Chapitre 9 : La cabane d'Owen

Sandy garda soigneusement le silence sur sa petite excursion non autorisée dans le domaine de Tantine. Elle décida que sa mésaventure avec la plante grimpante - qu’elle apprit être du kudzu (1) - avait été provoquée par son imagination galopante et sa maladresse occasionnelle. L’incident ne l’avait d’ailleurs pas guérie de sa curiosité : elle mourait toujours d’envie de savoir ce que Tantine cachait dans sa véranda. Un reste de prudence l’encouragea toutefois à mettre de côté ses investigations pour un temps indéterminé.

Quelques jours passèrent, durant lesquels elle apprit à cohabiter avec le jeune homme insouciant qu’était Rémi. Il allait et venait, le plus souvent sans prévenir, passait souvent la nuit dehors pour rentrer au milieu de la matinée, l’air débraillé et des effluves de parfums féminins flottant autour de lui. Sandy apprit à ne pas s’en inquiéter. Bee resta quelques temps dans son entourage - bien qu’elle ne mit jamais les pieds chez Rémi - puis finit par disparaitre lorsqu’elle rencontra un homme plus à même de combler ses désirs de monogamie (et avec un compte bancaire en adéquation avec ses ambitions, souligna Sandy, pour une fois encore plus vipérine que Rosalyne). Elle regretta plus la danseuse que Bee.

Parfois, en se levant le matin, Sandy tombait sur Rosalyne qui partageait un café avec Rémi, leur deux têtes penchées l’une vers l’autre en un mouvement tendre et complice. À peine l’enfant posait-elle le pied dans la pièce que la jeune métisse se redressait et perdait toute spontanéité.

La colocation avec Rémi était un mélange de fête constante et de contraintes inattendues. Le jeune homme était à ce point tête en l’air, que Sandy, malgré son âge, se retrouvait obligée de gérer l’intendance au minimum si elle ne voulait pas mourir de faim. Elle n’aurait pas cru ça possible, mais après une semaine de fast-food et de sucreries, elle avait dépassé son point d’écoeurement. Rémi lui, apprit qu’avant son arrivée, Rosalyne lui apportait des petits plats faits maison. Depuis que Sandy était là, elle s’abstenait. Celle-ci n’arrivait pas à décider si elle s’en félicitait ou non.

Sandy prit soin d’obéir à Tantine et transmit soigneusement à Rémi son injonction  au sujet de la balade dans le marais. Le jeune homme essaya de trainasser encore quelques jours mais il finit par céder lorsque Rosalyne elle-même vint lui demander d’organiser l’excursion. Sandy, à sa grande surprise, était aussi réquisitionnée pour le voyage. Bien sûr, ce fut Rémi qui l’en informa.

Ils se retrouvèrent donc un matin tous les trois dans la vieille Mustang rouillée, Rémi au volant, Rosalyne à la place du mort et Sandy sur la minuscule banquette arrière. Comme à son habitude, Rémi avait mis la musique à fond. Ils démarrèrent en douceur avec « Filé Gumbo » de Zachary Richard, braillant en coeur le refrain. Tant que les chansons étaient en anglais, Sandy chantait de tout son coeur même si elle massacrait allègrement les paroles la plupart du temps. Il faut dire qu’elle ne comprenait pas la moitié de ce qu’elle chantait à cause de l’accent du sud du chanteur associé aux mots cajun dont il abusait. Lorsque la cassette arriva à « Ma Louisianne », elle capitula et se contenta d’écouter Rémi déclamer le premier couplet avec un débit de mitraillette :

« Oublie voir pas qu'on est Cadien,

Mes chers garçons et mes chères petites filles.

On était en Louisianne avant les Américains,

On sera ici quand ils seront partis. »

Il tapait avec enthousiasme sur le volant pendant que Sandy sautait sur les fesses en rythme derrière lui. Elle éclata de rire. Il faisait un temps magnifique, la dernière belle journée avant l’arrivée d’un automne pluvieux. Elle s’amusait bien avec son nouvel ami. La vie aurait été vraiment belle... si Rosalyne n’avait pas tiré une tête de six pieds de long sur le siège passager.

Depuis son arrivée chez Rémi ce matin-là, elle avait à peine décroché trois mots. Elle avait toqué à la porte et attendu dehors qu’ils sortent alors que, d’habitude, elle ne se gênait pas pour entrer sans frapper. Sandy l’avait trouvée anormalement pâle. Les bras chargés d’un sac plein de vêtements, Rosalyne avait perdu de sa superbe. Rémi lui avait posé un baiser sur la joue avant de fourrer le sac dans le coffre sans faire de commentaire, ce qui était tout aussi surprenant. Avant qu’il ne mette la cassette, l’ambiance avait été plutôt lourde dans la voiture.

Alors que Rémi et elle s’agitaient bruyamment, Sandy guettait Rosalyne du coin de l’oeil. Les bras croisés, le visage fermé, celle-ci faisait son possible pour garder les yeux rivés sur le paysage et ignorer les deux chahuteurs. L’adolescente passa le haut de son corps entre les sièges pour farfouiller dans les cassettes. Elle heurta légèrement Rosalyne du coude.

« C’est pas possible. Tu n’as que des trucs inconnus là-dedans. 

— Pas inconnus. Zydeco (2) , ignare! répliqua Rémi en riant.

— Ah! Ça je connais! Queen! Mets ça!! »

Rémi s’exécuta et « It’s a kind of magic » s’éleva dans l’habitacle. Sandy cria de joie. Elle se rejeta sur la banquette arrière, bousculant à nouveau Rosalyne au passage. Celle-ci resta imperturbable. Elle fixait les étendues d’eau parsemées d’arbres et de buissons au dehors. Ils empruntaient des routes de plus en plus petites qui zigzaguaient entre des prairies et des zones immergées. Rémi attrapa son paquet de cigarettes pour s’en visser une au coin des lèvres. Il l’alluma d’un coup de briquet expert, puis ouvrit la fenêtre pour ne pas asphyxier ses passagères. La fumée atteignit d’abord Sandy, qui toussota sans protester. Le nuage bleuté flotta ensuite vers Rosalyne, lui caressa les cheveux puis arriva à son visage. Ses paupières papillotèrent lorsqu’elle respira l’odeur du tabac, comme si elle reprenait pied dans la réalité. Elle tourna un regard furibond vers Rémi, qui ne s’en aperçut pas, concentré qu’il était sur la conduite et la musique. Sandy vit Rosalyne tendre la main, arracher la cigarette de la bouche de Rémi et la jeter par la fenêtre du conducteur. Puis, elle se rassit calmement et croisa à nouveau les bras, sans dire un mot. Rémi resta bouche bée une seconde. Il ne protesta pas, gardant les deux mains sur le volant et les yeux fixés sur la route. Au bout d’un moment, il coupa la musique. Le reste du trajet se fit dans un silence pesant.

Heureusement, ils étaient presque arrivés. La Mustang cahota sur un chemin de terre qui déboucha dans une petite clairière. Rémi se contenta d’arrêter la voiture au milieu de la route, sans prendre la peine de se garer. De toute évidence, il n’y avait que peu de passage dans les parages. En même temps, qui aurait voulu trainer dans le coin? À l’autre bout de la clairière, était dressée une cabane sur pilotis en bois gris. Elle surplombait le marais et était faite de planches disparates. La petite maison semblait prête à piquer une tête dans l’eau saumâtre. Un peu plus loin, à moitié caché par les arbres, Sandy distinguait à peine un embarcadère auquel une barque était attachée. Elle resta prudemment plantée à côté de Rémi pendant que Rosalyne sortait le sac de vêtements du coffre. Autour d’eux, rien ne bougeait. Même les oiseaux, dont les cris retentissaient partout ailleurs dans le bayou, se faisaient particulièrement discrets. Sandy frissonna. Sous le couvert des arbres et avec la proximité de l’eau, la température avait perdu quelques degrés par-rapport à la douceur de la ville.

D’un pas décidé, Rosalyne traversa l’étendue de terre battue jusqu’à la cabane. Elle grimpa avec grâce les marches branlantes menant à la plate-forme qui courait autour du bâtiment. La jeune fille essaya de regarder par un carreau, fit un signe. Rien ne bougea dans la cabane. Sandy doutait que qui que ce soit vive réellement dans ce trou perdu. Elle allait demander à Rémi qui était la mystérieuse personne que Rosalyne cherchait lorsque la porte s’entrouvrit silencieusement. Un homme s’encadra dans l’ouverture. Il se tint debout devant Rosalyne, sans dire un mot, la dominant de toute sa taille. Celle-ci leva son visage vers lui. Un instant, Sandy crut voir sa bouche se tordre en une mimique douloureuse mais ce fut si bref qu’elle crut avoir rêvé. La jeune fille à la peau caramel tendit la main lentement et la posa avec tendresse sur l’épaule du grand bonhomme. Celui-ci avaient les yeux rivés sur un point au-dessus de ses cheveux bouclés, le regard vide. Ses longs bras pendaient le long de son corps, inertes. Sandy se dit qu’elle comprenait pourquoi Rosalyne tenait à lui apporter des vêtements : il était vêtu en tout et pour tout d’une chemise et d’un pantalon qui tombaient en morceaux. Toujours en silence, Rosalyne poussa la porte et entra dans la cabane. L’homme la suivit, le pas lourd et lent. Le battant se referma.

Sandy se dandina d’un pied sur l’autre.

« Et nous, on fait quoi? On entre aussi? » demanda-t-elle.

Elle espérait VRAIMENT que Rémi répondrait non.

« Non. Il vaut mieux laisser Rose et Owen en tête à tête. 

— C’est lui Owen? D’où elle le connait?»

Après un regard sombre vers la cabane, Rémi ressortit son paquet de cigarettes. Sandy nota que sa main tremblait un peu quand il en alluma une.

« C’était un ami d’Évangéline", répondit-il brièvement.

Évangéline. Encore Évangéline. Sandy ouvrit la bouche pour poser une question.

« Laisse tomber, fit Rémi. Je ne t’en parlerai pas. Et je te le redis : évite d’en parler à Rose. 

— Ça risque pas, vu les conversations passionnantes qu’on a toutes les deux », maugréa l’adolescente.

Rémi lui ébouriffa les cheveux.

« Tu veux pas aller faire un tour? Ça risque d’être un peu long », dit-il.

Sandy enfonça les mains dans les poches de son sweat. Elle jeta un regard désabusé autour d’elle. En terme de balade, le coin n’avait rien d’enchanteur. Conciliante, elle fit quelques pas dans la clairière, dans la direction de l’embarcadère. En s’éloignant, elle regarda Rémi par-dessus son épaule. Il s’était assis sur le capot de la Mustang, une jambe repliée, le pied appuyé sur le pneu. Il fumait en gardant les yeux fixés sur la cabane. Sandy haussa les épaules et continua son chemin.

Au début, elle comptait trouver un coin à peu près sec pour poser ses fesses et jeter quelques cailloux dans l’eau en ruminant. Arrivée sur la berge près de l’embarcadère, elle trouva un intérêt nouveau au paysage. Devant elle, le marais s’étendait à perte de vue. Des cyprès aux branches dégoulinantes de mousse étaient plantés à intervalle régulier, constituant un labyrinthe fascinant. Entre deux arbres, des branches mortes se tordaient vers le ciel, noires et pourrissant d’une lente agonie humide.

Les planches et les piliers couverts de mousse de l’embarcadère semblaient former un tremplin vers ce monde étrange. Elle se posta tout au bout du petit ponton et s’accroupit. La barque oscillait doucement au rythme du faible courant. Un fond d’eau croupissait au fond du bateau. Sandy aperçut même des insectes qui nageaient dedans. Entreprendre une traversée du marais dans cette coquille de noix lui semblait plus qu’hasardeux, voire carrément suicidaire...

Elle se releva et s’étira. Curieusement, malgré l’apparente hostilité du lieu, Sandy se sentait plus à l’aise ici que dans le curieux bout de bayou derrière chez Tantine. Ou devant la cabane d’Owen. Ou en compagnie de Rosalyne. Elle sauta du ponton pour longer la rive. Ses baskets s’enfonçaient dans le sol spongieux et elle sentit rapidement l’humidité gagner ses chaussettes. Elle avisa un tronc planté dans la boue qui s’avançait au-dessus de l’eau. Sandy n’avait jamais pu résister à un bon perchoir et celui-ci semblait idéal. En quelques pas, elle se retrouva à cheval, les pieds flottant juste au-dessus du marécage. Elle passa un moment à regarder flotter des feuilles ou des débris de bois. Parfois, de petites ombres ondulaient sous la surface, sans doute des poissons. Elle commençait à s’ennuyer lorsqu’elle avisa une autre souche qui, cette fois, flottait paresseusement dans sa direction. La souche s’immobilisa entre Sandy et un petit bout de plage grise inaccessible, probablement prise dans des algues. Sur le sable boueux, l’adolescente apercevait un enchevêtrement de fines branches qui pouvait bien être un nid. Poussée par la curiosité, elle calcula qu’en sautant sur le tronc immergé, elle pourrait d’un deuxième bond, atteindre la plage et voir s’il y avait des oeufs. Pas un instant elle songea au retour ou à l’éventualité de piquer une tête dans l’eau saumâtre.

Sandy se leva puis se pencha en avant pour prendre son élan. Elle allait se propulser vers l’avant quand elle entendit une voix douce qui murmurait une phrase incompréhensible. De grands moulinets de bras lui permirent de garder son équilibre et elle se tourna vers l’endroit d’où venait la voix.

Rosalyne se tenait debout un peu plus loin sur la berge.

Sauf que ce n’était pas Rosalyne. La femme était plus âgée, sa peau avait le bon velouté mais était plus sombre, ses cheveux étaient un peu plus crépus et elle les portait plus courts. Une robe blanche flottait autour d’elle, ses pieds étaient nus. Par-dessus tout, elle n’avait absolument pas le même regard que Rosalyne. Ses yeux sombres restaient fixés sur Sandy avec un air mi-rieur, mi-triste.

« Si j’étais toi, j’éviterais de servir de repas aux alligators », répéta-t-elle.

Sandy refit un demi-tour avec précaution. La souche flottante avait repris sa route. À l’une de ses extrémité, deux yeux jaunes dépassaient de l’eau. L’adolescente sentit son estomac faire un salto arrière à la pensée qu’elle avait été sur le point de faire du trampoline sur le dos de l’animal. Se sentant vaciller, elle s’accroupit et s’accrocha des deux mains à son perchoir. Très lentement, elle s’éloigna du bout du tronc pour revenir vers la berge, le tout sans quitter des yeux l’alligator qui continuait à tourner lentement. Elle poussa un long soupir de soulagement une fois qu’elle eut retrouvé la terre ferme... ou ce qui en tenait lieu dans un endroit aussi humide.

La femme n’avait pas bougé. Elle la regardait toujours, souriante, immobile.

« Merci, dit Sandy.

— Je t’en prie. »

Sa voix avait un curieux écho. Sandy avait l’impression qu’elle lui arrivait aux oreilles de plusieurs endroits à la fois. Comme le silence se prolongeait, elle tenta d’amorcer la conversation :

« Vous êtes du coin ?

— Pas vraiment. »

A présent, la femme regardait l’eau. Son regard prit la même vacuité que celui d’Owen. Sandy commença à se demander si tous les habitants de ce fichu marais avaient un pet au casque. Elle décida de retourner auprès de Rémi qui, au moins, avait l’air un peu plus sain d’esprit que tous ces cinglés. Comme elle amorçait un pas pour rebrousser chemin, l’inconnue leva la tête dans sa direction.

« Tu t’en vas ? demanda-t-elle.

— Ben oui. Mon ami m’attend…

— Rosalyne est là aussi ? »

La voix de la femme exprimait un espoir poignant.

« Oui, on est venu avec elle, répondit Sandy de mauvaise grâce. D’ailleurs, elle nous a bien pourri le voyage.

— Ma pauvre petite chérie, souffla la femme. Elle est si triste. »

Triste ? C’était quand même incroyable qu’il se trouve toujours des gens pour plaindre les personnes les plus pénibles ! Sandy prit le parti de se taire. D’ailleurs, la belle dame semblait avoir oublié sa présence. Toujours debout, les bras ballants, elle se balançait d’avant en arrière. Un doux gémissement s’échappait de ses lèvres. Sandy décida qu’elle en avait assez vu. Elle avait parcouru quelques pas lorsque la femme la rappela.

« Attends ! Peux-tu lui transmettre un message ?

— Si vous voulez mais elle se fiche pas mal de ce que je raconte la plupart du temps.

— Dis-lui qu’elle me manque. Dis-lui que je pense à elle.

— Je veux bien mais vous êtes qui ? »

Sandy baissa les yeux un instant pour tenter d’écraser un moustique qui voulait prendre sa cuisse pour un sandwich. Quand elle les releva, elle était seule. La femme s’était évaporée.

« C’est une blague, » murmura-t-elle.

Elle pensa un instant partir à la recherche de l’inconnue mais l’idée fit long feu. En pataugeant, elle reprit le chemin de la clairière. Lorsqu’elle sortit de sous le couvert des arbres, elle ressentit à nouveau une impression de malaise. Sans doute parce que Rosalyne était sortie de la cabane et se tenait à côté de Rémi, l’air furibond. Un coup d’œil vers la bâtisse croulante lui apprit qu’Owen aussi se trouvait dehors, dans une attitude toujours aussi bovine.

« Qu’est-ce que tu fabriquais ?! l’interpela Rosalyne.

— Je faisais un tour, c’est tout ! »

Sandy s’approcha d’eux en fourrant les mains dans les poches de son sweat. Elle s’en voulait d’être sur la défensive. Elle n’avait rien fait de mal, bon sang ! Elle s’arrêta à une distance prudente de Rosalyne.

« J’ai croisé quelqu’un qui te connaissait, au fait. »

Rosalyne, qui avait amorcé un mouvement vers la voiture, s’arrêta net.

« Qui ? »

Sa voix claqua comme un coup de fouet.

« Aucune idée. Elle te ressemblait. Elle a dit qu’elle pensait à toi… »

Les mots moururent sur les lèvres de Sandy. Soudain, elle comprit qui pouvait être la femme qui ressemblait tant à Rosalyne. Cette dernière se mit à courir vers l’embarcadère. Sandy regarda Rémi.

« C’est Évangéline que j’ai vu ? »

Le jeune homme était tout pâle. Il secoua la tête.

« J’espère que non...

— Tu m’avais pas dit qu’elle était morte ?

— Non, je n’ai pas dit ça. Pas exactement. Pour être franc, je n’en sais rien. Mais il vaudrait mieux qu’elle le soit, à mon avis... »

Son regard dériva vers Owen qui n’avait pas bougé d’un centimètre. Rosalyne réapparut. Elle marcha droit sur Rémi à grandes enjambées nerveuses et se jeta dans ses bras. Au mouvement saccadé de ses épaules, Sandy comprit qu’elle pleurait. Elle n’en conçut aucune satisfaction. Elle se sentait plutôt mal à l’aise.

« Je ne l’ai pas vue, hoqueta Rosalyne contre le torse de Rémi. Elle était partie. »

Soudain, elle s’arracha aux bras du jeune homme et tourna vers Sandy des yeux brillants de rage.

« Pourquoi s’est-elle montrée à toi ? Pourquoi à toi ?! »

Sandy fit un pas prudent en arrière sans répondre.

« Rose… Elle n’y est pour rien, plaida Rémi. Elle ne comprend même pas de quoi il s’agit.

— Evidemment qu’elle n’y comprend rien ! »

Rosalyne les planta là. Elle fonça s’asseoir dans la voiture. Elle ferma la portière avec violence. Sandy la vit s’adosser au siège et croiser les bras avec rage. L’adolescente avala sa salive avec difficulté.

« Allez viens. On rentre. On a assez trainé par ici. »

Rémi lui passa le bras autour des épaules pour la réconforter un peu. Sandy jeta un dernier regard à l’homme à la peau grisâtre qui restait debout devant la cabane.

« On devrait pas le faire rentrer ?

— Il rentrera quand on sera parti. Il rentre toujours. »

 

1) Kudzu : plante grimpante de la famille des pois. Originaire du Japon, elle peut devenir extrêmement envahissante.

2) Zydeco : musique populaire interprétée par les Noirs et les Créoles de Louisiane, née de la fusion du blues, du rythme and blues et du folklore cajun d’origine française. Le mot « zydeco » est probablement dérivé du patois louisianais « zarico » qui veut dire... haricots!

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Alice_Lath
Posté le 24/05/2020
Oooh, il faudra que je tente d'écouter un peu de zydeco dans ce cas! Parce que ça a l'air sacrément entraînant, à faire danser au possible héhé. Puis pour le coup de l'alligator, c'est vrai que y'a de sacrées choses dans le bayou. Brrrr, je pense que c'est l'animal qui me fait le plus flipper, c'est tellement vif et agressif. Et on en apprend plus sur Evangeline! Du coup, je me demande bien ce qui a pu lui arriver héhé, je suis toute curieuse. Par contre, j'aurais aussi bien aimé en savoir plus sur Owen
Aliceetlescrayons
Posté le 25/05/2020
J'ai écouté de la musique cajun sans arrêt pendant que j'écrivais. J'adore ça, ça me fait sautiller :D
En ce qui concerne Owen, il réapparaitra avant la fin... ^^
Joke
Posté le 20/05/2020
LOL le croco je l'avais senti à l'avance !Eh Rémy aurait pu la prévenir quand même, avant de la laisser crapahuter :)

Bon alors ce chapitre change d'ambiance, incontestablement!
On commence tout en détente et dès l'arrivée d'Owen on sent monter l'angoisse, c'est palpable, mais le point culminant reste le moment où Evangeline disparaît..

Hyper angoissant et troublant!
Vite la suite
Aliceetlescrayons
Posté le 25/05/2020
L'alligator était un peu téléphoné mais je n'avais pas envie de zapper la bestiole la plus emblématique du marais :D
Hé hé, merci pour l'angoisse ^^
Gwenifaere
Posté le 30/04/2020
J'ai tellement hâte que Sandy et Rosalyne commencent à s'entendre un peu mieux, j'ai vraiment envie d'en savoir plus sur Rosalyne !
D'en savoir plus sur ce qui se passe tout court d'ailleurs.
Les descriptions sont encore une fois magnifiques, on s'y croirait - on voit quand même venir l'alligator d'un peu loin, mais bon ça a un côté mignon de voir son envie très gamine de sauter et sa réaction ensuite...
Aliceetlescrayons
Posté le 03/05/2020
Merci beaucoup ^^ Je suis contente que ça continue à te plaire.
En savoir plus sur Rosalyne, oui. Qu'elle s'entende mieux avec Sandy, c'est pas tout à fait gagné ^^'
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