Chapitre II - (2)

Par Alie
Notes de l’auteur : Et voici venir la deuxième partie du deuxième chapitre ! :) Profitez-en !

An 2102 0

03 avril

Planète dite « Éden »

Lieu inconnu

 

Le lieutenant-colonel Christian Martin, à présent responsable de la sécurité des élus dans son dos - étant donné que ses supérieurs hiérarchiques n'avaient pas pu passer le Portail avant sa dissipation -, grinça des dents. Il avait bien compris qu'il ne parviendrait pas à communiquer avec celui qui semblait être l'autorité dans la ville où lui et les siens avaient atterris. L'anglais, pourtant si semblable en sonorité avec la langue parlée par cette autre Humanité, ne lui serait d'aucun secours et il doutait que le français, son langage maternel, lui soit d'une utilité plus grande. C'était bien leur veine, d'être tombés sur une autre Terre coincée au Moyen-Âge, dont le peuple parlait une langue inconnue. Il ne voulut pas s'attarder sur leur maudite malchance concernant le Portail ; rien que d'y penser lui donnait des frissons.

À ces histoires de génétique, le lieutenant-colonel n'y connaissait rien, mais il n'était pas idiot et avait bien compris que le petit nombre de personnes étant parvenu à faire la Traversée ne suffirait pas à leur permettre de survivre sur plusieurs générations. Tout du moins, pas sans l'apparition de malformations et de maladies mentales. Cela, malgré la thérapie génique et cellulaire qu'on leur avait fait subir, qui était hautement expérimentale et dont ils n'avaient pas eu le temps de prouver l'efficacité. En bref, sur le long terme, ils étaient foutus.

Malgré tout, la mission du lieutenant-colonel restait la même : protéger les élus sous sa garde. Il comptait bien ne pas faillir à celle-ci. Alors, ne sachant pas combien d'habitants potentiellement dangereux vivaient dans la ville, et vu le sous-nombre imprévu de ses hommes, malgré les armes qu'ils portaient sur eux - qui étaient certes d'une létalité bien supérieure à celles des indigènes d'Éden -, Christian Martin décida de faire un acte de foi. Il lâcha l'emprise mortelle qu'il avait sur son M16 dernière génération et leva les mains devant lui en signe universel de paix. Il espérait simplement que le langage corporel de la Nouvelle Humanité était ressemblant à celui d'Éden. Il n'aurait plus manqué que ce geste soit, à leurs yeux, une insulte ou - pire - une déclaration d'hostilités. Rapidement, en voyant l'homme à cheval qui lui faisait face se détendre sensiblement, le lieutenant-colonel comprit qu'il avait fait le bon choix. Il se tourna alors vers ses hommes et leur ordonna de lâcher leurs armes ; ce qu'ils firent, récalcitrants. Puis, Christian exigea que tous - militaires comme civils - lèvent les mains à leur tour.

Une fois cela fait, il fit de nouveau face au cavalier. Ce dernier, après quelques instants à survoler du regard la foule, semblant sonder la bonne volonté de celle-ci, donna finalement l'ordre à son tour à ses hommes de rengainer leurs épées et drôles d'armes, mi-lances, mi-haches. Puis, les deux camps se toisèrent encore quelques instants avant que le chef de celui d'en face ne descende de cheval pour venir à sa rencontre, et lui tende une main amicale. Christian la saisit et la lui serra. Tacitement, les deux hommes convinrent ainsi de préserver la paix. Toutefois, la barrière de la langue n'avait pas disparue, et lorsqu'il fut temps de décider quoi faire, à présent que les étrangers semblaient les accueillir, le lieutenant-colonel se retrouva les bras ballants. Ce fut alors qu'une élue quitta les rangs pour s'approcher de lui et du dirigeant de la ville, avec hésitation mais détermination.

— Si vous permettez, monsieur, je pense que je peux parvenir à communiquer avec eux. Je suis linguiste de profession, lui dit-elle dans la langue commune qu'ils parlaient tous - l'anglais - avec un léger accent africain.

— Il n'y a rien de mal à essayer, acquiesça Christian en faisant un pas de côté pour permettre à l'inconnue de s'adresser directement au dirigeant de la ville.

Cette dernière se présenta, en répétant plusieurs fois son prénom - Efia - jusqu'à ce que son interlocuteur comprenne ce qu'elle essayait de lui dire. Ce dernier fit de même et le lieutenant-colonel apprit qu'il s'appelait Hereo... Arhka-quelque-chose sans comprendre ce qui relevait du prénom et du nom. L'homme, visiblement fasciné par l'apparence de ladite Efia - il ne devait pas y avoir beaucoup de personnes de couleur sur Éden, ou, tout du moins, dans le coin - ne pouvait pas s'empêcher de la détailler du regard, presque candide. Cette dernière accepta sa scrutation sans s'offusquer, avec un sourire charmant aux lèvres, avant de commencer à mimer tout en articulant lentement des mots succincts tels que « malades », « faim », « maison ». Il fallut de longues minutes avant que la compréhension n'apparaisse dans le regard d'encre du chef des citadins et qu'il commence à distribuer des ordres - lesquels, Christian ne le comprit pas, mais c'était un progrès. Efia se tourna alors vers lui pour lui expliquer ce qu'elle avait cru saisir de ceux-ci et le lieutenant colonel s'en trouva satisfait. Apparemment, on leur réservait un accueil chaleureux - ou, à tout le moins, tiède. Cela convenait à Christian qui, à son tour, se tourna vers son peuple pour le rassurer.

— Ne craignez rien, nous sommes en sécurité ici ! Ne vous éparpillez pas, gardez vos enfants proches de vous et tout ira bien !

L'air un peu moins craintifs que précédemment, les élus se serrèrent encore un peu plus les uns aux autres afin d'obéir à l'injonction du lieutenant-colonel. De longues minutes s'écoulèrent ensuite, durant lesquelles Efia poursuivit sa pseudo-conversation avec le dirigeant de la cité, ne montrant aucune frustration de ne pas toujours arriver à se faire comprendre. Au contraire, elle semblait exaltée d'être la première personne de leur groupe à pouvoir communiquer avec l'un des indigènes d'Éden. Soudain, brisant la quiétude qui s'était installée, une toux atroce se fit entendre derrière Christian. Une femme cria tout en rattrapant de justesse son petit garçon - probablement pas plus vieux que cinq ans - qui s'était effondré à ses pieds. Le pauvre enfant ne parvenait pas à s'arrêter de tousser et, bientôt, il cracha du sang.

Un groupe d'élus se précipita à son secours, - des professionnels de santé sans le moindre doute - mais Christian savait qu'il n'y avait rien à faire. Les poumons du garçon étaient bien trop endommagés par la pollution pour qu'il ait une chance de s'en remettre. L'air trop pur d'Éden - que le lieutenant-colonel lui-même avait eu du mal à inspirer durant les premiers instants de son arrivée dans ce nouveau monde - n'aidait pas. Sa forte concentration en oxygène non-pollué était en effet un choc pour l'organisme déjà fragile des élus. Si, sur le long terme, cet air incroyablement sain leur serait profitable, pendant quelques temps encore il leur serait difficile de le métaboliser. Toutefois, si leurs organes ne se détérioreraient plus comme avant, il n'y avait aucun remède capable de soigner les dégâts déjà causés par leur ancien environnement. L'enfant survivrait sans doute à cette quinte de toux, qui commençait à perdre en intensité, mais l'une des prochaines lui serait probablement fatale. Le lieutenant colonel, qui avait pourtant vu la guerre, fut obligé de détourner le regard tant la vision de cet enfant mourant lui était insoutenable.

Ce fut pour cette raison qu'il vit avant tout le monde une femme jaillir des rangs des indigènes. Elle se précipita aux côtés du garçon, obligeant les élus à s'écarter pour la laisser passer. Lorsqu'elle l'atteignit, elle apposa ses mains contre son torse et se mit à réciter quelque chose qui ressemblait à une prière. Alors, une lueur blanche se mit à rayonner de ses paumes pour pénétrer à l'intérieur du garçonnet qui cessa brusquement de geindre et de tousser. Quelques minutes à l'accent d'éternité s'écoulèrent ainsi, tandis que la Nouvelle Humanité observait, médusée, un phénomène surnaturel se produire sous ses yeux. Bientôt, la lueur disparut et l'inconnue éloigna ses mains de l'enfant, qu'elle aida à se redresser. Sa mère, déjà en larmes, éclata en sanglots soulagés en voyant que son fils semblait miraculeusement guéri. Elle enlaça fermement le garçon, avant de faire de même avec sa sauveuse, qui accepta l'étreinte de bonne grâce. Ce fut le moment que choisit une dizaine de personnes pour se manifester à son tour, chacune s'avançant vers les élus, les paumes luisantes. Une seule pensée, incrédule, tournoyait dans l'esprit du lieutenant-colonel Martin :

C'est de la putain de magie !

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jesaispastrop
Posté le 19/06/2022
J'ai adoré encore une fois ! Chaque personnage commence à développer sa propre personnalité et ce monde nous révèle doucement des aspects inattendus.
J'ai hâte de voir la suite :)
Alie
Posté le 19/06/2022
Je suis tellement contente que ce début de roman te plaise ! :D De même avec le monde que je développe. J'espère que la suite te plaira autant !
jesaispastrop
Posté le 19/06/2022
J'ai adoré encore une fois ! Chaque personnage commence à développer sa propre personnalité et ce monde nous révèle doucement des aspects inattendus.
J'ai hâte de voir la suite :)
Alie
Posté le 19/06/2022
Y'a un p'tit bug visiblement haha.
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