Chapitre deux

Notes de l’auteur : Bonjour à tous ! Je tiens à m'excuser pour mon absence. La panne d'inspiration... Je pense que vous connaissez ahah. Mais voilà, j'ai enfin réussi à écrire ce deuxième chapitres. J'espère qu'il vous plaira. Je m'excuse d'avance pour les fautes, la grammaire n'a jamais été mon fort... Oops. Plein de bisous !

L’Océan commençait à s’agiter. Le navire s’était mis à tanguer. Le vent soufflait au fur et à mesure de la traversée. Une averse éclata dans le ciel. Un jeune garçon d’à peine âgée d’une dizaine d’années observait la mer mouvementée, appuyé sur le plat bord en bois. Les matelots s’agitaient sur le pont, courant sur tous les fronts sous les ordres du Capitaine. Certains étaient placés aux niveaux des cordages, d’autres hissé près des grandes voiles. Le navigateur tenait fermement le gouvernail, le visage crispé et les dents serrées. L’équipage s’affolait.

Le jeune garçon n’avait pas bougé. Il observait toujours la mer se déchainait, commençant à angoisser. Une main se posa sur son épaule et une voix grave s’éleva, le sortant de ses pensées. C’était son père, l’Amiral de la Marine, l’Amiral de toute la flotte de la Marine d’Angleterre. Théodore Jones. Un homme fort charismatique avec ses cheveux foncés et son regard perçant.

  • Va te mettre à l’abri dans la cabine, Amaury. Tout de suite.

L’enfant releva la tête et fixa son père intensément, une lueur d’admiration dans le regard. Ils traversaient une tempête et son père allait gérer cela. Comme il l’avait toujours fait.

Amaury s’exécuta et partit se réfugier dans leur cabine, sous le château arrière. Une fois à l’intérieur, il se faufila sous les couvertures d’un petit lit. Il ferma les yeux et se boucha les oreilles, redoutant le plus gros de la tempête. Les meubles vibraient, les objets se déplaçaient. Ce n’était pas agréable à vivre. Cette peur constante que le navire puisse couler, abattu par les salves des vagues en colère. Mais s’il fermait les yeux et se boucher les oreilles, rien de tout cela ne se produirait. Son père reviendrait le retrouver et lui expliquerait que ça y est, la tempête était enfin derrière eux et ils pourraient rentrer tranquillement en Angleterre. La mission aurait été accomplie avec succès et ils retrouveraient leur foyer.

Le petit garçon abordait un petit sourire, soulagé par ses propres rêves. Sans s’en rendre compte et malgré l’atmosphère chaotique, il s’endormit. Peut-être trop fatigué après avoir tant rêvé.

Quelques heures plus tard, Amaury fut sorti brutalement de son sommeil après avoir entendu des dénotations de coups de feu. Des bruits de pas, des cris et des jurons. Un fracas.

Il se dépêcha de sortir du lit et enjamba la pièce pour atteindre la grosse porte en bois. Il posa sa main sur la poignée, attentif aux moindres bruits. Sa respiration s’accéléra, drôlement inquiet. Que se passait-il sur le pont ? Pourquoi tant de bruit ? Se faisaient-ils attaqués ? Des pirates ?

Décidant de mettre un terme au suspens, il ouvrit d’un grand coup la porte et traversa un petit couloir. Il pouvait à présent entendre des hurlements et des sons qui lui était inconnu. Des personnes se battaient. Le plus distinct des sons était le bruit des fers qui se croisaient.

Son cœur rata un battement. Une attaque ! Où était Père ? Il se hâta pour rejoindre le pont central et la découverte fut macabre. Des corps longeaient le sol humide et devenu écarlate. La pluie n’avait toujours pas cessé. Elle n’aidait pas à distinguer correctement toutes les personnes, tous les mouvements. La tempête s’était stoppée mais cela n’empêchait pas qu’une autre se manifestait. Elle n’était plus destinée à être climatique mais humaine. Sûrement plus redoutable et effrayante.

Des hommes se battaient. L’équipage du navire dont le Capitaine et l’Amiral. Ils se battaient contre d’autres hommes, qui était encore inconnu jusqu’auparavant. Ils sautaient d’un grand navire au drapeau rouge sur le navire anglais, brandissant leurs sabres en l’air. Les visages malfaisants et les ricanements intenses. A leurs allures, leurs vêtements, ils ne pouvaient qu’être des pirates. Des écumeurs des mers, des forbans, des hors la loi. Des monstres sans foi ni âme.

Le jeune garçon était apeuré, ses jambes se mirent à trembler, ses larmes coulaient silencieusement le long de son petit visage pâle. Un des matelots l’aperçu et se précipita vers lui. Il l’attrapa par les épaules et le secoua vivement.

  • Ça va mon p’tit gars ? Rien de cassé ? Retourne vite dans la cabine, les pirates ne t’ont pas encore vu. Bloque la porte et cache toi !

Il esquissa un petit sourire réconfortant au petit garçon, sans doute pour le rassurer. Son sourire s’envola aussi vite qu’il était arrivé. Du liquide rouge sortit de sa bouche et l’humain devenait blanc. Il baissa doucement la tête sur son torse et constata qu’une épée venait de le transpercer. Ses yeux devenaient vitreux et, hélas, il n’eut pas le temps de prononcer une dernière parole. Il s’écroula au sol lorsque l’épée fut soudainement retirée de son corps immaculé de rouge.

Amaury émit un hurlement, tétanisé par la peur. Ses yeux s’étaient écarquillés et venait de voir l’horreur pour la première fois de sa vie. Son corps réagissait à sa place ; il s’urina dessus.

Un grand homme se trouvait derrière le corps inanimé du matelot. Le visage recouvert de sang, il leva son épée et y lécha le bout, sans quitter du regard le gamin. Un sourire malveillant s’étira de son visage criblé par les diverses cicatrices. Dans un ricanement, il prononça.

  • Tiens, tiens… Mais que voyons-nous là. Un marmot ? On m’a ordonné de tuer quiconque se trouvait sur mon chemin. Je ne suis peut-être pas censé inclure les gamins mais je vais faire une exception à la règle. Ça va être une première !

Le pirate brandit son épée au-dessus de sa tête, les yeux injectés de sang, prêt à abattre sa nouvelle proie.

Il fut soudainement projeté d’un puissant coup d’épaule contre une paroi humide du bateau. Il lâcha un râle et ouvrit vivement les yeux, à la recherche de son nouvel ennemi, enragé. Theodore Jones l’avait envoyé valser contre le mur. Réactif, il souleva son bambin et l’entraîna à l’autre bout du bateau, vers le gaillard avant. Il courait presque, esquivant les assauts des hommes, la mâchoire serrée. Il devait à tout prix mettre son fils en sécurité. Comment allait-il faire avec une bande de pirates assoiffés de sang, truffé sur le navire militaire ? Il sortit son épée de son trousseau lorsqu’un démon arriva pour l’embrocher. C’était peine perdue pour le pirate, car malgré qu’un de ses bras soit occupé à tenir le gamin, Théodore était un excellent escrimeur. On ne nommait pas n’importe qui à la tête de la flotte anglaise.

Le militaire croisa de fer avec l’homme, et avec toute sa force dont il pouvait faire preuve à cet instant précis ; envoya valser au loin le forban. Evidemment, il n’en fut pas mort et n’eut même aucune blessure. C’était plus pour l’éloigner ; pour lui faire gagner du temps.

Le père rejoignit bien vite le gaillard avant. Il déposa le bambin qui avait niché son visage contre son paternel et le plaça derrière lui, sabre à la main. De son autre main désormais libre, il sortit un pistolet. Son regard se déplaça sur le navire. Avec la pluie, il était difficile de distinguer quelque chose. Il profita de ce court instant de répit pour réfléchir un peu.

Les pirates les avaient soudain attaqués. Ils venaient de sortir d’une tempête qu’une autre avalanche leur était tombé dessus. Bien entendu ils étaient beaucoup d’hommes, beaucoup de matelots pour survivre à ce combat. Mais la plupart des hommes présents étaient novices, de simples marins, aucunement habitué aux combats. Leur traversée était purement politique. Ils n’étaient pas en mer pour chercher la guerre et faire la loi contre les pirates. Théodore n’aurait jamais amené son fils, dans ces cas-là. Il avait voulu lui faire plaisir car Amaury adorait la mer et les bateaux. Et ça lui montrait son futur par la même occasion. Son héritage, son rôle d’Amiral. Il devait lui apprendre les ficelles du métier mais aujourd’hui n’était pas un bon exemple. Aujourd’hui il devait lui apprendre à survivre.

L’enfant agrippait fermement la jambe de son père, tremblant encore. Il avait les yeux clos. Il ne voulait pas voir tout ça. Theodore resta à l’écart, prêt à bondir au moindre mouvement suspect. Il guettait, méfiant et stressé. Le Capitaine du navire arriva près d’eux, complètement trempé, essoufflé et légèrement blessé. La main sur le bras du à une blessure récente, il s’exclama.

  • Amiral, nous devons quitter le navire. Ils sont beaucoup trop nombreux, mes hommes ne tiendront pas longtemps. Leur Capitaine a lancé le ‘pas de quartiers’, ils cesseront lorsque nous serons tous morts, avait-il prononcé d’une voix grave.

Théodore fronça les sourcils, comprenant que trop bien la situation. Il tourna la tête pour observer son fils avec un air soucieux.

  • Nous ne pourrons pas tous partir, Capitaine O’Brien. Ils nous pourchasseront. Evitons le plus de dégât possible ; faisons évacuer quelques hommes.

Le Capitaine considéra sa réponse qu’il trouva raisonnable. De toute façon ils n’avaient pas le choix. Il hocha la tête et observa les hommes qui s’entretuaient. Ils n’avaient pas encore aperçu le commandant du bateau pirate. Seulement entendue sa voix, au loin.

  • Mettez mon fils dans une chaloupe. Faîtes le sortir de cet enfer, avait répliqué l’Amiral, soudainement désespéré. Il avait sans doute compris l’issus de ces combats.

Le Capitaine hocha de nouveau la tête et repartit pour élaborer ce plan. Théodore de son côté rangea ses armes, se tourna et s’accroupit en face de son fils. Il tenait ses épaules et le regarda droit dans les yeux. Il souffla.

  • Mon fils. Tu vas partir dans une des chaloupes et regagner la terre ferme. Les matelots seront avec toi. Tout va bien se passer, affirma-t-il en lui abordant un petit sourire.

Amaury secoua négativement la tête en réponse. Il s’accrocha au cou de son père, pleurant à chaudes larmes. L’enfant n’était pourtant pas habitué aux démonstrations d’affection. Peut-être que lui aussi avait comprit l’issu de cette situation.

  • Père ne me laissez pas, je vous en prie ! Je veux rester avec vous !
  • Amaury, je ne t’ai pas élevé pour être un pleurnichard. Sois fort, mon fils. Je me dois de faire ça.

Il se releva par la suite et ajusta sa veste brodée d’insignes. Il jeta un regard au pont central ; les chaloupes étaient descendues et allaient bientôt être prête. Ils avaient fait vite. On se pressait lorsque la mort était à nôtre trousse.

L’Amiral prit la main du gamin qui avait cessé de pleurnicher. Il l’entraina lentement vers le pont, tentant de se faire discret. Avec la pluie, les bruits environnants et les multiples présences, ils arrivaient à se faire discret. Leur passage était facilité.

Les pirates arrêtèrent de combattre lorsque leur capitaine posa le pied sur le navire anglais. Ils s’écartèrent de leurs ennemis, laissant des matelots hébétés. Ils se rangèrent sur le côté silencieusement, prêt à attendre les ordres. Le fameux capitaine avait une allure particulière. Une aura sauvage s’émanait de lui. Portant un cache-œil, on avait du mal à distinguer son visage. Le peu de visibilité montrait des cicatrices. Il sortit un pistolet de sa ceinture et tira en l’air en ricanant puis, porta son regard vers Théodore.

  • L’Amiral Jones je présume ?
  • Vous présumez bien. A qui ai-je l’honneur ?

Le militaire ne se démonta pas. Les pirates ne l’impressionnaient pas. Amaury dans son dos, il l’incita de quelques gestes discrets à prendre rapidement la chaloupe. Son regard n’avait pas quitté le pirate.

  • Je suis le Capitaine Hector Hawkins. Vos matelots sont faibles. Etonnant pour un vaisseau de la marine anglaise, répliqua le pirate, une lueur d’amusement dans le regard.
  • Il n’était pas prévu que des pirates rodent dans les parages… Et crie aux ‘pas de quartiers’.
  • Vous m’en voyez désolé mais je dois accomplir une mission.
  • Je vois. Alors s’il en est ainsi…

Théodore Jones soupira en fermant les yeux. Et puis, sortit son épée et la pointa vers Hector Hawkins. Les matelots s’écrièrent et se rapprochèrent des pirates, prêt à en découdre. O’Brien avait également décidé de mettre la main à la patte, malgré sa blessure.

Hector n’avait pas bougé d’un poil mais lorsqu’il vit l’Amiral pointait son épée vers lui, son sang ne fit qu’un tour et il se jeta sur lui en sortant à son tour son sabre. Il ne fallu pas longtemps pour déclencher un cataclysme. Les deux hommes se battaient avec ténacité et rage, avec chacun un objectif bien précis. L’un était de tuer ; l’autre de survivre.

Théodore attrapa de sa main libre le bout de l’épée voisine en serrant les dents, laissant échapper un petit rictus. Il immobilisait désormais le sabre de son adversaire et planta son regard dans le sien. Hector Hawkins semblait être un requin prêt à dévorer quiconque se trouvait sur son chemin. Du sang coulait de la main du militaire.

  • Qui vous envoie ? souffla l’Amiral.

Hector plissa les yeux. Il aborda un sourire malicieux. De ses pieds fermement appuyés contre le pont, il donna plus de force dans le maintint de son sabre. Son adversaire ne tiendrait pas longtemps dans cette posture. Sa main allait finir en lambeau.

  • Je n’appartiens pas à l’Angleterre. Je ne suis pas obligé de vous répondre.
  • Mais vous œuvrez pour celle-ci.

Hector grogna. Sa langue claqua dans sa bouche, pestant silencieusement. Il rugit et s’écarta de Théodore. Il retira sa lame qui avait absorbé le sang. Le pirate tourna lentement autours de l’homme, le regard dur.

  • Vous n’allez pas sortir d’ici vivant. Les profondeurs de l’Océan vous attendent.

Théodore suivait le pirate du regard, étrangement calme. Les bras ballants et le sang continuant de couler de la paume de sa main… Tandis que l’équipage et les pirates de Hawkins s’affrontaient sans ménagement sous cette pluie stridente. Il y’avait déjà plusieurs morts à déplorer.

  • Tuez-moi et laissez mon fils vivre. Il ne fait pas parti des conditions, n’est-ce pas ?

L’intéressé était d’ailleurs toujours en retrait. Son père avait bougé mais lui était resté interdit. La peur avait dû l’immobiliser. Il regardait les hommes se battre, s’écartant à plusieurs reprises pour éviter d’être touché. Il hoqueta en entendant son père prononçait ces paroles. Aussitôt, il s’écria.

  • Père, non !

Le petit garçon écarquilla les yeux, la peur au ventre. Il s’avança en prenant son courage à deux mains et se plaça entre les deux hommes, le menton tremblant. Il ne savait pas ce qu’il faisait mais il devait agir. Il était hors de question que son père meurt et surtout par la main d’un pirate !

  • Père, ne vous faîtes pas de soucis pour moi. Je suis grand maintenant, je peux me défendre. Et je ne le laisserai pas vous faire du mal !

Amaury ignorait pourquoi il disait cela et surtout avec une telle audace ; il n’avait que dix ans. Et il était bien incapable de battre un homme, surtout à main nu et sans expérience. Mais peut-être arrivait-il à l’intimider, voir l’attendrir ? Est-ce que les pirates étaient aussi cruels qu’on le disait ?

Théodore sembla surpris. Il resta un moment interdit puis posa une main sur la tête du gamin, caressant affectueusement sa petite chevelure brune. Si jeune et si brave… Son visage rayonna un instant de bonheur puis sans ménagement il attrapa le gamin et le jeta à plusieurs mètres de là. Le gamin se heurta à la rambarde, sonné. Le champ libre, le militaire se rua sur le pirate en tenant fermement de ses mains son épée. Il attaqua soudainement et le premier, blessant Hawkins au bras. Le bout du sabre s’était enfoncé dans la chaire. Le pirate n’avait pas eu le temps de réagir. Il émit un gémissement et recula en faisant un bond. Sa main se porta immédiatement sur sa blessure qui le faisait grincer des dents. Il n’y était pas allé de main morte !

Le pirate le fixa avec une soudaine haine. Les yeux injectés de sang, il hurla.

  • Fils de pute ! Je vais t’arracher les entrailles !
  • Amène toi sale chien.

L’Amiral se mit en garde, le visage impassible. Hawkins ne se fit pas prier et fonça sur lui. C’est alors qu’un terrible combat débuta. Les deux ennemis étaient prêts à tout pour atteindre leur but. Le sang avait déjà inondé le navire. La haine menait la danse. Les pirates étaient bien plus fort et ne faisait qu’une bouchée des petits marins de fortune. Les corps tombaient à la volée et ce n’était pas beau à voir.

Hawkins décrocha un crochet de la droite au militaire qui tangua sur ses jambes, sa vue se brouillant un instant. Il recula quelques instants et cracha un peu de sang. Il porta une main sur sa mâchoire et reprit son souffle. Sa respiration s’était accélérée. Il souffla en le regardant durement.

  • Lâche.
  • Et encore tu n’as rien vu.

Le Capitaine Hawkins ricana en faisant mine de s’étirer comme si ce combat était aisé pour lui. Il posa une main sur sa hanche en le regardant d’un air dédaigneux.

  • Bon, auriez-vous la politesse de vous dépêchez mon Amiral ? Je n’ai pas que ça à faire. Je dois vite rentrer à Port-Réal pour m’boire quelques verres de vin.

L’homme reprit un peu de consistance et s’essuya la bouche d’un revers de main. Il allait prendre son élan pour attaquer lorsqu’il tourna soudainement la tête, alerté par un bruit. Un cri strident.

Amaury hurlait à plein poumon, se débattant comme un beau diable. Un pirate l’avait attrapé. Il tentait de le maintenir mais fini par perdre patience. Il le menaça avec un couteau sous la gorge qui calma rapidement le jeune garçon. Celui-ci écarquilla les yeux et retenu sa respiration. Il n’osait plus bouger.

Théodore se tourna vers l’altercation et vit la scène. Il lâcha son épée et approcha doucement, les mains en l’air. Tout mais pas son fils.

  • Amaury ne bouge pas et reste calme. Lâchez-le sinon… balbutia le père, certainement impuissant.

Hawkins soupira. C’était un homme très impatient et il avait d’autres choses à faire, comme il avait si bien dit. Il s’approcha tranquillement de Théodore et l’embrocha. Il transperça l’Amiral en une seconde et ce, sans transmettre aucune émotion. L’épée entra par le dos et ressortit par le torse. Il ne fallu pas longtemps pour que l’étoffe de sa veste s’inonde de sang.

L’Amiral ne comprit pas tout de suite ce qu’il lui arrivait. Il avait juste soudain froid. C’était sûrement la pluie… Elle était si forte. Si tapante. Il commençait à tomber malade, c’était sans doute cela. Il baissa lentement la tête vers son torse et constata, puis releva celle-ci et planta son regard dans celui de son enfant.

  • Fils… Je, toussa Théodore, peinant à parler.

Le petit garçon ouvrit grand la bouche mais aucun son ne sortit. Il resta ébahi face à ce qu’il voyait. Ses yeux ne tardèrent pas à être remplit de larmes qui se mirent à couler à flot. Tout son être fut secoué de sanglots. Remplit de spasme, l’épais couteau taillada gentiment sa peau fine. Mais cela ne lui fit rien, car, l’immense douleur qu’il ressentait comblait tout. Elle le submergeait. Elle le consumait. Elle le dévorait. C’était comme si son cœur venait d’exploser.

Le pirate retira vivement sa lame et l’essuya sur sa chemise trempée silencieusement, le regard baissé. Théodore s’écroula au sol, inerte. La pluie s’arrêta en même temps que le cœur du militaire. Il mourut et une larme s’échappa de son œil qui fixait le vide.

 Hawkins marmonna à l’intention de l’homme qui détenait toujours le gamin.

  • On y va. Dit le aux autres. Ce navire pue.
  • Et le gamin ? répliqua aussitôt le geôlier.
  •  Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse ? A part se pisser dessus et chialer, il ne va rien faire.

Et sur ces mots, le pirate tourna les talons et rejoignit son propre navire. Il avait accompli sa mission alors ils pouvaient désormais mettre les voiles.

Le geôlier relâcha l’enfant en haussant les épaules et partit prévenir ces compagnons. Amaury se laissa tomber à genoux et hurla de tout son être. Il cracha ses poumons, abima ses cordes vocales, usa sa gorge. Il hurla sa détresse et son malheur. Une partie de lui s’était éteinte.

Certains marins avaient assisté à la scène et se hâtèrent au chevet de l’Amiral. Tous les pirates prirent la fuite après l’ordre de leur capitaine. Ils partirent assez satisfait du dégât causé. Le navire au drapeau noir ne tarda à pas s’éloigner.

Le Capitaine O’Brien – qui avait réussi à survivre aux assauts des pirates – se dirigea vers le petit garçon. Il s’agenouilla à ses côtés en grimaçant et le prit dans ses bras.

  • Petit, tu…

Il n’eut pas les mots. Il ne sut que dire. Même lui était affecté par cette mort brutale. Leur plan de départ avait échoué. Les pirates les avaient complètement écrasés. Ils étaient à présent démunies et sans Amiral. Amaury sans père.

Celui-ci s’était tut. Il regardait désormais le vide. Ses yeux avaient perdu de la lueur, de la vie. Ils semblaient sans âme. Livides. Puis ils se fermèrent.

Ils restèrent longtemps fermés.

 

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L’homme se redressa subitement, débordant de transpiration, haletant. Il regarda droit devant lui en cherchant sa respiration. Son torse se soulevait au fur et à mesure. Un frisson le parcourut et il manqua d’air. Ça l’étouffait, ça l’oppressait. Cette sensation, encore. Elle revenait. Tout le temps. Elle ne partira pas tant qu’il n’aura pas accompli son objectif. Il passa une main sur son front et rejeta l’eau accumulée. Il ferma un instant les yeux et soupira. Encore ce rêve.

  • Ça ne s’arrêta jamais… Hm, marmonna l’homme en posant les pieds au sol.

Il attrapa sa chemise qui trainait dans le lit et l’enfila, le visage crispé. Mélancolique, il rumina silencieusement, tracassé par son passé. Il n’oublierait jamais ce jour. Il fut tiré de ses pensées par la porte qui grinça. Un homme surgit, l’air gêné. Il toussa légèrement comme pour s’éclaircir la voix.

  • Hm… Capitaine. Eliot menace tout le monde avec son pistolet. Il a perdu aux jeux de cartes et ça ne lui a pas vraiment plu… Puis Stewart lui a fait boire du rhum.

L’homme était grand et costaud. Plutôt blanc, plutôt blond. Une mâchoire carrée, une barbe naissante. Une armoire à glace et pourtant il semblait intimidé par un gamin de treize ans.

Amaury remit ses bottes en cuir et se leva. Il attrapa sa ceinture ornée de divers pistolets et couteaux. Il l’attacha contre son bassin et prit sa longue veste marron.

  • Je savais que j’aurai du foutre une bonne raclée à ce gamin depuis le temps. Foutu pirate.

En grognant, il quitta la pièce, son camarade à ses côtés. Il était l’heure de corriger ce petit pirate. Et c’était le grand pirate qui allait le faire.

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