Chapitre I - (2)

Par Alie
Notes de l’auteur : Et c'est parti pour la deuxième partie du premier chapitre ! ^^ Bonne lecture !

An 2102 0

03 avril

Planète dite « Éden »

Lieu inconnu

 

Amanda Brown savait qu'elle avait de la chance de faire partie du Grand Exode, comme on l'avait rapidement appelé. Ils étaient peu, ceux qui avaient été choisis - du fait de leurs métiers et compétences - afin de voyager vers Éden. Le reste de l'Humanité - tout du moins, celle qui était encore en âge de procréer - avait été obligée de participer à la Loterie afin d'avoir l'opportunité d'être sauvée du destin funeste qui l'attendait. En effet, si l'air impur ne tuait pas ceux qui étaient restés sur Terre, les catastrophes climatiques s'en chargeraient. Amanda frissonna à cette pensée. Elle songea aux millions d'enfants qui n'auraient jamais la chance de grandir et cela l'amena à porter son regard sur le sien, agrippé à sa jambe comme si sa vie en dépendait, observant son nouvel environnement avec crainte.

En tout, cinq mille adultes et deux mille quatre-cent-cinquante-sept nourrissons, bambins et adolescents faisaient la Traversée ce jour. C'était peu, très peu. À peine suffisant pour constituer un brassage génétique acceptable pour préparer l'avenir en évitant au maximum la consanguinité. Mais les calculs du docteur Shaikh, responsable du programme, étaient infaillibles. Il ne pourrait pas maintenir le Pont entre les deux mondes suffisamment longtemps pour permettre à plus de terriens de voyager de l'un à l'autre. Et encore, c'était si les déplacés se dépêchaient de passer le Portail. Il s'agissait là également d'une opportunité unique, qui ne se représenterait pas.

Il avait donc fallut se résoudre à faire un choix parmi ce qu'il restait des êtres humains. Les personnes âgées, les malades atteints de maladies graves - notamment celles qui étaient incurables et/ou transmissibles - et les prisonniers n'avaient pas été autorisés à participer à la Loterie. Cela, afin de permettre au plus de personnes saines, de corps comme d'esprit, de rejoindre Éden. Au-delà de cela, sauver une multitude de religions, cultures, orientations et identités sexuelles ainsi que d'ethnies avait été jugé préférable. De même qu'une relative parité entre les sexes. Raison pour laquelle la plupart des pays du monde - tout de moins, ceux qui restaient - avaient participé à la sélection opérée dans leur population. La Nouvelle Humanité, comme les élus s'étaient surnommés eux-mêmes, se devait d'être la plus diversifiée mais surtout la plus équilibrée possible.

Par ailleurs, à défaut de pouvoir envoyer sur Éden des embryons fécondés - dû à la technicité trop importante d'un tel projet - pour s'assurer du mieux que possible que les générations futures ne souffrent pas de dégénérescence physique ou mentale, les élus avaient subis une thérapie génique et cellulaire avant leur départ. Amanda, virologue et immunologue, s'était montrée réticente à cette idée. Elle avait en effet une certaine connaissance de ces questions et savait que cela était extrêmement dangereux, même à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques concernant la génétique. Mais, comprenant qu'elle ne partirait pas et ne pourrait pas sauver son fils si elle n'en passait pas par là, elle s'était résignée. Le processus aurait été immensément douloureux si elle, comme tous les autres, n'avait pas été plongée dans un coma artificiel le temps que son corps accepte le sérum. Cela avait déjà été assez difficile, au réveil, de supporter les répercussions immédiates de l'injection de celui-ci : tremblements incontrôlables, courbatures atroces, migraines insupportables et vomissements constants pendant plus d'une semaine.

Mais cela en avait valu la peine. À présent, elle était là. Dans ce nouveau monde, entourée d'inconnus qui étaient venus avec elle, et de ceux qu'elle découvrait. Le docteur Shaikh avait prévenu les colons qu'Éden serait sûrement déjà habitée par d'autres êtres humains. Alors Amanda n'était pas si surprise que cela de se retrouver en plein coeur de ce qui ressemblait à une cité médiévale. C'était cet aspect qui retenait son attention. Elle avait pensé, peut-être naïvement, que les habitants de cette autre Terre seraient aussi évolués technologiquement que l'étaient ceux de sa planète, voire plus. À première vue, il semblait que non.

Les soldats qui encadraient la Traversée commencèrent à donner des ordres aux premiers arrivants, notamment celui de se disperser en essayant de ne pas trop se mêler aux indigènes tant qu'ils ignoraient si ceux-ci pouvaient s'avérer dangereux. Mais la place où ils se trouvaient était bien trop petite pour accueillir tous les élus, et bientôt, certains durent s'éparpiller dans les rues et ruelles adjacentes, aussitôt fuis par les locaux. Ces derniers semblaient paniqués par l'arrivée ininterrompue de leurs étranges visiteurs. Amanda vit soudain des hommes armés - probablement la force de police locale - de lames à l'apparence acérées, dégainées, pousser leurs concitoyens à s'éloigner le plus possible des siens. Puis, ils se placèrent du mieux qu'ils purent pour encercler les colons.

Amanda s'inquiéta un instant de savoir s'ils allaient attaquer, avant de se rassurer en se rappelant que les militaires qui les accompagnaient était bien mieux armés que ne l'étaient ces autres hommes. En cas d'agression, elle et les autres élus seraient bien protégés. Toutefois, cela induirait un incident diplomatique majeur avec l'autorité qui devait exister dans ce monde. Ainsi, lorsque les étrangers se contentèrent de rester immobiles, les scrutant avec un mélange de détermination et de crainte, la doctoresse laissa échapper un souffle de soulagement.

Subitement, un bruit étrange, comme une résonance lointaine, se fit entendre et tous se tournèrent vers le Portail dans leur dos. Celui-ci commença à vibrer et Amanda sut qu'à tout instant, il allait se refermer. Les gens qui auparavant arrivaient calmement au petit trot à Éden, le faisaient en courant et en hurlant à présent. Cela ne pouvait pas se produire ! Le docteur Shaikh leur avait assuré que le Pont tiendrait le temps que tous puissent passer ! Mais, déjà, le passage se réduisait. Ils n'étaient que quelques centaines à avoir franchi le Portail, un nombre insuffisant à leur survie ! Ça ne peut pas arriver, ça ne peut pas arriver, se répétait intérieurement Amanda, gagnée par la panique ambiante. Soudain, à sa grande horreur, le Portail se referma sur la moitié d'un homme, qui fut instantanément sectionné en deux. La virologue/immunologue empoigna son fils pour le serrer contre elle, afin de lui épargner cette vue, tandis qu'elle retenait une violente nausée. Des pleurs et des cris résonnaient autour d'elle, certains des colons perdirent connaissance, d'autres restèrent prostrés, incapables de détourner le regard de la scène macabre. Dans l'esprit de tous, une réalisation terrible s'installait.

Ils n'étaient pas sauvés ; pire, ils étaient à nouveau condamnés.

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