Chapitre II - Terraga

Par Naelle

Des voix retentissaient de partout. La contrée de Terraga était tellement plus bruyante que celle de Centria. Trissiah n’avait toujours pas bougé depuis qu’elle avait quitté l’ascenseur.

Les passants l’observaient avec effroi. Était-ce sa tenue, ses pieds nus ou bien ses écailles qui les choquaient le plus ? Pendant un instant Trissiah pensa fortement à faire demi-tour pour se renfoncer dans sa contrée sombrement insignifiante. Mais les rayons du soleil la fascinaient beaucoup trop. La peau lisse des Terragien-ne-s l’émerveillait d’autant plus. Terraga était on ne peut plus différente de Centria. Le sol était constitué de graviers qui piquaient ses pieds nus. Un peu plus loin elle pouvait même distinguer des petites brindilles vertes qui dansaient de droite à gauche avec le vent. Il y avait également des affiches animées sur lesquelles figuraient des Terragien-ne-s à moitié dénudé-e-s tenant des flacons en forme de diamant. « Quelle horreur ! » pensa-t-elle en détournant le regard. Ses yeux étaient désormais posés sur les engins à roues motrices qui se déplaçaient bruyamment dans le centre de l’allée. Ils étaient contrôlés par des Terragien-ne-s et il y en avait de toutes les couleurs : bleu, rouge, noir, blanc. Trissiah avait reconnu les composants de ces engins qu’elle avait l’habitude de fabriquer à l’usine.

Elle leva un instant le regard pour examiner le ciel. Des tourbillons de plaisir traversaient son corps. Le ciel était réellement là, pas sur une photo du journal hebdomadaire, mais là devant ses yeux. Elle pouvait apercevoir l’une des îles flottantes d’Altiba qu’elle soupçonna d’être l’île aux Nuages de par la sorte de cotons onctueux qui ornaient ses extrémités.

Trissiah se mit finalement en route quand tout à coup quelqu’un lui passa sous le nez à une vitesse phénoménale. Elle tomba par terre avant de réaliser que cette personne n’utilisait pas ses jambes pour se déplacer mais plutôt une plateforme à roulettes agrémentée d’une tige métallique sur laquelle se trouvait un guidon. « Quelle drôle de chose ! » pensa-t-elle. Mais la fille à la peau mate s’était retournée pour la fusiller du regard :

  • ­Tu ne peux pas regarder où tu mar-

Puis elle se stoppa net, ses yeux bruns rivés sur Trissiah. Elle repartit encore plus rapidement qu’auparavant. À croire que Trissiah était un monstre.

Étant encore avachie par terre, tout le monde la dévisageait davantage. Personne n’osait vraiment emprunter le trottoir sur lequel elle se trouvait hormis quelques-uns, trop obnubilés par leur propre apparence, finissaient par sursauter à son approche.

Trissiah sentait une douleur affreuse prendre possession de son corps. La chaleur l’envahissait comme jamais cela n’avait été possible auparavant, après tout elle venait de la contrée la plus chaude du Nouveau Monde. Mais ce n’était pas le même type de chaleur. Non, c’était une chaleur qui faisait mal, très mal. Son cœur battait à une vitesse insoutenable et ses mains commençaient à frétiller. Trissiah avait peur et elle ne se sentait clairement pas à sa place. Elle avait l’impression que son thorax allait imploser.

Le vent frais caressait ses pieds sales qu’elle dévisagea à son tour. Elle n’avait jamais pensé un jour être observée de la sorte.

Elle se ressaisit et repensa aux instructions que Jak lui avait données. Elle devait se rendre au port des Corboons. Mais où se trouvait-il ? Elle prit panique à l’idée de devoir demander de l’aide à un-e Terragien-ne.

Elle se releva finalement pour observer les écriteaux disposés sur les bâtiments gigantesques qui l’entouraient :

EXPLORER

FOOD&DRINKS

 ROSY BAR

THE GOLDEN HOTEL

Qu’étaient-ce donc que ces noms ? Il faut dire qu’à Centria il n’y avait rien de tel, seulement des grottes d’habitants. Tout ce dont ils avaient besoin se faisait livrer de Terraga. Rien n’était vendu directement aux Centriens à part ceux qui avaient la chance de se rendre sur les autres contrées. Centria était simplement sous tutelle des autres contrées du Nouveau Monde.

Trissiah tapota un peu sa robe avant de finalement rentrer dans le premier bâtiment.

  • ­Bonjour mad-, commença le vendeur avant de s’interrompre à la vue de Trissiah.

Trissiah en devenait presque habituée.

  • Bonjour, dit-elle fermement et toujours aussi offensée.

Le vendeur était une vraie armoire à glace. Mais le plus surprenant restait les longs poils qu’il avait sur son menton. Une observation mutuelle se fit ressentir.

  • Je… je peux peut-être… hm… vous aider ? ajouta le monsieur encore perturbé.

Mais Trissiah ne lui répondit pas, elle était bien trop absorbée par tout ce qui l’entourait. Le bâtiment était vide de monde. Elle remarqua à nouveau ces drôles de morceaux de tissu, soutenus par une matière inconnue, que tout le monde semblait porter aux pieds. Elle en prit un dans ses mains et l’examina. Il y avait des petites cordes très fines qui passaient dans d’infimes trous en ferraille. Trissiah connaissait bien ces trous puisqu’elle en confectionnait à l’usine. Elle n’avait jamais su à quoi cela pouvait bien servir.

  • Ah … oui… des chaussures, cela vous serait bien utile… dit-il doucement en toisant ses pieds.

« Chaussures ? » songea-t-elle. C’était donc des chaussures, mais il y en avait de toute sorte. Elle posa celle qu’elle tenait, désormais tachée à cause de ses mains égratignées. La chute sur le trottoir ne l’avait pas ménagée. Elle vacilla entre les rangées de chaussures qui l’entouraient tout en les admirant. Elle essaya d’en atteindre une autre reposée sur une étagère. Mais l’homme s’empressa de la lui donner. Il avait bien compris que c’était cause perdue vu la petite taille de Trissiah. Ils se regardèrent avec intensité. C’était la première fois que Trissiah en voyait un de si près, un Terragien.

  • Merci, finit-elle par dire calmement en baissant les yeux sur la chaussure.
  • Hm… Connaissez-vous votre pointure ? demanda-il plus relaxé.

« Pointure ? Mais qu’est-ce qu’ils ont avec les mots en -ure ? Vraiment étrange… ». Elle dévia le regard n’osant pas lui indiquer son ignorance.

  • Laissez-moi voir, dit-il en allant chercher un ruban.

Il s’accroupit et mit le ruban près de son pied gauche mais Trissiah s’éloigna en lâchant la chaussure par terre. Elle le regardait avec stupeur et s’était presque recroquevillée sur elle-même dans un coin de la pièce. Il n’avait pas bougé, la fixant avec étonnement.

  • Je suis vraiment désolé, je ne voulais pas… vous… hm… effrayer… dit-il gêné. Je peux ? dit-il en s’approchant légèrement.
  • Qu’est-ce que c’est ? dit-elle en pointant du doigt le ruban.
  • Ah ça ? reprit-il en le levant. Un ruban, ça me permet de mesurer votre pied pour connaître votre pointure. Et, hm… La pointure me permet de savoir quelle taille de chaussure vous conviendra le mieux… dit-il se doutant finalement qu’elle ne connaissait pas tout ce système.
  • Ah… Pourquoi je dois avoir des… Chau… Chaussss…Ures ? demanda-t-elle timidement. Le mot était plutôt compliqué à prononcer.
  • Eh bien… ça vous protège les pieds, répondit-il en souriant.

C’est à ce moment qu’elle s’aperçut que deux petites boules en métal dépassaient de sa lèvre supérieure et brillaient devant ses dents blanches. Elle remarqua également qu’il avait des dessins sur le corps car un dragon sortait de son t-shirt et arpentait son cou.

  • Les protéger de quoi ?  dit-elle étonnée.

Après tout à Centria, elle marchait sans chaussures sur les rochers poussiéreux, le sol lisse du bâtiment semblait plutôt délicat comparé à cela.

  • Hm… Des bouts de verre, des cailloux tranchants, des maladies, des mégots de clope et un tas d’autres trucs, répondit-il en tourbillonnant sa barbe.

« Maladies ? Mégots de clope ? ». Trissiah connaissait bien la maladie mais elle n’avait jamais pensé que ça existait ailleurs que sur Centria… Cela voulait-il dire que si elle ne portait pas de chaussures elle allait… mourir ? Et qu’étaient-ce donc encore que des mégots de clope ! Trissiah s’agaçait de ne pas tout comprendre, c’était de plus en plus pesant et déstabilisant.

  • Bien, dit-elle. Allez-y, ajouta-t-elle en pointant le ruban puis son pied.

Le vendeur se rapprocha en douceur avant de déposer le ruban par terre et de comparer le pied de Trissiah à celui-ci.

  • 23,2 centimètres, donc on part sur un 36 ! Petite taille, petits pieds n’est-ce pas ? rigola-t-il.

Trissiah le regarda confuse et fit semblant d’esquisser un sourire.

  • Quel type de chaussure vous ferait plaisir ? demanda-t-il en pivotant vers les allées.
  • Celle-là, répondit-elle en pointant la première paire qu’elle avait remarquée.
  • Très bon choix, des petites boots très robustes pour de longues randonnées, dit-il en prenant une boîte en dessous du modèle d’exposition. Vu votre tenue je suppose que vous n’avez pas vraiment de pièces sur vous ?

« Ma tenue ? Qu’est-ce qu’elle a ma tenue ? » pensa-t-elle en faisant la moue. C’était plutôt sa tenue à lui qui craignait, il portait une chemise fleurie bien kitch avec un bermuda en jean. Humiliée, Trissiah croisa les bras, les sourcils froncés. Le vendeur l’ignorait trop occupé à préparer la boîte pour la vente.

  • Je ne peux pas les acheter, l’interrompit Trissiah.
  • Je m’en doute, répondit-t-il. C’est un cadeau, vous me faites de la peine…
  • Je vous demande pardon ? s’agaça réellement Trissiah.
  • Enfin… Je veux dire que j’veux vraiment vous aider quoi.
  • Et pourquoi ? Vous ne me connaissez même pas !
  • En effet, mais voir une Centrienne sur Terraga c’est quand même pas si commun donc j’imagine que vous n’êtes pas n’importe qui…
  • Détrompez-vous !
  • Allez prenez-les… dit-il en tendant la boîte.

Soudain quelque chose attira davantage son attention : une horloge. Elle savait au moins lire l’heure ce qui ne la rassura pas puisqu’il était déjà 7 : 17 et Trissiah avait rendez-vous à 9 : 00 à l’Assemblée Royale. Il ne lui restait même pas deux heures pour s’y rendre.

  • Où est le port des Corboons ?! s’affola-t-elle.
  • Euh… Vous devriez vraiment prendre les chaussures quand même… insista le vendeur.
  • J’m’en fiche de ça ! Il faut absolument que j’aille sur Altiba, MAINTENANT, finit-elle par crier.

Le vendeur semblait confus mais il ne tarda pas à lui dessiner un plan sur un petit bout de papier.

  • Nous sommes ici, dit-il en montrant une petite croix avec son doigt. En sortant, vous allez devoir tourner à droite puis vous marcherez pendant à peu près vingt minutes sur cette allée, continua-t-il en suivant un trait esquissé. Arrivée au bout, vous verrez l’Océan et donc le port des Corboons. Vous ne pouvez pas les louper, ils sont énormes ! dit-il en souriant.
  • Merci ! s’écria-t-elle en commençant à partir.
  • Attendez, les chaussures ! s’exclama le vendeur en tendant la boîte.
  • Mais je n’ai PAS le temps !
  • J’y tiens ! s’obstina-t-il.
  • OK ! dit-elle en arrachant la boîte des mains.
  • Au revoir ! sourit-il.
  • Oui c’est ça !

Trissiah était déjà dehors. Le vent lui claqua la figure, cette fois-ci elle ressentait bien le froid. Elle s’empressa d’ouvrir la boîte pour mettre directement les chaussures. Ce fut une tâche bien plus compliquée qu’il n’y paraissait. Elle essayait en vain de lier les cordelettes ce qui l’exaspérait énormément. Elle coupa court et les coinça seulement à l’intérieur de la chaussure. Elle prit la boîte et reprit sa route. Elle frissonna et serra la boîte fort contre elle tandis que sa tresse s’agitait derrière elle.

Elle inclina sa tête vers le ciel et ferma les yeux. Les rayons du soleil caressaient ses paupières argentées alors qu’elle prenait une grande bouffée d’air frais. Quand elle ouvrit les yeux, elle aperçut des créatures volant dans le ciel. Elles étaient bien trop loin pour distinguer les détails mais elles semblaient majestueuses. Elles étaient accompagnées de nuages qui flottaient près du soleil sans le recouvrir.

Trissiah, elle, était toujours autant toisée par les passants. Certains la montraient du doigt, d’autres détournaient le regard et d’autres encore se donnaient des coups de coude avant d’éclater de rire. Elle soupira et reprit son chemin.

Il était vrai que c’était bien plus agréable de marcher avec des chaussures. Le sol semblait s’attendrir à chaque foulée. En revanche la boîte était vraiment encombrante, elle ne pouvait même pas regarder le bout de papier que le vendeur lui avait laissé.  Certes l’itinéraire était plutôt simple mais anxieuse comme elle l’était, il valait mieux mettre toutes les chances de son côté pour arriver à bon port.

Pendant la route, elle en profita pour observer davantage les interminables gratte-ciels. Certains étaient parementés de pierres grises qui semblaient très anciennes. D’autres avaient plutôt un aspect très contemporain avec de grandes baies vitrées.

Trissiah fit un bon à la vue de son reflet dans l’une d’entre elles. « Ah oui, je comprends mieux pourquoi tout le monde me dévisage… » dit-elle à voix haute. Son apparence était si différente. Des écailles ornaient toutes les parties de son corps, ses iris étaient d’un vert si profond.  Quant à sa robe, elle n’était plus réellement blanche et ses chaussures ne s’accordaient pas du tout avec celle-ci. Et on ne pouvait pas vraiment dire non plus que ses cheveux dorés formaient encore une tresse. Elle posa la boîte par terre afin d’attraper quelques mèches au vent pour les renfoncer dans sa tresse. « Ça f’ra l’affaire… » ajouta-t-elle pas convaincue. Avant de repartir elle regarda la boîte en se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir en faire. Elle décida finalement de la laisser là, en se disant qu’elle servirait bien à quelqu’un.

Sur son chemin, elle avait également repéré de grands cylindres marrons avec des sommets bien garnis de vert. Quelques fois, des petits morceaux du sommet s’envolaient pour retomber en valsant dans l’air. Elle en attrapa un entre ses doigts écaillés. Le contraste de ses écailles argentés avec le petit morceau vert était sublime. Elle plia le morceau qui était assez souple, ce qui lui fit penser à une feuille de papier. Elle tenait le morceau par une petite tige beige qu’elle s’amusait à faire rouler entre ses doigts très fins. Un coup de vent fit valser le morceau au loin et c’est à ce moment que Trissiah remarqua l’Océan au bout de l’allée.

Une odeur particulière avait d’ailleurs déjà commencé à chatouiller ses narines. Cela lui rappelait son enfance, quand ses parents lui faisaient griller du poisson d’Océda pour certaines occasions. Son père avait déjà obtenu plusieurs autorisations du Roi pour se rendre sur Terraga et même Altiba. Chaque fois qu’il en revenait, il ramenait des provisions particulières que seuls les nobles du Nouveau Monde avaient le privilège de goûter. Cela faisait bien longtemps que Trissiah avait perdu ce privilège… Elle essuya une larme avant d’apercevoir les gardes du port.

Les vagues berçaient ses pensées douloureuses et laissaient place à une certaine paisibilité. Le bleu de l’Océan lui rappela la salopette en jean de Jak, ce qui la fit sourire. Un des gardes la fixait la bouche grande ouverte. Trissiah l’ignora et s’avança pour se pencher sur le muret devant elle. Quelques vagues vinrent se heurter à lui en éclaboussant Trissiah. Elle recula surprise puis rigola. Une goutte avait effleuré sa lèvre ce qui lui laissa un goût salé en bouche.

Elle tourna la tête pour explorer davantage ce panorama. C’est à cet instant qu’elle repéra un Corboon en plein atterrissage. Aussi royal qu’un aigle, la queue flottant dans la brise, avec l’agilité d’un félin il se posa délicatement sur le ponton en bois qui survolait l’Océan. Une jeune femme très élégante agrippée à ses longs poils gris posa un pied à terre puis l’autre. Elle se tourna vers les gardes, ses cheveux noisette au vent. Elle leur tendit un papier et ils la laissèrent passer. Trissiah s’empressa donc d’aller rejoindre les gardes pour leur donner ses papiers et l’annonce du journal qu’elle avait gardé dans le buste de sa robe. Ils la regardèrent ahuris de la voir sortir un bout de papier de l’intérieur de sa robe.

  • Je dois me rendre à l’Assemblée Royale pour 9 :00, est-ce possible ? demanda-elle angoissée.

Les gardes hochèrent la tête après avoir inspecté ses papiers. Ils avaient un accoutrement bien différent de ceux de l’ascenseur. Leurs petites têtes étaient ornées d’un béret blanc sur lequel était brodé « Garde Marine ». Ils portaient également des petits shorts d’un blanc étincelant.

Ils lui indiquèrent le chemin pour se rendre au Corboon qui venait d’atterrir. Celui-ci s’était allongé et se léchait méticuleusement les pattes qu’il passait derrière ses oreilles de temps à autre. En s’approchant, Trissiah remarqua que les yeux pénétrants du Corboon étaient entourés de jolis poils noirs tel un raton-laveur. Il avait vraiment une apparence attendrissante mais cela ne rassurait en rien Trissiah qui allait devoir prendre son envol pour Altiba.

Un garde lui montra comment monter sur le Corboon qui ne semblait pas tout à fait ravis de cette chevauchée. La démonstration muette n’augmentait que davantage la crispation de Trissiah. Quand le garde descendit, il lui fit comprendre que c’était à son tour.

Elle prit son courage à deux mains et s’avança timidement vers l’encolure du Corboon. Ses pupilles en amande fixaient Trissiah ce qui la fit hésiter. Puis elle se décida finalement à prendre en main les poils robustes du Corboons. Ils étaient si doux et pourtant si drus.

Elle leva sa jambe droite et chevaucha le Corboon qui se leva d’un coup sec. Elle se crispa totalement, la mâchoire aussi serrée que ses jambes. Un garde siffla avec ses doigts et le Corboon recula avant de se mettre à courir sur le ponton.

Trissiah se demandait ce qu’elle faisait là, pratiquement certaine que ce serait ses dernières minutes. Elle était complétement terrorisée alors que le Corboon semblait être tout à son aise. Il galopa tel un guépard puis s’élança dans le vide à coup de battements d’ailes majestueux. Le cœur de Trissiah fit un raté. Elle ferma les yeux quelques secondes et se rendit finalement compte que c’était pire.

Elle voyait petit à petit l’Océan s’éloigner d’elle et les gardes devenaient rapidement minuscules. Le vent était plus tendre que ce à quoi Trissiah s’attendait et le soleil qui brillait de mille feux faisait scintiller ses écailles. Les ailes ivoires du Corboon caressaient l’air avec tant de grâce que Trissiah s’en voulait presque d’avoir hésité un instant à renoncer à ce spectacle.

Les nuages éblouissants arrivaient à sa hauteur en très peu de temps et elle s’autorisa même à tendre sa main droite pour les effleurer, en vain.

Pendant le vol sa réflexion était portée sur sa vie à Centria, elle se demandait pourquoi elle n’avait pas pu découvrir tout ça plus tôt. Pourquoi les Centrien-ne-s étaient obligés de rester cloitrés dans leurs misérables grottes ? Pourquoi ses parents avaient eu ce destin si tragique ? Pourquoi a-t-il fallu attendre vingt-cinq ans d’existence avant de connaître le bonheur, le vrai ?

Trissiah remarqua que l’île était de plus en plus proche, elle en profita pour baisser son regard une dernière fois sur Terraga qui était déjà bien loin en dessous. Elle pouvait désormais distinguer le personnages d’Altiba. Ce qui la choqua tout d’abord avant même d’avoir atterri fut cet amas de blanc. Tout le monde était vêtu de blanc ce qui l’éblouit presque.

Le Corboon se rapprocha d’un ponton en damier blanc et noir. Trissiah appréhendait l’atterrissage autant que le décollage mais celui-ci se fit tout en douceur. Une fois de plus, l’élégant Corboon se courba majestueusement pour la laisser descendre. Elle posa finalement les pieds sur le sol et caressa le Corboon en le remerciant. Il la regarda et elle pouvait maintenant déceler une once de chaleur dans ses pupilles.

Elle rejoignit les gardes qui lui faisaient signe de se rapprocher. Leurs cheveux longs longeaient leurs toges immaculées. Trissiah n’arrivait pas à croire qu’elle était là, sur l’île aux Nuages d’Altiba.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
sifriane
Posté le 17/02/2020
bonjour Naëlle,
visiblement tu ne viens plus trop sur le site, pourtant je poursuis ma lecture, et j'aimerais bien connaître la suite..
Ce serait bien pour Trissiah de se faire enfin un copain ou une copine, elle commence à me faire de la peine...
quelques fautes d'orthographes et quelques redondances au début
Vous lisez