Chapitre I - (1)

Par Alie
Notes de l’auteur : Ce roman est classé en SCIENCE-FANTASY, les deux genres que sont la SF et la fantasy seront donc représentés.

An 343 du Bas Âge d'Or

Troisième jour de la deuxième lune de printemps

Royaume de Dimhn

Cité de l’Ancastel

 

La vie grouillait en ce beau début de journée de printemps, au coeur de l'Ancastel, petite cité de l'ouest du royaume de Dimhn, non loin de sa capitale : Mizekiel. Chacun y allait de son occupation. Les tisserands, pour lesquels était reconnu ledit royaume, s'affairaient dans leurs ateliers tandis que des échoppes de toutes sortes faisaient recette et que les tavernes ne désemplissaient pas. Çà et là couraient des enfants. Certains étaient maigrelets et nus-pieds, d'autres arboraient des joues bien rebondies et étaient correctement habillés. Les premiers, des orphelins sans le moindre doute, recherchaient ce que serait leur prochain larcin, visant à les nourrir - ne serait-ce que d'une miche de pain rassis - tandis que les seconds, mieux lotis, s'amusaient à jouer à Qui le peut me trouve ou avec des cerfs-volants. La plupart des habitants arboraient des cheveux bruns foncés, ou noirs ; il en était de même pour leurs yeux caractéristiques de leur pays : en amande et bridés. Tous étaient de taille modeste et avaient une peau pâle, qui semblait n'avoir jamais vu le soleil.

Les étrangers, nombreux car la saison se prêtait au marchandage, étaient facilement reconnaissables parmi le peuple Dimhnien. Il y avait tout d'abord des Aùniens, venus du nord et du nord-ouest ; grands, aux chevelures blondes presque blanches et aux yeux pâles de divers teintes de bleu et de vert. Ils étaient connus pour être de fiers guerriers et de doués pêcheurs. Des Kerniens étaient là eux aussi, venus du sud-ouest, identifiables à leurs regards aussi bleu que pouvait l'être le ciel et à leurs tignasses blondes ou brunes, épaisses et bouclées. On les connaissait comme étant des maîtres dans l'art de la forge. Quelques Klôliens flânaient dans les rues encombrées également, passe-partout avec leurs crinières couleur terre ou châtaigne et leurs orbes de la même teinte. Des cavaliers hors-pair, dresseurs de chevaux. Enfin, il y avait des Merkieliens du Centre-Monde, semblables aux Dimhniens avec leurs cheveux noirs, mais arborant des yeux couleur orage. Des praticiens des Arcanes.

Seuls manquaient à l'appel les marchands Felliens du nord-est, connus pour être petits et trapus pour les hommes, petites et rondelettes pour les femmes, possédant des cheveux aussi rouge que le feu et des yeux aussi verts que la forêt. Grands mineurs et joailliers. De même, n'étaient pas présents les Idoriens de l'est, avec leur peau naturellement dorée, leurs cheveux de paille et leurs yeux miel. Ils étaient les Gardiens du Savoir du Monde Connu. Enfin, on ne voyait que rarement de Sylsväliens du sud-est dans la région. Lorsqu'ils faisaient le déplacement, ils dénotaient fortement dans le paysage dimhnien avec leur teint fauve ; bien que leurs chevelures brunes ou encre, de même que leurs yeux, soient plus communs. Ils étaient des paysans acharnés, cultivant le Grenier du monde.

Quoi qu'il en fut, les étrangers étaient légion à l'Ancastel depuis le dégel et le début du printemps, comme chaque année. Ce furent ces considérations qui occupèrent l'esprit de Leonil Zol, tandis qu'elle attendait de réceptionner son pain quotidien, devant la talemelerie du père de son amie Marla et où cette dernière travaillait. De la boutique s'échappaient de douces effluves de pâte encore chaude qui firent grogner le ventre pourtant plein de son repas du matin de la dimhnienne. Soudain, un cri de femme déchira le brouhaha paisible qui régnait jusque-là. Surpris, et alarmés, tous se tournèrent vers la source du bruit, pour voir un grand cercle bleuâtre se former sur la place où ils se trouvaient tous. Haut et large de plusieurs pieds, la chose masquait ce devant quoi elle se trouvait ; ce qui était étrange car elle était autrement translucide.

Cela ressemblait, du peu que Leonil en savait, aux Portails qu'ouvraient les Arcanistes afin de voyager entre les Huit Royaumes. Toutefois, ceux qui en sortirent n'avaient rien à voir avec des magiciens. Vêtus étrangement, l'air maladifs et épuisés, ceux qui étaient clairement des étrangers s'avancèrent et se dispersèrent, pour laisser passer ceux qui arrivaient en nombre à leur suite. La méfiance, l'incrédulité et l'émerveillement se battaient sur les visages des inconnus et Leonil se doutait qu'elle devait arborer une expression semblable. Autour d'elle, un grand silence s'était fait, seulement interrompu par les quintes de toux des nouveaux arrivants. Etaient-ils souffrants ? Et si oui, que leur apportait ce voyage jusqu'à l'Ancastel ? La cité n'était pas réputée pour ses guérisseurs.

Bientôt, ceux qui paraissaient aux commandes du groupe de plus en plus nombreux de visiteurs impromptus, porteurs d'objets étranges qui semblaient leur faire office de protection, émirent ce qui ressemblait à des ordres. Leonil ne pouvait que spéculer à ce sujet car elle ne comprenait pas un traître mot de ce qui était dit, ce qui était impossible. Tous les peuples parlaient la Langue Commune depuis que les Trois Empires - Elekskraa, Velkan et Amenï - s'étaient dissous, durant l'Âge de Bronze. À l'époque, il avait bien fallut apprendre à communiquer entre les nouveaux royaumes émergents, à présent que les guerres avaient cessées. Le Traité de l'Union s'était, par la suite, chargé d'entériner cet usage d'une langue unique parlée par tous, bien que celles qui l'avaient précédée n'avaient jamais totalement disparues du quotidien des peuples des Huit Royaumes. Mais cette langue-ci... bien que d'une sonorité familière à l'oreille, n'évoquait aucune d'entre elles à Leonil.

Le flot ininterrompu d'arrivants remplit bientôt la place toute entière. La jeune femme vit un garde de la cité sauter à cheval et partir à toute allure en direction de la demeure du Gouverneur afin de le prévenir de ce qu'il se produisait. Une boule d'appréhension se forma dans l'estomac de Leonil. L'arrivée de ces inconnus - aussi nombreux qui plus est - n'était pas de bon augure pour la tranquillité de l'Ancastel ; peut-être même était-ce une menace pour le royaume tout entier. Seul l'avenir le révélerait. Mais, modeste tisserande de métier, la jeune dimhnienne se rassura en se disant qu'elle doutait d'être directement impliquée dans ce qui allait advenir.

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shannaraclara
Posté le 18/06/2022
Hello ! Je suis tombée par hasard sur ton histoire. Et je dois reconnaître que j'ai bien aimé me laisser porter dans ce nouvel univers. Tes descriptions sont très faciles à lire !
Alie
Posté le 18/06/2022
Hello ! :) Tout d'abord, merci beaucoup de ton passage ! Je suis contente si cette première partie de premier chapitre t'a plu ! J'espère que la suite saura te convaincre de poursuivre l'aventure à mes côtés. ^^
jesaispastrop
Posté le 18/06/2022
J'ai adoré ce début ! Les descriptions sont très habiles, ce qui rend facile de s'imaginer Ancastel et ses habitants. La lecture est agréable et fluide.

J'ai hâte de voir la suite :)
Alie
Posté le 18/06/2022
Merci beaucoup, je suis ravie que ça t'ait plu ! :D J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes.
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