Chapitre II - (1)

Par Alie
Notes de l’auteur : Tadaaa ! Voici venir le début du deuxième chapitre d'Éden ! J'espère qu'il vous plaira. :)

An 343 du Bas Âge d'Or

Troisième jour de la deuxième lune de printemps

Royaume de Dimhn

Cité de l’Ancastel

 

Hereo Arhkanem, Gouverneur de la cité de l'Ancastel, prenait son petit-déjeuner entouré de sa famille lorsque le cavalier se présenta dans la cour de sa demeure. L'homme, un garde de la ville que le Gouverneur ne connaissait pas, exigea de le voir immédiatement à ses deux condisciples qui surveillaient l'entrée de la maison, concernant un grave incident. Prévenu par une servante de son arrivée brusque et de l'urgence de sa requête, Hereo accepta de le recevoir. L'homme qui se présenta devant lui était visiblement troublé - presque affolé, même - un sentiment que refléta bientôt le Gouverneur lorsqu'il eut entendu le récit incroyable et inquiétant fait par son interlocuteur. Un portail d'origine inconnue s'étant ouvert sur la Place du Pain de la Ville Basse ? Des étrangers curieusement vêtus et parlant une langue incompréhensible le traversant ? Sans compter qu'ils étaient des centaines ! Un tel événement requérait la plus grande prudence et, plus important encore, son attention. Alors, Hereo demanda à ce que l'on scelle son cheval afin qu'il puisse se rendre lui-même sur les lieux pour constater de ses yeux la situation et exiger des réponses.

Avant de se diriger vers ceux-ci toutefois, il fit mander une troupe de gardes pour l'accompagner. On n'était jamais trop prudent. Ainsi, c'est entouré de quinze des protecteurs de la ville que le Gouverneur se mit en marche pour rejoindre la Place du Pain. En le voyant passer dans les rues, quittant la Ville-Haute pour la Ville-Basse, les citadins lui jetèrent des regards interloqués. Il n'avait en effet pas pour habitude de s'y rendre. Hereo constata rapidement, une fois le Bas-Bourg de la cité atteint, une agitation et une nervosité inhabituelles à l'Ancastel. Si la ville était toujours en effervescence, elle le sembla d'autant plus qu'à l'ordinaire à Hereo. Les habitants et visiteurs de passage se jetaient des regards inquiets et chuchotaient furieusement entre eux. Cela, lorsque les citadins ne poussaient pas tout simplement leurs enfants à rentrer dans leurs maisonnées pour les y cacher et s'y mettre à l'abri eux-mêmes. Les échoppes, elles, étaient vides. La rumeur de l'arrivée des inconnus s'était déjà répandue et avait soufflé un vent de panique parmi la population.

Durant son cheminement jusqu'au lieu de l'apparition des étrangers, le Gouverneur tâcha d'arborer son expression la plus impassible, refusant de laisser voir son trouble. Toutefois, lorsqu'il arriva finalement aux abords de la bien nommée Place du Pain et avisa du haut de son destrier les centaines d'hommes, de femmes et d'enfants dont il ne reconnut pas la provenance, il ne put s'empêcher de pâlir. Ils étaient encore plus nombreux que ce qu'il avait craint. La garde de la ville au complète ne saurait les arrêter s'ils avaient des intentions néfastes. Toutefois, la présence de femmes et de jeunes bambins rassura quelque peu Hereo ; on n'amenait pas son épouse et ses enfants au combat après tout. Tout du moins, s'il l'on n'était pas Aùnien. Ainsi, ces gens seraient de simples voyageurs ? Des réfugiés peut-être, au vu de leur air maladif et hanté ? Cela sembla improbable au Gouverneur car, à sa connaissance - et il était bien informé - il n'y avait aucun conflit - majeur, tout du moins - qui avait éclaté dans le Monde Connu depuis la signature par les Huits Royaumes du Traité de l'Union, durant le Moyen Âge d'Or, deux-cent-soixante-seize ans plus tôt. Alors, qui étaient toutes ces personnes, d'où venaient-elles et que leur était-il arrivé pour qu'elles se sentent obligées de se rendre dans sa cité ?

Refusant de se laisser impressionner par leur nombre, Hereo fit avancer son cheval, obligeant les gardes de la ville qui les encerclaient, hallebardes et épées à la main, à faire place pour le laisser passer. Les quinze qui étaient là pour assurer sa sécurité l'entouraient toujours de près. Le Gouverneur se stoppa à quelques pas des étrangers qui se tenaient en avant du groupe, et les survola du regard. Celui-ci atterrit soudain sur le corps déchiqueté d'un homme, dont s'étaient éloignés le plus possible les inconnus et Hereo déglutit difficilement. Le mort portait des habits que n'avait jamais eu le loisir de voir le Gouverneur, il devait donc s'agir de l'un des nouveaux arrivants. Mais qu'était-il donc advenu de la moitié de son corps ?

— Comment ce malheureux est-il mort ? s'interrogea Hereo à haute voix, sans attendre de réponse.

— Le Portail s'est refermé sur lui messire, lui répondit malgré tout l'un des gardiens de la cité qui gardait à l'oeil les étrangers.

Ainsi donc, sa fermeture n'était pas prévue, pas de sitôt tout du moins, réfléchit Hereo, avant de s'adresser à la foule compacte qui lui faisait face :

— Étrangers, les interpella-t-il avec autorité, indiquez votre identité et les raisons de votre présence à l'Ancastel !

Ces derniers s'entre-regardèrent, l'air interloqués, durant une longue minute où le Gouverneur commença à sérieusement s'impatienter d'obtenir une réponse - ne serait-ce qu'une reconnaissance de sa prise de parole ou une salutation. Certes, le garde de la ville qui était venu le prévenir de l'arrivée des voyageurs lui avait dit qu'ils parlaient un langage inconnu entre eux, mais cela voulait-il dire que ces gens ne connaissaient pas la langue commune aux Huit Royaumes ? Finalement, l'un des hommes vêtus d'une sorte d'habit intégral noir parsemé de ce qui ressemblait à des morceaux d'armure s'avança d'un pas au devant d'Hereo et lui dit quelque chose que le Gouverneur ne comprit pas, bien que la sonorité de ses mots lui était familière. Réalisant qu'effectivement, les étrangers ne parlaient pas sa langue - et très probablement pas non plus le Velkhirim, ancien idiome parlé par le peuple Velkin dont faisait autrefois partie les habitants du Royaume de Dimhn - Hereo se trouva démuni.

Comprenant à son tour que son interlocuteur ne le comprenait pas, celui qui ressemblait à un combattant - leur chef, peut-être ? - laissa échapper un soupir frustré, les traits tirés. La tension dans l'air ne fit que s'épaissir, ce que ressentit la monture du Gouverneur, qui renâcla et tapa du pied, brisant le silence abyssal qui régnait sur la place. Hereo, il le savait, devait prendre une décision concernant la présence des étrangers dans sa ville. Mais que faire d'eux ? Les expulser ou, au contraire, les accueillir ? Prenant pitié de l'aspect misérable des inconnus, des nombreux enfants qui pleuraient silencieusement dans les bras de leurs parents, et parce que ces derniers ne montraient aucun signe d'agressivité, le Gouverneur prit sa décision. Ils pourraient rester, sous étroite surveillance toutefois. Hereo enverrait, de plus, un coursier à la Capitale, afin de prévenir le Roi de leur présence et quérir de lui la marche à suivre concernant le traitement qui devait être donné à leurs visiteurs.

En attendant, deux questions pressantes taraudaient Hereo. Où allait-il bien pouvoir loger tout ce monde ? Et comment allait-il parvenir à leur faire comprendre ce qu'il escomptait d'eux ?

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