Chapitre II

Par Soah

De toutes les provinces du pays, l’Ouest était probablement celle que j’avais le moins visité. Janus ne semblait guère encline à y voyager et prétextait toujours que là-bas, les ravages de la guerre avec l’Empire avaient saigné la région, l’appauvrissant tellement qu’elle en devint inintéressante économiquement parlant. D’après elle, les gens s’étaient débarrassés des objets de valeurs ou de ceux susceptibles de faire naître des Rancuras contre quelques miches de pain il y avait de ça des années. Même devant une requête royale, ma mentore avait tenté de me dissuader de me rendre dans les terres de Valture. Cette position m’avait paru bien étrange, mais je ne l’avais pas réellement questionné pour autant, après tout cela m’importait peu et je ne tenais pas à devoir me défendre lors d’un procès pour désobéissance publique. Le nom et la réputation de celle qui m’avait tout appris me protégeaient, mais pas à ce point-là.

Finalement, le voyage depuis Roseronce m’avait démontré qu’après avoir passé la Lande et ses montagnes escarpées, l’Ouest se présentait comme n’importe quelle autre province de Catelune. Bien que Janus eût raison à propos de la brume ainsi que des pâturages ourlés de moutons. Néanmoins, la mission que Sa Majesté Katrionna m’avait chargé d’accomplir me conduisait au plus près de la bordure du territoire, dans le château de Valture. Rien que le nom de ce coin me donnait des frissons alors que les syllabes rebondissaient dans mon esprit. Mon mauvais pressentiment se renforça un peu plus lorsque je découvris l’endroit de mes propres yeux.

Les tuiles presque sanguines du toit jonchaient un ensemble de pierres charbonneuses. Les fanions de la couronne flottaient dans le vent, claquant à la moindre brise. Aux alentours, il n’y avait ni charmant parc ni lac accueillant, juste une forêt de conifères aux épines d’un vert si sombre qu’il en paraissait noir. Derrière, la montagne dessinait ses reliefs escarpés avec plus de rudesse que les crocs d’un prédateur. Cela me faisait peine à observer, mais les élégants vitraux de la demeure ainsi que les touches pourpres des oriflammes étaient les seules sources de couleurs de toute la région.

Je mis pied à terre et menais ma modeste roulotte, tiré par un unique cheval, par la bride jusque dans la cour. Aucun garde ne se présenta. Ma gorge se serra sous le joug du silence qui régnait là. Même dans les recoins les plus isolés de Catelune, le bruit existait, mais pas ici. Après une profonde inspiration, je me dirigeais vers l’annexe des serviteurs ; il m’était évident qu’il y aurait au moins une ou deux individus affairés. Les aboiements rauques d’un molosse m’accueillirent soudain, poussant une domestique à sortir, rouleau à pâtisserie en main.

— Bonjour, c’est vous le Chasseur que l’on attend ? décocha-t-elle après m’avoir jugé des pieds à la tête et abaissé le poing.

— Oui, madame. Sa Majesté la reine en personne m’a charg… commençai-je après l’avoir salué.

— Navrée, je n’ai pas le temps de t’écouter. Depuis l’incident, on manque cruellement de main-d’œuvre. Tu trouveras Sa Seigneurie le duc dans la grande salle, tu ne peux pas la rater, me coupa vivement la servante en désignant vaguement la direction d’un signe de la tête.

Je la remerciai avant de me détourner pour rejoindre le hall principal de château de Valture. Tandis que le palais de Roseronce ne revêtait aucun autre habit que l’or, ici tout semblait cultiver la brutalité. Des poutres au vernis presque rouge jusqu’aux pierres apparentes sombres, la décoration et les tapis ne parvenaient pas à réchauffer l’atmosphère. Je croisais quelques gardes, les paupières ourlées de cernes sordides. Lorsque je tentais de m’introduire auprès d’eux, tous et toutes eurent la même réaction : pointer une direction en réprimant un lourd bâillement.

Au moment où je poussai la porte de ce qui me semblait être la grande salle, les sons stridents des fleurets s’entrechoquant résonnèrent. Meubles et bibelots avaient été écartés pour former une vaste arène dans laquelle deux opposants valsaient. L’échange se termina presque aussi prestement qu’il avait commencé et se vit ponctuer d’un rire étourdissant. Le même genre d’exclamation décomplexée que pouvait avoir Sa Majesté la reine Katrionna. Ils retirèrent leurs masques de protection, dévoilant leurs visages ainsi que leurs cheveux nappés de sueur.

— Il semblerait que nous ayons de la visite, Votre Altesse, commenta la maîtresse d’arme en balançant sa lourde tresse derrière son épaule.

— Ah, navré de te recevoir dans de telles conditions, Chasseur. Nous ne t’attendions pas avant quelques jours, déclara le duc en ôtant ses gants – qu’il laissa tomber au sol – avant de s’avancer vers moi.

— Madame votre mère, la reine, m’ayant expressément demandé de faire au plus vite pour rejoindre Valture, je n’ai fait que répondre à ses exigences.

— Ma foi, si ça peut nous débarrasser de notre problème au plus vite… Cette demeure ressemble à un taudis et plus personne ne souhaite venir travailler. Même contre le double d’un salaire usuel d’employé de maison, commenta le seigneur comme si cela était une véritable catastrophe.

— Avez-vous encore besoin de moi, monseigneur Nazarius ? questionna la femme, quelque peu mal à l’aise, en s’inclinant pour ramasser les affaires qui gisaient sur le tapis.

— Non, Ezéline. Je te remercie, notre petite séance de ce matin a été largement suffisante. Je te ferais mander si besoin est, répliqua le duc par-dessus son épaule sans me quitter des yeux.

La porte claqua, nous laissant en tête à tête, Nazarius et moi. L’aîné de la famille royale ne partageait aucun trait physique avec la souveraine Katrionna, dans un premier temps cela me surprit, mais bien vite, les leçons d’histoire moderne de Janus me revinrent en mémoire. Nazarius de Valture était peut-être le premier né, il demeurait l’enfant d’une maîtresse régalienne. Assurément la raison pour laquelle il séjournait ici, dans cette région reculée et non pas à la capitale avec le reste des rejetons royaux. Malgré tout, il portait sur lui sa noblesse comme si cette condition ne pesait rien. Il ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans, peut-être moins. Son regard glissait sur moi comme un serpent entre des pavés, je détestais cela.

— Dites-moi ce que je peux faire pour vous, sifflai-je sur la défensive.

— Tant de fougues dans un corps si frêle, j’en serais presque impressionné, se moqua-t-il ouvertement.

— Si Votre Altesse pense pouvoir régler cette histoire sans mon aide, qu’il me le fasse savoir. D’autres gens sont bien plus dans le besoin et mon temps est précieux.

— Tu irais jusqu’à désobéir à la reine de ce pays ?

Il n’existait aucune bonne réponse à cette question ainsi, je gardais le silence. Néanmoins, mes yeux parlaient à ma place, exprimant tous les sentiments négatifs que cette conversation induisait. Les poings serrés, la mâchoire crispée, je finis par lui décocher un sourire obligé.

— Bien sûr que non votre Grâce, articulai-je douloureusement.

— À la bonne heure ! Allons dans mes appartements, les tiens ne doivent pas être encore prêts, conclut le duc en se détournant sans attendre.

Sur les talons du premier bâtard de Roseronce, je découvrais les méandres du castel. La poussière commençait déjà à grignoter les œuvres d’art sinistres qui décoraient les différents vestibules. Des employés de maison zélés tentaient d’éradiquer ce problème, en vain. La souillure voletait dans l’air comme des pollens au printemps, valsant dans la lumière verdâtre que les pins offraient à la demeure.

Je réprimai un frisson lorsque la porte de l’office de Nazarius s’ouvrit. Malgré un feu de cheminée vif et une décoration plus sporadique que dans les couloirs, cette demeure tout entière me mettait mal à l’aise. Le prince se laissa tomber dans un fauteuil vermeil aux accoudoirs élimés et posa ses jambes sur un support en velours, également dans un triste état. D’un geste désinvolte, il m’invita à prendre place, je m’installai dans le canapé le plus éloigné.

— Tu n’enlèves donc jamais ta capeline ? demanda-t-il en se penchant pour cueillir un verre en cristal ainsi qu’une bouteille d’alcool entamée.

— En quoi cela est-il pertinent pour ce qui m’a été exigé de faire ? lançai-je en me ramassant un peu sur moi-même.

— Cette bouche pourrait mordre, commenta Nazarius en riant juste avant de boire d’une traite le contenu de sa coupe.

— Pourriez-vous au moins me parler de ce qui s’est passé ? Vous n’êtes assurément pas stupide. Vous savez que plus nous attendons…

— Plus cela va être difficile pour vous d’intervenir. Ne vous en faites pas, les Chasseurs royaux, supposément la crème de la crème de Catalune, m’ont déjà abasourdi les oreilles avec cette rengaine.

— Où sont-ils d’ailleurs ? Aucun d’eux n’est retourné à la capitale et aucun ne semble être présent.

— Probablement mort dans un recoin du bocage domanial, lâcha-t-il après un reniflement et s’être servi un nouveau verre.

— Pourquoi pensez-vous cela ?

— Le Rancura qui œuvre ici ne demeure pas dans le château, cela est certain. Chaque hectare du fief a été passé en revue et personne n’a été retrouvé. Cependant, des traces de sang menant vers la forêt noire ont été observées. Cette chose arrive et tue à chaque pleine lune.

— Elle viendra donc dans quelques jours, notai-je en baissant le nez vers mes mains.

— Ma mère adoptive tient absolument à ce que ce problème soit réglé. Quant à moi, je crois que cela n’est qu’un juste châtiment. Tu es libre d’enquêter, tu peux aller où bon te semble, Chasseur. Demande l’aide de qui tu veux également. Mais laisse-moi en dehors de ça, affirma Nazarius en s’effondrant dans l’assise.

— Vous êtes sûr de ne pas vouloir me parler davantage de cette histoire ? Votre assistance me sera précieuse pour résoudre ces attaques, insistais-je, neutre.

— J’ai dit dehors ! hurla-t-il en jetant son verre encore plein dans les flammes.

Le feu de la cheminée se mit à vomir des étincelles comme une pluie d’étoile filante. Je considérai le prince Nazarius en silence pendant quelques secondes avant de quitter les lieux. Malgré toute sa bravade, ce type n’était qu’une épave et il semblait bien décidé à entraîner le restant de la maisonnée dans son naufrage.

 

*

 

Toute la fin d’après-midi durant, j’avais arpenté les couloirs de la forteresse. Je laissais ma main de Chasseur à l’air libre, guettant la moindre réaction de la marque, en vain. Le prince ivrogne ne m’avait donc pas menti. Tout du moins, concernant les parties accessibles de la demeure. Il me restait quelques jours avant la pleine lune et d’ici là, je comptais bien connaître cette demeure mieux que ses propriétaires. Je me moquais bien de l’avenir de Nazarius, mais je ne tenais pas à ce que d’autres innocents perdent la vie. Décevoir Janus n’était également pas une alternative acceptable.

Une domestique, guère plus âgée qu’une enfant, me conduisit à ma chambre après un souper solitaire, le duc n’ayant pas jugé bon de descendre pour se joindre à moi. Sur le matelas, les édredons pliés avec soin attendaient que l’on s’occupât d’eux. La gamine se précipita vers l’âtre mort depuis longtemps en s’excusant. Elle craqua une interminable allumette et les braises naquirent avec une facilité déconcertante. Lorsqu’elle approcha du lit, je la retins d’un sourire maigrelet avant de me soucier de tirer les draps, border la couverture et regonfler les oreillers.

— Chasseur, je ne peux pas vous laisser faire cela vous-même, c’est indigne de notre maison, balbutia-t-elle en jouant avec ses mains.

— Pourquoi te demanderais-je de me servir alors que je peux le faire moi-même ? rétorquais-je en glissant un coin de la coitte sous le matelas.

— Vous devez économiser vos forces pour la chasse !

— Comment t’appelles-tu ? ma question se faufila hors de mes lèvres tandis que je me redressai.

— Brune, je m’appelle Brune. Mais je ne vois pas ce que cela a avoir avec cette histoire, répondit la domestique, les poings sur la taille.

— Eh bien, Brune, si je ne suis pas capable de faire un lit par moi-même comment veux-tu que je puisse chasser ? Je n’ai plus besoin de personne pour me moucher, et ce, depuis longtemps. Si tu souhaites m’aider, raconte-moi ce qui s’est passé. Le duc garde le silence, préférant boire comme un pilier de taverne plutôt que de me dire quoi que ce soit et le reste de ses gens semblent s’aligner sur l’entêtement du maître de maison, grommelais-je en délogeant les plis du revers de la main.

— Je ne sais pas si… Monseigneur nous a bien fait comprendre que, quiconque parlerait se verrait fouetter à mort, souffla Brune avant de se mordre les lèvres.

— Je ne dirais rien à personne. Je veux juste faire mon travail. Est-ce que j’ai la tête de quelqu’un qui murmure dans toutes les oreilles ? déclarai-je en laissant ma capuche tomber sur mes épaules.

La servante m’observa pendant quelques instants, sa bouche malmenée par ses dents m’indiquait combien ses réflexions lui étaient pénibles. Je penchai le visage sur le côté, glissais mes mains à l’intérieur de mes poches, feignant une expression détendue. La constellation de taches de rousseur qui bordait l’arête de son nez cessa de remuer, se parant de rose.

— Très bien, mais vous devez jurer de ne rien répéter, de garder cela pour vous, implora-t-elle en approchant.

— Vous avez ma parole, affirmai-je en l’invitant à s’assoir sur le lit encore en chantier.

— Monseigneur le duc entrave votre enquête, car celle qui abrite le Rancura n’est personne d’autre que sa jeune fiancée, lady Arceline de Vesci, la fille d’un noble de l’Empire. Le soir où tout a commencé, elle célébrait son anniversaire ici même.

— Peux-tu m’en dire plus ?

— Malheureusement, non. Toutes les personnes qui travaillaient cette nuit-là ont été… réduites au silence par ordre de monsieur Nazarius lorsqu’elles n’ont pas été tuées de la main du Rancura, murmura-t-elle d’une voix étranglée, retenant de lourds sanglots.

— Je vois. Toutes mes condoléances, chuchotai-je en passant une main dans dos dos.

— Néanmoins, il y a une chose que je puis faire pour vous. Tous les cadeaux ont été stockés dans l’annexe du silo à grain, en bordure de la forêt. Je vous en prie, aidez-nous, je ne veux pas mourir, articula-t-elle entre deux reniflements.

Le prénom de la jeune domestique résonna soudainement dans les couloirs. Elle s’empressa de se relever et glissa dans ma main une petite clef avant de quitter la pièce. J’entendis au loin les sons sinistres des réprimandes à son égard. Un glapissement de douleur plus tard, l’étage retrouva son calme. Je m’approchai de la fenêtre, laissant mon regard se perdre dans cette marée de sapins obscurs. Le toit de la réserve s’érigeait au milieu, comme un phare dans la nuit sous l’œillade presque moqueuse d’une lune gibbeuse.

 

*

 

Peu après un succulent déjeuner en solitaire, je profitais de l’inattention de tous pour me faufiler hors du château. De longues heures durant, j’arpentais la forêt et ses ombres fraîches. Une fois que j’eus le sentiment que personne ne me suivait, je décidais de me glisser vers la remise, serrant dans mon poing la clef que Brune m’avait confiée. Bien qu’il ne ferait nuit que bien plus tard, le ciel se peignait déjà dans des teintes chamarrées alors que j’atteignais le silo.

Crevant la monotonie des tons émeraude de la forêt, les tuiles rouges du toit me faisaient penser à une plaie qui ne cicatrisait pas. Quelques mulots et autres rongeurs se défilèrent à mon approche. Je regardais une ultime fois autour de moi avant de déverrouiller la porte d’entrée. À l’intérieur, l’odeur des céréales séchées nappait les murs. Un maïs ratatiné chuta depuis l’étage sur ma tête, attirant mon attention vers le haut. Un puits de lumière – sans doute du verre – tentait d’éclairer l’endroit sans pour autant y parvenir réellement. Je discernai les contours des récoltes, réparties sur plusieurs niveaux. Alors que je m’apprêtais à gravir l’escalier en bois, un éclat métallique au rez-de-chaussée se distingua dans la pénombre. La peau de ma main se mit soudain à vibrer, vivante et extatique. Sous la laine de la mitaine, le rouge de ma marque luisait. Pourtant, je ne ressentais aucune présence hostile, aucun mal, aucune trace de sentiment dans cet endroit. Juste un vide presque dévorant.

Après une inspiration, je me décidais à écouter la pulsation de mes veines et trouvai un amoncellement de cadeaux. Peluches, robes et mobiliers raffinés s’entassaient dans les tréfonds du silo. De la plus petite pièce d’argenterie jusqu’à l’armoire en merisier, ma marque demeura silencieuse. Ce qui l’animait ne venait pas de ces présents. Je fermais les yeux, tentant de suivre le filin de mon instinct de Chasseur. Une chose se distingua alors dans l’obscurité. Ce n’était guère plus qu’une braise agonisante, mais le lien était là. À l’odeur des grains en train de sécher pour l’hiver prochain se mêla le parfum nauséabond de la mort. Mon pied rencontra la pointe d’une lame. Ma gorge se serra.

— Je suis navrée, articula une voix de femme dans mon dos.

La porte du silo se referma brutalement sur le visage triste d’Ezéline. Je me détournai brusquement de l’arme sur le sol pour courir jusqu’à l’entrée. Je la frappai de toutes mes forces, hurlant ma colère à en prendre la voix. Un silence froid et le roucoulement goguenard d’une tourterelle me répondirent. Dos à la sortie, je me laissai glisser contre le bois. L’obscurité dévora tout sauf la lueur qui brûlait sous ma peau. J’attendis que mes yeux s’accoutumassent au manque de lumière avant de me redresser. Ce contretemps, certes fâcheux, ne se mettrait pas en travers de mon enquête ni de mes devoirs.

Juste derrière la montagne de présents, les corps sans vie des Chasseurs royaux s’entassaient. Le premier d’entre eux tenant fermement un écrin vide, l’objet pour lequel ma main vibrait. Je relevai mon col sur mon nez pour ne pas aspirer les vapeurs de la mort et tirai sur la boîte à bijoux. Le macchabée céda son bien et je m’écartai vivement, le cœur au bord des lèvres. Avec prudence, je montais un ou deux étages plus haut pour profiter des rayons du soleil moribond pour mieux observer ma prise.

Le velours du fond du coffret laissait à penser qu’un collier s’enchâssait à l’intérieur. Un choc électrique me traversa alors que j’y apposai mes doigts. La marque sur ma main résonna douloureusement jusque dans mes os, une sensation cruellement familière.

Depuis mon perchoir, les dernières gouttes de clarté s’envolèrent. Le silo se retrouva englouti par l’obscurité. Mes réflexions solitaires ne cessaient de s’entrechoquer. Le Rancura n’avait pas eu raison des Chasseurs royaux, la faim et l’isolement dans cette tour, en revanche me paraissait être des coupables plus que probables. J’avais pourtant constaté la détresse de Nazarius, mais je n’avais pas envisagé qu’elle fût si intense. L’homme avait le cœur brisé jusqu’à vouloir maculer sa maison entière de sang. Après un soupir lourd de fatigue, je déposai le coffret à bijoux à côté de moi et m’enfonçais dans un nid de paille. Inutile de se torturer l’esprit plus avant, sans le jour, je n’arriverais à rien. Je fermais les yeux, ruminant à propos de ma stupidité.

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Nyubinette
Posté le 21/04/2021
Yeeeees. Tu nous plonges tout de suite au coeur de l'aventure, c'est un super rythme, rapide efficace. J'aime beaucoup tes descriptions, je les trouve très poétique et en même tant complété par les interventions et avis plus familiers de Novem, vraiment sympa !
En quelques paragraphes tu as réussi à me faire détester Nazarius (et me faire rire en le traitant de pilier de taverne, j'aaadore). Et en même temps avec les derniers mots du chapitre, on arrive finalement à avoir un peu d'empathie pour lui.

Nouvelle fois ! Je reviens pour demander : j'ai été surprise de la réaction de Novem à la fermeture brutale de la porte. Depuis le début tu lui décris une personnalité plutôt froide/confiante et tu confirmes cette sensation lorsque tu dis que cette fermeture de porte n'est "qu'un contretemps facheux" pourtant Novem court jusqu'à la porte et frappe jusqu'à sans perdre la voix. Je l'aurais plutôt imaginé se rapprocher de la porte, tenter de l'ouvrir et rebrousser chemin sans plus s'inquiéter. A moins que tu signales qu'iel voit les macchabés lorsque la porte se ferme et du coup : petite poussée d'adrénaline et de stress pourraient justifier sa réaction. Bref, ce n'est qu'une question et/ou un avis très subjectif.

J'aime beaucoup ce que tu fais.

Merci du partage encore une fois
Soah
Posté le 30/04/2021
Coucou :D
Je note ta remarque sur la porte ! Comme il s'agit d'un premier jet, il y a peut-être des moments où il existe des couacs entre les comportements que les personnages ont et ce que j'ai montré d'eux, je ferais attention à ma relecture/lors des corrections ! ;3

Ravie que ça te plaise en tout cas <3
HarleyAWarren
Posté le 15/04/2021
Ah, les bons gros ennuis qui commencent, on aime ça !

Ce Nazarius m'a l'air d'un type tout à fait charmant et le courant a l'air de passer nickel entre Novem et lui, je prédis de futurs super potes :D
Bref, trève de plaisanteries douteuses. Je ne sais pas ce que Novem détecte en lui pour s'en méfier à ce point, mais finalement, j'aime bien l'idée qu'il n'y ait pas de raison à proprement parler à part "hm, lui, je le sens pas". Il y a des gens, comme ça, juste en les voyant, sans bien savoir pourquoi, on ne les aime pas et je trouve que c'est un sentiment que tu rends bien dans ce chapitre.

Tout à fait subsidiairement, je n'avais jamais vu la forme féminine de "mentor" et en vrai, je sais pas pourquoi mais je l'aime beaucoup. Donc merci de m'avoir fait découvrir cette forme :D
Soah
Posté le 19/04/2021
Merci beaucoup Harley ! :D
En effet, Novem et Nazarius = BFF. Y a pas de doutes là-dessus !
Et je t'en prie ! Je féminise pas mal de choses même si c'est considérer comme du "barbarisme" par les puristes, parce que voilà boudiou :p
Je suis contente que cette histoire de plaise, merci beaucoup de ton passage !
Amusile
Posté le 27/03/2021
Me revoici.
Un autre chapitre qui se lit avec fluidité. On entre davantage dans l'histoire, et tu ne livres davantage d'indice sur la nature des Rancuna. L'ambiance du château est très bien retranscrite, tu arrives à nous tisser les portraits des personnages en quelques phrases. Bref, c'est vraiment agréable. Hâte de lire la suite !
Soah
Posté le 30/03/2021
Merci beaucoup, je suis ravie que ça continue à te plaire ! Ca me fait très plaisir ! :)
sifriane
Posté le 20/03/2021
Salut,
On plonge plus en profondeur dans l'histoire. Tu nous fait bien ressentir l'ambiance qui règne au château, on n'a pas envie d'y être.
J'ai dû moi aussi réfléchir 2 secondes à qui était Ezeline, mais c'est vite revenu, il y a peu de personnages dans ce chapitre.
Tout ça reste encore bien mystérieux, on a hâte de comprendre ce qui se passe au château et où tu vas nous mener.
La fin donne envie de lire la suite.
Soah
Posté le 24/03/2021
Coucou !
Merci de ton retour, je ferais peut-être un rappelle de qui est Ezéline dans ce cas, pour éviter que l'on soit trop perdu ! ^-^/
dodoreve
Posté le 19/03/2021
Coucou Soah ! C'est un chapitre qui nous lance plus en profondeur dans ton histoire, et je trouve sa fin très intrigante. Je me demande ce qui se passe ici ! C'est un détail, mais j'ai dû réfléchir dur pour me rappeler de qui était Ezéline au fait, parce qu'on ne la voit "qu'au" début du chapitre, mais après c'est peut-être la fatigue qui joue. ^^ (Oui 22h32 c'est tard pour moi ahah)
"Le velours du fond du coffret laissait à penser qu’un collier s’enchâssait à l’intérieur. Un choc électrique me traversa alors que j’y apposai mes doigts. La marque sur ma main résonna douloureusement jusque dans mes os, une sensation cruellement familière." Je dois avouer que je reste sur ma faim à cet endroit, car j'ai envie de comprendre plus en détail la relation entre sa "marque", ces objets et les Rancuras :D Et sinon j'aime bien la forme de ces phrases elle-même. :)
Toujours hâte de voir où tu nous mènes en tout cas, et hâte d'en savoir plus, hâte de comprendre mieux ! C'est une super idée je trouve cette histoire d'objets maudits qui peuvent porter des souvenirs et des sentiments.

Quelques petites choses relevées :
"je ne l’avais pas réellement questionné(e)" (cette position)
"la mission que Sa Majesté Katrionna m’avait chargé(.e) d’accomplir" ?
"ma modeste roulotte, tiré(e) par un unique cheval"
"Probablement mort(s) dans un recoin du bocage domanial" (les chasseurs ?)
"je comptais bien connaître cette demeure mieux que ses propriétaires. Je me moquais bien de l’avenir de Nazarius" petite répétition de "bien"
"Je ne dirais rien à personne." plutôt au futur, "dirai" ?
"tons émeraude(s) de la forêt"
Plusieurs verbes mis à l'imparfait pour la 1PS devraient peut-être l'être au passé simple : "menais ma modeste roulotte", "je me dirigeais", "insistais-je", "glissais mes mains", "je me décidais à écouter", "Je fermais les yeux", "et m’enfonçais" (je n'ai pas tout relevé)
À bientôt :) !
Soah
Posté le 24/03/2021
Merci pour les petites coquilles <3
Je suis ravie que tu sois intrigué.e par mon histoire, j'avoue que comme le début est assez "court", j'essaye de ménager le suspens pour les publications sur PA... Mais promis, vous en saurez plus rapidement ! :p
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