Chapitre I

Par Nothe
Notes de l’auteur : J’utilise dans ce texte des mots de provençal, des noms de plantes et de poissons assez pointus, des néologismes et un langage neutre pour parler de personnes non-binaires. Certains mots et expressions vous seront donc peut-être inconnus ! J’ai sciemment choisi de ne pas les traduire, mais j’espère qu’ils seront compréhensibles dans leur contexte.
Si quelque chose vous paraît être illisible, incompréhensible ou tout simplement pas raccord avec la ligne directrice, n’hésitez pas à me le signaler.

Autre avertissement : mes chapitres sont longs. J'ai beaucoup débattu avant de me décider à les garder tels quels. Je ne les découperai pas en scènes, mais prenez votre temps, faites des pauses, rien ne presse ! Je n'attends pas des retours rapides :)

Bonne lecture !

L'Euphrosyne,

ou

Voyages et Tribulations de l’Estimé Botaniste, Poète et Explorateur Isaac Apollonia Katariina Mandraccio à travers la Mer Infinie de l’Euphrosyne.

 

***

D’abord, il y eut les mouches.

Elles glissaient d’un bout à l’autre de son bras, pullulaient près du poignet, collaient leurs ailes et leurs pattes à la peau entre ses doigts.

Puis l’odeur le prit au nez : pommade au millepertuis et alcool éthylique, assez pénétrante pour lui tirer une grimace, s’il avait pu grimacer. Mais il ne le pouvait pas.

Et enfin, il y eut les cris frénétiques des perroquets voyageurs, qui devenaient à chaque seconde plus clairs et plus perçants. Beaucoup de courrier, alors. Des choses qui ne se disaient pas à haute voix. Des faveurs à demander. Des condoléances.

« Je », songea Isaac, « dois être dans un hôpital. »

Une seule manière d’en être sûr. Il inspira aussi profondément que possible – peu – et essaya d’ouvrir les yeux une, deux, trois fois.

Au quatrième essai, un déluge de lumière l’aveugla. Son nez se plissa par réflexe, et il referma immédiatement les paupières – mais il lui était impossible de se réfugier à nouveau dans l’obscurité. Ses larmes furent chassées à contrecœur, et une pièce se dessina lentement devant ses yeux.

C’était une grande pièce, noyée de soleil, et elle ressemblait à toutes les salles d’hôpital dans lesquelles Isaac s’était un jour réveillé. Une rangée de lits, quelques armoires, un tabouret près d’un évier. Près du mur du fond, trois aquariums de chair liquide dégageaient une lueur dorée : leurs sangsues, replètes et indolentes, nageaient dans leur fluide antibactérien.  Une affiche jaunie avertissait ses lecteurs de ne pas toucher les sangsues sans protection. Personne d’autre n’était présent.

On l’avait allongé dans un lit près d’une fenêtre ouverte. La brise portait les criaillements infernaux d’oiseaux et les sons de l’Euphrosyne. Isaac tendit l’oreille dans l’espoir de discerner des voix – était-il toujours à Pyrgus ? - mais il était encore embrumé de fatigue, et ces maudites mouches ne s’arrêtaient pas de grouiller sur ses doigts.

Il fit un geste vague pour les en chasser. Sa main ne bougea pas.

Isaac mit un instant de trop à réaliser ce qu’il se passait, et il lui fallut tourner la tête pour comprendre : son bras gauche tout entier avait été emmailloté dans d’épais bandages crème, à peine tachés de sang, et gisait inerte à ses côtés. Le bourdonnement des mouches provenait du bord du tissu, là où la pommade avait jailli du pansement trop serré.

La fatigue fut immédiatement remplacée par la vague froide de l’urgence. Isaac se redressa hâtivement, leva la main droite (faible, mais intacte, Dieux merci) et essaya de détendre les bandages, d’agiter le bras : en vain. L’onguent était fort, le membre complètement engourdi. Ses soubresauts ne l’aidèrent en rien à part à faire grincer son lit d’hôpital – pas même à faire fuir les mouches.

- Par tous les diables, mais qu’est-ce que tu fais ?

- Ah !

Isaac se retourna avec tant de force que son bras inutile atterrit sur ses cuisses avec un bruit sourd. Dans l’ombre du mur de droite, près de la porte, Philomela était assise dans un moelleux fauteuil brun, bien trop confortable pour appartenir à une salle d’hôpital. Elle portait une blouse beige de patient sur des pantalons sales, et semblait être au beau milieu de l’écriture d’une lettre – un perroquet noir et bleu l’attendait docilement sur le dossier, une enveloppe ouverte entre les serres.

Il essaya une fois encore de lever le bras gauche et demanda :

- Que m’arrive-t-il ?

Mais sa langue était lourde, étrangement râpeuse, avec une gorge sèche comme le foehn, et sa phrase ressembla davantage à :

- R’tiil ?

Philomela lui accorda gracieusement quelques accès de toux avant de soupirer et de se lever. Elle avait rasé sa barbe et ses cheveux, ou peut-être quelqu’un s’en était-il chargé pour elle : maintenant qu’elle se tenait plus près, Isaac pouvait voir des cicatrices vermeil, grosses comme des vers, lui courir de la tempe au menton. Elles étaient luisantes de fil et de graisse.

- Tiens, dit-elle, et elle lui tendit une petite fiole jaune.

Isaac la saisit du bout des doigts et, faute de mieux, planta les dents dans le bouchon de liège pour l’ouvrir. Philomela dût lire dans son regard qu’il avait des questions :

- Nous sommes à Iphias. La garde côtière nous a repêchés. Dépêche-toi de boire, l’infirmier a dit que ça aiderait avec les brûlures sur ta langue.

Isaac s’immobilisa un instant.

Des brûlures. Oui, il se souvenait, à présent : le ciel s’était ouvert et le feu s’était abattu sur eux. Le Pénélope, l’expédition, l’équipage…

Sa main était si moite, lorsqu’il réussit finalement à déboucher la fiole, qu’il manqua de la laisser glisser. Il la porta à sa bouche avec des doigts tremblants et prit une première gorgée de liquide. Ses traits se tordirent immédiatement de dégoût – huile d’arbre à thé et de cloches de fumée, avec un trait de Sel. Son estomac fit un bruit très déplaisant, et la sueur perla sur sa nuque.

- Garde-le dans ta bouche. Ne recrache pas.

Il obéit, faisant glisser le liquide d’un bout à l’autre de son palais. L’huile âcre donnait à sa langue la chair de poule. Philomela poussa un nouveau soupir (d’effort, de douleur ? De lassitude ?) :

- Tu es resté inconscient pendant six jours. Tu t’es à la fois noyé et brûlé, ça a été compliqué de récupérer tes poumons. Moi, j’ai eu de la chance – je n’ai pas perdu connaissance. Vas-y, avale, essaie de parler.

Isaac grimaça, ferma les yeux et déglutit avec peine. Son estomac vide menaça une fois de plus de le trahir, mais lorsqu’il ouvrit la bouche, force fut de constater que le médicament avait fait effet : les cloques à l’intérieur de ses joues s’étaient résorbées, laissant la peau à vif.

- Où est le navire ? demanda-t-il après une ou deux respirations laborieuses (sa voix était éraillée, sa gorge râpeuse – qu’avait-il le plus inhalé, entre l’eau de mer et la fumée ?)

Une ombre passa sur le visage de Philomela. Elle parut, un bref instant, à court de mots :

- Il est… Ils n’ont retrouvé qu’une épave. L’incendie était visible depuis le port. La garde côtière est toujours sur place, pour enquêter.

Même dans son état de faiblesse, il restait assez de bon sens à Isaac pour savoir que Philomela avait raison de froncer les sourcils. Les naufrages étaient chose courante sur l’Euphrosyne. Bien sûr, il était possible de vouloir perdre son temps et son argent à résoudre des incidents obscurs ; mais il valait souvent bien mieux, pour les assureurs comme pour les victimes, de dire que « c’était la faute à la mer » et reprendre le cours de leur vie. Si la garde côtière semblait faire du zèle, cela signifiait que quelque chose ne tournait pas rond.

- Six jours ? répéta-il.

- Oui. Ils attendent que je leur envoie une lettre pour leur confirmer ta survie. Ils voulaient savoir si tu serais en état de leur écrire un rapport et de récupérer ce qui reste de la cargaison.

Malgré le flot de soleil dans son dos, Isaac eut soudain grand froid :

- Ce qui reste ? De quoi parles-tu – des spécimens ? Des instruments ?

- J’ai eu une entrevue avec l’une des gardes il y a deux jours. Elle m’a dit qu’ils avaient retrouvé quelques caissons, mais la majorité… Enfin. Je ne t’explique pas comment fonctionne le feu. Je leur ai dit que j’agissais en ton nom pendant ton…  Absence, et que je pouvais les récupérer moi-même, mais ils n’ont rien voulu entendre.

- Qu’en est-il du reste de l’équipage ? De Sinfodel ? N’aurait-elle pas pu intervenir ?

- Moi, toi et Mina avons été retrouvés vivants. Mina a été transperçæ par des débris…

Philomela posa une main à gauche de son ventre :

- … à peu près ici. Les infirmiers l’ont transféræ aux urgences, ils disent qu’ils devront sûrement lui faire pousser de nouveaux intestins. J’ai écrit à sa famille hier.

- Personne d’autre ?

Le Pénélope n’avait pas été un gros bateau, mais un modèle de caravelle véloce, élancé, avec juste assez de place dans la soute pour les livres d’Isaac et ses nouveaux spécimens. Le voyage en Junonie, le nœud de leur expédition, avait comporté des risques. Les eaux de cette zone du Deuxième Cercle étaient infestées de pirates et de parasites, et ils avaient dû faire un choix entre la discrétion et la sécurité. Au final, ils avaient privilégié la vitesse au détriment de la masse. L’équipage était par conséquent plus réduit que ce à quoi Isaac s’était habitué : Philomela et lui inclus, ils avaient été dix-huit à bord.

- Je pense que le toit de la cabine du capitaine nous a protégés du gros des dégâts. Les ombres nous ont vite encerclés.

Ni elle ni lui ne reprirent la parole. Ils devaient commencer à s’organiser, Isaac le savait – savait qu’il devait penser à l’Académie, à ses journaux perdus, à son financement, à l’organisation des obsèques de l’équipage – mais son corps se rappelait à lui à chaque seconde qui passait : il se sentait faible, et constatait avec effroi que la faim, la fatigue et les médicaments lui embrumaient l’esprit.

Que s’était-il passé ? Ils s’étaient retrouvés pour étudier leurs cartes dans sa cabine. Un navire marchand à Pyrgus leur avait parlé d’une nouvelle île à l’ouest du Deuxième Cercle, un endroit appelé – Miami ? Oui – et s’il en touchait un mot aux autorités compétentes, si les résultats impressionnaient le conseil d’administration, alors peut-être pouvait-il d’ores et déjà sécuriser sa prochaine expédition. Ils avaient espéré pouvoir proposer un itinéraire au comité dès leur retour à Pyriade…

Et puis – il se souvenait d’un bruit semblable à un cri d’agonie, mais il s’agissait de chitine, qui explosait – et une vague de feu, qui fondait sur eux, qui liquéfiait les vitraux colorés des fenêtres de la cabine, les transformait en rideaux de sang – et puis…  

Philomela se racla la gorge. Isaac la dévisagea. Son expression était impatiente, ennuyée :

- Comment va ton bras ?

Il agita les doigts. Toujours rien.

- Je suis incapable de le bouger. Sais-tu ce que…

- Tu as reçu beaucoup de points de suture, c’est tout ce que je sais. Beaucoup de brûlures aussi, bien sûr, mais tu as dû recevoir les mêmes soins que moi. Je n’en souffre plus, en tous cas, et je ne pense pas avoir de grosses séquelles.

Isaac acquiesça :

- Oui, ils ont fait du beau travail. Tu n’as que quelques cicatrices.  

Philomela passa une main approbatrice sur son visage boursouflé avant de reprendre :

- Je pense qu’ils te demanderont de rester encore quelques jours au lit, ne serait-ce que pour reprendre des forces.

Un nouveau silence. Le perroquet, toujours perché sur le dossier du fauteuil près de la porte, poussa un long sifflement aigu et déféqua sur le cuir brun. Philomela leva un sourcil à moitié rasé :

- Je pensais que dire ça suffirait pour te voir debout. D’habitude, voir la mort en face, ça te rend invivable d’hystérie.

Isaac grinça des dents, mais les mots de Philomela avaient eu l’effet escompté. Des démangeaisons familières lui couraient déjà dans le dos : il y avait maintenant dans ses jambes un picotement qui faisait battre la chamade à son cœur et bruire ses pensées.

De sa bonne main (« ma seule main », pensa-t-il), il retira le drap qui lui couvrait les jambes et se secoua les cuisses. Elles lui parurent faiblardes, mais fonctionnelles. Il avait déjà fait mieux avec pire, se dit-il pour se donner du cœur au ventre. Il s’en contenterait.

- Me reste-t-il des vêtements ?

Philomela se retourna, se dirigea vers le fauteuil et récupéra la plume qu’elle y avait laissé. Isaac la regarda écrire les dernières lignes de sa lettre, puis y apposer sa grande signature déliée avant qu’elle ne réponde :

- Non. Mais je crois que, dans leur remise, ils ont un chapeau à ta taille.  

 ***

Le dos d’Isaac le démangeait toujours lorsqu’il fit ses premiers pas à l’extérieur, et il ne s’attendait pas à ce que cela change, en tous cas pas si facilement. Mais contre toute attente, respirer l’air frais lui fit un bien fou. Quelque chose en lui se dénoua, et il lui fut soudain aisé d’ignorer le fourmillement dans ses jambes (comme le soleil et le ciel savaient apaiser son âme ! Leur pouvoir bénéfique n’avait de cesse de l’émerveiller).

Quitter l’hôpital est d’Iphias avait été plus compliqué que prévu. Philomela avait eu raison : à peine sorti du lit que les médecins avaient accouru pour l’y recoucher de force. Isaac ignorait si ce zèle était dû à sa condition ou à l’argent qu’il leur devait. Comme beaucoup de choses, cela devait, se disait-il, relever d’un peu des deux.

Il avait fallu déployer toutes leurs connaissances administratives pour convaincre le médecin en chef qu’ils ne pouvaient pas se permettre de faire attendre les vaisseaux de la garde côtière plus longtemps. Celui-ci avait finalement cédé, mais pas avant d’avoir fait signer à Isaac une déclaration sur l’honneur qui l’engageait à ne pas poursuivre l’hôpital en justice s’il perdait malencontreusement son bras gauche en cours de route.

Puis on lui avait trouvé des pantalons, des bottes, un vieux manteau désuet et un chapeau qui avait appartenu à une patiente morte de la typhoïde six ans plus tôt ; il avait avalé sans broncher trois cuillères de padine queue-de-paon et inhalé des vapeurs de Sel pour se remettre d’aplomb ; on avait noué une écharpe brune autour de son cou pour retenir son bras inerte ; et puis, enfin (enfin !) on l’avait laissé sortir.

Isaac savait, malgré tout, qu’il leur faudrait rentrer pour la nuit. Philomela faisait bonne figure, mais elle boitait derrière lui, plus lente qu’à l’accoutumée dans les pentes raides d’Iphias ; quant à lui, il savait que ce n’était qu’une question de temps avant que l’effet stimulant des drogues ne s’estompe et que son corps ne crie grâce.

- Je suppose que nous ne nous sommes pas échoués avec assez d’argent dans nos bottes pour une nuit à l’auberge ? demanda-t-il à Philomela d’une voix forte, pour se faire entendre entre les cris des oiseaux et ceux de la foule.

- Crois-moi, si c’était le cas, je ne t’aurais jamais attendu à l’hôpital, rétorqua-t-elle.

Son pied droit (celui qu’elle traînait derrière elle) heurta un pavé mal aligné et elle manqua trébucher, grimaçant de douleur. Isaac tourna la tête et prétendit n’avoir rien vu, trop occupé à regarder les voiles de peau bariolées des navires en contrebas.

Iphias ressemblait à beaucoup de villes des faubourgs de Pyriade, avec ses longues façades pastelles qui donnaient sur la mer et ses calades lissées par le temps. Sa seule particularité était d’avoir déroulé ses rues dans les spirales de ce qui avait un jour été une espèce de buccin géant. Quelques temples avaient été érigés sur la pointe du coquillage, et les ports avaient encerclé son pied : on pouvait amarrer et appareiller de n’importe où, vers n’importe où.

Cet agencement faisait d’Iphias une étape fréquente des voyages inter-Cercle. Les quais étaient naturellement bondés. Les odeurs de vin et de saumure se disputaient l’air frais ; le craquement des pontons, les pleurs des goélands et l’occasionnel claquement de dents d’un navire affamé s’en partageaient les miettes.

Le cœur d’Isaac se serra. Ces sons et ces scènes avaient rythmé la majorité de sa vie. À chaque expédition, il les oubliait, puis à chaque retour, il se rendait compte avec une surprise non feinte qu’ils lui avaient tous vaguement manqués.

Par chance, Philomela l’empêcha de se mettre à divaguer : elle lui saisit la manche et désigna un bâtiment de pierres couleur sauge au coin de la rue.

- On a rendez-vous avec le capitaine de port. Il doit nous trouver un bateau – on est à environ une heure de l’épave.

- Avons-nous de quoi le payer ?

- Il me devait une faveur. Tout est arrangé.

Isaac leva un sourcil inquisiteur, mais Philomela s’était drapée dans l’un de ses habituels mutismes et ne s’expliqua pas davantage. Il savait qu’il était inutile d’insister : il avait, plusieurs fois déjà, fait l’effort de s’intéresser à ses contacts et à la manière dont elle se les était procurés, mais la jeune femme répondait rarement à ses questions.  Isaac supposait qu’elle aimait se donner des airs mystérieux, bien qu’à son humble avis, dans ces moments-là, elle faisait plutôt pimbêche (ce qu’il ne s’empêchait pas de lui faire remarquer). Philomela, elle, fronçait les sourcils et rétorquait qu’il ferait mieux de se mêler de ses oignons s’il ne voulait pas se prendre une botte dans le fondement.

Qu’à cela ne tienne ! Philomela avait un penchant pour le dramatique, c’était un fait. Isaac s’était habitué à extrapoler. Le capitaine de port avait peut-être étudié avec elle dans le passé, ou peut-être était-il l’un de ses nombreux petits-cousins. Les Havenbone étaient l’une des plus grandes familles de nains qu’Isaac avait jamais rencontrées : si sa mémoire était exacte, Philomela avait sept adelphes.

Le capitaine de port était effectivement un nain, bien qu’il ne ressemblât en rien à Philomela. Sa peau était un peu plus sombre que celle d’Isaac, ses cheveux d’un brun mérou, et ses yeux noirs rougis par le soleil.

Debout dans l’entrée de la capitainerie, il semblait absorbé par sa conversation avec un autre matelot (ume persona aux antennes sales, portæ par six mains puissantes) mais à la seconde où il les aperçut, un éclair de reconnaissance illumina son visage. Immédiatement, il leva une main pour interrompre so compagnæl qui, après avoir beaucoup maugréé, écrivit quelque chose dans le registre, lança un regard noir à Philomela et s’éloigna en traînant des ongles. Isaac acquiesça poliment lorsqu’iel les dépassa.

- Maîtresse Havenbone, je ne vous attendais pas si tôt ! Ravi de vous voir sur pied.

Toutes traces de fatigue quittèrent aussitôt le visage de Philomela et elle offrit au nain un beau sourire chaleureux. Isaac reconnut ce sourire : il l’avait souvent aidée à le répéter.

- J’apprécie votre sollicitude. Je suppose que vous avez reçu ma lettre ?

- Ato sur ! Elle est arrivée ce matin même. Et vous, derrière, vous devez être maître Mandraccio, c’est ça ?

Isaac s’inclina avec toute la grâce que lui accordait son bras meurtri, et ignora la façon dont ses oreilles sifflèrent lorsqu’il se redressa :

- Enchanté de faire votre connaissance. Vous savez donc pourquoi nous sommes là.

- Oui – terrible histoire, ce naufrage. Désolé pour votre bateau. C’est rare d’avoir de tels accidents si près de Pyriade, ça a bien inquiété la garde. Le secteur est fermé depuis que cette chose est tombée du ciel.

- Vous l’avez vue ? demanda Isaac, surpris.

- Bien sûr ! Un truc de cette taille ? Difficile de ne pas le remarquer. Ça a grossi et grossi jusqu’à éclairer le port comme en plein jour, et puis ça a heurté la mer. C’est pour ça que la garde vous a rapidement trouvés. Ils sont là-bas depuis sandi dernier.

Le capitaine de port haussa les épaules :

- Mais hier, l’Amirauté leur a envoyé deux navires en renfort, donc ils devraient bientôt pouvoir rouvrir le front. Enfin, une fois qu’ils auront pris votre déposition. Le plus tôt vous y allez, le plus vite ils seront partis.

Le sous-entendu n’échappa pas à Isaac. Même les îles du Premier Cercle, sur lesquelles Pyriade exerçait le plus d’influence, n’aimaient pas recevoir la visite de navires de l’Amirauté : c’était mauvais pour le commerce. Il était dans l’intérêt d’Iphias d’expédier l’enquête.

Philomela aussi avait compris l’insinuation du capitaine. Elle se racla la gorge et poussa légèrement Isaac pour s’interposer entre lui et le nain, d’un mouvement si lisse et entraîné qu’il semblait tout naturel :

- C’est tout ce que nous voulons. Nous aurions dû atteindre Pyriade l’octave dernière, et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre plus de temps. Quand pensez-vous pouvoir nous trouver un navire ?

Comme beaucoup de marins, Isaac croyait à la chance. Mais lorsque, exactement douze minutes plus tard, un navire leur fut attribué, ainsi qu’un nocher disposé à les conduire sur la scène de l’accident, force fut d’admettre que la chance n’avait rien à voir là-dedans : tout venait de Philomela. Cette dernière n’avait d’ailleurs pas l’air surpris de la vitesse à laquelle se déroulait la transaction, et signa le registre avec sa grâce habituelle.

« Elle n’a pas menti en disant que tout était arrangé », songea Isaac. Elle avait dû pleinement profiter de ses jours d’inconscience.

- Eh bien, je crois que tout est réglé, annonça le capitaine de port en chassant, du revers de la main, les guêpes qui tournaient autour de l’encre fraîche. Est-ce que je peux faire autre chose pour vous, maîtresse Havenbone ?

Philomela réfléchit un instant, ou tout du moins sembla réfléchir :

- Puisque vous m’y faites penser, il est vrai qu’avec maître Mandraccio et moi-même comme passagers, nous serons trois à bord. Nous allons avoir besoin d’un faucheur.

Le capitaine fit la grimace :

- Je crois que seule la présence de maître Mandraccio est exigée…

Mais Isaac l’interrompit immédiatement :

- Permettez, mais maîtresse Havenbone n’est pas seulement ma cartographe, c’est également ma commissaire de bord. Sa présence et sa perspicacité me sont absolument nécessaires. Je n’irai nulle part sans elle.

- La majorité des ombres ont fui le front, et les vaisseaux de l’Amirauté sont bourrés de cassaires. Pas d’inquiétude à avoir…

- Nous ne prendrons pas ce risque, insista Isaac.

Il y eut un moment de silence gênant, porté par l’espoir du capitaine que l’un d’eux finirait par céder.

Ce n’était pas compliqué de comprendre la raison de son hésitation. La présence d’un faucheur à bord d’un navire devenait obligatoire dès lors que l’équipage se composait de trois personnes ou plus ; tout manquement à cette règle de sécurité essentielle était passible d’une amende de seize mille piastres et de quinze ans d’emprisonnement. Les faucheurs, en s’assurant que les âmes des potentielles victimes de l’Euphrosyne ne se transforment pas en ombres affamées, étaient garants de la paix sur mer. Ils étaient donc à la fois obligatoires et utiles, et comme beaucoup de choses obligatoires et utiles, leurs services étaient terriblement et injustement coûteux. 

Isaac se demanda soudain ce qu’il était arrivé à la faucheuse du Pénélope. Philomela ne l’avait pas mentionnée. Avait-elle survécu à l’impact ? Avait-elle pu aider ne serait-ce qu’une âme à trouver le repos avant de se faire engloutir à son tour ?

- Bon, d’accord, grommela le nain une fois que le silence fut devenu trop pesant. Je vais vous le prendre, votre faucheur. Allez-y, partez, iel vous rejoindra aux quais.

Philomela lui offrit un autre sourire cordial :

-  Merci infiniment.

Et Isaac ajouta :

- Et surtout, belle journée !

***

Leur navire était un petit modèle tout à fait standard, sans doute élevé au Chantier Naval. Ses yeux jaunes semblaient presque blancs sur le cramoisi de sa coque, et ses voiles verdâtres étaient enchaînées au grand mât, si fines qu’Isaac pouvait voir les veines courser dans les plis de leur peau. Le nocher jeta une autre bouteille de vin dans la gueule du bateau avant de se tourner vers eux :

- Et votre faucheur, alors ?

- Il ne devrait pas tarder, répondit Philomela.

- Très bien, ça, très bien, marmonna l’homme. On va en avoir besoin, je vous le dis. Les ombres sont devenues complètement folles. On en a vu dans le port !

Isaac se rappela des excuses du capitaine. Ils avaient bien fait d’insister. Il jeta un coup d’œil inquisiteur aux vagues qui léchaient les pierres brunes du quai, mais si des ombres s’y étaient aventurées, alors l’écume et la crasse du port les dissimulaient.  

- Vous pensez que le feu les pousse vers l’île ? demanda-t-il.

Le nez de l’homme se plissa :

- Le feu, la faim… Ces putains de bateaux de l’Amirauté, qui ont assez de cassaires pour vider la mer jusqu’à Perpète-lès-Moulineaux, surtout. À peine vous mettez une voile dehors que les ombres vous coursent déjà ! Qui sait quand elles se décideront à attaquer les bateaux ? En plus, c’est bientôt la saison des amours. Si elles mettent la main sur les œufs, moi et mon frère, on –

- Je suis navrée d’apprendre que cette investigation vous trouble, l’interrompit Philomela. Mais plus vite vous nous amènerez à l’Amirauté, plus vite nous pourrons la clore. Pouvons-nous monter à bord ?

Le nocher, déjà peu amène, se renfrogna encore davantage. L’homme prenait manifestement très mal le fait d’être privé d’audience. « C’est évident : il déborde d’envie de parler », se dit Isaac. « Comment Philomela fait-elle pour ne pas s’en rendre compte ? »

« Elle s’en rend compte, et elle préfèrerait qu’il se taise », comprit-il une seconde plus tard ; mais hélas, il avait déjà ouvert la bouche pour dire :

- Et que pensent les marins d’Iphias, alors ? En ce qui concerne l’incendie, je veux dire. Avez-vous une idée de sa provenance ?

Du coin de l’œil, il vit Philomela lui lancer un regard noir – mais le visage de l’homme s’illumina, et il répondit avec enchantement :

- Bah, ça fait déjà un moment que Ménander nous vole nos poissons. Tout le monde sait qu’ils se sont spécialisés dans l’occulte depuis qu’ils ont fait cramer la moitié de la ville – le feu, les explosions, c’est un peu leur truc, non ? Donc, ils effraient la poiscaille avec leurs sorts, et elle se rapproche de leurs côtes… En tous cas, ce genre de combines, ça leur ressemble. Eh bien, moi, je peux vous le dire, dès qu’on sera remis sur voile, on va leur rendre la monnaie de leur pièce, à ces fils de raies, et que l’Amirauté nous y autorise ou pas, d’ailleurs…

Mais avant qu’Isaac ne puisse découvrir quel ingénieux stratagème les marins d’Iphias avaient inventé pour se venger de leurs concurrents, autour de lui, l’air se contracta, froid et lisse comme l’étreinte d’un serpent.

Cette différence de pression ne pouvait signifier qu’une chose. Le nocher se tut, par politesse plus que par dépit, et détourna le regard pour scruter la foule.

- Le voilà ! s’exclama-t-il. Ohé, par ici !

Il agita un bras pour se faire voir, et un instant plus tard, un homme à l’allure contrite, merveilleusement bien habillé, rejoignit leur petit groupe. L’air se raréfia encore davantage ; Isaac fit machinalement un petit écart pour ne pas se retrouver trop près du nouvel arrivant.

L’homme portait de belles chaussures en cuir rouge, un élégant costume rouge, et, sur sa hanche, une petite dague rouge accrochée à un ceinturon rouge. Il semblait repousser et les hommes et la saleté : on pouvait voir qu’il avait laissé, derrière lui, un sillon de clarté sur les pavés du port.

« Certainement un Arthur », jugea Isaac. « Ou peut-être un Oliver. »

L’homme leur jeta un regard penaud :

- Merci beaucoup pour votre patience, et mes plus plates excuses pour mon retard. Votre demande ne nous est parvenue qu’il y a quelques instants. Mon nom est Dunstan, c’est un plaisir de faire votre connaissance. Suis-je bien en présence d’Isaac Mandraccio et Philomela Havenbone ?

Isaac acquiesça poliment. Dunstan, alors. Il n’avait jamais été très bon à ce jeu.

Il était de bon goût, pour un faucheur fraîchement embauché, d’abandonner son prénom et de laisser son siège social lui en choisir un nouveau. On en connaissait douze, bien que la rumeur courait qu’un treizième prénom ferait son apparition à la fin de l’année. Les agents de relations publiques des Dix Aiguilles affirmaient que, suite à une rigoureuse enquête sociologique, il avait été démontré que ces prénoms possédaient un capital sympathie bien supérieur à la normale : un avantage non-négligeable lorsqu’on risquait d’être la dernière vision d’un mourant. Les marins de l’Euphrosyne, eux, savaient que c’était surtout pour éviter aux employés des Aiguilles d’être traînés en justice en cas de pépin sur l’océan. On avait un jour dit à Isaac que près de six cent Nathan étaient actuellement en circulation.

- Enchanté ! Je suis Isaac Apollonia Katariina Mandraccio. Voici ma commissaire de bord, maîtresse Havenbone – et cet homme sera notre nocher.

D’un coup d’œil rapide, Dunstan jaugea leur petit équipage, puis la coque de leur bateau, avant de hocher la tête d’un air approbateur :

- Merveilleux. Je ferai de mon mieux pour vous épauler durant notre voyage, et j’espère que vous serez pleinement satisfaits de mes services.

Le nocher, quant à lui, paraissait particulièrement soulagé par la présence du faucheur, et il donna une tape sur la coque de son navire avec un entrain renouvelé :

- Bien sûr, qu’on sera satisfaits ! Allez, brave gens, dépêchez-vous de monter – je vérifie mes éperons, et on met le cap sur l’Amirauté !

***

Malgré tous ses efforts, l’Euphrosyne n’avait pas réussi à se débarrasser ni des braises, ni de l’odeur de fumée qui s’attardaient sur ses vagues. Il ne faisait aucun doute, pour Isaac, que les lames qui faisaient tanguer leur petit navire étaient les conséquences de sa colère.

Quoi que fut la chose qui avait détruit le Pénélope, elle avait étonnamment bien résisté à la fureur de l’océan. Tout d’abord, elle était toujours en feu ; et puis, fait plus étrange encore, elle n’avait toujours pas sombré.

À mesure qu’ils s’en rapprochaient, les eaux devenaient noires de suie et de cendres. Leur bateau de pêche, déjà secoué par les vagues, commença à tousser et à cracher si fort qu’Isaac pouvait sentir le pont se gondoler sous ses pieds. Il resserra sa prise sur le bastingage et garda les yeux rivés sur leur destination pour réprimer sa nausée.

L’effet bénéfique du grand air et de l’adrénaline s’étaient dissipés ; sa tête le lançait, et des vertiges de faim et de fatigue lui faisaient perdre la vue par intermittence. Il aurait été raisonnable d’aller s’assoir, peut-être même de fermer les yeux un moment. Mais on ne devenait pas scientifique, et encore moins diplômé de l’Académie des Sciences Naturelles de Pyriade, en « étant raisonnable » et en « se reposant un peu ». S’il y avait quelque chose à observer (d’autant plus quelque chose qui lui avait causé tant de soucis), alors Isaac l’observerait.

Il avait pensé, peut-être naïvement, qu’ils avaient été coulés par une espèce d’énorme rocher. Une catapulte géante aurait pu le leur lancer ; un sortilège aurait pu le conjurer. En effet, de loin, on aurait pu croire à de la roche en fusion. Le projectile était vaguement rond et incroyablement large : peut-être cinq cent pieds de diamètre, sinon plus. N’importe quel bateau qui aurait eu la malchance de croiser son chemin aurait été pulvérisé. Même les navires de la garde côtière, qui mouillaient à bonne distance de l’incendie, auraient été réduits en éclats.

Les flammes, à moitié éteintes par endroits, couvraient l’étrange objet de grandes taches à l’intensité inégale. Mais, alors que le navire se rapprochait, Isaac aurait juré qu’il pouvait discerner des motifs derrière ces taches : des lignes tentaculaires, interminables, qui rampaient sur toute la surface de l’orbe en immenses vagues inclinées.

Ces grandes courbes rougeoyantes, gonflées par la lueur des braises, était interrompues à intervalles irrégulières par de larges épines d’un blanc crayeux. Elles jaillissaient de la masse incandescente comme les rameaux d’une branche de corail et perçaient la mer en un millier de points pour disparaître sous les vagues.

La main d’Isaac se referma par instinct sur une plume inexistante. S’il avait été sur son bateau, avec ses outils, il aurait déjà commencé à esquisser  les vastes contours de ce motif ondoyant.

Tout bien réfléchi, la chose lui rappelait davantage la silhouette d’un oursin que celle d’un rocher. Il n’aurait en tous cas pas été surpris de la croiser au détour d’un sentier des zones pélagiques. Était-il possible que cette chose n’ait pas chuté, mais flotté jusqu’à eux ?

Alors que le vent charriait des torrents de fumée salée dans leur direction, forçant Isaac à plisser les yeux, un détail acheva de le surprendre : là, tout contre l’orbe, cachée par la vapeur et l’écume, une dizaine de minuscules bateaux, minces comme des lames de rasoirs, aux voiles couleur rouille et aux coques d’un rouge si sombre qu’elles en devenaient noires.

« Des écorcheurs ? » songea-t-il, interloqué.

Il y eut du mouvement sur sa droite. Philomela l’avait rejoint et s’était accoudée au bastingage, les sourcils froncés. Elle aussi avait remarqué les bateaux.

- C’est étrange. Le capitaine de port n’a pas du tout parlé d’eux.

- Penses-tu que ce soit la raison derrière la présence de l’Amirauté ? Qu’elle veuille superviser la boucherie ?

- Je ne sais pas. Peut-être. Platchere est trop loin d’Iphias pour que des écorcheurs aient fait le voyage en si peu de temps. Ils devaient travailler sur autre chose dans le secteur, peut-être que l’Amirauté les a accompagnés.

Ni elle ni lui ne mirent en mots l’évidence qui découlait de la présence des écorcheurs, mais elle n’avait pas échappé à Isaac, ce qui signifiait qu’elle n’avait pas pu échapper à Philomela. Quoi que cette chose fût, elle avait été, à un moment, en vie : maintenant, elle était morte, et il valait mieux pour tout le monde que quelqu’un se débarrasse de son cadavre.

Philomela se mâchonnait les lèvres. Isaac le remarqua immédiatement :

- À quoi penses-tu ?

Elle resta silencieuse encore quelques secondes avant de fermer les yeux. Son visage s’était durci ; elle avait pris sa tête d’affaires.

- Écoute. Ça ne va pas te plaire, mais je crois que cette fois-ci, il va falloir la jouer placide.

- Pardon ?

- Tu dois être en train de te poser un millier de questions.

- Évidemment !

- Eh bien, je te conseille de n’en formuler aucune.

Mais avant qu’Isaac ne puisse s’étrangler d’indignité, elle ajouta, vive comme l’éclair :

- Deux choses.

Elle leva un index :

- Déjà, j’ai un mauvais pressentiment. Le fait que personne ne nous aie prévenus à propos des écorcheurs alors que nous sommes les victimes de l’incident, ça sent les histoires à plein nez. Avec notre chance, on s’est trouvés au beau milieu d’un bombardement Glauque, et je préférerais que nous ayons l’air aussi peu impliqués que possible.

Elle leva un second doigt. Isaac se mordit la joue pour s’empêcher de l’interrompre, puis la langue lorsqu’il sentit que ce ne serait pas suffisant.

- Et deuxièmement… Je suis déjà en train de tirer sur la corde de l’assurance. Si quelqu’un arrive à nous faire admettre que l’accident était inhabituel, le conseil d’administration va nous retomber dessus. Crois-moi, ça me navre, mais on n’a tout simplement pas les moyens de jouer les journalistes.

- Alors quoi ? s’exclama Isaac (puis, voyant que le nocher et Dunstan, le faucheur, s’étaient retournés pour les regarder, reprit d’une voix plus mesurée) : alors quoi ? Dois-je attendre que les écorcheurs aient fini de transformer cette bête en gants de cuir pour l’Amiral ?

- Tu attends qu’on ait récupéré notre argent, surtout ! Tout ce qu’on a à faire, c’est de leur faire dire que c’était un naufrage comme les autres. Tu sais aussi bien que moi que dans ce genre de situations, ils voudront garder les détails pour eux. Fouiner ne t’apportera que des ennuis : ils s’arrangeront pour rejeter la faute sur tes décisions en tant que capitaine. Donc tiens-toi tranquille et surtout, tais-toi.

Isaac fronça les sourcils ; Philomela fronça les siens, plus fort et plus bas que lui. Ils se fusillèrent du regard un moment, chacun caressant l’espoir de faire capituler l’autre en premier.

Si seulement ses arguments n’avaient pas été si rationnels ! Isaac n’aurait pas eu à recourir à des méthodes aussi grossières. Mais il savait qu’il n’avait aucun moyen de lui faire changer d’avis. Faire appel à son esprit scientifique ? Philomela n’en possédait pas. Attiser sa curiosité naturelle ? Elle ne l’écouterait pas. Et quand bien même il se ferait violence et essaierait de faire valoir son statut de capitaine, il ne tirerait de la jeune femme qu’un regard dédaigneux et une rancune qui pourrait durer toute l’octave.

« Mais c’était mon expédition », pensa-t-il dans un accès de tristesse irritée qu’il jugea, quelques secondes plus tard, un peu enfantine ; « j’ai le droit de savoir ce qui y a mis fin. »

- Désolé de vous interrompre…

Ils se retournèrent si vite que le nocher, qui les avait approchés, sursauta et bégaya :

- O-On va aborder dans quatre, cinq minutes environ. Je me disais que vous voudriez peut-être, euh, finir votre discussion avant que…

- Ne vous en faites pas, répondit plaisamment Philomela, nous en avions terminé. Maître Mandraccio, si vous voulez bien m’excuser, je dois me préparer pour notre entrevue avec le capitaine.

Philomela rejoignit le faucheur à la proue du navire, mais pas avant de se retourner pour jeter un dernier regard lourd de sens à Isaac et d’insister :

- Pas un mot. Compris ?

Isaac serra les dents. Philomela était pragmatique, et rusée, et raisonnable, oui – mais par les huit, elle savait vraiment se rendre détestable !

 Quatre navires surveillaient les écorcheurs : deux d’entre eux portaient les couleurs de la garde côtière d’Iphias, deux autres celles de la Flotte d’Investigation Pyriadique. Malgré le déchaînement des vagues, la cendre avait réussi à couvrir toute la zone d’un épais tapis duveteux, et les gabians, qui suivaient habituellement tous les bateaux du littoral, avaient été chassés par la fumée. Les yeux de tout l’équipage commençaient à ruisseler.  

Isaac plissa les paupières pour observer le navire le plus proche. Près de la proue, trois figures à la posture résignée s’étaient regroupées sous une grande ombrelle dont la toile pliait sous la poussière. Sûrement de malheureux cassaires chargés de repousser les ombres des environs.

Leur petit bateau mouilla avec difficultés contre la coque du navire. Plus haut, sur le pont, plusieurs matelots les hélèrent, aussitôt rassurés par le nocher et Philomela. On leur désigna une échelle de métal affixée à la coque du navire, et Philomela entama immédiatement son ascension.

- J’attendrai votre retour ici, annonça Dunstan, avant d’ajouter sur un ton qui semblait vouloir être facétieux : avec tous ces cassaires, vous n’aurez pas besoin de mon aide, là-haut, n’est-ce pas ?

Peut-être avait-on remarqué le bras meurtri d’Isaac depuis le pont, ou peut-être Philomela avait-elle eu la présence d’esprit d’avertir l’équipage de son état avant leur arrivée, mais alors qu’Isaac se préparait à la suivre, quelqu’un lui jeta une échelle de corde. Il s’y accrocha d’une main qu’il espéra ne pas être trop moite et se laissa hisser à bord. La honte et la reconnaissance se disputaient son cœur. Il n’était pas étranger aux blessures, mais il n’était jamais agréable de ne pas être maître de ses mouvements.

« Au moins, ce n’est pas douloureux », se dit-il pour se mettre un peu de baume au cœur. Maintenant qu’il avait repris connaissance, peut-être les médecins seraient-ils en mesure d’approfondir leur diagnostic ? Isaac les aiderait du mieux qu’il pourrait.

Une fois arrivé en haut, un marin lui tendit la main pour l’aider à franchir le rebord, et Isaac mit enfin pied sur le pont supérieur. La capitaine du bateau, une femme aux yeux entièrement bleus, l’y attendait, les bras croisés. Son visage amer et son beau costume doré était recouverts d’une fine couche de suie.

- Enfin, dit-elle avant même qu’Isaac ne puisse se présenter, nous pensions que vous n’arriveriez jamais. Venez. Plus vite nous nous occupons de cette histoire, plus vite nous quittons cet endroit damné.

Sans même prendre le temps de s’assurer qu’ils la suivaient, elle se dirigea à grandes foulées vers les escaliers qui menaient aux cales. Un diable qui se trouvait sur son chemin manqua de justesse lui rentrer dedans ; il remarqua Isaac, et ils échangèrent tous deux un regard sombre. Le matelot, lui aussi, était gris de cendres.

Philomela lui fit signe :

- Dépêchons-nous. Je crois qu’ils ont encore moins envie que nous d’être ici.

Bien qu’imposant, le navire n’avait pas été élevé pour de longs voyages : on l’utilisait pour sauver des rescapés et combattre des monstres marins, pas pour conserver des denrées, des spécimens ou de délicats instruments de mesure. Par conséquent, le sang du bateau rendait l’air des cales chaud et humide. Les cheveux d’Isaac (ou, en tous cas, ceux qui n’avaient pas brûlé) frisaient déjà sur sa nuque.

La capitaine se hâta en direction d’une autre volée de marches qui menaient à une petite soute fermée par une solide porte de métal. Elle aboya un ordre qui fit frémir les murs : un instant plus tard, la porte s’ouvrait en grinçant, et la femme entra résolument dans la pièce.

Le cœur d’Isaac lui sauta soudain aux lèvres. Tout – tout ce qui restait de son expédition se trouvait là-dedans. Le ventre noué d’appréhension, il  se précipita à la suite de la capitaine.

La pièce devait faire office de soute à munitions. Isaac y compta une douzaine de barils de poudre, trois caisses de boulets de canons et une trentaine de fusils retenus au mur par des crochets de laiton. Il y avait aussi, près de la porte, trois petites caisses en fer blanc. Noircies, cabossées et ébréchées, elles étaient empilées les unes sur les autres, liées par un gros cordage, prêtes à être emportées.

Isaac s’arrêta net.

- C’est tout ? murmura-t-il.

La capitaine lui jeta un regard :

- À quoi vous attendiez-vous ? Avez-vous vu la taille de cette chose, dehors ? Elle a réduit votre bateau en charpie.

Isaac ne lui répondit pas. Sa gorge s’était serrée. Un grand froid le submergea, et il oublia un instant de penser et de souffrir.

Cette expédition –

Cette expédition avait été –

Cette expédition n’avait pas été sa première. Elle n’avait même pas été la plus longue. Mais de tous les voyages qu’il avait un jour entrepris, c’était l’un de ceux dont Isaac avait le plus rêvé.

L’Amirauté avait conquis l’archipel de Junonie en 1687. Elle avait exterminé les vers de feu qui y trônaient et les pillards qui s’y cachaient, et puis l’avait ignoré pendant près de trente ans, jusqu’à l’année passée, lorsqu’un vague intérêt avait été porté à ses volcans et à ce que l’Amirauté aurait pu tirer de leur production infinie de lave en fusion.

Isaac, bien sûr, savait ce qu’était un volcan. Il avait même entendu parler de Junonie avant, de ses jungles luxuriantes, ses rivières de flammes, des tunnels de pierre où avaient niché les rois des vers avant leur extinction. Mais jusqu’à l’année dernière, il n’avait jamais rien vu de tout cela : il n’avait même jamais mis les pieds dans une vraie jungle. Lui, un botaniste !

« Ça ne peut pas continuer comme ça », s’était-il dit. Il avait pris les choses en main, et après cinq mois de courriers, de supplications, de dossiers et de duels, le conseil d’administration de l’Académie des Sciences Naturelles de Pyriade avait cédé à ses demandes : le commandement de l’expédition lui avait été accordé. 

Le voyage avait pris dix mois et deux octaves, trajet inclus. Dans cet intervalle de temps, Isaac et son équipage avaient entièrement cartographié la plus grande île de l’archipel, escaladé son plus haut volcan (un pic qui, si les calculs d’Isaac étaient corrects, pouvait bien être le onzième plus grand mont jamais observé sur l’Euphrosyne), et enregistré plus de cent-dix espèces de plantes endémiques à la jungle junonienne. Ils avaient même eu la chance inestimable d’être témoins d’une éruption volcanique sur une île voisine. Quelle joie, alors, d’avoir pu admirer la mer et le ciel s’embraser ! Isaac avait fiévreusement consigné l’expérience dans ses journaux pendant trois jours d’affilée, après quoi, malade, drogué et affaibli, on l’avait obligé à aller se coucher.

Mais cela en avait valu la peine ! Cela en valait toujours la peine. Chaque île de l’Euphrosyne portait en elle le savoir d’un autre monde, fragmentaire et insondable. Un aperçu fugace de ce qui avait un jour été un système tout entier, avec ses lois et ses possibilités, avec tout ce qui le différenciait de ses milliers d’autres sœurs, tout ce qui l’en rapprochait, aussi.

Et savoir que personne ne s’y intéressait… ! Il ne pouvait tout simplement pas le supporter.

Au bout de neuf mois, ils avaient donc quitté Junonie avec un bateau lourd de nouvelles expériences, de cartes, de témoignages, de mesures et d’échantillons. Isaac en était certain : cette expédition marquerait considérablement les esprits pyriadiques et apaiserait ses démangeaisons pendant un bon moment.

Et de tout cela –

De tout cela, il ne restait rien que trois petites boîtes en fer blanc.

Des larmes lui brûlèrent le coin des yeux. Pour ne pas se mettre à crier, il se mordit la langue.  

Le silence commençait à se faire long et gênant. Philomela prétendit le regarder avec sympathie :

- Votre bras vous fait souffrir, n’est-ce pas ? lui souffla-t-elle, juste assez fort pour que la capitaine l’entende.

C’était une excuse facile qu’Isaac aurait dû saisir avec gratitude, mais le cœur n’y était pas. Il hocha mollement de la tête. Ce n’était pas une réponse convaincante, il le savait – et Philomela le lui ferait sans doute remarquer plus tard – mais elle enchaîna comme si de rien n’était :

- Vous devriez rentrer à l’hôpital aussi vite que possible. Capitaine Ameda, je m’excuse, mais pourrions-nous…

Avec un grognement d’effort, la capitaine saisit la pile de boîtes et la fourra sans cérémonie entre les bras de Philomela, qui chancela un instant sous leur poids.

- Voilà. Maintenant, si vous le voulez bien, suivez-moi. Nous avons encore un rapport à remplir.

Isaac obtempéra, le cœur lourd. Le poids de ses pertes s’ajoutait aux douleurs de son corps, les rendant plus écrasantes qu’auparavant. Qu’avait-il pu bien ranger dans ces boîtes ? Rien d’important, sûrement – il avait gardé ses plantes sous serre et ses journaux dans des coffres cirés, imperméabilisés, pour que l’humidité de l’Euphrosyne ne puisse pas les abîmer…

Dix mois partis en fumée. Dix mois entiers.

Ils quittèrent les cales et remontèrent à l’air libre. Ballotée par les vagues, l’orbe enflammée semblait presque le narguer. Isaac lui lança son regard le plus noir et le plus furieux.

Le rapport d’incident fut rempli dans la cabine du capitaine, et tout se déroula très vite. Pour ainsi dire, tout se déroula si vite que cela en devint préoccupant. Bien sûr, cela faisait une petite octave que la garde côtière enquêtait, et Isaac supposait que Philomela leur avait déjà parlé du navire et des regrettés membres de l’équipage. Ces détails devaient avoir été ajoutés au rapport avant leur arrivée.

Cependant, Isaac n’avait jamais eu affaire à un représentant de la loi aussi laxiste. Ce n’était le premier bateau que lui et Philomela avaient perdu et ils étaient habitués aux pièges tendus par l’administration pour leur faire porter le chapeau. Il se souvenait d’une occasion mémorable au cours de laquelle des pirates avaient coulé leur navire avant de les prendre en otage. Lorsqu’on leur avait démandé de témoigner, ils avaient dû inventer une ingénieuse évasion à base de poudre soporifique, de chébèques affamées et de traîtrise amoureuse. Mais en réalité, Isaac avait simplement obtenu leur libération en pointant de meilleurs coins de pêche sur les cartes (rudimentaires) des pirates. Négocier avec des brigands, même pour sauver sa propre vie, était généralement mal vu.

Mais cette fois, il n’y eut rien de tout cela. Aucun petit jeu du chat et de la souris ; aucune menace plus ou moins voilée ; aucune question sur le protocole qu’ils avaient suivi, sur les groupes réactionnaires qu’ils fréquentaient, sur la présence d’artéfacts occultes à bord, sur le chemin qu’ils avaient emprunté. Lorsque Philomela confessa avoir perdu leurs lettres de marque lors du naufrage, la capitaine réagit à peine, et lorsqu’Isaac lui fit part du maigre récit de ses souvenirs de l’incident, elle se contenta d’hocher placidement la tête.

Il était en plein milieu d’un éloge dithyrambique des capacités de Sinfodel, la nochère du Pénélope, quand il se rendit compte que son interlocutrice était en train de cocher des cases en bas de la page douze. Isaac savait bien ce qui se trouvait en page douze : « identifier les causes de l’accident ». Capitaine Ameda n’était donc pas simplement en train de se presser. Elle les ignorait.

Une minute plus tard, la capitaine se racla la gorge, l’interrompant dans sa lancée, et tourna la feuille dans sa direction.

Isaac cligna des yeux. Rien de ce qu’il n’avait pu dire ces cinq dernières minutes n’avait trouvé place sur la page.

- Eh bien, maître Mandraccio, tout me semble parfaitement en ordre, déclara-t-elle. Je vous remercie d’être venu, et je suis navrée pour votre perte. Soyez rassurés, vous serez indemnisés par l’Amirauté. Prenez le temps de lire le rapport, je vous prie, et veuillez signer dans la case prévue à cet effet au bas de chaque page.

Isaac ne put lui offrir, pour toute réponse, qu’un silence médusé. Captaine Ameda leva un grand sourcil blond et lui tendit son stylo :

- Vous pouvez écrire, n’est-ce pas ?

Peut-être était-ce à cause de la faim, ou de la fatigue, ou de la douleur, ou du désespoir d’avoir perdu autant – ou peut-être était à cause de tout cela – mais cette fois-ci, la bouche d’Isaac courut plus vite que son esprit et il s’entendit siffler :

- Excusez-moi – « tout est en ordre ? » Tout est en ordre ? L’Euphrosyne est littéralement en feu dehors – ai-je été absent si longtemps que faire brûler la mer fasse maintenant partie de l’ordre naturel des choses, à Pyriade ?

La capitaine lui jeta un regard indéfinissable. Isaac savait qu’il aurait été sage de s’arrêter ici, mais il était trop tard. Les mots jaillissaient de sa bouche avec plus de force qu’il n’en possédait pour les contenir.

- Nous naviguions depuis Pyrgus jusqu’à Iphias, l’une des routes les plus empruntées de tout le Premier Cercle, et nous avons manqué être écrasés par une chose de la taille d’un navire de charge hyphantrien. Cela ne vous semble-t-il pas un tant soit peu étrange ?

La capitaine resta silencieuse, mais il ne manqua pas la légère inclinaison de sa tête et le glissement furtif de ses yeux vers la fumée visible depuis sa fenêtre, qui couvrait toujours de noir et de jaune le tissu céruléen du ciel.

- Et puis, quelle est cette chose, vraiment ? Est-ce une créature vivante ? Avez-vous la moindre idée d’où elle vient ? Est-ce pour cela que l’Amirauté a envoyé la Flotte d’Investigation pour enquêter plutôt que de laisser la garde côtière s’en charger ?

Toujours pas de réponse. Isaac se leva presque de sa chaise, arrêté de justesse par la main crispée de Philomela sur sa cuisse :

- Notre navire, déclara-t-il avec ferveur, transportait avec lui un trésor de connaissances dont la mer toute entière aurait pu bénéficier. Si cela avait pu avoir une quelconque utilité, j’aurai volontiers essayé de repousser cette chose à mains nues plutôt que de le voir être détruit. Plus tôt, vous avez dit que cet endroit était maudit – sommes-nous la cible d’une malédiction ? Est-ce vraiment la faute de Ménander ? Ont-ils fait un pacte avec les sorcières d’Amaranthe, avec la vieille Triade de Guerre ? Essaient-ils d’attaquer Pyriade ? Que savez-vous ?

- Assez.

Les yeux bleus de la capitaine étaient glacés. Elle inspira profondément, peut-être pour reprendre son calme, avant de faire un signe en direction du rapport inachevé :

- Les… Les détails de notre enquête sont évidemment tenus secrets jusqu’à nouvel ordre. Mais en tant que capitaine du Pénélope, et en tant que survivants de son naufrage, vous serez bien entendu tenus au courant de notre avancée.

Lorsqu’Isaac croisa à nouveau son regard, l’expression du capitaine Ameda avait changé, et il fut soudain troublé, un instant seulement, de voir de l’inquiétude sur ses traits fins. Penaud, il recula dans sa chaise.

- Je vous en prie, demanda-t-elle (« Mais ce n’est pas une demande », songea-t-il, « c’est une supplique »), nous en avons presque fini avec cette histoire. Nous voulons tous quitter cet endroit, n’est-ce pas ?

- Bien sûr, répondit Philomela.

Isaac pouvait la sentir bouillonner sur sa chaise. Il prit une grande inspiration :

- Je… Pardonnez-moi. Je me suis laissé emporter.

Il récupéra le stylo que la capitaine avait posé sur son bureau et se pencha sur le rapport. Le temps qu’il finisse d’apposer ses signatures, sa colère avait presque complètement disparu, le laissant avec un vague sentiment de nausée et une conscience coupable.

Malheureusement, capitaine Ameda ne lui laissa pas le temps de s’excuser plus platement. À peine avait-il rassemblé les feuillets du rapport qu’elle se leva et quitta son bureau. Philomela, qui portait toujours les boîtes en fer blanc, lui jeta un regard plein de mépris avant de l’imiter.

Une nouvelle pluie de cendres s’abattait sur le pont supérieur. Les voiles du petit bateau de pêche dans lequel ils étaient arrivés avaient déjà pris une teinte grisâtre. Isaac osa jeter un nouveau coup d’œil à l’orbe enflammée et remarqua avec surprise que les écorcheurs avaient déjà fait un progrès considérable. Deux de leurs bateaux avaient déployé des échelles, et de petites figures noires s’étaient lancées à l’assaut d’une grande épine ivoire. La chaleur ne semblait pas les affecter.

- Ils sont rapides, pas vrai ? S’ils continuent comme ça, ils auront fini en début d’octave prochaine ! commenta une voix allègre sur sa gauche.

C’était le diable au visage fuligineux dont Isaac avait croisé le regard un peu plus tôt. Capitaine Ameda, en pleine discussion avec son second, se retourna aussitôt, et bien qu’Isaac ne puisse discerner son visage, celui-ci ne devait pas être avenant, car le matelot se tassa aussitôt sur lui-même.

- Qu’est-ce que vous voulez ? demanda Ameda.

Le diable salua :

- Capitaine, le médecin en poste sur l’Innocence a été mis au courant de l’arrivée des survivants et vient de nous faire parvenir un autre objet. Il a dit qu’il avait oublié de l’ajouter à l’inventaire lorsque les décombres nous ont été transférés.

Un autre matelot s’approcha. Il portait avec lui une espèce de grande lance pâle. La capitaine émit un son d’assentiment :

- Oh. Oui, on m’avait prévenue que c’était toujours en leur possession. Je leur avais demandé de nous le rendre hier matin.

Elle se tourna vers Isaac :

- D’après ce qu’on m’a dit, cette arme a été retrouvée sur vous lorsque vous avez été secouru.

Isaac haussa haut les sourcils. L’étrange objet ressemblait quelque peu à un harpon : on en voyait les dents sur la tranche. Il était lisse comme du verre, taillé d’un seul bloc, presque aussi long qu’une jambe (bien qu’il ait visiblement été brisé au milieu), et ne lui appartenait absolument pas.

- Retrouvée sur moi ? Où ça ?

- Retrouvée dans vous, plutôt. Un membre de l’équipe de secours a dû juger bon d’arracher cela de votre bras.

- Hmm, dit Isaac, qui ne savait pas vraiment quoi répondre à ça. Eh bien. Pourquoi l’avoir emmenée, alors ?

- Les explications que nous avons reçues étaient confuses, mais apparemment, la garde a initialement cru que cela faisait partie de cette…

La phrase mourut dans sa bouche, mais elle fit un petit mouvement avorté en direction de l’incendie, et soudain, les doutes d’Isaac se confirmèrent : tout comme lui, la capitaine Ameda ne savait pas vraiment ce à quoi elle faisait face.

- Les médecins ont pensé qu’il serait plus sûr de vous l’enlever, conclut-elle. Est-ce que vous reconnaissez cet objet ?

- Moi, je le reconnais, répondit Philomela. Il appartient à l’ume de nos membres d’équipage. Iel était avec nous dans la cabine au moment du drame. La force de l’impact a dû le faire voler dans notre direction.

- L’autre survivæl ?

Isaac n’avait jamais vu Mina manier une arme de cette taille ou de cette couleur. Le visage de Philomela était impassible :

- C’est cela, oui. Vous nous autoriseriez à le lui ramener ?

La capitaine acquiesça :

- Prenez-le. Cette enquête touche à sa fin. Je vous demanderai simplement de ne pas quitter Iphias avant d’avoir reçu les résultats de notre investigation, dans le cas où nous aurions besoin de davantage de précisions – après ça, vous serez libres de faire comme bon vous semble.

Le matelot se dirigea vers Isaac, qui lui tendit la main pour recevoir le harpon. Celui-ci était froid au toucher et ne présentait ni brûlures, ni rayures.

Isaac haussa une fois de plus les sourcils. Il n’avait jamais rien vu de tel. Sous ses bandages, son bras gauche, toujours inerte, lui parut plus lourd que jamais.

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Elim
Posté le 05/02/2023
Belle découverte pour inaugurer l’année !! Je suis très enthousiaste avec cette première lecture (ma première sur PA !) et ce premier chapitre qui n’augure que du bon, de l’excellent. 



C’était agréable de se plonger directement dans le vif de l’univers que tu parviens à distiller sans qu’on soit submergé. On sent que Isaac est ancré dans ce monde, qu’il ne réagit pas comme un·e lecteur·ice qui le découvrirait, et ça donne une cohérence naturelle. La construction fait qu’on en sait suffisamment pour s’étonner avec le personnage, et aussi pour savoir que la narration va nous prendre par la main au fur et à mesure des chapitres pour éclaircir des points de lore (comme dirait le bon Marlon James, même si on saisit pas tout, la rivière narrative finit toujours par rejoindre le fleuve). Donc ça donne diablement (si je peux dire, pardon monsieur le diable du chapitre) envie d’en savoir plus, et de collectionner nous aussi dans des petites boîtes les étrangetés de ton univers (d’ailleurs excellente idée de prendre l’explorateur comme personnage conducteur, comme la lecture s’inscrit un peu dans la même démarche, ça rajoute quelque chose).



En fait ce que j’ai beaucoup apprécié outre le LoreTM, le début d’intrigue et les personnages, c’est l’espèce de basculement qui s’opère en deux temps au niveau du type d’univers : d’abord quand on apprend que Philoména est une naine, et ensuite à la mention du diable (ref aux tiefflings de D&D ?), avec aussi la personne aux antennes et aux 6 bras. Y’a tout un bagage loresque qui débarque avec la mention de nains et de diables auquel je ne m’attendais pas et j’ai envie de voir comment tu vas jouer avec ces représentations qu’on a (j’avoue que quand la barbe de Philomela a été mentionnée, my genderqueer radar BEEPED, c’était trop bien). Ça amène du familier dans un univers qui joue sur le familier (type de récit d’explorateur, ressemblances, Miami, les dates) pour mieux le retourner (coucou les bateaux sont des bébètes qu’on élève). Et là bam ! on a en plus un autre retournement potentiel sur les représentations fantasy. Sachant que manifestement tout le truc du texte, c’est cet élément inconnu qui a provoqué le naufrage, mais bref, je m’emballe. J’aime en fait que tout s’accorde avec le thème et aille en ce sens dès le premier chapitre (on en sent les prémisses des vibes horrifiques arriver, avec ces multiples déplacements discrets). D’ailleurs, la longueur du chapitre m’a paru adéquate, la fluidité maîtrisée de ton style permet une lecture aisée, et c’est satisfaisant quand on arrive à la fin. Donc même si ça peut être vu comme long, pour moi c’est idéal et justifié. 



Je vais pas revenir sur tout ce qui a pu déjà être relevé par les autres Plumes, je compatis pour le syndrome du “virgule et”. Si je devais peut-être relever quelque chose, ce serait le fait qu’il me semble que pour l’instant la description physique de Isaac est assez restreinte (on a une comparaison sur son teint de peau je crois), ce qui est aussi logique dans le sens où puisqu’on passe par le point de vue de Isaac, il n’a pas de raison de se décrire lui-même. Donc en soi, logique. Cela m’amène à me pencher l’onomastique que j’ai trouvé intéressante et curieuse. Les désignations de lieux sont top, y’a une vraie cohérence (vive les papillons). Par contre, certains noms sont très anglophones, je sais pas si c’est voulu ? Philomela Havenbone je m’y attendais pas, par exemple, ou Dunstan. Est-ce que l’anglais correspond à quelque chose dans les langues de cet univers ? Ça m’intrigue, y’a pas beaucoup d’accents dans les noms (Philomela, Ameda) là où on pourrait s’y attendre en français, donc je me posais la question (franchement c’est pas une remise en question, juste ça me fait me questionner). 



Bref, j’ai très très hâte de poursuivre ma lecture ! J’espère que l’écriture bat son plein de ton côté et que tu prends du plaisir à poursuivre cette fabuleuse histoire ! Mention spéciale au faucheur qui débarque dans son meilleur style, ça c’est un power move (bien envie d’en apprendre plus sur lui).
Nothe
Posté le 05/02/2023
Salut !!

Oh là là, quel commentaire, merci beaucoup !! Ca me fait très plaisir que tu apprécies autant l'histoire, surtout si c'est l'une des premières que tu lis, et en plus tu as rebondi sur plein de points qui me tiennent à coeur alors ça me touche vraiment :'')

Bien vu pour la vibe D&D, on ne peut rien te cacher x) Effectivement certains des persos qu'on rencontrera pendant l'histoire sont d'anciens PJs, et étant joueur depuis un bon moment maintenant j'en retire quelques petits automatismes. Mais comme tu l'as souligné, plusieurs genres se colisionnent et c'est à la fois conscientisé dans l'intrigue (j'avais envie que l'Euphrosyne soit un pot pourri de cultures, d'espèces et d'époques différentes, même si ça s'homogénise dans un 17ème siècle un peu bâtard) et très subjectif (j'avais pas envie de me restreindre et de me dire "ah non ça c'est pas cohérent..." - clairement c'est une histoire dirigée par la Règle du Cool :p)

Du coup, oui, on va retrouver quelques peuples assez communs à la littérature ou à l'esprit fantasy, mais je ne compte pas trop m'appuyer sur les codes du genre (malheureusement les histoires médiévales à la Tolkien j'ai un peu saturé avec le temps :( ).

(et d'ailleurs je suis RAVI que le sous-texte (enfin, sous-texte, c'est vite dit, c'est quand même au coeur de l'histoire) queer ne soit pas passé inaperçu, je crois que tu es le.a premier.e à l'avoir vraiment relevé et quelque part c'est rassurant de savoir que les gens qui savent savent ^^ Une des grosses inspirations de l'histoire c'est le travail de Clive Barker, en particulier Nightbreed (la Director's Cut en tous cas) et Abarat, qui exemplifient très bien pour moi la capacité du genre du fantastique/horreur à véhiculer des thèmes et des vibes queer qui d'ailleurs, selon moi, mettent le genre en valeur. Bon là tu le vois pas mais j'essaie depuis cinq minutes d'expliquer mon raisonnement mais j'arrête pas d'effacer parce que je me perds x) Quinze mille personnes ont fait des articles très éloquents sur le sujet mais blablabla la frontière entre la terreur l'émerveillement et le désir est mince et les cénobites dans Hellraiser ne sont pas les méchants BREF on en reparle x))

Effectivement, je n'ai pas beaucoup décrit Isaac parce que je me disais que ce serait étrange qu'il s'attarde sur son propre physique, mais je me demande maintenant si ce n'est pas un peu trop obscur. Je crois qu'à l'époque (enfin, quand j'ai écrit ce premier chapitre) je ne savais pas du tout à quoi il ressemblait et que maintenant mon image est plus claire... A méditer....

Et tu fais bien de relever les noms à consonnance anglophone, ça c'est carrément un relent de quand j'avais écrit les deux premiers chapitres en anglais (pour mon mémoire de M2). Techniquement ça n'a pas d'importance puisque l'Euphrosyne n'est pas française, donc pourquoi pas ? Mais c'est vrai que j'insiste quand même sur une ambiance méditerranéenne, en tous cas dans le Premier Cercle, qui n'est pas du tout représentée par ces noms-là. Ca ne serait pas idiot de m'y repencher. Merci beaucoup !

Bref !! Merci encore pour ton comm et j'espère que tu liras plein de belles choses sur PA !! :D
Erwel.le
Posté le 25/01/2023
Merci pour cette histoire, que je découvre grâce aux Histoires d’or. J’ai lu les autres commentaires pour éviter les redites. Je m’associe aux nombreuses louanges ;-).

J’apprécie beaucoup l’originalité de ce monde et de ces règles. J’aime aussi beaucoup le fait qu’il n’y ait pas de narrateur omniscient pour nous prendre la main et nous expliquer ce qu’on ne comprend pas – et qui se comprend en réalité très bien au fil de la lecture.

J’ai cliqué sur l’image de ton histoire parce qu’elle m’évoquait l’univers de la piraterie des 17 et 18èmes siècle et je me suis senti-e plongé-e dans cet imaginaire maritime-là. A la fois familier, enchanteur, mais transfiguré par tout ce que tu y apportes de personnel. Les bateaux vivants, les diables, les ombres et les faucheurs (cela m’a passionné-e, j’espère qu’on croisera des ombres et des faucheurs en action).

Je trouve ce héros botaniste et collectionneur extrêmement intéressant. Sa vie semble être dédiée à l’agrandissement de la science par le recueil exhaustif de toutes les espèces vivantes existantes. L’enjeu de ton histoire semble être pour Isaac de comprendre ce qui s’est passé. Je trouve que ce n’est pas si fréquent – une intrigue qui tourne autour d’un enjeu de connaissance – et j’apprécie cela.

J’aime bien que l’histoire commence par une tragédie. J’ai trouvé que tu nous faisais bien sentir combien la perte du bateau et des connaissances accumulées était cruelle pour Isaac et ce fait en dit long sur la passion qui anime ton personnage. De façon générale, j’apprécie de découvrir les personnages par leurs actions et réactions, plutôt que par de longues descriptions.

Par contre, je n’avais pas compris que Philomena était une naine. Je l’ai compris plus tard, et pour le coup, la précision m’a manquée au moment où elle apparaît pour la première fois. Je m’étais fait une image du personnage et au moment où j’ai compris que cette image devait être réduite en taille, mon cerveau a un peu protesté, il s’était déjà habitué à autre chose.

Comme Nanouchka, je me suis interrogé-e sur les dates et Miami. Ce monde a-t-il en fait un rapport avec le nôtre ?

Voici enfin quelques remarques côté hôpital :
Sent-il son bras ? Sa première sensation semble être celle des mouches qui circulent le long de son membre. Il a les sensations mais pas la motricité, c’est ça ? Ou alors il est censé ne rien ressentir ?

Plus loin : « Il agita les doigts. Toujours rien ». Comment peut-il agiter les doigts s’il a perdu la possibilité de le bouger (tu cherches peut-être à dire qu’il essaye d’agiter les doigts) ?

« Les cloques à l’intérieur de ses joues s’étaient résorbées, laissant la peau à vif ». Elle lui a donné un ptit coup de gnôle magique, dis donc (je dis ça pour la blague, c’est mon goût pour l’imaginaire de la piraterie qui m’a imposé cette vision de la petite flasque de rhum).

Est-ce que tu veux dire que le médicament a guéri des cloques qu’il avait dans la bouche ? Si oui, le produit a soigné la muqueuse (non la peau, qui est l’enveloppe extérieure du corps). Si la peau ou la muqueuse sont « à vif », ça veut dire que ce n’est pas guéri. « A vif » m’évoque plutôt l’état alarmant d’une peau ou d’une muqueuse brûlée, endommagée.

Comme l’ensemble de ton écriture est très précise, ça me donne envie de te donner plein d’autres détails concernant les cloques, ou la paralysie des membres, mais je suppose que ce n’est pas nécessaire, peut-être que les détails que je souligne n’ont pas freiné la lecture des autres lecteurices. Je te donne ces retours uniquement parce que ces petites incohérences m’ont un peu freiné-e. Je trouve ça terrible – donc très stimulant dans le récit – qu’il se réveille avec ce bras comme un poids mort.
Nothe
Posté le 25/01/2023
Salut !! Merci beaucoup pour tes commentaires, c'est très sympa de ta part d'avoir été aussi exhaustif.ve ! D'autant plus que tu soulèves des points et des incohérences très bonnes et que je t'en suis très reconnaissant (j'adore faire des mondes très ouverts et puis oublier ce que j'écris au fur et à mesure, c'est le TDAH :p)

Bref !! Pour répondre à tes questions/remarques :

- Oui, la majeure partie de l'intrigue va au final tourner autour de la recherche de réponses à plein de trucs, et pas tant d'action que ça ! Même si d'autres personnages, plus tard, seront plus batailleurs, Isaac est un chercheur avant tout, et je me vois mal le catapulter dans des affrontements épiques (ou en tous cas le pauvre il va bien morfler :p) J'espère malgré tout que ça restera intéressant sur la longueur !!

- Je voulais que le fait que Philomela soit une naine soit révélé "tard" parce que ça soulignait pour moi le fait qu'Isaac n'y pense plus du tout. C'est un truc que je réutilise beaucoup pour sous-entendre des liens plus forts - plus Isaac utilise des descriptifs, moins il connaît la personne. J'ai eu d'autres retours sur cette "révélation", des gens qui disent qu'eux aussi ont été surpris et qu'il y a eu un petit temps d'adaptation. Dans mon idée, ce n'était pas trop grave, j'aimais bien que ce soit un peu surprenant, mais il faudra voir avec le temps si ce n'est justement pas un trop gros pas à franchir d'un seul coup.

- Toutes tes remarques à propos de son bras et de ses blessures sont TRES justes et je me sens très stupide de ne pas avoir relevé tout ça plus tôt !! Effectivement, normalement, il ne devrait plus avoir ni sensations ni contrôle de son bras. J'aime beaucoup le début, alors je peux trichotter et dire qu'il a encore un semblant de toucher au début puis que ça se perd complètement, mais dans l'idée, normalement, il n'y a plus rien qu'un poids mort.

Quant aux cloques, c'est là aussi 100% une erreur d'ignorance + inattention. Par "à vif" je voulais parler de cet état de la peau quand on retire une grosse croûte par force et qu'elle n'est pas complètement guérie, mais pas ouverte non plus, cette espèce de semi-cicatrice rose et gonflée. Mais clairement ce n'était pas le bon mot x) Si tu es expert.e en blessures, en vrai j'adorerais discuter de certains détails avec toi, ça m'aiderait beaucoup pour la suite, hésite pas à m'envoyer un MP !

Je m'empresse de répondre à tes autres commentaires. Merci encore !
Loup pourpre
Posté le 27/12/2022
Un beau premier chapitre. C'est aussi long que les chapitres que je fais mais beaucoup mieux écrits. L'inspiration par rapport à l'enfer, l et au milieu naval est très bien retranscrit. Le côté phytothérapie et recherche archéologique me plaît également. Cela donne beaucoup d'originalité à ton univers. Dès que j'aurais le temps, je lirais certainement la suite. :)
Bleiz
Posté le 09/12/2022
Bonjour !

J'ai découvert ton histoire grâce aux Histoires d'Or et j'en suis tellement contente ! Ton style d'écriture est une perle. Très réaliste. Quand j'ai commencé à lire le passage, au tout début, sur le bras inerte et malade, j'ai été obligée de secouer mon bras pour être sûre qu'il soit toujours en bon état ! De manière générale, tes descriptions sont saisissantes sans être trop longues, ce qui est très agréable.

"Oui, ils ont fait du beau travail. Tu n’as que quelques cicatrices.
Philomela passa une main approbatrice sur son visage boursouflé " --> j'avoue que je ne sais pas comment lire sa remarque. D'un côté il essaye de la rassurer, mais de l'autre, avec la description des cicatrices qu'on a pu lire avant, c'est un peu faible… quoique j'imagine qu'il n'y a pas grand-chose à dire dans une telle situation.

Malgré la situation catastrophique du début, Isaac et Philomena ont l'air d'être un duo de choc, et comique en plus ! Isaac est vraiment un chouette personnage.

Le chapitre avance et le monde se révèle petit à petit, le rideau se lève.. Entre le vcabulaire parfois mystérieux et les éléments étonnants qui apparaissent comme si de rien n'était, le rythme est incroyable !

Piraterie, Amirauté et expéditions scientifiques en pleine mer… L'atmosphère est vraiment en train de se créer là, je plonge dans le récit tête la première !

"le navire n'avait pas été élevé" ??? Un des nombreux éléments étonnants de ma lecture, mais je suis fan. J'ai hâte d'avoir plus de clés pour comprendre ce qu'il se passe exactement, et comment fonctionne ce monde.

Est ce que la durée d'une octave est huit jours ?

"Ce n’était le premier bateau que lui" --> je ne sais pas si l'absence de "pas" est volontaire ou non, au cas où je le mets là x)

Woah, quelle lecture !!! J'ai hâte de lire la suite. C'était top !!

À bientôt :)
JeannieC.
Posté le 23/11/2022
Salutations, Nothe !
Enfin me voici et wow, qu'est-ce que je suis contente d'avoir enfin pris le temps de découvrir "L'Euphrosyne". La passionnée de romans historiques que je suis a accroché direct. <3

Dès le titre il faut dire, le ton est posé, avec ce pastiche des titres à l'ancienne - à rallonge, avec ce ton volontairement dithyrambique. Je suis fan de ce genre d'ambiance, et de textes hauts en couleurs qui n'ont pas peur de jouer l'excès, le décalage, mais aussi la grande précision dans le choix des mots.
Quel boulot on sent derrière ! Les termes de botanique, la description pointue des odeurs, les mots en argot, quelques tournures tout à fait caractéristiques d'une époque. Le tout est servi par une plume enlevée, dynamique, et qui assume même un côté joueur et parfois emphatique - à la manière dont Isaac semble percevoir le monde et y évoluer. <3 Au milieu d'un univers pas toujours ragoutant, tu y vas avec légèreté par moments, certains éléments relèvent aussi d'un genre d'exagération mais pour moi jamais ça ne sonne faux, je me retrouve complètement dans ce type de lecture. Je ne sais pas, ça a un petit côté baroque pour moi.
Le personnages enfin, là aussi, c'est un coup de coeur. En même temps, j'ai un faible pour les éclopés et les figures pas banales. *_* Nain, boiteuse, amputée... Des figures hautes en couleur - et évidemment liées à tout un univers qui promet d'être aventureux, entre la navigation, la botanique, les fuites.

Franchement, je suis direct connectée avec ton univers, même si pour le moment l'intrigue reste encore mystérieuse à bien des égards. Mais le cadre est là, les personnages me sont très attachants et l'écriture un plaisir.

Une histoire que je vais suivre avec grand intérêt ! <3
Bonne soirée, à bientôt
JeannieC.
Posté le 23/11/2022
*amputé, oops ! xD
Peridotite
Posté le 20/11/2022
Coucou Nothe,

Je me suis perdue de par chez toi, intriguée par ton histoire de marin.

Pour l'instant, je ne suis pas décue, j'aime bien l'ambiance. Ton héros en mauvaise état se réveille à l'hôpital après le naufrage de son navire.

Je précise que je n'ai pas encore lu tout le chapitre. Je suis arrivé au moment où il arrive à parler, à "- Six jours ? répéta-il."

J'ai pris des petites notes de lecture. Je suis la plus grande pinailleuse de la terre donc dis-moi si tu veux moins de commentaires quand je reprendrai ton chapitre, la prochaine fois :

« Je », songea Isaac, « dois être dans un hôpital. »
> Mauvais emploi des guillemets. L'incise n'a pas besoin d'être hors guillemets donc : "Je, songea Isaac, je dois être dans un hôpital" Par ailleurs, tu pourrais reformuler sous forme de question pour plus de suspense et d'immersion. Par exemple : "Suis-je à l'hôpital ?" Ou un truc du genre

"mais il lui était impossible de se réfugier à nouveau dans l’obscurité."
> Pourquoi ? Il lui suffit de fermer les yeux non ?

"ces maudites mouches ne s’arrêtaient pas"
> Je mettrais plutôt "n’arrêtaient"

"e discerner des voix – était-il toujours à Pyrgus ? - mais il était encore embrumé de fatigue, et ces maudites mouches ne s’arrêtaient pas de grouiller sur ses doigts."
> Tu veux dire que la fatigue et les mouches l'empêchent d'entendre ? Il manque une phrase pour tout bien relier selon moi.

"La fatigue fut immédiatement remplacée par la vague froide de l’urgence. "
> Cette phrase sonne bizarre selon moi. Et tu as une répétition de "fatigue". Pourquoi la vague froide de l'urgence ? Que veux-tu dire par là ? Ton héros est tout malade à l'hôpital, il n'y a pas d'urgence non ? Ou j'ai loupé qqchose.

"Isaac se retourna avec tant de force"
> Comment ça ? Je me représente mal comment il se retourne. Le peut-il seulement ? Il m'avait l'air abattu et fatigué. Je le croyais couché. Ce geste me surprend.

"des pantalons sales"
> Pourquoi le pluriel ? Elle porte plusieurs couches de pantalons ??

"Il essaya une fois encore de lever le bras gauche et demanda :"
> Attention, le "il" renvoie au perroquet ici

"étrangement râpeuse"
> L'adverbe n'est peut-être pas nécessaire

"ou peut-être quelqu’un s’en était-il chargé pour elle"
> Cette précision est-elle utile ? Je trouve qu'elle n'apporte pas grand chose. Par ailleurs, c'est une femme à barbe ? 🧐

"planta les dents dans le bouchon de liège pour l’ouvrir."
> Pourquoi ne l'a-t-elle pas ouverte pour lui ? Elle le laisse galérer, alors qu'il pourrait tout renverser :-)

"Sa main était si moite,"
> Jusqu'ici je croyais que ses mains étaient bandées

"gorge râpeuse"
> Tu avais une langue râpeuse avant

Je pinaille, mais ton chapitre est intriguant et je me demande ce qui va se passer.
Nothe
Posté le 20/11/2022
Bonjour Péridotite ! Merci beaucoup de passer par ici ! Je suis content que le chapitre te plaise, même si ce n'est que le début :)

Pour les remarques, elles sont toujours intéressantes puisqu'elles permettent de me poser sur certains choix stylistiques et de décider si oui ou non j'y tiens toujours (la première pensée d'Isaac, par exemple, avec ses guillemets brisés et son affirmation, est importante pour moi : les guillemets cassent le flot de pensée pour imiter une réflexion plus lente, et il ne se pose pas de question parce qu'il *sait*, après observation, qu'il est à l'hôpital (ou en tous cas, est assez sûr de lui pour l'affirmer. Il est pas du genre à se remettre trop en question))

Mais effectivement, tu relèves aussi des répétitions auxquelles je n'avais pas fait attention, et ça c'est toujours bon à prendre ! Par contre je me fais du souci pour toi si tu veux être aussi exhaustive sur tout le chapitre, tu vas y passer beaucoup d'énergie ahah ! Si tu veux passer des détails, y'a pas de souci, je n'attends pas un retour si complet tout le temps !

Une chose qui je pense colore ta vision du chapitre et que tu n'as peut-être pas très bien comprise : Isaac n'est pas à l'hôpital parce qu'il est malade, mais parce qu'il a eu un accident (son naufrage). Quand il se réveille, il n'y a personne pour l'aider et il se rend compte qu'il a un bras qui ne fonctionne plus du tout (l'autre va bien : "Isaac se redressa hâtivement, leva la main droite (faible, mais intacte, Dieux merci)").
Même fatigué, je pense qu'à ce moment-là, la panique prend le dessus, d'où son regain d'énergie. Ca ne me semble pas si impossible qu'il se redresse dans son lit et se retourne pour regarder à droite, mais si d'autres personnes me font la remarque je m'y pencherai davantage, peut-être qu'il faudra que je le rende moins faible au début.

Quant à Philomela, effectivement, elle le laisse galérer, c'est fait exprès - ils ne sont pas si sympas l'un avec l'autre :p Et oui, c'est une femme avec une barbe !

(et pour pantalons, c'est une vieille orthographe un peu désuete : il est couramment au singulier maintenant, mais le pluriel n'est pas faux, c'est pour ça qu'on dit "une paire de pantalons" ou "une paire de jeans". C'est comme écrire "clef", j'aime bien :p Dans un roman plus moderne clairement ça ne passerait pas, mais là, je me suis permis cette petite indulgence personnelle)

Bref ! Merci beaucoup pour ton retour !
Peridotite
Posté le 20/11/2022
Je devine ton intention derrière, mais je te conseille de revérifier la règle de l'usage des guillemets dans ce cas. Juste jouer avec ça ne permettra pas de montrer l'état d'hébéritude de ton perso, il vaut mieux le montrer dans le dialogue ou la narration selon moi.

Pour se retourner, fais attention à la phrase : "Isaac se retourna avec tant de force" On peut frapper qqun avec force ou pousser qqchose avec force par exemple, mais je pense que tu veux dire qu'il se retourne rapidement ou de façon brusque. Il n'applique aucune force non ? Ou alors je n'ai pas compris. Je ne visualise pas bien ce mouvement.

"une paire de pantalons" Ah oui, je vois, je ne connaissais pas du tout :-)
Peridotite
Posté le 22/11/2022
Me revoilà ! J'ai presque fini mais pas tout à fait.

Ton héros Isaac se réveille à l'hôpital en compagnie de son associée. Le pauvre est tout chose : il est blessé, il a perdu sa main, et apprend que toutes ses affaires ont brûlé dans le naufrage de son bateau. Il n'y a que 3 survivants. Son acolyte, une femme à barbe le débourre du lit. Pendant sa convalescence, elle a fait jouer ses contacts avec les Nains du port pour acquérir un bateau. (J'en suis là)

Tes descriptions de la ville sont bonnes, c'est immersif et j'ai pris plaisir à découvrir la ville en compagnie de tes personnages. Le pauvre est tout foutu et son associée a l'air très débrouillarde. Une relation intéressante de complicité se dessine entre eux.

J'ai essayé de ne pas m'arrêter dans ma lecture, mais ma nature pinailleuse est revenue au galop et je me dis que mes quelques râlages pourraient t'aider. Après tu en fais ce que tu veux bien sûr 🙂

"Je leur ai dit que j’agissais en ton nom pendant ton… Absence"
> Je ne crois pas que la majuscule soit requise ici

"Même dans son état de faiblesse, il restait assez de bon sens à Isaac pour savoir que Philomela avait raison de froncer les sourcils"
> Je n'aime pas cette phrase. Selon moi, pas la peine de repréciser "de faiblesse", on a bien compris. Et je trouve ça bizarre que quelqu'un ait raison de froncer des sourcils, c'est plus une émotion. Du coup je propose plus simple : "Même dans son état, il restait assez de bon sens à Isaac pour savoir que Philomela avait raison." Ralala elle pinaille cette Peridotite 😄

"N’aurait-elle pas pu intervenir ?"
> Qui est ce "elle" ? Et pourquoi cette question ? Ta perso n'y répond pas ensuite.

"Mina a été transperçæ" et "transféræ"
> Typo ?

"ils disent qu’ils devront sûrement lui faire pousser de nouveaux intestins."
> Hoho un monde de magie, voilà un élément intéressant

"- Personne d’autre ?"
> Comment ça ? Personne d'autre à qui lui écrire que sa famille ? Ou aucun autre survivant ? Isaac n'a pas suivi car elle lui a dit qu'ils n'étaient que trois survivants. Et ta perso ne lui répond pas. Sans sa pensée au milieu, ça donnerait :
"- J’ai écrit à sa famille hier.
- Personne d’autre ?
- Je pense que le toit de la cabine du capitaine nous a protégés du gros des dégâts. Les ombres nous ont vite encerclés."
> C'est un dialogue de sourd, personne ne s'écoute et elle répond à côté. (Ce n'est que mon humble avis)

"Ni elle ni lui ne reprirent la parole."
> Phrase pas nécessaire selon moi, on a compris.

"Ils devaient commencer à s’organiser, Isaac le savait – savait qu’il devait penser à l’Académie, à ses journaux perdus, à son financement, à l’organisation des obsèques de l’équipage – mais son corps se rappelait à lui à chaque seconde qui passait : il se sentait faible, et constatait avec effroi que la faim, la fatigue et les médicaments lui embrumaient l’esprit."
> Une très longue phrase !
"il se sentait faible, et constatait avec effroi que la faim, la fatigue et les médicaments lui embrumaient l’esprit."
> Là tu n'es pas obligé de répéter qu'il se sentait faible, je pense que ça fait répétition d'idée avec les infos précédentes. Le "constatait que" crée de la distance selon moi. Tu peux y aller en mode direct : ""Ils devaient commencer à s’organiser, Isaac le savait. Il savait qu’il devait penser à l’Académie, à ses journaux perdus, à son financement, à l’organisation des obsèques de l’équipage, mais la faim, la fatigue et les médicaments lui embrumaient l’esprit." Ce n'est qu'une suggestion que je te fais après réflexion bien sûr. À toi de voir ce qui t'intéresse dans ces remarques. Je ne suis qu'un humble lecteur. :-)

"Beaucoup de brûlures aussi, bien sûr, mais tu as dû recevoir les mêmes soins que moi. Je n’en souffre plus, en tous cas, et je ne pense pas avoir de grosses séquelles."
> Ici pour plus d'immersion, tu peux caser une description au milieu du dialogue genre elle lui montre sa propre main meurtrie.

"et se secoua les cuisses."
> Le "se" n'est pas utile selon moi. Par ailleurs est-ce le bon verbe ?

"ume persona aux antennes sales, portæ par six mains puissantes"
"pour interrompre so compagnæl"
> Phrases bizarres

Note : tu as parfois beaucoup de "mais"

Je trouve le texte fluide et agréable à lire, à part 2-3 phrases peut-être. Quelques soucis de ponctuation aussi mais je serais incapable de les corriger, car je suis nulle en ponctuation. Attention aussi aux tirets dans tes dialogues qui ne sont pas les bons. Aussi il y a des majuscules aux races telles que les Nains. Quelques phrases un peu longuettes je trouve, mais sinon c'est bien, ton style est immersif.

J'ai réfléchi à ton affaire de guillemets brisés et je me disais qu'il te suffirait s'insérer une phrase entre les deux. « Je... » Il balaya la pièce du regard. « Je dois être dans un hôpital. » ou un truc du genre. Bon après je ne sais pas 😄

Je ne pense pas que la longueur du chapitre soit à modifier sur papier, mais sur PA, il manquerait la possibilité de mettre un marque page ou qqchose pour reprendre la lecture là où on l'a laissée :-)

Je suis presqu'au bout, mais ton texte est chouette donc tu n'es pas débarassé de moi : je reviendrai t'enquiquiner tout bientôt 😁
Peridotite
Posté le 25/11/2022
Mes notes :

« Isaac se demanda soudain »
> Le soudain n’est pas utile selon moi.

« Ses yeux jaunes semblaient presque blancs sur le cramoisi de sa coque, et ses voiles verdâtres étaient enchaînées au grand mât, si fines qu’Isaac pouvait voir les veines courser dans les plis de leur peau. »
Ho c’est amusant, ce n’est pas un vrai bateau, mais une sorte de bête ?

« Le nocher jeta une autre bouteille de vin dans la gueule du bateau avant de se tourner vers eux »
> Pourquoi fait-il ça ? Pour nommer le bateau ?

« On va en avoir besoin, je vous le dis. »
> Il leur avait dit le contraire juste avant ! Il devrait au contraire dire « vous aviez raison » ou un truc du genre ??

« mais si des ombres s’y étaient aventurées, alors l’écume et la crasse du port les dissimulaient. »
La phrase est longue et le « mais » pas nécessaire à mon avis, donc par exemple : « Il jeta un coup d’œil inquisiteur aux vagues qui léchaient les pierres brunes du quai. Si des ombres s’y étaient aventurées, alors l’écume et la crasse du port les dissimulaient. »

« Ces putains de bateaux de l’Amirauté, qui ont assez de cassaires pour vider la mer jusqu’à Perpète-lès-Moulineaux, surtout. »
> Tu as un « qui » qui traîne.

« l’air se contracta, froid et lisse comme l’étreinte d’un serpent. »
> J’aime bien ta comparaison ici. Tu peux même la pousser et ajouter « serpent de mer » puisque ce sont des marins, mais je dis ça comme ça 😊

« Il n’avait jamais été très bon à ce jeu. »
> Le jeu des prénoms ??

« Il était de bon goût […] en circulation »
> Je me demande si ton explication ne devrait pas venir juste après : « Certainement un Arthur », jugea Isaac. « Ou peut-être un Oliver. »
Ce qui explique de suite pourquoi il fait ce jeu, pour une question de rythme. Ça s’enchaînerait crème 😊 J’aime bien l’idée.

Le faucheur a l’air d’être un sacré numéro !

J’aime bien l’idée des bateaux-bêtes et du faucheur qui a l’air cool 😊

Je t’envoie déjà mes notes avant que je les perde dans le tréfond de mon ordi et je lis la suite tout bientôt. Là ma pause est finie et je dois malheureusement filer
Peridotite
Posté le 25/11/2022
Isaac visité les restes de l'épaves toujours fumant. Un gros oursin géant semble être à l'origine du drame. Isaac retrouve ses affaires.

Je te propose quelques petites améliorations de style, mais si elles ne te conviennent pas, jette tout ! 😄 (Je le fais, car ça m'avait aidé pour mon propre texte que des gens pointent ci ou ça, au moment des relectures)

Mes notes de lecture :

"l’Euphrosyne n’avait pas réussi à se débarrasser ni des braises, ni de l’odeur de fumée qui s’attardaient sur ses vagues"
> Après 6 jours, le bateau brûle encore ? Et le vent au large n'a pas chassé l'odeur de fumée ?? 🧐
Attention tu as 2 phrases avec "qui" à la suite.

"Quoi que fut la chose qui avait détruit le Pénélope, elle avait étonnamment bien résisté à la fureur de l’océan. Tout d’abord, elle était toujours en feu ; et puis, fait plus étrange encore, elle n’avait toujours pas sombré."
> Du coup je passerais ce paragraphe avant l'autre pour avoir le bateau est en feu --> (donc) des restes enflammés flottent la + l'odeur alors que tu as description --> (car) le bateau est en feu. Le rapport cause à effet marche mieux je trouve.

"Leur bateau de pêche, déjà secoué"
> Je me bats contre les "déjà" présents dans les textes ici haha

"Leur bateau de pêche, déjà secoué par les vagues, commença à tousser et à cracher si fort qu’Isaac pouvait sentir le pont se gondoler sous ses pieds."
> J'adore cette phrase, l'idée est géniale

"sa tête le lançait, et des vertiges de faim et de fatigue lui faisaient perdre la vue par intermittence."
"de faim et de fatigue" est en trop. Il vient de sortir de l'hôpital et on a déjà compris. "lui faisaient perdre la vue par intermittence." -> "lui brouillaient la vue" ? Pour éviter le verbe faible faire et la longue phrase ?

"N’importe quel bateau qui aurait eu la malchance de croiser son chemin aurait été pulvérisé. Même les navires de la garde côtière, qui mouillaient à bonne distance de l’incendie, auraient été réduits en éclats."
> 2 phrases qui se suivent avec "qui"

"Les flammes, à moitié éteintes"
> Soit elles sont éteintes soit non ?

"Ces grandes courbes rougeoyantes, gonflées par la lueur des braises, était interrompues à intervalles irrégulières par de larges épines d’un blanc crayeux"
> Possibilité d'éviter la voie passive en tournant upside down si tu veux

"Il y eut du mouvement sur sa droite."
> Cette phrase n'est pas nécessaire à mon avis.

"Philomela se mâchonnait les lèvres. Isaac le remarqua immédiatement :
- À quoi penses-tu ?"
> "Isaac le remarqua immédiatement" Le rappeler brisé l'immersion. On est avec lui non ? Dans son point de vue ? On voit par ses yeux ? Ce qui est décrit, il le voit. (à moins qu'on ne soit pas dans son point de vue ?)
""Philomela se mâchonnait les lèvres.
- À quoi penses-tu ? demanda Isaac"

"Son visage s’était durci ; elle avait pris sa tête d’affaires."
> Le passé simple serait plus direct.

"ça sent les histoires à plein nez"
> "ça sent les emmerdes à plein nez" ?? :-)

"s’étaient retournés pour les regarder, reprit d’une voix plus mesurée"
> Il manque un "il"
s’étaient retournés pour les regarder (vers eux ?), il reprit d’une voix plus mesurée"

"Ils se retournèrent"
> Juste avant des gens se retournent, attention à la répétition d'idées.

"Une fois arrivé en haut, un marin lui tendit la main pour l’aider à franchir le rebord,"
> Il se fout de lui ?? Une main est agrippée à l'échelle et l'autre... Eh bien...

"aux yeux entièrement bleus"
> Ce entièrement signifie que le blanc des yeux est bleu lui-aussi ??

"Un diable qui se trouvait sur son chemin manqua de justesse lui rentrer dedans"
> "de lui rentrer dedans" non ?

"frisaient déjà sur sa nuque."
> Un autre déjà qui n'est pas utile à mon sens.

"un instant plus tard, la porte s’ouvrait en grinçant"
> Passé simple ?
"et la femme entra résolument dans la pièce."
> "d'un pas résolu" ? (éventuellement) c'est pour éviter l'adverbe

"Isaac ne lui répondit pas"
> Pas la peine de le dire je pense. Si tu ne le fais pas répondre, c'est implicite qu'il ne répond pas.

Je reviendrai lire la suite. Je me demande ce qu'il en est avec cette épave et s'il va pouvoir poursuivre son expédition scientifique.

Edouard PArle
Posté le 12/11/2022
Coucou !
Très bon chapitre d'exposition. Le peu que tu montres de ton univers est prometteur. (Le coquillage geant les bateaux vivants...) Avec ses marins, pirates et vastes mers, il semble particulièrement riche.
On comprend très vite les enjeux et le mystère de la disparition du navire. Le duo d'islam et Philomela fonctionne très bien. Ils s'opposent plusieurs fois dans ce chapitre mais au final je les trouve complémentaires.
Ton écriture est très soignée, tu choisis les bons détails pour nous immerger dans l'ambiance (les mouches en début de chapitre par exemple)
Je poursuis ma lecture !
Nanouchka
Posté le 10/11/2022
◊ Dis donc. C'est beau. C'est vaste. C'est prometteur. Il y a déjà tout un monde dans ce premier chapitre et j'ai hâte de continuer à le découvrir.
◊ Pourquoi avoir choisi un calendrier qui ressemble au nôtre avec une année vers les 1600 ? Est-ce que le Miami que tu mentionnes est le nôtre ou un lieu différent ?
◊ J'adore tes métiers et catégories de magie. C'est typiquement quelque chose que je travaille ici, et j'aime beaucoup ce que tu en as fait.
◊ Je suis fascinée par les botanistes, donc ravie de ton choix de protagoniste.
◊ Très bonne idée de commencer par l'hôpital et un membre en moins. L'amputation est un sujet en soi et est ici un deuil doublé de celui du navire et de l'expédition.
◊ Un truc qui m'a fait bizarre : que Philomela finisse sa lettre en ajoutant plusieurs lignes, alors qu'on a fini le dialogue et qu'on part vers l'extérieur. J'ai trouvé que ça coupait un peu le mouvement. J'aurais préféré par exemple qu'elle la finisse pendant leur dialogue, une phrase par-ci, une phrase par-là.
◊ J'adore que tu n'expliques rien. J'adore devoir connecter et retenir et rattraper. Je suis perdue sur plein de choses et ça me va complètement, parce que j'ai envie que ton protagoniste s'en sorte.
Nothe
Posté le 10/11/2022
Salut Nanouchka, merci beaucoup de prendre le temps de me lire ! Je suis ravi que l'univers te plaise et t'intrigue :D

Merci d'avoir relevé le détail des métiers et autres "trucs magiques", c'est effectivement quelque chose auquel j'ai accordé beaucoup de réflexion et qui à la base venait surtout du fait que j'ai malheureusement fait une overdose de Métiers Avec Des Majuscules dans les récits fantasy/fantastiques et que maintenant je les ai en horreur :p Donc effectivement, on trouve des faucheurs, des cassaires (qui est le mot provençal pour "chasseur") et des nochers comme on trouve des boulangers ou des astronautes. Ce n'est pas forcément habituel, mais ce n'est pas hors du commun non plus.

Pour Miami, il y a effectivement une ambiguité ;) Ca fait partie des choses que je n'expliquerai pas immédiatement et qui feront normalement sens plus tard. J'aime bien les histoires où on doit "attraper le train en marche", même si c'est vrai qu'il faut toujours faire attention de ne pas non plus perdre le lecteur et bien doser ses informations. Le calendrier par contre c'est tout bête, ça correspond à l'âge d'or de la piraterie et j'aimais bien l'écho que ça faisait ^^

Oui, le sujet du bras d'Isaac est quelque chose qui va rester un bon moment. L'une des choses qui me font le plus peur au monde, c'est de perdre l'usage de mes mains. Faire le deuil de quelqu'un, c'est une chose, mais faire le deuil de soi-même, c'en est une autre.

Je retiens pour la fin de la scène de l'hôpital ! J'aurai sûrement fini ma partie 1 dans mille ans, mais quand ce sera fait, je ferai une grosse relecture et je corrigerai ces problèmes de rythme. Merci de l'avoir soulevé !

Encore merci !
Feydra
Posté le 03/11/2022
J'aime beaucoup ce chapitre. On démarre sur les chapeaux de roue, en plein dans l'action. Mais ce qui m'a vraiment interloquée et accrochée, c'est l'univers de L'Euphrosyne. Pour l'instant, tu ne fais que l'effleurer en donnant des détails par-ci par-là, mais c'est un univers qui me parait extrêmement riche et très original. Ta façon d'évoquer cet océan me donne l'impression qu'il est vivant et qu'il contient énormément de dangers, de mystères et de choses à découvrir. Ta plume arrive vraiment bien à lui donner vie.
J'aime aussi beaucoup ton protagoniste, Isaac. Ses interactions avec Philomela sont drôles et il a vraiment un sacré caractère.
C'est une bien belle découverte ! Merci pour ce moment de lecture
Nothe
Posté le 10/11/2022
Bonjour ! Merci beaucoup pour ton commentaire, c'est très gentil d'avoir pris le temps d'écrire ! Effectivement, l'Euphrosyne est très vaste et très vivante (c'est d'ailleurs un point qui sera évoqué plus tard), et je suis content qu'elle ait réussi à t'accrocher.
Et oui, Philomela et Isaac ont l'habitude de s'enquiquiner mutuellement à plus ou moins grande échelle ! Pour l'instant, j'essaie de créer un équilibre entre la familiarité et le dédain dans leur relation, j'espère que ça se voit :p
Merci encore !
Neila
Posté le 03/11/2022
Mais les bateaux sont vivants !:O C’est trop cool ! Au début j’ai cru que c’était pour la poésie, mais non, les bateaux sont bien vivants. Et la ville est sur un coquillage ? J’adore. Tous les détails, même ceux que je comprends pas encore !
C’est vraiment bien écrit, les décors sont éblouissants (et plein de caractère provençale ! ça sent la lavande et le maquis ! :p) les dialogues et les personnages sonnent justes, attachants. L’univers a l’air très riche et très inventif. Puis le héros est un scientifique. <3 Je comprends qu’il soit anéanti. Toutes ces découvertes de perdues… ToT
En tout cas ce premier chapitre fait un excellent travail pour nous peindre un univers et des personnages fascinants tout en présentant une intrigue tout à fait intrigante. Et je suis intriguée. Hâte de voir où tu vas nous emmener !
Sois sûr que je lirai la suite.
Nothe
Posté le 06/11/2022
Salut Néné !! Merci beaucoup pour ton commentaire, trop gentil d'être passée ! :D

Oui, ça fleure bon la lavande hein ? J'ai grave hâte de sortir le pastis et la pétanque pour qu'on me parle des vapeurs anisées de l'ambiance :p

Mais bref ! Oui, les bateaux sont vivants ! Tu verras que beaucoup de choses sont vivantes sur cette mer, ça grouille de partout (d'ailleurs, en vrai, généralement, si tu croises un truc dehors, assume que c'est vivant !)

Je suis content aussi que les persos te plaisent. C'est la première fois que j'écris un personnage scientifique (ou en tous cas qui aime la science) et je compte sur mes lecteurices pour me dire si ce qu'il fait a du sens parce que je ne vais pas te mentir, je ne m'y connais pas très bien en botanique :p Mais je vais m'améliorer.

Bref ! Merci beaucoup, je suis vraiment content que ça t'emballe ! A bientôt j'espère !
C. Kean
Posté le 02/11/2022
Coup de cœur, direct, comme ça c’est dit.
Mais on va essayer de concrétiser un peu tout ça en un commentaire pertinent, histoire de.

Je commencerai par la plume parce que c’est ce qui est le plus important pour moi. Je l’ai trouvé fine, joueuse, précise, attentive à ce qu’elle raconte et comment elle l’expose. Symbiotique du récit et de ses personnages, ce qui fait qu’on ne s’y ennuie pas une seconde malgré la longueur du chapitre (je comprends le choix de pas couper, mais c’est vrai que c’est chiant que PA ne permette pas de mettre une sorte de « marque page » quand on s’arrête en cours de route). Avec ces choix linguistiques et stylistiques intéressants et dynamiques. Même si je suis un peu mitigée sur l’usage des parenthèses : j’ai l’impression qu’il est très présent au début pour des assertions qui ont valeur de pensées ou d’ajouts de la part d’Isaac, et que finalement ça se perd au fil du texte et ces pensées finissent par être intégrées au corps narratif, les parenthèses reprenant un rôle de précision. Mais il faudrait sans doute une relecture complète et attentive à ce seul point pour nuancer ou approfondir cette impression.
J’aurais quelques bémols peut-être sur quelques phrases ou mises en scène qui m’ont semblé un peu maladroite ou commune, mais genre c’est un paragraphe (celui où tu dis qu’instinctivement Isaac ferme la main sur une plume inexistante, bon. Je trouve rarement très convainquant ce qui se fait pas « instinct » dans un texte, c’est généralement un peu clichouille ou facile). Et quelques abus de la virgule avant un « et ». Parfois, ça passe, on en comprend l’intérêt au-delà de la grammaire, mais parfois c’est très lourd. Pareil, sur en met aussi souvent devant une proposition relative sans que ça ne se justifie d’un point de vu compréhension ou rythme. Bon, c’est minime, et je pense qu’une relecture à haute voix te permettra de voir celles que tu juges nécessaires et celles qui pourraient être sacrifiées au dieu des virgules pour apporter prospérité à la fluidité de tes phrasés. On est vraiment sur du chipotage.

Niveau personnage, ils se dessinent avec beaucoup de naturel et de justesse. Ils prennent véritablement « la lumière » en fonction de l’angle que tu projettes sur eux, et se dévoilent ainsi, subtilement, glissant d’un éclairage au contour d’une ombre. Isaac a su attirer ma sympathie, tant par sa situation et sa perte colossale que par la façon dont la narration le suit. Et Philomela crève tout simplement l’écran xD Les autres ne sont pas en reste, et chacun trouve sa consistance dans le moment, le lieu, la parole qui leur est donné.
Et à travers eux, l’univers qui s’annonce dépaysant, s’immisce sans difficulté. On glisse de surprise en surprise devant l’ampleur de ce qui s’y devine, mais comme tout est portée par ce naufrage et cette rencontre nécessaire avec l’Amirauté, on ne s’y perd jamais. On ne trébuche pas, on embarque.

Bref, tout ça pour dire, coup de cœur. Merci à toi !
Et à bientôt ~
Nothe
Posté le 06/11/2022
Bonjour C.Kean !! Et pour commencer, un immense merci pour ton commentaire, je suis extrêmement flatté (et embarassé) ! EryBlack m'a beaucoup vanté ton écriture et j'ai effectivement passé un excellent moment à te lire (il faudra que je commente après les HOs d'ailleurs !), je trouve que ton style est extrêmement maîtrisé et je l'admire beaucoup, alors tes compliments me vont vraiment droit au coeur ! C'est vraiment très gentil.

En plus, je trouve tes remarques très pertinentes. Effectivement, il faudra que je me penche sur l'équilibre de ces parenthèses ! Pour moi, elles étaient importantes pour ajouter un peu de légèreté, mais aussi pour expliciter la manière dithyrambique et exagérée dont Isaac voit le monde (ce qui, mine de rien, colore toutes ses interactions dans la narration : par exemple, on ne rencontre Philomela qu'à travers ses yeux. Sa subjectivité est vraiment importante dans le récit). Le "problème", je pense, c'est que ses interjections ont souvent un côté un peu comique, et j'aime beaucoup le rendre ridicule de cette manière, mais du coup je les passe plus ou moins au second plan dans les moments plus sérieux pour ne pas briser la tension. Bref, il va falloir que je trouve un compromis.

Et oui, EryBlack a aussi relevé ma tendance au virgule et ! Je ne m'étais rendu compte de rien jusque là, j'ai l'impression d'ouvrir les yeux sur mon texte pour la première fois x) J'y fais définitivement attention dans les chapitres que je suis en train d'écrire et je les traque avec application.

Et dernier point - je suis content que tu apprécies Philomela ! C'est un personnage que j'aime beaucoup, mais j'avais peur que, justement parce qu'on la découvre à travers et contre Isaac, les lecteurices se disent "pfff mais quelle enquiquineuse celle-là" et la rangent dans la case "perso pénible de femme sceptique qui empêche le gentil héros de s'amuser". Je sais que ce n'est qu'un premier chapitre, mais je n'avais pas envie de rater son entrée.

Bref, merci infiniment d'avoir pris le temps de commenter, je suis content que ça t'ai plu <3 Passe une bonne journée !
EryBlack
Posté le 29/10/2022
Coucou toi ! Je me suis délectée de ce premier chapitre. Tellement heureuse de retrouver ton écriture ! Tu n'as rien perdu de ta capacité à m'embarquer depuis Parhélie.
Je trouve le déroulé du chapitre hyper habile en termes de narration. Le personnage qui s'éveille (de ses blessures ou autres), c'est quelque chose de déjà vu mais typiquement, c'est le genre de déjà-vu qui a beaucoup de force pour peu qu'on fasse les choses bien. La blessure pose une question, qui est aussitôt traitée mais qui mène vers une autre question : qu'est-ce que ça peut bien être ce gros machin ? Et en chemin vers ce qui semble constituer le fil rouge, tu nous offres un aperçu des richesses de ton imagination et rah là là mais je ne sais même pas quoi dire, il faudrait la volubilité d'Isaac pour mettre des mots justes sur l'enthousiasme que ça me donne, tout ça <3
D'ailleurs, le coup d'émotion quand ils découvrent les caisses fonctionne hyper bien. C'est bon, tu vois, je suis accrochée au personnage pour toujours !
Il y aurait encore tant à dire ! Et j'étais très contente de lire le commentaire bien dodu que t'a laissé MrOriendo, avec qui je suis d'accord sur pleiiiin de points (mais pas pour les pensées entre parenthèses, que j'adore).
J'ai relevé des petites coquilles au fil de ma lecture. C'est de l'ordre du détail. Ce qui est cool c'est que c'est tellement immersif ton histoire que ce repérage ne m'a rien gâché de ma lecture (faut dire qu'il n'y a pas grand-chose en réalité !).
- les tirets de dialogue : tu utilises les "-" mais normalement il faut des tirets cadratins ou semi-cadratins "–", un peu plus longs, quoi.
- "assez pénétrante pour lui tirer une grimace, s’il pouvait (avait pu : contexte au passé) grimacer. Mais il ne le pouvait pas."
- "Sa main était si moite, lorsqu’il réussit finalement à déboucher la fiole, qu’il manqua presque de la laisser glisser." : manquer, dans ce sens-là, contient déjà la nuance de "presque", donc je trouve l'emploi de l'adverbe un peu redondant.
- "Bien sûr, il était  possible de vouloir perdre son temps" double espace (il y en a quelques autres au cours du chapitre)
- "Mina a été transperçæ par des débris… (...) - … A peu-près ici." pas besoin de majuscule vu que la phrase continue, non ? et pas de tiret (à peu près)
- "Les ombres nous vite encerclés."
- "alors peut-être pouvait-il d’ors et déjà sécuriser" d'ores
- "Tu as reçu beaucoup de points de suture, c’est toujours ce que je sais." (toujours ou tout ?)
- "il ne s’attendait pas à ce que cela change, en tous (tout ?) cas pas si facilement."
- "il se rendait compte avec une surprise non-feinte qu’ils lui avaient tous vaguement manqués." : pas de tiret ; manqué (auxiliaire avoir tout ça tout ça)
- "ses cheveux étaient d’un brun mérou, et ses yeux noirs étaient rougis par le soleil." : mon dada du moment : perdre le tic du ", et" ! Ici je trouve la virgule superflue et tu peux même ôter le deuxième "étaient"
- "lança un regard noir à Philomela, et s’éloigna en traînant des ongles" : encore le ", et" ! Seigneur, tu es victime du même mal que moi, pauvres de nous
- "ce matin-même" pas de tiret
- Petit doute concernant le passage de l'embauche du faucheur : est-ce le nain lui-même qui va devoir le payer ? Je ne saisis pas trop pourquoi il hésite à ce point, sinon... ?
- "il répondit avec un ravissement non-feint" : pas de tiret
- "Il s’y accrocha (...) et se laissa être hissé à bord." "se laissa hisser" fonctionne aussi et me semble plus fluide.
- "Et bien." : on lit cette graphie fréquemment, mais normalement ça s'écrit plutôt "eh bien"

Merci merci merci de partager ce récit avec nous. Vivement la suite <3
Nothe
Posté le 29/10/2022
Coucou Ery ! Ca me fait tellement plaisir que tu commentes ! Je ne m'y attendais pas du tout, alors ça m'a vraiment refait ma soirée :D

Merci pour ta lecture si attentive ! Je suis content que tu aies commenté la scène de découverte des décombres, parce que j'avais pas mal d'appréhensions à son sujet. Découvrir qu'on a perdu quelque chose sur lequel on a énormément bossé, c'est un sentiment affreux (qu'on a tous, je pense, ressenti un jour après un plantage d'ordi et un chapitre pas sauvegardé...), mais j'avais peur de l'avoir écrit de manière un peu trop pathétique. Si ça passe, c'est rassurant !

Merci aussi d'avoir relevé toutes ces coquilles, c'est le genre de petits trucs sur lesquels Word ferme complètement les yeux ! Et damn, ça prouve bien que j'ai un problème avec les tirets où qu'ils soient x) Du coup je réponds vite fait :

- Les tirets quadratins, est-ce qu'il y a un raccourci pour les faire, ou est-ce qu'il faut que je les insère manuellement à chaque fois ?

- Les "virgule et", j'ai un avis partagé dessus ! Je sais qu'en matière de grammaire ça ne se fait pas puisqu'ils ont tous les deux une fonction similaire, mais j'aime bien le temps de pause que la virgule offre dans la lecture de la phrase. Est-ce que c'est une vraie faute (genre, ça se fait VRAIMENT pas) ou est-ce que c'est une demie-règle (comme ne jamais commencer une phrase par "mais") ? Dans tous les cas, je peux sans problème en couper plusieurs.

- Pour le passage de l'embauche du faucheur, effectivement, l'idée c'est qu'Isaac et Philomela n'ont pas un rond pour se payer le trajet jusqu'au lieu du naufrage, mais que Philomela connaît le capitaine de port qui lui doit une faveur (en gros, il leur paie le taxi). Ce n'était pas clair ? Je peux insister, je pense.

Je vais de ce pas corriger le reste ! Merci encore <3 Bonne soirée !
EryBlack
Posté le 29/10/2022
Moi non plus je ne m'y attendais pas, mais ton texte était là, dans le tas des HO, j'avais prévu de le garder pour plus tard mais j'ai craqué, que veux-tu !

- pour les cadratins : ça dépend de ton ordi... Sur mon mac c'est Maj+alt+case des tirets, mais je ne sais pas si ça t'aidera :')

- alors totalement d'accord avec toi pour certains "virgule et". J'essaye de me débarrasser du tic, mais pas de la pratique en soi qui est importante en terme de rythme parfois. Donc non, hors de question de t'imposer la règle, simplement je repère chez toi le genre d'usage que j'essaye de limiter dans mes propres écrits, mais c'est très subjectif, alors à toi de voir si tu veux y faire attention,,,,,, ou pas ;) ;) ;)

- Maintenant que tu le dis, oui, ça me paraissait assez clair, mais je n'avais pas assez réfléchi. Pour moi le capitaine du port s'arrangeait pour leur obtenir un "taxi" mais je n'avais pas capté qu'il leur payait nécessairement le voyage (alors qu'en fait c'est assez clairement dit), et encore moins le faucheur. Si tu es très conciliant avec les gens comme moi qui lisent la tête en l'air, tu peux insister, mais sinon c'est pas grave ^^ C'est juste que la question des faucheurs semble importante, je me suis concentrée dessus et je ne voulais pas risquer de perdre une des nuances de la scène.

Franchement je crois que tu n'as pas à avoir peur de faire dans le pathétique. Un personnage aussi sensible qu'Isaac, c'est une bonne occasion de tenter des choses ! Parfois, nous lecteurices on trouvera peut-être ça un peu exagéré (et encore, je demande à voir, parce que tu doses très bien en général), mais on pourra mettre ça sur le compte de sa perception de personnage principal et je trouve que ce sera tout aussi cool.

N'hésite pas à me prendre par surprise et à refaire une de mes propres soirées bientôt en postant la suite :) :) :) :) (sens-tu le regard perçant de ces smileys)
MrOriendo
Posté le 18/10/2022
Hello Nothe !

Après tes commentaires riches et élogieux sur Jaken, je ne pouvais pas ne pas venir ici pour te rendre la pareille et découvrir ton récit.
Et quelle plaisante découverte, d'ailleurs !
J'ai beaucoup de choses à dire car ce premier chapitre est très long, alors je vais faire de mon mieux pour organiser mon commentaire et mettre de l'ordre dans mes pensées qui partent un peu dans tous les sens après cette lecture.

D'abord, l'univers.
Je m'attache souvent à l'univers lorsque je rentre dans un récit, surtout s'il comporte des éléments fantastiques comme le tien. Ici, ce qui me frappe c'est sa bivalence, on a le sentiment qu'il est à la fois très simple et d'une incroyable richesse. Je m'explique : on comprend très vite qu'on se trouve dans un monde maritime dont l'Euphrosyne est le cœur battant, avec de nombreux archipels sur celle-ci et sans doute quelques grandes nations. Les noms des lieux sont percutants, efficaces, et leur connotation antique donne une atmosphère familière qui rappelle un peu notre Méditerranée, ce qui aide à visualiser ton univers et à se projeter à l'intérieur. (Iphios et Pyriade évoquent la Grèce de l'époque classique, la Junonie fait évidemment écho à l'empire romain).
Cette impression est d'ailleurs renforcée par le choix des noms des personnages principaux qui donne une cohérence à ton univers, mais j'y reviendrai plus tard.

Toujours à propos de l'univers, tes descriptions sont efficaces, on visualise bien les scènes et les décors, on sent que toi-même lorsque tu écris, tu as les images en tête. À te lire on pourrait presque sentir l'air du large et les odeurs rances de la cendre, ça rend le récit vivant et ça lui donne de la force.
Et comment ne pas mentionner les bateaux vivants, qui sont élevés différemment en fonction de leur utilité ! J'adore vraiment cette idée, c'est novateur (je ne crois pas avoir eu l'occasion de lire quelque-chose de semblable ailleurs) et ça rajoute une touche de mystère bienvenu qui intrigue le lecteur et le happe dans ton monde, en donnant envie de connaître la suite et de découvrir où sont les limites de ton imagination.

J'en viens maintenant à un autre point essentiel selon moi et qui fonctionne bien : la qualité de ton écriture. Tu as une plume fluide, agréable à lire, en dépit de la longueur de ton chapitre je ne me suis pas ennuyé un seul instant. D'ailleurs, je vais te faire une remarque que tu m'as faite au sujet de Jaken hier : je ne comprends pas pourquoi je suis le premier à poster un commentaire ici, c'est juste hallucinant que tu n'aies pas davantage de lecteurs et de retours sur cette petite pépite.
Oui, je parle de pépite et je pèse mes mots, car non seulement ton récit est super bien écrit (il y a bien sûr quelques améliorations à apporter, comme par exemple les répétitions de phrases hachées pour marquer l'hésitation des personnages, ou les "pensées" entre parenthèses qui contrastent parfois avec le reste du texte), mais en plus l'intrigue est prenante et mystérieuse.
Quel est cette chose qui a détruit la Pénélope ? Que cache l'Amirauté de si important et pourquoi la capitaine Ameda a-t-elle peur à ce point des découvertes de son enquête ?
Raaaaah, j'ai envie de connaître la suite !!!
Le pathos est également un point fort de ton histoire. Et plus particulièrement ton récit de l'expédition du pauvre Isaac, de ses espoirs et de son bonheur face à la richesse de ses découvertes, et sa douleur d'avoir perdu tout le résultat de son travail. C'est incroyablement bien écrit et convaincant, on comprend tout de suite que l'homme a perdu ce qu'il considère comme l'aboutissement d'une vie de recherches, et on a vraiment envie de verser une larme pour lui. De manière générale, les émotions des personnages sont assez bien retranscrites et ça permet, encore une fois, de nous projeter dans ton univers et de le rendre vivant. Et quand on arrive à happer le lecteur de cette façon, c'est en général de très bon augure pour la suite.

Venons-en aux personnages pour finir, et là aussi il y a des choses à dire.
J'aime la manière que tu as de les présenter par petites touches sans en faire une description longue et laborieuse qui ralentirait le récit. Prenons Philomela en exemple : on la découvre principalement au travers de son tempérament, de son caractère, elle se construit dans notre imagination au travers de ses échanges avec Isaac (et souvent en opposition avec celui-ci) et ça fonctionne vraiment bien.
Du reste, l'univers est tellement bien campé autour d'elle (et d'eux, de manière générale) que l'on n'a presque aucun mal à se les représenter sur leur petite barque ou face à la monstrueuse créature (je parle de créature, puisque c'était vivant ?) qui a pulvérisé leur navire.

Bon, je vais arrêter là mes élucubrations, mais je résumerai ce commentaire en disant que j'ai vraiment adoré cette lecture, que j'adore ton style et ton univers, que ce début de récit est vraiment très prometteur et que j'ai hâte de connaître la suite !

... Allez, un léger bémol histoire d'en donner un : tu aurais sans doute pu diviser ce chapitre en plusieurs, notamment au niveau des césures marquées par les " *** " qui pourraient la plupart du temps faire de bonnes transitions pour aborder un nouveau chapitre. On vient d'ailleurs de me faire la même remarque concernant Jaken, et je pense qu'effectivement, un format avec des chapitres plus court serait plus adapté à Plume d'Argent et à une lecture sur un écran.

Voilà, cette fois c'est la bonne, je me sauve !
À très bientôt j'espère pour pouvoir commenter la suite !

Ori'
Nothe
Posté le 30/10/2022
Coucou Oriendo ! Merci beaucoup pour ton commentaire, et désolé d'avoir mis mille six cent ans à te répondre, pour être tout à fait honnête, j'étais très gêné et il m'a fallu tout ce temps pour m'en remettre ahah !

Merci beaucoup pour ton retour si enthousiaste ! Je suis content que l'univers te plaise, j'en ai pas mal parlé sur mon JdB du forum - c'est un univers qui me plaît beaucoup parce que je me suis donné assez de lâche pour pouvoir écrire ce que je veux sans que le monde perde en cohérence. Pour l'instant, la tendance est très 18ème siècle, et, dans les grandes lignes, elle le restera, mais il est possible que des technologies disparates fassent leur apparition si je me dis "ce serait quand même vachement cool là s'ils prenaient le train". Bref, je m'amuse bien :p

Je suis content aussi que tu aies remarqué l'atmosphère Méditerranéenne qui me tient beaucoup à coeur ! Les noms d'îles du Premier Cercle ne référencent pas des civilisations en particulier, mais il y a définitivement un lien entre tous leurs noms (bon je te le dis parce que c'est pas vraiment un mystère : ces îles ont toutes des noms de papillons qu'on trouve dans le bassin méditerranéen, d'où l'utilisation du grec et du latin). Mais effectivement, j'aimerais que le lecteur s'imagine une version (évidemment bâtarde et fantasmée) du sud-est de la France et des pays limitrophes. Ca me fait d'ailleurs penser que je devrais changer cette mention de papaye au début, ça fait trop tropiques....

Concernant la longueur des chapitres, effectivement, c'est un point sur lequel je me suis posé beaucoup de questions avant de poster. J'en suis arrivé à la conclusion que pour moi, ces chapitres avaient un rythme et une tension qui leur était propre, et que les séparer en scènes en rendraient beaucoup un peu insatisfaisantes (c'est le hic des récits de voyage : quand on voyage, bah.. On fait pas souvent grand chose). Et en plus, sincèrement ? *J'adore* les chapitres longs :p Quand une histoire est bien écrite, il y a rien de plus plaisant pour moi que de regarder la barre de scrolling sur le côté et de me dire "OH ! J'ai encore TOUT CA ??", comme s'il me restait plein de gâteau dans l'assiette (du coup pour en revenir à Jaken, moi je dirais que tu n'as pas du tout besoin de raccourcir !)

Bref ! Merci encore, et j'espère que la suite te plaira !
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