Chapitre 8 : Sous des vents contraires

Par arno_01

Ils s'étaient envolés en direction des montagnes, sans prendre trop de hauteur. C’était une autre Ange, du nom d’Urielle, qui portait Gabrielle.

La troupe, étalée sur un bon kilomètre, était composée de tous les types d'anges qu'il avait pu voir dans la cité volante : des Convoyeurs comme Urielle, mesurant quatre à cinq mètres ; des Chérubins, d'un bon demi-mètre ; les Séraphins eux avait deux, voire trois paires d'ailes ; les anges sans classe, de la taille des hommes étaient les plus nombreux.

Ceux qui n'étaient pas trop gravement blessés, étaient armés d'épées, passées à la ceinture ou dans le dos. Les épées des Convoyeurs étaient tellement énormes que même pour eux il leur fallait deux mains pour se battre avec, tandis que les Chérubins avaient plusieurs lames : fines et courtes.

Ils volaient en rase-motte pour ne pas se faire repérer trop facilement. Suivant les collines, profitant des ombres des ravines, la troupe s'était allongée, séparée, regroupée, avec pour objectif de ne pas faire un grand essaim, trop visible de loin.

Des Séraphins avaient été envoyés en arrière garde, afin de détecter les troupes qui les chassaient. Plus leurs nouvelles arrivaient et plus Ratziel faisait accélérer les anges. Certains déjà peinaient à suivre le rythme. Après plusieurs heures de vol, les Séraphins étaient de moins en moins optimistes.

« Une compagnie entière nous poursuit. Elle rattrape son retard de plus en plus vite. Une dizaine de troupes ont également été aperçues au nord-ouest. Ils ne devraient pas réussir à nous couper la route avant les montagnes. Mais ils rejoindront la compagnie. Il faut s'attendre à les affronter à l'entrée des montagnes. »

Davvy observait Ratziel, le portant, muté dans un silence de plomb. Les gouttes qui perlaient de son front ne provenaient pas tant des efforts pour les faire voler tous les deux, que de ceux faits pour trouver une solution. Tellement concentré qu'il ne respirait que par des grands à coup quand le besoin imminent d'air le forçait à y penser.

« Davvy, Gabrielle, vous allez partir avec quelques Convoyeurs. Pendant que moi et le reste d'entre nous attendrons les anges d'El à l'entrée des montagnes. Cela vous donnera le temps de fuir, et de vous mettre à l'abri. Leurs anges doivent être encore plus fatigués que nous : ils filent à une vitesse incroyable depuis hier soir au moins. Nous avons tous nos chances dans une bataille rangée, mais il est hors de question qu’ils puissent t’attraper Davvy. Vous partez donc tous les deux par les montagnes. »

* * * * * * *

A sept maintenant, dont seulement cinq anges, ils allaient bien plus vite. Quatre des anges se relayaient souvent pour porter Davvy ou Gabrielle. Seul Kaworu, un Chérubin faisant la moitié de Davvy, ne les portaient pas. Néanmoins à lui seul il faisait l'arrière garde et l'avant garde : les devançant pour trouver le chemin, les rejoignant pour les guider, les laissant le dépasser, avant de rattraper la petite troupe. Infatigablement.

Ils avaient finalement rejoint les montagnes, et s'étaient engouffrés dans les vallées de pierre et de sables. Profitant des ombres des falaises pour se cacher, Davvy aurait presque trouvé le voyage reposant s’il n'y avait les allers-retours incessants de Kaworu. Urielle le portait, de battements d'aile presque nonchalants, qui lui garantissait de pouvoir admirer le paysage tranquillement. Mais surtout, de garder un œil loin derrière eux au-dessus des montages.

Une bonne heure après leur entrée dans ces vallées, ce fût, malgré l'attention de Kaworu et de Davvy, Gabrielle qui les aperçus les premiers :

« Davvy ! Kaworu ! quatre anges à huit heures. » Sa voix quoique maîtrisée laissait paraître les questions que tous se posaient à ce même moment : comment leur échapper ? Où fuir ? Devraient-ils combattre ? Kaworu les fit frôler les montagnes, toujours plus bas, plus près, le plus à l'ombre possible. Mais les quatre poursuivants devaient être des patrouilleurs, avec leurs trois paires d'ailes chacun, ils n'avaient aucun mal à les rattraper.

D'un seul coup, au détour d'une falaise, ils furent sur eux. Les quatre patrouilleurs, les épées tirées, leur fonçaient dessus en piqués. Les cinq anges de l'escorte de Davvy sortirent leurs épées, et ce fût le chaos. Davvy avait souvent volé avec les archanges, lors de leurs jeux il était alors envoyé en l'air, passant d'un archange à un autre. Toujours leurs mouvements avaient été fluides, rapides mais sans précipitation.

Ce qu'il vécût à ce moment-là lui aurait donné le mal de l'air, s’il avait eu dix secondes pour le ressentir. Les piqués, les roulé-boulés, les demi-tours, les queue-inversées, s'enchaînaient les unes après les autres. De temps en temps les figures s'arrêtaient le temps d'un échange de coup. Les épées s'entrechoquaient alors l'une contre l'autre. Et l'ange le plus faible était alors envoyé quinze à vingt mètres plus loin. Un de leur escorte fut envoyé comme cela au tapis, la tête la première contre une falaise.

Urielle, étant une convoyeuse, malmenait souvent ses adversaires épées contre épées. Mais devaient souvent user de figures au dernier moment pour échapper au coup rapide et précis des patrouilleurs. Elle frôlait tant les falaises que Davvy devait parfois courir dessus, à l'horizontal, pour éviter de s'y fracasser les jambes. Plus d'une fois elle plongea dans des lacs ou à travers des cascades pour déstabiliser ses adversaires.

Un cri, qui accompagna un corps tombant devant Davvy et Urielle, leur appris que Kaworu avait réussi à se débarrasser définitivement de son adversaire. Mais même à quatre – dont deux portaient respectivement Davvy, et Gabrielle – contre trois, ils n'étaient pas encore sortis d'affaire. Les montagnes défilaient toujours, dans un sens ou dans l'autre, et Davvy aurait été incapable de dire s’ils suivaient toujours la bonne direction.

Le haut, le bas, l'est, l'ouest se mélangeaient en tous sens. Seuls les éclairs argentés des épées semblaient une constante imperturbable. Puis d'un coup ils furent deux sur Urielle. Celle-ci tenant d'une main Davvy avait beaucoup de mal à se débarrasser de ses deux adversaires. Les pirouettes se firent plus rapides, plus spectaculaires, s'enchainant sans cesse, dans un sens, puis à rebours. Ils tombaient, remontaient, tournoyaient, tant et tant que le décor ne fut qu'un vaste tourbillon dont Davvy était le centre. Puis vint le moment de la chute. Un cri, ce fût la seule chose que Davvy compris avant de sentir qu’Urielle le lâchait. Il tombait, en regardant monter dans le ciel Urielle, qui se battait toujours avec un des patrouilleurs. Du sang chaud coulait sur le bras de Davvy. Du sang qui, il en était sûr, n'était pas de lui.

Les premières secondes de sa chute, Davvy fut calme, presque ravi que le tourbillon soit enfin fini. Il avait tant joué, avec les archanges – et El – à le jeter par les fenêtres de la cité, qu'il ne doutait pas un instant que Ratziel viendrait le récupérer. Mais il se rappela que Ratziel n'était pas là, mais loin d'ici à se battre. Que Gabrielle était définitivement blessée – handicapée. Il chutait donc, sans grand espoir.

Trois paires d'ailes passèrent devant ces yeux avant de sentir ses épaules le tirer vers le haut, tandis qu'un ange l'avait rattrapé. Un ange avec trois paires d'ailes, un des patrouilleurs d'El. Il voulut se débattre, tenter de le faire lâcher prise. Jusqu'au moment où il se rappela que se libérer c'était chuter, sans aucun espoir d'en réchapper.

Il semblait définitivement prisonnier, sûrement en direction de la cité volante. Ne serait-ce justement pas l'occasion de voir El ? Cette rencontre devrait dans tous les cas bien arriver un jour. Davvy en était persuadé. Non pas qu'il croyait au destin, mais n'était-ce pas lui Davvy, le premier homme à rentrer dans la cité volante ? N'était-ce pas El, qui lui avait donné un rôle et un titre au vu et au su de tous les anges ? El, encore, qui par ses ordres avait obligé Davvy à oublier le passé, et l'avenir, au nom d'un présent réinventé à chaque instant.

Au loin il voyait la bataille entre les rebelles et ceux qui étaient restés fidèles à El. D'aussi loin il ne pouvait pas déterminer qui avait l'avantage. Il ne distinguait que des formes qui volait, et parfois à la faveur du vent, des bruits de lames qui ferraillaient. Les bruits s'estompaient au fur et à mesure que l'ange ramenait Davvy vers la cité d'El, loin du terrain de bataille.

N'ayant que d'autre choix que d'attendre d'arriver sur place, Davvy réfléchissait à sa rencontre avec El. Que pourrait-il bien lui dire ? Comment lui faire comprendre ? Aucune réponse ne germait donc son esprit, trop inquiété de perdre une nouvelle fois ses souvenirs. Que se passerait-il si sur l'ordre d'El, il oubliait les anges rebelles ? Peut-être reviendraient-ils vers El ? Les ailes de Gabrielle repousseraient-elles ?

Il en était à ces réflexions quand un coup déséquilibra l'ange qui l'avait capturé. Au loin il le vit aux prises avec un ange à la peau noire, les cheveux en dreadlocks. Ratziel ne mit pas longtemps à se débarrasser de son ravisseur, et déjà il plongeait vers Davvy pour le rattraper de sa nouvelle chute.

* * * * * * *

Les feux crépitaient et lançaient des étincelles dans le ciel voilé de nuages. Les anges s'étaient répartis autour des feux, attendant le lever du soleil, pour continuer la route vers le nord. Après que Ratziel eut récupéré Davvy, ils avaient rejoint la bataille en train de se terminer. Les rebelles n'avaient eu que peu de difficultés à mettre en déroute le petit contingent envoyé par El. Tous ensemble ils avaient alors poursuivi à travers les montagnes, rejoignant Gabrielle, Kaworu, et Urielle – grièvement blessée. Ils s'étaient arrêtés pour la nuit à flanc de montagne, surmontant une mer au loin. Le vent, venant de la mer, soufflait, strident, tandis qu'il s'écrasait contre la montagne, et filait entre les fentes des falaises.

Les deux archanges et Davvy, s'étaient réunis autour du même feu, ainsi que Kaworu, et qu'une patrouilleuse appelée Alexielle, qui avait mené une bonne partie de la bataille.

Quelques patrouilleurs ramenèrent des fruits, que Davvy et Gabrielle se partagèrent. Bien qu'elle fût un ange, elle ressentait le besoin de manger. Dans la cité volante, quand ils étaient encore tous les six, ni les archanges, ni Davvy n'avait eu besoin de manger : les offrandes de fruits étaient là pour le plaisir, pas pour la faim. Mais depuis que Davvy était revenu sur terre, que Gabrielle s'était faite arracher ses ailes, les besoins plus humains – la faim, la fatigue – leur étaient revenus.

« Que fait-on maintenant que nous sommes tous les trois ? As-tu un plan Ratziel ? »

C'était Gabrielle qui avait rompu le silence, entre deux bouchés de fruits juteux.

« Je ne sais pas, Gabrielle, quand je t'ai enlevé à El je ne pensais qu'à rejoindre le Maphteach. Rien d'autre. Maintenant nous devrions peut-être aller le voir, El, non ? 

- Pas encore, pas encore, Kaworu les avait interrompus, et aucun des trois amis ne s'y était attendus, trop habitués à ne pas être mêlés aux autres anges. Quand nous sommes venus te libérer, Gabrielle, nous étions plusieurs fois notre nombre actuellement. Dès que Ratziel, t'a fait sortir, nous avons tous tenté de fuir la cité. Mais l'air est devenu solide, comme une espèce de gelée pour la plupart d'entre nous. Respirer devenait difficile, avancer encore plus.

- La plupart des anges, venus te secourir, sont restés dans la cité, incapable d'avancer. Et encore, Mickaël et ses gardiens – les Trônes – étaient très loin de la cité, confirma Ratziel.

- Les anges sans titres ni rang sont impuissant face à la volonté de El, ou d'un des archanges Alexielle s'était mise à parler profitant de l’interruption qu'avait créée Kaworu dans le groupe. Tout à l'heure nous avons pu gagner sans difficulté car il n'y avait en face aucun des archanges. Mais si nous allons tous dans la cité, il y aura Raphaël, El, et surtout Mickaël et ses Trônes. Aucun ange n'y résistera. »

Davvy avait déjà vu les Trônes de Mickaël. Il ne gardait pas plus Mickaël que la cité, il s’agissait juste de la seule véritable unité de combat de la cité, aux ordres de Mickaël, seigneur de la guerre. Chacun de ces anges était vêtu d'armure, des pieds aux ailes, leurs lames brûlaient d'un feu chaud et bleu.

Les paroles des deux anges avaient nettement refroidi l'ardeur de Davvy et Ratziel. Il leur fallait trouver un plan, une idée. Errer n'était pas une solution. Chaque jour qui passait les affaiblissaient, ils étaient obligés de perdre un temps fou à chercher de la nourriture. Ils devaient aussi prendre soin des blessés. La fuite ne leur apportait rien de bon non plus.

Pour Davvy, il ne restait qu'une solution, s’ils ne pouvaient pas actuellement affronter El, avec Mickaël et Raphaël : « Nous devons trouver Raphaël et Mickaël, et leur ramener leurs mémoires. Qu'ils se souviennent de tout leur passé. A nous cinq, après, nous pourrons aller à la rencontre d'El, dans sa cité. Qui est la nôtre aussi. »

* * * * * * *

Le lendemain ils envoyèrent des patrouilleurs dans toutes les directions afin de connaître la position des anges restés fidèles, et trouver où se situaient Mickaël et Raphaël.

Durant ce temps le gros de la compagnie parti vers le nord, en quête d'une région plus clémente, moins aride, où trouver plus facilement à manger, et à boire. La traversée fut longue et fatigante pour les anges, plusieurs centaines de kilomètre de mer à franchir, sans pose possible, ni ombres où se rafraîchir.

Ils trouvèrent finalement une ville entièrement abandonnée à la lisière d'une forêt et d'un torrent. La ville, qui devait accueillir en temps normal une dizaine de milliers d'âme, semblait abandonnée depuis peu, dans la précipitation. Des murs, des maisons à terre, des traces d'impacts, étaient autant d'indices d'un combat qui datait d'une dizaine de jours tout au plus.

Ils établirent le quartier général, dans l'église principal, seul bâtiment assez haut de plafond pour ne pas gêner les anges et leurs ailes. Davvy et Gabrielle allèrent dormirent dans une petite maison accrochée à l’église. Blottie dans les bras de l’adolescent, Gabrielle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Les ombres qui dansaient au grès des feu de camp, lui rappelait un cachot plein de brasero. Le vent qui sifflait entre les volets ressemblait étrangement à une voix cassée d’avoir trop criée.

« Que fera-t-on, un fois que tout sera fini, Davvy ? »

Sa question l’avait surpris, il somnolait à moitié, attendant d’être sûr que Gabrielle soit endormie avant de s’autoriser à sombrer à son tour.

« Je ne sais pas. Ce qu’on voudra j’imagine. On pourra retourner vivre dans la cité. Voler au-delà des plus hauts monts, dans ces vents encore inconnus de tous.

- Je ne pourrais plus jamais voler. Elles ne repousseront jamais – d’un geste elle indiqua les moignons qui sortaient de son dos, l’os visible par endroit, recouvert de croûte rougeâtre à d’autres. Sans ailes, je ne suis plus une archange. Qu’est-ce que je vais être alors ? »

Ses mots s’échappaient par vague, hachés par sa respiration hésitante, par des larmes qui coulaient, par une peur de cette inconnue qui se profilait devant-elle. La peur de ce futur qu'ils allaient désormais devoir tous affronter.

« Tu pourrais peut-être être humaine non ? Certes on ne peut pas voler, mais ce n’est quand même pas si mal d’être humain. »

Les yeux dans les yeux, Davvy crût voir un léger hochement de tête, juste avant qu’ils ne s’embrassent.

* * * * * * *

Le réveille fût brutal, Davvy n’entendit rien, ni l’ange monter dans l’escalier, ni quand celui-ci se faufila dans la chambre. Ce fût la chaleur de sa torche sur ses joues qui le réveilla.

« Davvy, Gabrielle. Réveillez-vous.

- Que se passe-t-il Kaworu ?

- Des anges arrivent. Des fidèles d’El. Ratziel vous attend dans l’église. »

     Quand ils arrivèrent dans l’église, Ratziel était déjà prêt, accompagné d’Alexielle et de Kaworu. Une carte des environs était posée sur l’autel, et les trois anges répartis autour étaient engagés dans une discussion agitée.

     « Même si les renforts ne sont pas loin, nous ne pouvons être sûr de tenir assez longtemps, la voix de Ratziel paraissait calme malgré la teneur de ses propos.

- Il nous faut essayer et résister, à quoi bon fuir et fuir sans cesse. »

C’était Kaworu qui tenait tête à l’archange. Avant, quand ils étaient encore tous les six dans la cité, aucun ange n’aurait discuté une décision des archanges. Mais maintenant chacun se rappelait, se souvenait. Maintenant et seulement maintenant, ils existaient vraiment. Tous les anges avaient une réelle existence, plus seulement le groupe des six amis.

Davvy fût abasourdis par cette nouvelle compréhension que la discussion – mouvementée dorénavant – lui avait fait voir. Jusqu’alors les autres anges n’avaient été, pour eux six, que des éléments fondus dans le décor. Leurs noms n’avaient pas plus d’importance que leurs personnalités. Comment auraient-ils pu avoir une personnalité sans passé ? Sans avenir non plus.

Ratziel semblait avoir pris l’avantage dans la discussion : « Tenir trois ou quatre heures, oui c’est possible. Mais il suffit qu’un endroit cède, qu’un de leur groupe parviennent ici, qu’ils le capturent, et tout est fini. » En disant cela, Ratziel désignait Davvy de la main. Après un court silence il reprit en direction de Davvy et de Gabrielle :

« Comme hier, un groupe de quelques anges va vous amener loin de la bataille. Une grande forêt se trouve au nord-est, vous nous y attendrez. »

Et pendant que Ratziel continuait son plan de bataille, Davvy regardait Kaworu, et Alexielle. Il pensait qu’avant ce n’avait été que des pions des marionnettes, sans existence propre. Et Ratziel continuait, indiquant qu’ils se battraient tous en attendant les renforts. Bien sûr, ils se battraient tous, jusqu’à ne plus se souvenir. Selon Ratziel, une fois leurs renforts arrivés, ils devraient encore être assez nombreux pour mettre en déroute les anges d’El. Mais combien se perdraient, oubliant leurs passés, redevenant ce qu’ils étaient avant. De simples personnages fondus dans un décor.

« NON ! »

Le mot avait surgi, surpris tout le monde, l’église elle-même, qui répétait le mot dans un écho faiblissant. Davvy avait dû mobiliser toute sa volonté pour s’affirmer devant les anges. Il avait beau avoir grandi, et être désormais aussi grand que Ratziel, les anges avaient une posture qui rayonnaient de sagesse. Bien qu’au vu des évènements Davvy avait compris depuis longtemps que cette sagesse n’était qu’apparente. Les trois anges regardaient Davvy, attendant un geste, un signe, un autre mot avant de réagir. Gabrielle se tenait prêt de lui.

« Je ne peux pas fuir. Je ne dois pas passer mon temps à fuir dès qu’une bataille arrive. Je dois être avec vous, je dois être avec eux – d’un geste il désigna l’extérieur de l’église, tous les anges rassemblés déjà prêt pour la bataille. Vous m’avez tous suivi jusqu’ici, non ? Comment pourrais-je, moi, vous abandonner.

- Et s’ils te capturent ? Comment ferons-nous ? Ratziel n’avait pas l’air ravi, mais déjà la discussion était plus calme que la précédente.

- Alors, El me verra, et tout se terminera d’une façon ou d’une autre. Vous n’allez pas vous battre pour moi tout à l’heure. Mais parce que vous avez un passé, des souvenirs qui vous tiennent à cœur. El veut vous forcer à ne vivre qu’au présent, être maintenant au présent, mais ni hier, ni demain! S’il gagne vous ne serez plus. Tout juste un décor de paysage, qui agit quand on lui demande, mais n’a ni volonté, ni existence. Vous vous battez pour vous, pour vos vies. Même sans moi vous pouvez vous battre. »

Sa longue tirade avait laissé tout le monde de court, un silence seulement interrompu par le rire discret de Gabrielle : « C’est devant l’ensemble des anges qu’il aurait fallu faire ce beau discours, et pas seulement devant nous quatre.

- Alors allons-y. Réunissez-les tous. Gabrielle a raison : il faut bien un beau discours avant une belle victoire. »

C'est le sourire aux lèvres, qu'ils terminèrent de préparer la bataille avant de réunir l’ensemble des anges. Ils choisirent de séparer les anges en cinq groupes pour couvrir les différents quartiers de la ville. Alexielle et Ratziel en commanderait chacun un, entourant le groupe de Kaworu, Gabrielle et Davvy. Les deux derniers groupes seraient pris en charge par des anges que Davvy ne connaissait que de vue.

De nombreux anges avait été blessés aux ailes – plus ou moins gravement – lors des batailles précédente, le plan de bataille était donc de se battre dans les rues, afin de profiter de chaque combattant. Ceux qui pouvaient encore voler avaient pour ordre de ne pas aller au-dessus de 10 mètres. Si El voulait se battre, il devrait faire descendre ses anges, venir se battre entre les immeubles, les poteaux, les fils électriques, les arcanes.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez