Chapitre 9

La porte de la chambre 213 s’ouvrit brusquement, faisant sursauter la jeune femme dans son lit. Si celle-ci réussit à taire son cri d’angoisse, c’était uniquement parce qu’aucun son ne voulait plus sortir de sa bouche. Malgré la morphine qui engourdissait ses sens, Lucia sentait une douleur sourde marteler dans son ventre et sa main vint d’elle-même se poser sur ses pansements comme si ce geste avait le pouvoir de soulager sa souffrance. 

La silhouette dessinée dans l’encadrement de la porte se décida enfin à bouger, et Lucia serra fort les draps dans sa main. La forme noire bougea tout d’un coup et s’étira vers le mur adjacent. Tout à coup la lumière s’alluma et la danseuse, tout d’abord éblouie, découvrit à l’uniforme rose du personnel soignant de l’hôpital. Une infirmière à la silhouette ronde, les cheveux gris rassemblés en un chignon partiellement défait s’avança dans la chambre d’un pas chaloupé. Sous ses grosses lunettes à la forme excentrique, un visage aimable souriait aimablement à la jeune femme. Il fallut quelques secondes à son coeur pour qu’il reprenne son rythme habituel et que les picotements sur ses avant-bras cessent.

— Ne restez donc pas dans le noir comme ça, Mademoiselle Clark ! 

Le ton de la voix de l’infirmière était léger et familier mais devant le regard effrayé de la patiente alitée, celle-ci préféra se présenter afin de la rassurer.

— Je suis Isabelle, l'infirmière de nuit. Je vous apporte votre repas et vos comprimés.

Lucia la salua d'un vague hochement de tête, décontenancée par les événements, et l'infirmière déposa le plateau sur la petite tablette d'appoint du lit d’une main potelée et un peu ridée mais bienveillante. 

Le repas était composé d'une soupe de poisson, d'un fromage blanc et d'une compote.

— Il faut ménager vos intestins après votre chirurgie. Ce soir vous mangerez liquide, et demain aussi, alors il faudra vous en contenter pour le moment. 

L’intéressée baissa les yeux sur sa pitance, trempant la grosse cuillère dans la soupe presque limpide avec dégoût, remuant le fond pour faire remonter la matière à la surface.

— Je vais regarder votre pansement maintenant.

Lucia croisa les bras sur son ventre d’un geste protecteur, toujours silencieuse tandis que l'infirmière attrapa les draps pour les tirer. Alors qu'Isabelle allait remonter la chemise de Lucia, celle-ci la stoppa dans son geste.

— Où est le docteur Ardent ?

Isabelle se redressa et s’appuya sur le barreau du lit, le poing fermé sur la hanche, un air contrarié derrière ses lunettes.

— Il est occupé avec d'autres patients. Il ne peut pas être là pour tout le monde, fit l’infirmière sur le ton sec du reproche. Il fait tourner la tête à toutes les patientes celui-là !

Cette dernière phrase marmonnée n’échappa pas à Lucia et lui fit l’effet d’une douche froide. Il était évident que le docteur avait d’autres patients sur lesquels veiller. Il était encore plus évident qu’un homme aussi singulier que le docteur Ardent ne puisse passer inaperçu auprès de la gente féminine. Elle se mordit la lèvre, meurtrie dans son égo, car quelque part au fond d’elle, elle avait espéré être plus aux yeux du docteur qu’une patiente parmi tant d’autres.

— Il avait dit qu’il reviendrait..., s’entendit-elle répondre avec une déception qu’elle peinait à cacher.

— Mademoiselle, si les médecins devaient s'occuper personnellement de leurs patients, l'hôpital se porterait bien mal.

Encore ce ton de reproche. La danseuse ravala son orgueil dans un vaillant effort de volonté et porta la cuillère à sa bouche.

— Excusez-moi, c'est vrai, vous avez raison.

Isabelle continua sa diatribe tout en jetant un œil aux pansements de sa patiente, apparemment le sujet était répété et connu par cœur.

— Vous savez, ce sont les infirmière le cœur de l'hôpital. C'est nous qui donnons aux patients les soins post-opératoires, nous qui changeons les bandages et vérifions si vous prenez bien vos médicaments. Les médecins ne sont bons qu'à donner leurs diagnostics, et les chirurgiens qu'à opérer. Le docteur Ardent ne fait pas exception. Ça fait un an qu'il est là et il a surtout causé beaucoup de soucis au niveau interne, si vous voyez ce que je veux dire...

Mais Lucia ne voyait pas.

— Le docteur Ardent est jeune, voyez-vous. Aux yeux des autres médecins, c'est un jeunot et cela a créé beaucoup de tensions entre eux, fit Isabelle en replaçant la chemise de Lucia. Il faut reconnaître qu'il fait du bon travail, ça c’est vrai. Je n'aurais pas donné cher de votre peau s'il n'avait pas été là. Mais ça n'a pas joué en sa faveur. Bref, outre qu'il aient été mis à l'écart, il n'est pas du genre à passer inaperçu. Il est devenu le sujet principal des ragots des infirmières. C’est devenu infernal.

Son ton s’approchait de plus en plus à celui de la confidence et cela mis mal à l’aise la danseuse. Comme Isabelle avait finit de refaire le pansement, elle tendit à sa patiente ses comprimés du soir.

— Un pour la douleur, un pour éviter les infections.

Lucia avala les comprimés avec un verre d'eau.

— Avec ça vous serez vite remise, fit valoir Isabelle avec un sourire sincère mais fatigué. Maintenant je dois vous laisser, j’ai d’autres patients qui m’attendent. Si vous avez besoin de quoique ce soit, appuyez sur la sonnette.

Lucia se rendit compte alors qu'Isabelle avait bientôt l'âge de la retraite et que c'était probablement pour cette raison que sa langue était si déliée, pourtant elle n'appréciait guère que l'on parle dans le dos des gens, surtout si la personne en question lui avait sauvé la vie.

— Ah ! Avant que j’oublie. Les policiers voudraient vous parler. Ils attendent dans le couloir depuis que vous êtes sortie du bloc. J’ai des patients qui sont inquiets de leur présence, à tel point qu’une rumeur court que l’hôpital a soigné un criminel, et les rumeurs vont vite ici… 

L'infirmière qui partait déjà et refermant brutalement la porte derrière elle ce qui provoqua un courant d’air qui fit frissonner la danseuse. 


 

— Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ce soir-là ? demanda l’officier à l'embonpoint déraisonnable et à la barbe grise, un carnet et un stylo dans les mains, prêt à noter tout ce qui sortirait de la bouche de la danseuse.

Mais Lucia ne voulait plus se remémorer cette soirée qui lui causait autant de souffrances psychologiques que physiques et elle dût se faire violence pour répondre aux questions des deux policiers qui se tenaient debout dans la pièce.

Les deux hommes avaient frappé à la porte de la chambre de Lucia peu de temps après le départ de l’infirmière et la jeune femme avait accepté de les voir par dépit plus que par choix. Son corps tremblait encore de la peur qu’elle avait eu et elle ne souhaitait pas se retrouver seule dans cette chambre. Au fond d’elle, la jeune femme avait espéré que la présence des policiers la rassurerait. 

Il n’en était rien.

Cette pièce lui parut tout d’un coup très petite et la jeune femme se sentit tout à coup exposée et vulnérable. Les espoirs de Lucia se dissolvaient à mesure que les policiers l’assénaient de questions. Ils l’observaient avec circonspection, à la manière dont l’homme regarde le loup, analysant le moindre de ses gestes, de ses inflexions et de ses mots, à l’affût du mensonge qui ferait basculer la balance du mauvais côté. La jeune femme ne comprenait pas ce qui se déroulait sous ses yeux. De quoi la soupçonnaient-elle ? Elle était pourtant la victime dans cette affaire. Et si cela avait un rapport avec la mort de ses parents adoptifs ? Non, elle n’avait rien à voir là-dedans de toute façon. Ces hommes étaient simplement là pour faire leur boulot. Et leur visage n’arborait rien d’autre que la fatigue due à l’heure tardive de leur venue.

— Je dansais, j'étais sur scène.

— Et ensuite ?

Elle sentit dans la voix de son interlocuteur une certaine impatience qui la mit mal à l’aise.

— J'ai été poignardée.

Les mots sortirent de sa bouche avec une telle force que des larmes noyèrent ses yeux sous l’émotion. Elle retint son sanglot qui secouait ses épaules et cacha son visage de ses mains.

— Avez-vous vu qui a fait ça ? demanda l'autre officier, plus jeune et plus mince que le premier, une fine moustache dissimulant sa lèvre supérieure.

Lucia fit non de la tête avant d’ajouter d’une voix tremblante.

— Vous êtes certaine de n’avoir rien vu ? insista le premier. Le moindre détail a son importance, vous savez. 

— C'est allé si vite... je suis navrée, je ne me souviens pas.

— Une idée de qui pourrait vous en vouloir ? Des ennemis ? Un petit ami jaloux ? Ou tout simplement une histoire d’argent ? 

— Rien de tout ça... J'aimerais me reposer si c'est possible.

— Nous comprenons mademoiselle Clark. Si un élément vous revient, n'hésitez pas à nous appeler.

Le barbu sortit sa carte de visite et Lucia tendit le bras pour la prendre mais une douleur vive au ventre la stoppa net dans son geste. L’officier posa la carte en évidence sur la table de chevet de la jeune femme. Les deux hommes en uniforme quittèrent la chambre 213 sans se retourner et la porte claqua derrière eux. 

Lucia essuya ses yeux larmoyants et se retrouva seule une nouvelle fois dans cette chambre qui lui paraissait désormais immense. 


 

Le docteur Ardent n'était pas revenu et Lucia avait sombré dans un sommeil sans rêve.

Elle se réveilla en sentant un courant d’air froid sur ses bras. Il faisait encore nuit noire. Elle n’avait aucun moyen de connaître l’heure exacte, son portable était resté dans les loges de l’Opéra et elle ne portait aucune montre au poignet. La porte de sa chambre était ouverte et la faible lumière du couloir éclairait la pièce de façon diffuse.

Lucia jeta un œil autour d’elle et remarqua quelque chose sur sa table de chevet. Elle tendit le bras qui ne manqua pas de tirer sur ses points de suture et attrapa le Folklore Japonais. Elle ouvrit la première page et lu l'inscription. C'était bien le sien. Elle était persuadée que son sac était resté dans les vestiaires, mais quelqu'un a dû ramener ses affaires. Elle serra le livre contre elle et reprit sa lecture là où elle l'avait laissée.

Absorbée par son livre, elle ne vit pas la silhouette qui la fixait depuis le couloir.

— Ciaaaaa...

La jeune femme tourna lentement la tête vers la porte de sa chambre et l’angoisse dormante refit surface. Pendant un très court instant, dans le contre-jour, elle vit la silhouette d’un homme d’une maigreur extrême, habillé de la même chemise qu’elle, au détail près que celle-ci tombait en lambeaux. 

Une tête trop grosse sur un cou trop maigre, les os de l’apparition saillaient sous sa peau diaphane. Ses cheveux hirsutes et épars laissaient entrevoir un trou noir et suintant à la tempe. Ses yeux ronds et inexpressifs semblaient la fixer sans la voir et sa bouche, dont il manquait plusieurs dents,  évoquait tout à la fois un sourire carnassier et l’angoisse. Aux poignets et aux chevilles, des bracelets de contentions laissaient penser qu’il sortait tout droit d’un asile de fou. Sa jambe gauche, frêle et blanche, se pliait dans un angle impossible tandis que ses mains formaient des serres, squelettiques et infernales, qui s’approchaient dangereusement de Lucia.

Lorsqu’elle cligna des yeux, il avait disparu. Elle n’eut pas le temps de crier d’effroi et de toute façon, elle n’aurait pas pu. Son corps tremblait et elle sentit comme une vague de froid l’envahir. Elle posa son livre et tira les draps. Son regard fixé sur la porte, elle contracta tous ses muscles, elle fit pivoter son corps sur le lit et posa un pied tremblant au sol. La douleur remonta jusqu'à son abdomen, fulgurante et assourdissante, mais elle ne renonça pas. Posant le second pied au sol, elle se redressa avec lenteur et avança doucement vers la porte.

— Tu as entendu ça ? fit une voix de femme dans le couloir.

La jeune danseuse blessée aperçut les ombres de deux personnes sur les murs faiblement éclairés.

J'ai pas rêvé. Elle l’a entendu aussi, se dit Lucia.

— Non, quoi ?

— Il paraît que Vivian s'est fait Ardent.

Lucia fut sous le choc.

— Non ! Impossible !

— Si ! affirmait la première voix.

Les jambes de Lucia cédèrent sous elle et elle se laissa glisser contre le mur de sa chambre.

— J'étais persuadée qu'il se réservait pour la bonne.

Lucia sentit les guillemets dans l'intonation moqueuse de la seconde femme.

— En tout cas, c'est pas Vivian. Elle a dit qu'il était passable, et que même s'il avait de bons arguments (inflexion sur ce mot), ça suffisait pas pour elle.

— Je dis pas non à son argument, moi !

— Moi non plus. Et je préfère me faire mon avis, rajouta-t-elle pleine d’espoir.

— Parce que tu penses que tu as une chance ? Laisse-moi rire ! Vivian est jolie et jeune, mais toi, ma pauvre, t'es pas à la hauteur.

Lucia voulut fermer cette porte pour mettre fin à cette discussion horrible et retourner dans le lit. Elle tendit la main vers la poignée mais sa jambe se déroba sous elle. Elle se retint de tomber en s’appuyant contre le mur.

La porte hors d’atteinte, son ventre la faisait souffrir le martyre et comme elle porta sa main sur sa blessure, la douleur se raviva. Les voix s’estompèrent à mesure que les infirmières s’éloignaient et Lucia se laissa tomber au sol dans un soupire de soulagement.

Une main chaude s'empara de sa main et un bras musclé soutint son corps qui s'effondrait.

Lucia leva les yeux sur le docteur Ardent et son cœur manqua un battement.

— Qu'est-ce que vous faites debout ? C'est bien trop tôt pour tenter de marcher, la réprimanda le docteur dont la voix trahissait l’inquiétude.

— La porte était ouverte, et j'ai cru voir quelqu'un..., bafouilla-t-elle alors qu'il la souleva sans effort pour la déposer dans le lit.

Elle s'accrocha à son cou, l’esprit submergé d’interrogations.

— Vous pouvez me lâcher maintenant, annonça-t-il.

Lucia obéit si rapidement qu'elle pensa avoir vexé le docteur mais il sourit, ce qui fit apparaître une fossette au milieu de sa joue gauche.

— Je vois que vous avez retrouvé votre livre. Je ne voulais pas vous réveiller pour si peu, alors je l'ai laissé sur votre table de chevet. Ce sont les flics qui ont ramené vos affaires et j'ai dû me battre pour qu'il n'emporte pas celui-là. Ils ont accepté finalement, ce qui m'a paru louche mais qui a prit tout son sens quand le plus balèze m'a fait un clin d'œil.

Il secoua la tête, vaine tentative pour chasser cette vision de son esprit et Lucia sourit à son tour.

— Docteur Ardent... j'aurais une question à vous poser…, osa-t-elle.

— Allez-y, je vous écoute.

— En réalité j'en ai des milliers, murmura Lucia plus à elle-même que pour lui. Qu'avez-vous dit aux policiers sur ce qui s'est passé sur scène ?

La danseuse redoutait la réponse et son visage se crispa.

— Que vous étiez sur la scène et que soudain vous êtes tombée, une arme blanche dans le ventre et que je vous ai porté secours. Ensuite, je vous ai emmenée ici pour vous soigner. Rien de plus.

Elle garda un instant le silence avant de reprendre :

— Vous n'avez pas vu qui m'a fait ça ?

— Vous savez qui vous a poignardée, n'est-ce pas ?

— Répondez à ma question d'abord, s’il vous plaît.

— Non, je n'ai rien vu et je pense que personne n'a rien vu à part vous.

Lucia baissa le regard.

— Il ne faut pas protéger cette personne, même si vous étiez proches.

— J'ai du mal à y croire, c'est tout. Ça ne lui ressemble pas, ça n'a pas de sens.

Elle se prit la tête dans les mains et des larmes roulèrent sur ses joues blanches.

La main du docteur se posa sur l'épaule de la jeune femme. Il s'accroupit pour capter son regard.

— Ça ne ressemble pas à qui ? À votre petit ami ?

— À Mina, mon amie. Elle n'était pas elle-même, son regard était vide... Il faut que je lui parle.

— Votre portable est dans les scellés au poste de police. Je vous déconseille de l'appeler si c'est vraiment elle qui vous a fait ça. Pour l'heure il faut vous reposer. Et vous avez fait sauter un point, dit-il en posant ses yeux noirs sur la tache rouge qui grandissait sur la  chemise de Lucia. Je vais appeler une infirmière, je reviens de tout de suite.

Il quitta la pièce et Lucia souleva sa chemise pour voir cette éclosion rouge sur son ventre. Elle n'avait pas plus mal que lorsqu'elle s'était levée, elle conclut donc que c'était à ce moment là que le point de suture avait dû se rompre.

Le docteur revint de longues minutes plus tard, accompagné d'une infirmière  jeune et plutôt jolie qui tenait une boîte en acier entre les mains. Il resta à l'écart tandis que l'infirmière s’approcha de Lucia. Celle-ci déposa la boîte sur la tablette près du lit, souleva la chemise de la danseuse sans sommation et défit le bandage, les sourcils froncés,  visiblement de mauvaise humeur.

— Un des points a lâché, en effet, constata-t-elle sans un regard pour Lucia.

Les bras croisés, le docteur Ardent la fusillait du regard mais son ton était calme et maîtrisé.

— Je vous avais demandé de garder un œil sur ma patiente.
L’infirmière pivota et se redressa d’un coup, piquée à vif par la remarque.

— J’avais d’autres patients à voir. J’ai laissé Isabelle s’en occuper, elle en était parfaitement capable, fit-elle d’un ton revêche. 

Lucia ne savait plus où se mettre et s’enfonça un peu plus dans son lit mais le docteur mit fin à la discussion.

— Vous pouvez partir, Vivian, je m’en occupe désormais.

À la mention du prénom de l’infirmière, Lucia se raidit. Le docteur Ardent tira un tabouret rapprocha la tablette de lui tandis que Vivian claquait la porte derrière elle. Le médecin enfila des gants bleus et ouvrit la boîte en acier.

— Mademoiselle Clark, je vous déconseille de regarder, vous risqueriez de vous sentir mal. Ne vous inquiétez pas, la procédure est rapide et ça ne fera presque pas mal.

Une aiguille dans sa main suffit à convaincre Lucia de regarder ailleurs. Elle sentit une pression sur son ventre puis plus rien.

— L'anesthésiant est en train de faire effet. Le plus dur est passé, vous vous débrouillez très bien, la rassura-t-il.

— Ravie de le savoir, grommela la patiente sans enthousiasme.

— C'est presque fini.

Elle entendit un coup de ciseaux et le docteur rangea son matériel dans sa boîte.

D'un geste doux, il refit le pansement et remit la chemise à sa place.

— Vous n'êtes pas très sympa avec votre petite amie, commenta Lucia, oubliant de garder pour elle ce qu’elle avait appris.

Le jeune docteur fit les yeux ronds.

— Pardon ?

— Excusez-moi, oubliez ce que je viens de dire, se ravisa-t-elle.

Le docteur tomba sur son tabouret.

— Où avez-vous entendu ça ?

— Les infirmières, tout à l'heure, avoua-t-elle.

Il croisa les bras, l'air sérieux.

— De vraies commères…, commenta-t-il. Qu'avez-vous entendu exactement ?

Lucia s'empourpra et hésita longuement à répondre.

— Elles... elles disaient que vous ... enfin... Elles disaient des choses assez embarrassantes sur vous, finit-elle par répondre.

Le docteur soupira longuement.

— Je suis navré que vous ayiez à entendre pareilles inepties à mon sujet. C'est parfaitement faux qui plus est. Mademoiselle Clark...

— Lucia. Appelez-moi Lucia. Ça me rend nerveuse d'entendre des “mademoiselle Clark” toute la journée.

— Je n'ai pas le droit de vous appeler par votre prénom, mademoiselle. C'est le règlement.

Elle ne savait plus où se mettre et ses joues prirent la teinte rouge de ses cheveux.

Le docteur sourit doucement et retira sa blouse blanche qu’il posa sur le bord du lit.

— Enchanté, Lucia.

Il lui tendit la main.

— On a pas pu se présenter correctement l'autre fois dans l'ascenseur, relança-t-il devant l'air interloqué de la jeune femme. Vous pouvez m'appelez Alec.

— Enchantée, Alec.

Lucia serra la main du jeune homme.

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Joxan
Posté le 05/11/2020
J'aime bien la façon de basculer entre les moments de stress et angoissants que subit Lucia, aux moments plus légers où l'ont suit le quotidien de l'hôpital.

J'ai pas grand chose à rajouter, j'aime beaucoup !
TheRedLady
Posté le 10/11/2020
Merci ! Je suis contente que ça continue de te plaire !
Ana Dunkelheit
Posté le 20/09/2020
N'étant pas sur mon PC y a des éléments pas tops que je ne pourrai pas lister efficacement, mais ils sont très minoritaires comparé à tous les effets que m'a procuré ce chapitre émotionnellement ! J'ai beaucoup aimé ! Je ne pourrai pas préciser car là à cet instant ce n'est pas le moment le plus aventugeux pour détailler mais j'ai adoré ! Merci pour ce bon moment !
TheRedLady
Posté le 10/11/2020
Je suis ravie qu'il t'ait plu ;-; Hésite pas à me noter ce que tu as remarqué, ça va m'aider dans ma réécriture/correction !
Alice_Lath
Posté le 20/08/2020
Aaah les ragots hein, c'est dommage, je trouvais Isabelle bien sympathique au début jusqu'à ce qu'elle déballe plein de trucs à Lucia alors que ça la regarderait clairement pas mdr
Puis la vision dans le couloir... Brrr, c'était effrayant, je me demande ce que c'était. Quelqu'un qui la chercherait ? Mais pourquoi ? Tellement de mystères !
Puis Vivian qui raconte n'importe quoi... Pour le coup, c'est idiot et pas sympa de sa part. Puis bon, tranquille hein Lucia, c'est pas parce qu'il se serait passé un truc entre Alec et Vivian que tu étais hors de la course. Encore heureux, allez zou, fonce, il est déjà à donf sur toi là !
TheRedLady
Posté le 20/08/2020
Isabelle a la langue bien pendue, je compte bien la museler un peu pour garder un peu de secret.
et oui, la vengeance de Viv' n'a pas tardé xD
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