Chapitre 9 - Partie I - Nouveau Lieu - Kaya

Je m'éveillai dans la salle de torture, sanglée sur la table aux côtés de Caden. Lui était simplement attaché sur une chaise. Il fixait un point invisible derrière moi, puis détourna le regard quand il se rendit compte que j'étais consciente. Qu'est-ce qui s'est passé ? La dernière chose dont je me souvienne, c'était l'autre folle qui m'ordonnait de le tuer, mon collier qui m'était encore arraché et surtout… mon œil ! Est-ce que je l'avais imaginé ? Plus je luttais pour me remémorer les événements, plus l’œil en question me brûlait. Comme si on me le lacérait encore, mais de l'intérieur. Une douleur sourde qui m'obligea à le fermer. Des bribes de souvenirs me revenaient par moments, mais tout se déroulait si vite que je ne pouvais assembler le tout de façon cohérente. Tout ce dont je me rappelais, c'était d'avoir ressenti une vague de tristesse. Comme si elle m'avait aspiré toutes mes forces. Mais qu'est-ce qui aurait pu être pire que tout ce que j'avais vécu jusqu'à maintenant ? Caden était en vie, même si son regard me fuyait depuis que j'avais repris conscience... Alors pourquoi ? Bordel, mais qu'est-ce qui s'est passé ?

La porte glissa pour laisser place à une scientifique qui ne ressemblait en rien à Hécate. D'ailleurs, elle était où ? Non pas que je m'inquiétais pour elle, mais il était anormal qu'elle ne soit pas présente alors que nous étions dans sa salle... Le balafré apparut, suivi d'un garde basané à ses côtés. L'air mauvais que l'inconnu dégageait me fit tressaillir. Une arabesque courait de la base de son cou jusqu'à descendre le long de son bras gauche pour rejoindre un tatouage plus imposant. Une espèce de serpent entremêlé qui paraissait tout aussi féroce.

— Je les veux pour le convoi de dix heures, claqua le plus âgé.

— Si je puis me permettre, ils ne sont pas prêts. Surtout le sujet n°6584. J'ai besoin d'un peu plus de temps, rétorqua la femme.


Le nouveau s'avança vers nous en nous tournant autour, tandis qu'il passait sa main sur son menton.

— Vous êtes sûrs qu'ils feront l'affaire ? Ils n'ont pas l'air très folichon. Je préférerais largement emmener l'autre.

— Il est déjà en route pour rejoindre le centre. Ces deux éléments seront utiles. De plus il présente une caractérisque tout à fait intéressante pour nous, déclara-t-il en désignant mon meilleur ami du menton.

 

Comment ça de quoi ils parlent ? Utile pour quoi ? Quel convoi ? Je voulais parler, seulement aucun son ne sortait de ma bouche. En fait, je ne parvenais même pas à bouger ne serait-ce qu'un doigt. La panique me gagna rapidement. Qu'est-ce qui m'arrive ? Ils me détachèrent et actionnèrent les menottes. Mon corps réagit par réflexe sans que je ne gère un quelconque mouvement. J'avais l'impression d'être à la fois dans mon corps et en même temps, d'être dépossédée de toutes les sensations qui faisait de moi quelqu'un de vivant. Une piqûre familière diffusa son poison sous ma peau. Cette sensation, aussi désagréable fut-elle, me rassura. Mon corps ressentait encore des choses finalement. Je n'étais pas totalement cassée. Cependant, quelque chose m'échappait. J'étais clairement désorientée, faible et presque incapable de tenir debout. Vu mon état, je ne pouvais rien faire, alors pourquoi user de tout ça ? Ils ont peur... Peur ? Mais de quoi ? C'est nous qui sommes en danger ici ! 

— De nous, de moi. Ils ne peuvent pas nous maîtriser, me répondit Kali.

 

Mais je ne pus lui poser plus de questions, car je fus tirée de ma discussion mentale par la blonde, qui m'injectait encore une fois ce foutu sérum. Je voyais déjà la couleur mauve qui courait dans mes veines, me les chauffant comme jamais. D'abord le poison, puis ça, c'est quoi leur délire ? Une nouvelle expérience ? L'impression de brûlure se propagea si vite dans mon corps, que je retrouvais pleinement mes fonctions motrices, ou presque. Je ne pouvais pas encore parler, comme si on m'avait arraché mes cordes vocales. Néanmoins, je me tenais debout seule maintenant et surtout, je sentais que je pouvais de nouveau bouger chaque partie de mon corps sans problème. 
— Tu as de la chance, ta vie de cobaye s'arrête ici, railla la jeune femme aux yeux bleu clair avant de reculer et de forcer Caden à se relever. Toi aussi. Montrez-vous à la hauteur maintenant. 
— Envoyez les faire un brin de toilette, reprit le tatoué, je n'ai pas envie d'avoir des crasseux dans mon camion. 

 

Instinctivement, je baissais les yeux et effectivement, j'étais dans un sale état. Mes cheveux étaient secs et poisseux et surtout, ils puaient le sang. Sang qui recouvrait mes vêtements blancs et mes pieds nus. D'ailleurs, ceux-ci me chauffaient plus que d'ordinaire. Mes jambes me faisaient mal aussi. En fait, tout mon corps était douloureux. Bordel ! mais qu'est-ce qui c'était passé ? Les mêmes questions tournaient en boucle dans ma tête. Et la fuite visuelle de Caden ne m'aidait pas du tout.


Pendant que j'essayais à nouveau de recoller les morceaux, ils nous entraînèrent dans la salle de lavage et une autre femme nous rejoignit. Ils nous déshabillèrent et tandis que j'interrogeais Caden du regard pour essayer d'obtenir des informations, l'eau glacée vint nous frapper la peau. L'espace d'un instant, je me voyais déjà tomber au sol, tant la force du jet me déséquilibrait. Toutefois, le souvenir des coups dans ce cas-là me motivait à rester debout et à ne pas faillir malgré les fourmillements qui s'intensifiaient au fur et à mesure des minutes qui s'écoulaient. Tout ça, sous le regard amusé d'un des gardes. 

 

Ils nous redonnèrent des vêtements que l'on enfila rapidement avant d'être de nouveau entraîné ailleurs. Un frisson me parcourut quand les événements de mon dernier voyage derrière cette cloison de métal, me revinrent en mémoire. Nous arrivâmes au premier étage et les portes s'ouvrirent sur un couloir débouchant vers l'extérieur. On va vraiment sortir dehors ! Une part de moi se sentait tout excitée de revoir le soleil, ou le vent, peu importe. Tant que l'on pouvait sortir la tête de ce mouroir, tout m'allait. Les dernières portes laissèrent place à une grande cour entourée par une forêt qui semblait aussi sombre que l'antre de Satan. Malgré tout, l'air frais qui me fouettait le visage me fit un bien fou. Cela faisait tellement longtemps que nous n'avions pas mis les pieds dehors, que je sentis un sourire illuminer mon visage. L'odeur des pins me chatouilla le nez et c'était un tel plaisir de redécouvrir cette fragrance, que j'inspirai plusieurs fois de peur de ne plus jamais en avoir l’occasion. Observer la nature, profiter de ce bref instant, de la chaleur du soleil, le voir si haut dans un ciel si clair, parcouru de quelques nuages çà et là pour reprendre espoir. Voilà ce que je faisais, même si cela me piquait les yeux tant je n'étais plus habituée à une telle luminosité. Je réalisais à quel point la liberté que j'avais connue il y a quelques mois m'était précieuse. Je la pensais acquise. En même temps, comment imaginer qu'une telle chose aurait pu se produire ? Maintenant plus que jamais, je rendais grâce à mon corps d'avoir tenu ne serait-ce que pour cet instant. Instant qui me redonnait l'espoir de me libérer de leur emprise. L'espoir qu'un jour, je reviendrais auprès de mon fils. 
— Avancez ! nous pressa un des gardes vers un fourgon. 

 

Similaire à celui qui nous avait emmenés droit dans cet enfer, il était tout de même un peu différent. Plus petit et plus clair, il ne possédait pas de séparation avec l'avant. Ils nous firent grimper à l'arrière et fixèrent nos menottes à la banquette en cuir marron avant de nous boucher la vue avec un sac en tissu sur la tête. 
— Ne perdez pas de temps sur la route. Les passages sont débloqués pour accéder au centre, donc tu peux tracer sans souci. Ah ! J'oubliais ! Si ça foire, vous savez ce qui vous attend, prévint la voix du tatoué en claquant une porte. Celle du conducteur sûrement.
— Et gare à vous si vous faites une rayure à mon camion bande de raclures ! tonnait-il suffisamment fort pour qu'on l'entende.

Il y eut un cliquetis familier et le moteur du véhicule se mit à ronronner. Étonnant que de tels détails me fassent un bien fou. Malgré la peur de savoir ce qui nous attendait, je profitai de cette mélodie. Quelques minutes plus tard, une voix féminine brisa le silence qui s'était installé. 
— Quand même... Monopoliser un véhicule pour trois personnes...
— Plains-toi. Dans l'autre, il n'y avait qu'une seule personne.
— Sérieux ? Mais jusqu'à quand ils vont user des ressources comme ça ? 
— Les ordres sont les ordres. C'est pas notre problème. Et puis, j'ai aucune envie de me mettre Rayden à dos. 

 

Rayden ? C'est le tatoué ou le balafré ?

— Personne n'en a envie, il est complètement fou ce type. Il n'empêche qu'ils auraient pu les faire partir avec le convoi précédent ou le suivant.
— Hey, les gars, c'est quoi la différence entre le centre d'entraînement et celui de torture ? 
— Au centre d'entraînement, ce n'est pas toi qui meurs, répondit une voix féminine.


Ils partirent tous les trois dans un rire amer avant de reprendre :
— Tu fais vraiment des blagues de merde, renchéri la femme.
— Il faut bien passer le temps, dit-il, qui veut un morceau de fromage ?
— Quoi ? Où t'a chopé ça ? 'Tain, mais t'es toujours entrain de manger toi ! 
— Bah quoi ? J'ai faim et on n'arrive pas tout de suite. Faut bien que je mange. 
— Si Rayden voit ça...
— Il n'est pas là. Arrête de faire ta flipette Simon.

Ce nom s'ajoutait à la liste des informations que j'enregistrais. Ils continuèrent à parler au sujet du trajet et de ce « Rayden » qui leur faisait peur. À tel point que dès que l'un d'eux parlait de franchir un interdit, il se faisait rappeler à l'ordre. Les menottes nous injectaient le tranquillisant de façon régulière jusqu'à notre arrivée. J'ignorais si c'était moi ou si c'était la réalité, mais j'avais l'impression que la dose avait été doublée par rapport aux autres jours. Je me sentais groggy, tant et si bien que mon corps réagissait difficilement dès que je souhaitais faire un mouvement. J'ignorais combien de temps s'était écoulé depuis notre départ, le temps semblait se distordre au fur et à mesure que nous avancions sur la route et le sac n'aidait pas. Je mourrais de chaud, mais au moins, je pouvais respirer. Lorsque le moteur se coupa, les portes grincèrent et ils nous enlevèrent la capuche. L'arrière du fourgon donnait sur un lieu presque plongé dans une obscurité naissante.

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ModesteContesse
Posté le 09/04/2021
Oh mais non, on va plus voir Hécate je vais pleurer :'(

Bon, très bien ! On change de phase apparemment : après les multiples "tests" ils ont fait leurs preuves, donc on les envoie à l'entrainement... J'ai hâte de voir où ça va se passer, qui il y aura là-bas, peut-être qu'on en saura plus sur cette étrange organisation qui semble n'obéir à personne !

Je suis très très curieuse sur la raison du pourquoi Caden fuit son regard. Je me dis que peut-être, on l'a forcé à prendre une décision dont il a honte, pendant que Kali et Tom étaient en dans la fosse ? Ou alors, il a peur de Kaya à cause de tout ce qu'a fait Kali ? Je ne sais pas mais j'ai hâte de savoir !
Je l'apprendrai dans les chapitres suivants je suppose :)
Sklaërenn
Posté le 09/04/2021
Hécate reviens plus tard. Un temps 😂. Mais pas tout de suite j'avoue.

Oui, il ne fallait pas que je m'eternise sur les tortures puisque ça devient lassant et répétitif à lire. Et il fallait un bon élément déclencheur pour changer d'endroit, embrayer sur une autre partie du scénario etc...

Oh cette organisation obéit bien à quelqu'un ah ah. Mais quelqu'un qu'on ne va pas rencontrer tout de suite cela dit.

Je ne sais pas si tu l'apprends vraiment dans les chapitres suivant. Du coup, j'ai envie de te répondre, mais comme j'ai le doute, je ne vais pas le faire tout de suite 😅😂
dodoreve
Posté le 16/02/2021
Coucou Sklaërenn ! Je prends enfin un peu de temps pour poursuivre ma lecture. C'est intéressant les détails que tu donnes sur les ressources dans ce chapitre : encore une fois, on fait petit à petit le puzzle du monde dans lequel cette histoire se passe. J'aime bien aussi le fait que pour le moment, Kaya est dans sa bulle, et que Caden fuit son regard. Je trouve que ça assure bien la transition avec les chapitres qui précédaient.
Un truc a attiré mon attention : "Avancez ! nous pressâmes un des gardes vers un fourgon." C'est le garde qui "nous pressa" du coup, non ?
Sklaërenn
Posté le 17/02/2021
Oui, j'essaye de ne pas trop en donner. Une personne m'a dit qu'il serait bien de donner plus de détail, mais ça ferait trop alors je distille au mieux de ci, de là ahah.

Merci pour la coquille, je vais corriger.
Belara
Posté le 25/01/2021
Welcome back Kaya !
J’avais déjà écrit un commentaire mais j’ai été déconnectée donc j’ai un peu perdu le fils mais je disais que j’ai particulièrement apprécié le passage à l’extérieur. On a senti Kaya à nouveau brièvement pleine de vie. J’espère qu’elle a fait le plein d’énergie pour ce qui va suivre...
Et en parlant de la suite, as tu un ou des jours de publication définis ? Et est ce que le projet est en cours d’écriture ou déjà terminé ? C’est surtout pour savoir quand viendra la suite ahah
Sklaërenn
Posté le 26/01/2021
J'essaye de poster la suite une fois par semaine. Donc normalement entre le lundi et le mercredi dépendamment de mon emploi du temps IRL.

Le projet est loin d'être terminé, malgré le fait que le tome 2 me démange déjà. J'ai du écrire le premier chapitre de celui-ci tant il m'empêchait de me concentrer sur la suite du tome 1 XD

J'essaye d'être régulière. Après, je dois me faire opérer courant février (si rien ne change entre temps... ) donc il pourrait y avoir un hiatus de deux semaines, mais je l'indiquerai en en-tête de chapitre si tel est le cas.
Sklaërenn
Posté le 26/01/2021
Et tu as bien cerné ce que je voulais faire passer concernant Kaya. C'était bref, mais ça lui permet de lui donner la force de se battre encore un peu.
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