Chapitre III - (1)

Par Alie
Notes de l’auteur : J'espère que ce début de chapitre 3 vous plaira ! :D

An 343 du Bas Âge d'Or

Cinquième jour de la deuxième lune de printemps

Royaume de Dimhn

Palais Royal de Mizekiel

 

Kieren, de la très ancienne et très noble maison Malzhir, souverain de Dimhn, observait ses fils se combattre amicalement au coeur de la cour d'entraînement, en contrebas des jardins de son palais, du haut de sa terrasse. Le maître d'armes qui s'occupait de les former depuis leur enfance les surveillait de son oeil aiguisé, corrigeait leurs positions lorsque cela s'avérait nécessaire et distribuait des conseils avisés. Le Roi de Dimhn était satisfait des progrès de ses enfants, qui s'amélioraient de jours en jours, devenant des guerriers dont il pouvait être fier. Son héritier, tout particulièrement, le comblait d'orgueil. Zanem était un jeune homme en pleine santé, bon combattant et fin lettré. Son père vieillissant ne doutait pas que sa postérité était assurée, sa lignée en sécurité et l'avenir de son royaume lumineux avec un tel successeur.

Sa bonne humeur, toutefois, fut bientôt entachée par l'apparition de son plus fidèle conseiller, Ormar. Ce dernier, certes ridé et voûté par les années, n'avait rien perdu de son esprit vif et servait fidèlement son Roi depuis vingt ans. Ainsi, parce qu'il le connaissait si bien, Kieren sut immédiatement en avisant l'apparence quelque peu ébouriffée de son ami, d'ordinaire imperturbable, que quelque chose de grave s'était produit. Le fracas des lames et le combat de ses fils devint subsidiaire dès qu'Ormar l'eut atteint, et s'inclina pour le saluer.

— Votre Majesté, un événement troublant s'est produit à l'Ancastel qui nécessite votre attention immédiate, l'informa son conseiller.

— Qu'est-ce qu'il peut bien être arrivé de si grave pour que tu te déplaces jusqu'ici ?

L'interrogation et la surprise de Kieren étaient légitimes, on ne voyait que rarement - pour ainsi dire jamais - son ami de longue date quitter le château, encore moins son solarium.

— Il semble que des étrangers à votre Royaume aient traversés un Portail d'origine inconnue, en plein coeur de la cité. Son Gouverneur a envoyé un messager pour vous informer de la nouvelle et vous demander la marche à suivre concernant ce qui doit être fait d'eux.

Perturbé par cette nouvelle, le Roi de Dimhn essaya de rationaliser les faits.

— Pourquoi des Arcanistes, aussi nombreux de plus, se seraient déplacés à l'Ancastel ?

— Ils ne viennent pas de Merkiel, votre Majesté. À vrai dire, ils ne semblent pas venir du Monde Connu du tout.

De plus en plus perplexe - et inquiet - Kieren décida que l'affaire méritait toute son attention et ordonna alors à son conseiller :

— Amène ce messager dans la Salle du Trône, je le recevrai personnellement.

— Comme vous le souhaitez, lui répondit Ormar avant de s'éloigner pour appliquer la volonté de son seigneur.

Ce dernier l'observa disparaître à l'angle d'un peuplier jaune avant de baisser les yeux vers la cour d'entraînement. Il interrompit le combat simulé entre deux de ses fils, dont son héritier, pour enjoindre celui-ci à l'accompagner pour l'assister dans une affaire de la plus haute importance. Lorsque Zanem l'eut rejoint, et interrogé sur ce qui tracassait son père, tous deux se mirent en route pour rejoindre le palais. Les quatre gardes qui suivaient toujours le Roi, jusque-là en retrait, à l'affût du moindre danger, leur emboîtèrent immédiatement le pas. Le retour jusqu'au donjon se fit dans un silence contemplatif, le père comme le fils entièrement focalisés sur la nouvelle troublante qui leur était parvenue.

Ils atteignirent la Salle du Trône au terme d'une marche d'une quinzaine de minutes, là où les attendait déjà un homme nerveux, encore crasseux de son voyage, visiblement mené à bride abattue, pour rejoindre la Capitale. Son Roi alla s'asseoir sur son trône en bois de hêtre blanc, richement décoré d'argent et orné d'opales translucides, surélevé sur sol de six pieds, afin de toujours surplomber les requérants et diplomates qui souhaitaient lui soumettre des questions importantes. Zanem monta les marches menant au trône à sa suite, pour se tenir à ses côtés tandis que, déjà debout à la droite du trône, se tenait Ormar.

— Parle, exigea Kieren avec autorité une fois installé.

— V-votre Majesté, bégaya le messager, impressionné de se retrouver en présence de son souverain, comme je l'ai dit à votre conseiller, des inconnus sont arrivés à l'Ancastel il y a de ça deux jours, au travers d'un Portail et...

— Combien ?

— P-pardon ?

— Combien sont-ils, exactement ? précisa le Roi de Dimhn.

— Trois-cent soixante-douze, Votre Majesté.

Choqué, Kieren se tourna d'abord vers son conseiller pour lui demander une confirmation muette. Ce dernier hocha simplement la tête, l'air grave et sombre. Puis, il se tourna vers son fils, pour voir une expression de stupéfaction qu'il savait refléter à la perfection, peinte sur son visage.

— Autant... ? laissa échapper le roi, sans attendre de réponse, que le messager lui fournit néanmoins.

— Oui, et nous croyons qu'il y aurait dû en avoir plus. Mais le Portail s'est refermé avant qu'ils ne puissent traverser.

— Que veulent-ils ? questionna Kieren son interlocuteur, une fois remis de son choc.

— C'est... compliqué de le savoir, Votre Majesté. Ils ne parlent pas la Langue Commune, ni aucune autre que le Gouverneur Arhkanem ait essayée.

— Cela est impossible ! s'exclama Zanem, ébahit, un sentiment que ressentait également son père.

— Ils ne semblent pas venir du Monde Connu, mais il nous est impossible, pour l'instant, de savoir quelle est leur contrée d'origine.

— Que penses-tu de tout cela, Ormar ? questionna son conseiller le Roi.

Le vieil homme, comme à l'accoutumée, eut une réponse prudente et censée.

— Comme vous le savez très bien, Votre Majesté, les érudits de la Tour des Miracles pensent, depuis le Bas Âge d'Argent, qu'il existe d'autres terres qui nous sont inconnues de l'autre côté des mers. Bien que cette théorie n'a, pour l'instant, pas pu être prouvée vraie. Je pense qu'il est probable, aussi surprenant que cela puisse paraître, que ces gens viennent de l'une de ces contrées. (Quelques instants de silence passèrent, où chacun médita sur cette pensée, puis le conseiller reprit la parole.) Parle au Roi de ces étrangers, ordonna Ormar au messager qui trépignait d'inconfort devant eux.

— Nos guérisseurs ont été obligés de leur prodiguer des soins, révéla l'homme. Ils étaient en mauvaise santé, une ou plusieurs maladies semblaient les dévorer de l'intérieur. Ils étaient notamment infectés par un air impur qui les empêchait de respirer correctement et les faisait tousser du sang.

Des étrangers possiblement venus de terres lointaines et jamais cartographiées, infectés par des maladies inconnues qui les rongeaient et un air impur qui les handicapait... tout cela n'augurait rien de bon pour son royaume, songeait Kieren.

— Vos guérisseurs sont-ils parvenus à les soigner ? Et savent-ils si leurs maux peuvent se répandre ?

— De ce qu'ils en ont dit au Gouverneur, les étrangers sont à présent guéris, bien que le processus aura été long et fastidieux pour nos mèges. Toujours selon eux, les maladies qui touchaient ces gens n'auraient pas pu se répandre de toute façon.

— Bien. Cela me fait un souci de moins, soupira le Roi de Dimhn, il n'aurait plus manqué qu'une nouvelle peste ravage nos terres... Mais que faire d'eux... ? s'interrogea-t-il ensuite à voix haute, après quelques secondes d'un silence contemplatif.

— Si vous le permettez père, j'irai à leur rencontre moi-même afin de tirer toute cette affaire au clair, intervint Zanem, déterminé.

— Est-ce sage, mon Prince ? lui répondit Ormar. Nous ne savons rien de ces étrangers, s'ils s'avéraient dangereux...

— Mon fils est plus que capable de se protéger, rétorqua Kieren, il est temps qu'il assume des responsabilités qui incombent à mon héritier. De plus, j'enverrai avec lui une troupe conséquente comme escorte, de même que Reval.

À cela, le conseiller du roi se rembrunit, ce que ne manqua pas de voir son souverain. Ce dernier savait combien l'inimitié entre son vieil ami et l'Arcaniste était profonde, mais le Merkielien avait su se montrer utile depuis qu'il était entré à son service, sept années auparavant et, pour cela, il avait sa faveur.

— Va prendre du repos, mon brave, s'adressa le Roi au messager épuisé, lui permettant de quitter sa présence. Tu repartiras dès demain avec mon fils jusqu'à ta cité.

— Votre Majesté, le salua le concerné avant de s'éloigner de quelques pas en marche arrière comme le protocole l'exigeait et de finalement faire volte-face pour quitter la Salle du Trône.

Longtemps après son départ, le Roi, son fils et son conseiller débattirent de la marche à suivre pour traiter avec les étrangers et, quand vint la fin d'après-midi, ils se séparèrent. L'un rejoignit sa reine pour trouver auprès d'elle des conseils, l'autre partit se préparer pour son départ, et le dernier, à son grand mécontentement, se dirigea vers le laboratoire de l'Arcaniste Reval pour l'informer de la mission que lui confiait leur souverain. Aucun des trois hommes ne dormi correctement cette nuit-là.

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