Chapitre III - (2)

Par Alie
Notes de l’auteur : Et hop, voici la fin du troisième chapitre, déjà ! Bonne lecture. :)

An 2102 0

08 avril

Planète dite « Éden »

Cité de l'Ancastel, Royaume de Dimhn

 

Charlotte Murphy était tout à la fois heureuse d'être en vie, et terrifiée par l'avenir qui commençait à se dessiner devant elle. L'anglaise se trouvait, par dessus tout, démunie. Jusque-là, elle était l'assistante principale du docteur Janak Shaikh. Cela, depuis le jour où celui-ci s'était lancé dans son projet fou d'ouvrir un pont d’Einstein-Rosen dans un environnement contrôlé, afin de faire passer dans un univers parallèle - dont ils ne savaient, pour ainsi dire, rien - quelques centaines de terriens, dans le but de permettre la survie de leur Humanité. Leurs travaux avaient certes portés leurs fruits - bien que le Portail se soit refermé beaucoup trop tôt - mais Charlotte découvrait un monde qui était loin, très loin de sa compréhension de scientifique. Elle regrettait que son patron ait refusé de « prendre la place d'un enfant » afin de faire la traversée lui aussi - enjoignant toutefois à ses employés de postuler pour effectuer le Grand Exode - car lui aurait su rationaliser ce nouvel univers, et la rassurer au passage.

Mais le docteur Shaikh avait fait son choix, et il ne restait plus qu'à son assistante à regarder devant elle, et à s'adapter. Même si elle devait pour cela accepter l'existence de la magie. Ô bien sûr, Charlotte se doutait qu'une explication censée à ce dont elle avait été témoin devait exister. Mais sans le matériel approprié - qui était resté sur Terre, devant passer le Portail en dernier - afin d'effectuer des recherches sur cette science nouvelle - car cela devait être une science ! - elle ne saurait jamais comment ces gens avaient été capables de soigner des organes défaillants d'un touché avec leur simple volonté. Mais toutes ces considérations, si elles rendaient la scientifique quelque peu hystérique, étaient secondaires en comparaison de celle qui hantait Charlotte : ils n'étaient pas assez nombreux à être arrivés à bon port. Physicienne de métier, la jeune femme ne connaissait que des rudiments en génétique, mais elle en savait assez pour avoir compris, très vite, que de la consanguinité apparaîtrait rapidement dans leur groupe, malgré la thérapie génique et cellulaire qu'ils avaient endurée avant de faire le Grand Exode.

Faudrait-il alors se reproduire avec les locaux, pour espérer survivre ? Était-ce même possible ? Rien n'indiquait qu'ils étaient suffisamment compatibles génétiquement afin de pouvoir mêler leurs ADN, et même s'ils l'étaient, cela donnerait-il des enfants capables d'engendrer à leur tour ? Charlotte songea aux zorses, une merveille de la nature qui l'avait fascinée enfant - d'autant plus que ces animaux, de même que la plupart de la faune, avaient déjà disparus à sa naissance - qui étaient certes issus de l'accouplement entre un zèbre et une jument, mais étaient incapables de se reproduire eux-mêmes. Devant l'impossibilité de répondre à ces questions par elle-même, Charlotte s'était tournée vers ses quelques collègues scientifiques, spécialisés dans la génétique, qui étaient parvenus à faire la Traversée eux aussi. Toutefois, ces derniers n'avaient pas eu de réponse satisfaisante à lui soumettre, eux-mêmes dans le noir sur la question. Seule l'expérimentation permettrait de connaître ce qu'il en était.

Ainsi, Charlotte était certes heureuse et reconnaissante d'être en vie - elle se refusait à penser à ce pauvre homme, coupé en deux par la fermeture du Portail - mais elle était surtout terrifiée. Elle n'avait pas songé, un seul instant au cours des deux années de recherches qu'il avait fallut pour permettre la création du Portail, qu'elle se retrouverait, une fois de l'autre côté, sur une Terre où l'on pratiquait des arts surnaturels. Car cela semblait être monnaie courante, par ici, de ce que leur en avait révélé Efia - la linguiste qui s'était rapidement érigée en cheffe des quelques rares autres traducteurs parmi eux.

En effet, selon ce qu'elle avait saisit de ses conversations avec les... guérisseurs, faute de meilleur terme pour les qualifier, ainsi qu'avec le dirigeant de la cité où ils avaient atterris, de même qu'après avoir consulté cartes et autres documents retraçant l'histoire de ce monde en compagnie de quelques historiens de la Terre, la magie en faisait partie intégrante. Il existait, apparemment, tout un royaume où celle-ci était pratiquée de façon anodine. Cela laissait la jeune femme songeuse, de même que l'idée d'une monarchie régnante lui plaisait moyennement. Charlotte était certes habituée en tant que britannique à ce qu'il existe une famille royale, mais elle était surtout convaincue du bien fondé de laisser le pouvoir à un Parlement représentatif du peuple. Se retrouver sur un continent découpé en huit monarchies absolues était déconcertant, et inquiétant pour la démocrate dans l'âme qu'elle était.

Et elle ne voulait même pas songer au fait qu'elle se trouvait, justement, sur un continent inconnu. Celui-ci, semblable à l'Australie de par sa taille - du peu que les historiens étaient parvenus à théoriser avec les cartes primitives qu'on leur avait montré - était éloigné de tout. Les locaux n'avaient jamais, en Quatre Âges - tels qu'ils semblaient découper l'histoire de leur civilisation -, découvert d'autres terres de l'autre côté de leurs mers. Certes, Charlotte avait su, avant même de faire le voyage, qu'il était tout à fait possible que cette nouvelle Terre ne se soit pas formée comme la sienne, et s'y était préparée. Mais débarquer dans une contrée aussi isolée ne lui était pas venu à l'esprit. Les élus avaient eu de la chance de ne pas arriver en plein océan !

Quoi qu'il en fût, ils étaient bel et bien coincés là, obligés de s'installer dans l'un des Huit Royaumes du continent, faute d'en découvrir un autre rapidement, de préférence inhabité - ce qui était plus qu'improbable. Ainsi, la physicienne se sentait, à juste titre, défaitiste quant à leurs chances de survie. Les souverains desdites monarchies seraient bientôt au courant de leur arrivée, bien que cette nouvelle ne leur parviendrait probablement que dans quelques semaines pour les royaumes les plus éloignés de Dimhn - celui dans lequel elle et les siens se trouvaient actuellement -, vu les moyens de transports disponibles. Une fois que tous ces souverains auraient conscience de leur existence, cela provoquerait des remous dont il était impossible de prédire les conséquences. Charlotte, durant les dernières nuits d'insomnie qu'elle avait endurées, n'avait pu que songer aux différentes manières dont cela pourrait se retourner contre la Nouvelle Humanité. Ils étaient des réfugiés d'un autre monde, mourant - rien que d'essayer d'expliquer cela aux locaux s'avérerait difficile - et, si l'histoire de l'Humanité avait prouvé quelque chose ce dernier siècle, c'était bien que l'accueil n'était pas son fort. Il ne restait qu'à espérer que cette autre Humanité soit moins égoïste et isolationniste que la leur. Un espoir bien maigre, songea Charlotte en se résignant à une nouvelle nuit blanche, tout en se tournant dans la paillasse qui lui servait de lit depuis cinq jours, s'inquiétant de ce que le lendemain apporterait.

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