les coudes appuyés sur la table, Jukei se prit le menton dans les paumes et resta ainsi figée, les yeux perdus dans le vague. Il s’apprêtait à lui déclarer que ce n’était pas grave, que cela ne devait pas constituer un obstacle, qu’ils avaient de longues années devant eux, quand elle se leva subitement et arpenta la pièce. Elle se dirigea vers sa viole, en caressa le manche, prise d’une vive agitation. Tout à coup, elle se retourna et s’écria :

« Je n’ai jamais voulu devenir une Darraine, Meghi. Jamais ! »

Elle se désigna de pied en cap avec dédain :

« Regarde-moi ! Je ne ressemblais pas du tout à ça avant ! Qu’ai-je fait pour mériter un tel sort ? »

Meghi la considéra un instant, la bouche ouverte. « Vraiment ? Que s’est-il passé ?

— Humaine, je vivais heureuse dans ma famille, comme une Nislienne ordinaire. À l’époque, comment aurais-je pu imaginer que ma vie prendrait ce tournant fatidique ?

— Ce tournant fatidique ? Qu’entends-tu par-là ? »

Elle secoua la tête, avant de continuer :

« J’avais seize ans. J’étais naïve. J’ai eu le malheur de me lier d’amitié avec cette ordure. Un Darrain. Un seigneur de Soreh qui ne manquait pas de charmes. Ce maudit… Au début, nous nous voyions en secret. Pas comme un homme et une femme : il ne m’a jamais touchée. Il m’emmenait à des spectacles, me faisait des compliments, m’offrait de belles robes. Grâce à lui, j’ai découvert tout un monde nocturne dont je ne soupçonnais pas l’existence. Il voulait se ligner avec moi. Il me promettait un grand destin à ses côtés et j’étais séduite. Ma famille a fini par se rendre compte de nos virées et m’a formellement interdit de le revoir. Vagabonder dans les tavernes ne constituait pas une activité respectable pour une jeune fille sur le point de se marier.

— Se marier ?

— Eh oui ! Je lui ai donc annoncé que je mettais fin à notre relation et que je refusais de me ligner avec lui. J’avais fait le choix de rester Humaine. Je lui ai expliqué qu’il était préférable de cesser de se voir. »

Elle se tut, un court instant, la main posée sur le manche de sa viole, comme si celle-ci la soutenait. Meghi rechercha son regard, mais elle baissa les yeux vers le plancher.

« Il est alors entré dans une grande colère, siffla-t-elle entre ses dents, sur un ton plus bas. Tu n’as pas idée… Lui, d’ordinaire si doux, si poli… Il m’a injuriée, traitée de tous les noms. J’étais abasourdie, je n’ai rien pu faire. Il m’a agrippée de ses mains puissantes. J’ai eu beau me débattre, physiquement, il me dominait. Me plaquant contre un mur, il m’a mordue. J’ai cru qu’il m’arrachait le cou. C’était horrible, j’en tremble encore !

— Par les Trois ! »

Jukei avait les yeux rougis, comme si elle était sur le point de pleurer, mais ne laissa pas les larmes couler. Son expression digne et ses pupilles brillantes lui donnaient au contraire un air de défi. Meghi s’avança et l’entoura de ses bras. Ils s’assirent tous deux au bord du lit. Il replaça une mèche rousse derrière son oreille et écouta la suite du récit :

« La transformation qui s’ensuivit fut abominable. J’ignorais qu’il existait des herbes pour apaiser la douleur. Quand bien même, je n’aurais pas eu l’argent pour m’en procurer. Mise à la porte de ma famille, je n’avais plus de chez-moi… Laissée pour morte, j’ai souffert dans la rue, me vidant progressivement de mon sang. Il n’y a pas de mot pour décrire ça. »

Elle redressa le buste en contemplant les toiles peinturlurées. « C’est Grahann qui m’a trouvée à l’agonie et qui m’a ramenée chez lui. Je lui dois la vie. Plus tard, une fois transformée, la douleur ne s’est pas éteinte pour autant. Elle coulait toujours dans mes veines. » Elle massa doucement son poignet avec son pouce. « Traumatisée, je n’ai pendant longtemps plus reconnu la personne que j’étais devenue. Des années durant, j’ai nié le fait que j’avais été mordue, refusant l’évidence. Je voulais me convaincre que j’étais encore Humaine. Je me promenais au soleil et revenais le soir avec des cloques terribles sur le visage et sur les bras. Elles mettaient des jours à guérir. Dès qu’elles avaient cicatrisé, je recommençais. Ô combien j’ai haï ce corps ! J’ai pensé au suicide de nombreuses fois. »

Encore une fois, elle arrêta son récit, les yeux dans le vague. Meghi restait immobile.

Elle continua : « Grahann, en me recueillant, m’a sauvé, et a aussi empêché que je m’enfonce dans la débauche et la prostitution dans les bas quartiers, une voie tracée pour les nissangs, pauvres hères qui déambulent au Trou où ils s’enivrent pour oublier la morsure et les victimes qu’ils sont devenus. Nombreux refusent d’accepter le fait qu’ils sont désormais des Darrains, tout comme moi au début. Ce sont ceux qui se liment les dents pour se mêler aux Humains sans être reconnus, coincés quelque part entre leurs deux mondes. Aujourd’hui, je les plains, ce n’est pas une vie. »

Meghi lui prit les mains et les baisa. Il connaissait les mauvais traitements infligés aux nissangs, mais jusqu’à présent, il en avait ignoré l’étendue.

« L’histoire ne s’arrête pas là, poursuivit Jukei en relevant les yeux vers lui. Il y a plusieurs années, le salaud qui m’avait mordue a réapparu. Il disait que j’étais devenue une Darraine magnifique, qu’il regrettait son acte, qu’il pensait toujours à moi. Car le pire, c’est ça : physiquement, je lui ressemble beaucoup maintenant. » Elle passa la main dans ses cheveux roux. « Il voulait me présenter à sa famille, en vue d’un éventuel lignage. J’étais réticente, bien sûr, mais les autres nissangs ne cessaient de me dire que j’avais de la chance, que j’étais folle de refuser une telle proposition et ils m’ont repoussée dans ses bras. Donc je l’ai suivi à Soreh. »  

Elle prit une nouvelle inspiration. « Cette nuit-là, le père de mon géniteur m’a regardée comme une moins que rien. Il a incriminé son fils, l’intimant de ne pas amener son linge sale au palais, une souillure pareille ! Qu’il aille la laver ailleurs, hors de chez lui ! Il a vraiment utilisé des mots similaires. Et tous ceux qui étaient présents ont hoché le chef et semblaient penser de même. Ses parents et cousins étaient offusqués d’apprendre mon existence, choqués par son geste. Tous affirmaient que c’était ma faute, que ma volonté avait été de salir leur fils. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils m’ont jetée dehors. » Elle secoua la tête, l’air affligé. Il était difficile pour elle d’évoquer ces souvenirs douloureux. Pourtant, elle parlait d’un ton neutre : « Les Darrains ne plaisantent pas avec les règles qui gouvernent la succession et le lignage. Pour ma part, je ne me suis jamais sentie aussi humiliée. Depuis, je me suis juré de ne plus remettre les pieds dans ce quartier d’hypocrites. J’ai entendu dire, par ailleurs, que mon géniteur avait été jugé, pour son acte, par le pengadil. Je ne connais pas sa peine. Au bout du procès, j’ai reçu une maigre compensation financière qui ne me fera pas redevenir celle que j’étais. Au moins a-t-il été désigné comme criminel. Ainsi, les membres de son clan gardent un œil sur lui et cela évitera à l’avenir, du moins je l’espère, qu’il morde d’autres Humains contre leur gré. »

Meghi resta sans voix.

« À la nuit d’hui, je ne suis plus malheureuse, ajouta Jukei en ébauchant un sourire. Cela fait des années que je ne me considère plus comme une victime et que je vais de l’avant. Grâce à Grahann. Et grâce à la musique !

— Ton “père” était-il un seigneur important ?

— Non, il n’est pas l’héritier de sa lignée, répondit-elle. Il appartient à une branche secondaire du clan Pancaster. » Elle se tut et réfléchit un court instant. « Imagine combien le lignage de quelqu’un comme le péjuan Hjartann doit être déterminant pour les siens ! Les responsabilités qui doivent en découler. Les Birukann sont des guerriers féroces et redoutés. Leur clan millénaire, proche du pouvoir, est puissant. »

Ils s’allongèrent sur le lit, serrés l’un contre l’autre. Il se blottit contre elle, la tête posée sur sa poitrine. Elle glissa doucement sa main dans ses cheveux, joua avec ses mèches.

« Hjartann est différent, dit-il.

— Je ne veux pas te détourner de lui par ces propos ni m’immiscer dans votre belle amitié, protesta Jukei. Sache qu’il est contre les nissangs. C’est lui qui les a expulsés de Soreh à l’époque. Ne lui en tiens pas rigueur ! Hjartann n’y est pour rien. »

Meghi releva des yeux interrogateurs vers elle.

« Quelle hypocrisie ! s’exclama-t-il. Kuara sème la haine dans les esprits et les Darrains le critiquent, alors que dans les faits, ils agissent de même avec les nissangs… Les zérègues pourraient vous protéger. 

— C’est un problème systémique, Meghi, expliqua-t-elle, qui perdure depuis des siècles. Ils ont été élevés dans cette pensée. »

Elle resta silencieuse, un moment, puis dit : « Tout comme les Humains qui nous craignent et nous évitent. Mais vois, Meghi, je peux marcher dans les rues de Nisle. Je peux ouvrir un commerce, fabriquer et vendre mes violes, chanter dans leurs tavernes. »

Elle lui caressa la joue et ajouta : « Je suis même libre de t’aimer. »

Le cœur de Meghi fondit à ces mots et il baisa ses lèvres, avec délicatesse.

« À Soreh, c’est pire, je n’ai aucun droit, affirma-t-elle, en secouant la tête doucement.

— Que pouvons-nous faire contre ces injustices ? »

Elle se rapprocha encore de lui. « Il faudrait les reconnaître, dans un premier temps, admettre qu’elles existent. Ce serait déjà un grand pas de fait. Et bien sûr, les condamner et les combattre. Les lois, elles-mêmes, ont besoin d’être repensées et réécrites, afin de protéger ceux qui souffrent, et non nos bourreaux. Nos oppresseurs, Humains comme Darrains, aussi puissants soient-ils, se doivent d’être confrontés, un jour, à leurs actes odieux. Trop nombreux sont ceux qui passent encore entre les mailles de la justice. Leurs crimes méritent d’être jugés et punis. De cette manière, nous vivrons, ensemble, en paix. »

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Isahorah Torys
Posté le 23/01/2023
Hello peri !! J'espère que tu vas bien ;)

Je continue ma lecture et je dois admettre qu'il fallait s'y attendre. Après son forfait dans la boutique du Darrain, Jukei ne pouvait que mal réagir. je pensais juste qu'elle allait bondir juste après l'annonce de sa promotion, mais elle ne lui en pas laissait le temps ^^'

Je trouve aberrant quand il ose lui répondre que le commerçant n'est pas mort... c'est fou comme il se met des œillères sur la gravité de ses actes. Je ne pensais pas qu'il irait si loin dans ses excuses bidons. Il se ment à lui-même. ça rend certainement les choses plus tolérables, j'imagine.

Tu m'as appris un nouveau mot mdr, grémottu, je connaissais pas du tout !

Puis, je ne sais pas si tu te souviens, je me posais souvent la question de savoir pourquoi il voulait tant s'embarquer pour devenir soldat alors que ça avait rendu son frère fou. Eh bien dans ce chapitre, on en comprend soudainement la raison. Ici, on s'aperçoit à quel point il n'avait plus aucun but dans la vie, plus aucun espoir avant de partir de sa ferme. On ne le ressentait pas aussi fortement dans les premiers chapitres. Et maintenant que tu le dis, c'est comme une évidence !

J'ai adoré qu'on apprenne davantage sur nos deux tourtereaux... Ce sont des personnages touchants. J'espère qu'ils pourront garder ce lien entre eux... parce qu'ils n'ont que ça... faut pas se mentir ^^ ça serait trop triste sinon.

Petits pinaillages :

« Non, c’est stupide, reprit-elle en se frottant la nuque, je ne peux pas te garder rien que pour moi n’est-ce pas ? » manque la virgule avant n'est-ce pas.

J’ai eu beau me débattre, physiquement, il me dominait. (ici, je pense que sans l'adverbe, la phrase aurait plus d’impact)

Me plaquant contre un mur, il m’a mordue (Dans un dialogue, c'est bizarre de débuter par Me plaquant... personne ne parle comme ça... j'aurais tendance à dire... Il m'a plaquée contre le mur et m'a mordue. Mais je laisse ça à ton appréciation ^^ Ce n'est qu'une suggestion)


Très bon chapitre, comme d'habitude ^^
Peridotite
Posté le 23/01/2023
Coucou Isahorah,

Merci pour ton commentaire,

Oui, c'était ce que je voulais faire passer ici, que Meghi a des œillères. Pour lui, il ne faisait que faire son boulot, sans se rendre compte de la gravité de ses actes.

"Grémottu", c'est pour rappeler un peu le patois de Meghi du début, qu'il abandonne progressivement pour le parler de Nisle.

Je suis contente que cela éclaircisse un peu le perso de Meghi (et de Jukei). Je ne pouvais pas tout caser dans les premiers chapitres, car on a en général, en tant que lecteur, peu d'empathie pour les personnages au début (persos qu'on ne connait pas, c'est normal) et j'avais peur d'en faire trop et que ça tombe à plat.

J'aime bien tes pinaillages. Tu as raison, je vais corriger ces phrases. Comme tu l'as formulé, c'est mieux :-)
ClementNobrad
Posté le 29/12/2022
Et bien, voilà un chapitre fort en émotions, que ce soit pour Meghi, comme pour Jukei. Dialogue intense qui se lit parfaitement bien.

Petits questionnements qui ne valent pas critiques :
Pas très bien saisi le passage où Jukei parle de sa morsure et de sa métamorphe. Elle a changé d'apparence pour ressembler à celui qui l'a mordue? Pourquoi est-ce que les missangs vivent ça comme un supplice alors qu'ils deviennent casi immortels (le rêve de beaucoup d'humains, en tout temps et tout lieu). Puisqu'ils n'ont qu'à se limer les dents pour ressembler aux humains, pourquoi est-ce si pénible?

Celui qui a mordu Jukei m'a l'air d'être un sacré goujat qui l'a une première fois laissée tomber comme une m***. Je trouve ça étonnant, quand il est revenu une seconde fois, qu'elle l'ait suivi si facilement, alors quelle devait se douter que sa famille ne l'accepterait pas. Un peu trop naïve. Dailleurs le Goujat aussi a été très naïf. Sa famille prestigieuse n'aurait jamais accepté une Nissang, et il devait le savoir non? Ce conte à la Roméo et Juliette est un peu étonnante. (J'aurais laissé le goujat laissé tomber Jukei, jusqu'à la morsure. Toute la partie où il revient la chercher pour la présenter à sa famille, je suis moins convaincu. D'autant que ça n'empêche pas qu'il soit jugé par sa famille pour avoir mordu une humaine sans son accord. (Si jamais ça doit être utile pour la suite de l'intrigue)

A bientôt :)
Peridotite
Posté le 30/12/2022
Coucou Clément,

Merci pour ton message, ce chapitre est un peu long, mais on s'intéresse un peu plus au passé de nos chers persos :-)

Alors oui dans mon lore, la personne mordue va ressembler à celui qui l'a mordue, comme père et fils par exemple.
C'est pénible pour les nissangs, car ils sont exclus de la vie civile. Les Humains les rejettent, mais aussi les Darrains. Ils n'ont accès à aucun boulot. S'ils arrivent à rebondir, ce qu'ils essayent de faire, comme Jukei ou le commerçant, c'est bon, mais ils ne sont jamais à l'abri des violences et des discriminations. C'est d'ailleurs ce qu'ils subissent ici. Perso, malgré l'immortalité qu'ils ont gagné, j'imagine que la plupart meurent jeunes, seuls et dans la pauvreté, dans des boulots de misère. S'ils se liment les dents, ils doivent toute leur vie faire comme s'ils étaient humains. Mais même dans ce cas, la plupart des métiers leur sont fermés aussi, car ils ne supportent pas le soleil. Cette question est assez centrale au récit, je n'ose pas trop en dire pour ne pas spoiler.

Ce type qui a mordu Jukei est en effet un vrai con. De la naiveté de revenir de la part de Jukei, oui mais pas que : elle espérait peut-être ainsi restaurer sa situation, sa réputation. Il y a une analogie avec le viol à faire ici. Dans beaucoup de famille, il n'y a pas si longtemps, la personne violée était forcée de se marier avec son agresseur. Genre l'horreur la plus totale. Je pense que c'est fait dans un soucis de réputation ou bien quelque chose comme ça. C'est encore le cas dans de nombreux pays malheureusement. C'est même pire en vrai qu'ici, car au moins le gars a fini par être jugé ici, et son acte reconnut comme un crime, alors qu'un homme qui a violé peut continuer à agir dans nos sociétés. C'est très récent le fait que les lois sont repensés, genre En ans même pas. En recherchant Jukei, je pense que le gars voulait éviter ça, le fait d'être jugé et garder sa réputation intacte. Et Jukei voulait éviter d'être une nissang, une paria. Donc les deux ont été naïfs de penser que ce viol passerait inaperçu. C'est ça mon idée ici.
Nathalie
Posté le 22/11/2022
Bonjour Peridotite

« Grahann, en me recueillant, m’a sauvé » → sauvée

Jukeï est bien naïve. C’est beau de rêver à un monde parfait sans injustice. Il y a fort à parier qu’elle n’obtiendra pas gain de cause (à moins que tu décides d’écrire une jolie histoire qui se finit bien et après tout, pourquoi pas, ça fait du bien aussi même si ce n’est pas réaliste. Les romans servent justement à espérer et à rêver du bonheur).
Peridotite
Posté le 23/11/2022
Merci pour la faute, je vais corriger de suite !

Hélas, mon roman est sombre, mais je suis du côté de Jukei, ce serait si bien un monde sans injustices 🥲

Merci pour ton message 😀
Nathalie
Posté le 23/11/2022
J'aime aussi écrire (et donc lire) des histoires sombres. Pauvre Jukeï !
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