Chapitre 8 : Tiens, voilà du boudin sanglant

Inare gisait là, entre les branchages de la haie. Du sang avait giclé en gouttelettes depuis la blessure de son ventre jusqu'à son col. Ses mèches blanches balayaient son visage et se cristallisaient de sueur gelée. 

 

— Na... grommela-t-il avec difficulté. Na...

 

Amadeus recula d'un pas, tituba avant de tomber au sol. Heureusement que Valentine fut plus réactive. L'adolescente ravala ses sarcasmes habituels et passa le bras sous l'aisselle d'Inare afin de le sortir de là. À en juger le peu de sang à ses pieds, il avait dû se déplacer pour les rejoindre. Camille aida Valentine alors que le garçon-renard hoquetait. De la salive rougie perlait sur la neige des feuilles. 

 

— Il faut appeler l'hôpital, murmura Amadeus blême comme la mort. Il va mourir. 

 

— Non, fit Inare. 

 

Dans le même temps, il essaya de se dégager de l'étreinte de Valentine, mais ses forces avaient tellement fondu que son poing retomba bien vite. Il balançait les bras à la manière d'une horloge qui effectuerait le décompte avant sa propre mort. Faute de mieux, il leva un index accusateur vers Amadeus : 

 

— Viens, souffla-t-il. Approche.

 

Le Sorcier balbutia ces quelques mots avant de se crisper. Il lâcha un râle de douleur dans la nuit et Camille le serra un peu plus fort, de peur de le laisser tomber. 

 

Amadeus, lui, fixait les yeux pâles du garçon-renard. Ils brûlaient de la fièvre où luisait l'agonie avec une intensité telle que le lycéen se sentit gagner par une rage aux racines inconnues.

 

— Approche, reprit le Sorcier. Viens.

 

Alors, Amadeus se leva. Il étira ses jambes maigrichonnes et s'avança vers le blessé avec appréhension. Sa raison lui soufflait qu'il devrait appeler les secours. Que quelque chose risquerait de basculer et qu'il était en danger.

 

Sa raison lui parlait, mais lui ne l'entendait pas. 

 

Na n'était pas là. Il ne voulait pas être celui qui annoncerait sa disparition à Claude et Mehdi. Il ne voulait pas qu'elle fasse l'affront de partir tout juste entrée dans sa vie. Il ne voulait pas renoncer à cette clef vers la magie dans son petit monde d'adolescent désenchanté.

 

Alors, il fit un pas, puis deux et encore quelques-uns jusqu'à se trouver face à Inare.

 

— J'appelle Claude, se décida Camille. Amadeus, passe-moi mon téléphone, il est dans ma poche. Je peux pas tenir Inare et le sortir. 

 

Le lycéen tendit la main sans que l'hiver terrible des yeux d'Inare ne le lâche. La glace de haine qui y luisait le brûlait, et le vent d'inquiétude agissait comme un fouet qui lacérerait sa conscience jusqu'au sang. 

 

Et Inare, dans un mouvement d'une vivacité inouïe, attrapa son poignet. Amadeus eut à peine le temps de sentir le contact glacé de la peau sur la sienne que le monde bascula. 

 

Il eut l'impression de tomber en arrière dans une piscine glacée. Le froid broya ses atomes. Son coeur ralentit et il ne voyait plus que le noir. D'ailleurs, même sa conscience finit par s'éteindre un instant incalculable. 

 

Quand elle revint, il aurait dit avoir été plongé dans un lac gelé au milieu d'un fjord. Le souffle court, il papillonna des yeux pour mieux évacuer les taches qui dansaient sur sa rétine. 

 

— Inare ! s'exclama Valentine. Merde, Camille, aide-moi !

 

Lorsqu'il retrouva la vue, il reconnut Piquelles. Enfin, il reconnut Piquelles en contrebas dans la vallée. Eux avaient été téléportés par le Sorcier sur ce flanc de montagne, déduction immédiate de l'adolescent.

 

À terre, le garçon-renard semblait s'être évanoui et tandis que Camille le soutenait avec peine en se frottant les yeux, Valentine se baissait peu à peu pour le déposer contre un rocher. 

 

— Il est inconscient, constata la lycéenne. Son pouls diminue, on a pas beaucoup de temps. 

 

Alors que Camille voulut ajouter quelque chose, une détonation retentit suivie d'un éclair de lumière orange. Tous trois tournèrent la tête vers l'amont du sous-bois où continuaient à résonner les bruits d'un affrontement pour le moins peu commun. 

 

— Na est là-bas, affirma Amadeus. C'est pour ça qu'Inare nous a envoyés ici, on doit l'aider. 

 

Il voulut s'élancer vers le sentier à peine déblayé quand Camille le retint par la manche. 

 

— Pas si vite, Don Quichotte, fit-elle. On a pas d'armes, un mec au bord de la mort et aucun soutien. Tu me laisses déjà prévenir Claude et Mehdi. 

 

Pendant ce temps, Valentine furetait dans la neige. La jeune fille soulevait des morceaux de congères et s'approchait des arbres pour tapoter dessus. Amadeus ignora bien vite son étrange manège pour se concentrer sur Camille : 

 

— On a pas le temps, se défendit-il. Inare risque de mourir et Na se bat. Il n'y a pas une seconde à perdre. 

 

— Tiens, dit soudain Valentine, prends ça.

 

Son amie tenait dans les mains deux branches plus ou moins sèches. Certes, ce n'étaient pas des armes de première catégorie, mais Amadeus sentit sa détermination se raffermir un peu plus sitôt qu'il eut le contact de l'écorce contre ses doigts. 

 

— J'y vais avec Amadeus, ajouta Valentine d'une voix grave comme jamais. Camille, tu restes ici avec Inare et tu appelles Claude.

 

La lycéenne balança son bout de bois et entreprit des rotations des épaules et poignets pour s'échauffer en vue de l'affrontement qui s'annonçait. 

 

— Je ne sais pas qui a crée ce bazar, gronda-t-elle. Mais il va payer pour le dérangement. Je vais lui refaire sa dentition avec les gencives à l'air. 

 

Camille ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, mais le regard d'Amadeus et Valentine la convainquit qu'elle ne pourrait rien faire pour les pousser à changer d'avis. À la place, elle sortit son téléphone et l'agita de manière à les menacer : 

 

— Je sais pas ce qu'il y a là-haut, gronda-t-elle, mais vous trouvez Na et on file. Inare a besoin de soins, et le truc qui lui a fait ça ne rigole pas.

 

— Bien ma capitaine, plaisanta Valentine d'une voix éraillée. On y va !

 

Amadeus se contenta de hocher la tête. Puis, sans attendre une réponse de Camille qui aurait tenté de le convaincre de rester, il se mit à courir. Il pouvait entendre derrière lui le souffle de Valentine tandis qu'un grondement semblable à du tonnerre montait du bout du chemin. 

 

La Lune éclairait d'une lueur de perle les ourlures des sapins qui bordaient la piste enneigée. Leurs pieds s'enfonçaient dans le coton et chaque pas leur coûtait un peu plus. C'était épuisant et Amadeus aurait presque pu avoir l'impression de piétiner si la résille des étoiles au-dessus de lui ne le poussait pas à continuer, comme si elle lui insufflait une détermination annihilant toute réflexion chez lui. 

 

Valentine le rattrapa bien vite, sans un mot. Ils sautèrent par-dessus une branche de sapin brisée, évitèrent une congère profonde au pied d'un autre conifère, le tout sans lâcher leurs bâtons qu'ils agitaient en balanciers dans leurs mains. 

 

Un sifflement provint de la direction du combat puis un éclair de lumière fracassa la forêt. Pendant une fraction de seconde, tout fut blanc. Aveuglé par le flash, Amadeus n'en continua pas moins de galoper, sans se soucier des risques de tomber ou de glisser. Il ne voyait plus rien, mais du moment qu'il entendait où se trouvait son amie, cela lui suffisait pour se guider. 

 

Valentine s'était arrêtée. Elle reprit sa course sitôt qu'elle arriva de nouveau à discerner les ombres. 

 

Enfin, Amadeus atteignit une trouée enneigée, surplombée par une avancée de roche éclaboussée par la Lune. Et, juste là, dans une mare de lumière, Na gisait, ses longs cheveux noirs en vrac au sol et sa robe de velours imbibée de neige. 

 

— Non ! hurla-t-il. Na ! On est arrivé t'aider !

 

Le lycéen serra son bâton un peu plus fort et se précipita au chevet de la Sorcière. Il se laissa tomber à genoux et retourna son visage afin de guetter la moindre trace de vie. La gorge de la jeune fille frémissait encore et il en aurait presque pleuré de soulagement. Il attrapa le corps évanoui pour la serrer contre soi et la bercer, dans l'espoir qu'un peu de chaleur humaine parviendrait à la réveiller.

 

— Qui est là ? s'exclama Valentine en brandissant son bâton en guise de sabre. Sortez ! Maintenant !

 

Amadeus, sans desserrer son étreinte, leva la tête vers Valentine. Elle s'était campée, les deux pieds écartés et les courts cheveux hérissés par la glace qui s'y était mêlée. La lycéenne fit fouetter la branche devant elle et recula d'un pas pour mieux se rapprocher de ses amis. 

 

— Eh bien, susurra une voix grave depuis l'abord de la clairière. Voilà des petits humains bien audacieux.

 

Quelque chose serpenta dans l'air et Valentine frissonna. Amadeus sentait l'anxiété la gagner, mais n'osait lâcher Na. Le souffle haché de la Sorcière pénétrait la laine de ses gants. Il lui fallait de la chaleur. 

 

Puis, la menace se révéla devant eux, après avoir glissé un peu plus en avant dans la neige. 

 

Une femme imposante, aux lèvres écarlates et aux courtes boucles brunes avançait corsetée de moire rouge. Aussi rouge que ses bottes ou ses bijoux. Elle avait un long nez cassé et une mâchoire carrée qui lui dessinaient un air redoutable. 

 

Amadeus déglutit. 

 

— Vous êtes une Sorcière, dit-il, alors pourquoi avoir attaqué Na ?

 

L'inconnue se figea un instant. Ses lèvres se tordirent comme deux limaces embrassées et elle éclata d'un rire à l'odeur de brasier. 

 

— Une Sorcière, s'esclaffa-t-elle. Voilà bien longtemps que l'on ne m'avait pas appelée ainsi. 

 

Elle s'approcha encore un peu plus. Aussitôt, Valentine bondit pour pointer son bâton vers elle. La femme s'arrêta alors face à la défense de l'adolescente. Son sourire s'étira pour prendre un aspect cruel et taquin à la fois. 

 

— Je suis une Vampire, petit, fit-elle à Amadeus. Et vous, vous êtes entre moi et ma proie. 

 

Amadeus tira Na vers lui pour l'envelopper un peu plus. Il s'assura que son bâton se trouvait à proximité, prêt à se défendre si nécessaire. Il ignorait pourquoi exactement, mais quelque chose de sinistre se dégageait de la Vampire, quoi que ce mot puisse signifier. Quelque chose qui révélait qu'elle n'avait plus rien à perdre, contrairement à eux, associé à une confiance qui éclairait son visage d'une lueur dure. 

 

Elle les jaugeait. Comme un prédateur aurait jaugé son dîner. 

 

Il sentit ses yeux s'attarder sur ses joues, sa gorge et sa peau puis disséquer de même Valentine. 

 

— Bien, annonça la Vampire. Je suis navrée, mais l'on m'attend. Je ne dois pas traîner.

 

Aussitôt, le lycéen voulut attraper son bâton, mais la femme bougea si vite qu'il n'eut pas le temps de réagir. Elle s'était ramassée dans la neige, semblable à une panthère, pour ensuite bondir droit sur lui. Il ne voyait aucune arme sur elle, mais ne doutait pas que tout contact direct avec la créature risquerait de mal tourner pour lui. 

 

Il se vit mourir. Il salua Na, sa soeur, ses parents et Camille. 

 

Mais lorsqu'il ouvrit les paupières, un poc sourd retentit. 

 

Devant lui, la mâchoire serrée et un voile de sueur au front, Valentine venait d'interposer son bâton entre la Vampire et lui. 

 

— Moi d'abord, gronda la lycéenne. Ensuite, tu pourras rêver de toucher à eux. 

 

La Vampire pouffa de plus belle et sauta en arrière pour reprendre un peu de distance et ainsi apprécier la mini guerrière qui lui faisait face. Valentine en profita pour cracher par terre, un geste qu'elle imitait de ses sportifs préférés, et pointa son bâton. 

 

— Tu es amusante, gloussa la femme. Très bien petite, je relève ton défi. Pour te donner une chance, laisse-moi t'apprendre quelques petites choses sur les Vampires. Que tu saches dans quoi tu t'engages. 

 

Valentine fronça les sourcils et souffla afin de dégager une mèche qui lui glissait sur le nez. Elle plissait les yeux pour tenter d'apercevoir au mieux son adversaire, ayant encore refusé de porter ses lunettes à la sortie du foot. 

 

— Un Vampire, ma belle, poursuivit l'inconnue, absorbe la nature des âmes qui le nourrisse. Quand il les dévore, il annihile leurs individualités pour conserver leurs généralités.

 

La Vampire souffla du nez et compléta : 

 

— Si j'absorbe l'essence d'un ours, je dissous son individualité en moi pour conserver que son flair et sa force. C'est différent du renard de votre ami Sorcier de tout à l'heure dont la personnalité fusionne avec celle de son hôte. Dans son cas, c'est un système de parasite. Dans le nôtre, c'est un système de prédation. 

 

Sitôt que la Vampire finit sa phrase, elle s'élança à nouveau sur Valentine et la gifla d'un revers de la main. La lycéenne brandit sa branche comme pour repousser une tape. Et, sous le regard médusé d'Amadeus, elle fut envoyée bouler dans un tas de neige aussi simplement que si elle avait été en carton. 

 

— OK, crachota Valentine la bouche pleine de neige. Donc t'as récupéré des pouvoirs et je saurai pas lesquels. Ça me va. J'aime les surprises.

 

Amadeus cacha le visage du Na avec le haut de son corps, mais sans réelle utilité puisque la Vampire s'était momentanément détournée d'eux pour se concentrer sur Valentine. 

 

— Allez, viens, reprit l'adolescente. Maintenant que je sais, je ne me ferai pas avoir deux fois. 

 

La Vampire éclata d'un rire profond qui ébouriffa les frondaisons des sapins noirs. La Lune brillait tant et plus, et Amadeus fut reconnaissant à l'astre de leur accorder un minimum de visibilité. 

 

Quand la Vampire repassa à l'attaque, cette fois avec le même revers de main, Valentine était prête. Elle allait devoir allier boxe et kendo si elle voulait s'en sortir. L'esquive d'abord et l'attaque ensuite. 

 

Son adversaire n'avait pas frappé bien vite, sans doute testait-elle ses réflexes, et Valentine n'eut qu'à pivoter sur le côté opposé de la frappe pour l'esquiver. Dans le même temps, elle souleva son bâton et cogna en un ahanement fatigué le genou de la Vampire dans l'espoir de réduire sa mobilité. L'entraînement de foot avait en effet déjà bien entamé l'endurance de la jeune fille et elle allait devoir se résigner à la jouer sale si elle voulait s'en tirer. 

 

Amadeus assistait à tout ça en tant que spectateur. De temps à autre, il vérifiait que la température de Na remontait doucement. Ce qui l'inquiétait par-dessus tout était l'absence de plaie, ce qui l'empêchait d'estimer les dégâts encaissés par la Sorcière. 

 

Il jeta un nouveau coup d'oeil à Valentine et se décida à aller l'aider. Il attrapa son bâton et s'apprêta à traîner Na dans un endroit à l'écart quand les doigts glacés de la Sorcière lui saisirent soudain le poignet. 

 

— Amadeus, souffla-t-elle. Elle...

 

Le garçon ne dit rien. À la place, il la blottit entre ses bras. Il sentait son coeur battre contre ses cotes, soulagé que la Sorcière se soit réveillée. Sauf que cette dernière ne bronchait pas et se détacha doucement de lui. Son teint avait viré de l'ambre à la couleur de la neige et de larges cernes bleus ornaient les poches de ses yeux. 

 

— Valentine ne peut rien faire contre elle, murmura la Sorcière à bout de souffle. Il n'y a qu'une solution. Approche.

 

Alors, Amadeus se courba pour recueillir le secret de Na.

 

À quelques mètres, Valentine se trouvait en mauvaise posture. La Vampire avait accéléré le rythme et réagissait à chacune de ses attaques avec des réflexes surhumains. L'adolescente avait fini par abandonner son bâton après qu'il eut été brisé en deux lors d'un assaut. Désormais, elle n'allait pouvoir compter que sur ses poings nus. 

 

Elle recula de quelques pas pour tenter de reprendre son souffle. 

 

— Déjà à bout ? sourit la Vampire. Tu es un petit chien qui aboie bien fort. 

 

Valentine serra les dents, prête à encaisser. Quand soudain, un énorme caillou s'écrasa aux pieds de la lycéenne dans une gerbe de neige.

 

— Vise mieux ! beugla l'adolescente vers les buissons. C'est pas moi qu'il faut tuer !

 

Camille en sortit, les lunettes de travers et les cheveux en pétard. Dans ses mains, elle armait déjà une nouvelle pierre, prête à le balancer sur la Vampire qui gloussait de plus belle. 

 

— Je fais ce que je peux ! rétorqua son amie. Y'a pas écrit trébuchet sur ma tête !

 

Elle envoya le nouveau projectile sur la Vampire, avec une visée toujours aussi lamentable puisqu'il tomba à un bon mètre de la cible. Camille pesta et voulut se baisser pour ramasser un troisième caillou quand d'un coup, le rire de leur ennemie s'arrête. 

 

— Bien, dit-elle soudain grave, je me suis bien amusée, mais je dois y aller. Ne m'en voulez pas. 

 

Elle claqua des doigts et le vent se mit à hurler. Il hurla si fort que les lycéennes se courbèrent. Puis, d'un coup, il cessa. Valentine et Camille vacillèrent puis s'effondrèrent dans la neige. Inconscientes. La Vampire se retourna ensuite vers Amadeus et Na.

 

— Bien, fit l'inconnue, navrée pour le retard. 

 

Elle n'eut pas l'occasion de prononcer un mot de plus. Une déflagration de lumière secoua toute la clairière. Amadeus s'était relevé, Na appuyée contre son bras, et il irradiait d'une lumière crue. Un rayon foudroya le ciel et perça un nuage alors que des murmures résonnaient aux alentours. 

 

— Inconsciente ! siffla la Vampire soudain effrayée. Offrir ces pouvoirs à un humain, en faire un Féal !

 

Elle chuchota quelque chose et une couronne de pics rocheux surgit du sol. À pleine vitesse, ils s'élancèrent vers Amadeus pour l'empaler. 

 

L'adolescent ouvrit les yeux. Ils étaient entièrement noirs. 

 

— À terre, parla-t-il. Maintenant.

 

Les éperons furent réduits en poussière. La voix du garçon elle-même n'avait plus rien à voir, elle résonnait à la manière d'un choeur où chantaient une multitude d'Esprits contradictoires. La lumière diminua un peu plus pour ne plus former qu'un halo autour de lui. 

 

La Vampire serra le poing, et tira une nouvelle lame de pierre du sol. Elle la saisit et se précipita vers Amadeus. Cette fois, plus question de jouer.

 

L'adolescent n'eut qu'à baisser les yeux sur elle.

 

Le bras de la Vampire se broya en une multitude d'esquilles osseuses. Sa chair devint pulpe et une cascade de sang épais coula en mare chaude sur la neige. 

 

— Aaaaaaaah ! hurla-t-elle. Mon bras ! Aaaaah !

 

— À terre, j'ai dit. 

 

La gravité sembla alors augmenter avec brutalité autour de la Vampire. Cette dernière plaqua son bras contre son corps et tenta de résister à force de cris et d'insultes. 

 

 Amadeus, ou la chose qu'il était devenu, fronça les sourcils. 

 

Et la Vampire tomba à genoux devant lui, prosternée de force. Toujours avec sa voix insaisissable et ses yeux inhumains, il s'apprêta à annoncer la sentence de mort quand un pépiement résonna dans la clairière : 

 

— Eh bien, fit une étrange enfant toute de rose vêtue. Désolée, mais je viens récupérer Carmen. Vivante de préférence. 

 

Un rideau noir tomba sur la conscience d'Amadeus et il s'effondra avec Na dans la neige en un silence total. La lumière disparut avec lui, mais pas les hululements de douleur de la dénommée Carmen. 

 

— Stop, hoqueta soudain la voix faiblarde de Valentine depuis sa congère. Vous approchez pas d'Amadeus. 

 

L'enfant tortilla une boucle de cheveux rose à la recherche de l'origine du son. Puis, elle se pencha sur le trou où gisait l'adolescente. 

 

— Tu es encore consciente ? s'enquit-elle. Tu dois être résistante. 

 

— Cette Carmen, fit Valentine en se relevant avec difficulté. Tu la laisses là. Elle est à moi. C'est mon adversaire. 

 

— T'es marrante ! s'esclaffa la gamine. T'as entendu, Carmen ? Elle t'aime bien je crois.

 

La Vampire s'était mise à sangloter et serrait son bras réduit en lambeaux, sans même entendre l'appel de son amie. 

 

— On doit vraiment y aller, fit l'enfant. Sinon, Suihei va râler. Mais tu me plais bien. Tiens, j'aime bien bavarder avec des gens bizarres. Si tu veux aller prendre un chocolat.

 

Elle fourra quelque chose dans la poche de la doudoune de Valentine, sans que cette dernière ne le réalisât. En effet, tout venait de s'éteindre à nouveau dans son esprit et elle s'endormit avec la simple pensée qu'elle avait vraiment froid. 

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Le Saltimbanque
Posté le 12/02/2021
Bon bah flute Cyril s'en est sorti....

Comparé au chapitre précédent, celui-ci accélère les choses, et quelle accélération. Plus d'action, plus de drames, plus de dangers. On est vraiment passé à la vitesse supérieure, et ça se sent.

Donc j'ai beaucoup aimé ce chapitre. Les choses avancent vite et bien. Le rythme est au point. Les personnages ont tous une réaction crédible, cohérent avec leur caractérisation tout en gardant des petites touches d'humour bien senties.

Carmen et l'enfant rose sont des antagonistes assez intéressants. Je trouve les dialogues plutôt bien écrits : j'arrive bien à discerner qui est qui, et il y a une vraie tension ici (surtout de la part de l'enfant rose). Cela peut paraitre cliché le "je t'explique un peu mon pouvoir pour te montrer à quel point tu vas souffrir" ou encore le "je vais jouer un peu avec toi" de la part des méchants, mais ce sont des archétypes qui passent très bien avec moi.

Je note aussi des très beaux passages de description, qui sont à la fois rapides, efficaces, et super expressif quand il faut l'être. " Sa chair devint pulpe et une cascade de sang épais coula en mare chaude sur la neige." Ouuuuuuh ça fait mal ça.

Un "Féal" ? Comment vont Inare et Na ? Des Vampires maintenant ? Quel cadeau a reçu Valentine ? Suihei les commande ???? J'ai beaucoup de questions, sans pour autant être perdu dans l'histoire. Bravo.

Je note aussi que ce chapitre reprend un trope célèbre d'anime/manga : deux méchants très puissants qui débarquent et laissent les héros très mal en point, avec un plus fougueux qui se fait battre et un plus petit qui est encore plus menaçant. Dragon Ball, Bleach... mais contrairement à ce que j'ai dit avant, j'aime tellement cet archétype que je ne vais pas bouder mon plaisir.

Voili voilou
Alice_Lath
Posté le 14/02/2021
Hahahaha merci encore ! Et oui pour le trope, comme j'avais écrit cette histoire à la base pour mon petit frère qui lit assez peu mais fan de manga, beh j'ai glissé des trucs pour lui haha

Pour Cyril, yep, le figurant repart comme il est venu haha. C'est une histoire qui va aller de toute façon crescendo, donc je suis contente que ce premier petit palier marche bien hahaha ! Et merci encore pour ton passage !
Vous lisez