Chapitre 8 : Rue des Cauchemars [4/4]

Notes de l’auteur : Salut ! Voilà enfin la dernière partie du chapitre !
Désolée pour mon retard, mais j'ai eu quelques petits soucis de connexion internet ^^'
Mais pas d'inquiétude, me revoilà ! Alors n'hésitez pas à me donner votre avis ! ;)

Bonne lecture !

Quand elle reprit conscience, quelques instants plus tard, le silence qui régnait dans la pièce était assourdissant. La fée s’était tue et semblait s’être retiré dans une pièce voisine. À travers le brouillard de ses pensées, Amélia pouvait l’entendre fredonner joyeusement en se déplaçant sur le parquet grinçant.

Étendue sur le sol poussiéreux, Amélia mit un moment à se rendre compte qu’elle ne se trouvait plus dans l’entrée mais dans une pièce adjacente. La jeune fille était épuisée. Du sang avait coulé dans ses yeux, réduisant un peu plus sa vision déjà amoindri par l’obscurité ambiante. Sa tête lui faisait atrocement mal et ses membres endoloris refusaient catégoriquement de bouger.

Un soupire lui échappa. Dans son esprit à demi embrouillé, elle repensa à son frère qui l’attendait à la maison… Azriel se rendrait rapidement compte qu’elle avait disparu, il serait sûrement le premier à donner l’alerte. Mais… qui viendrait la chercher ici ? Amélia était une sorcière, la fille du roi qui plus est, qui penserait qu’elle viendrait se balader dans la rue la plus sinistre du Quartier des Fées ? C’était absurde. Et même si Azriel le leur disait, il leur faudrait des jours avant de penser à entrer dans cette rue maudite que mêmes les habitants du quartier avaient fui.

En y repensant, Amélia se trouva bien bête d’avoir poursuivi sa route. Tout annonçait un désastre. Elle aurait bien dû se douter, en voyant les maisons abandonnées qui entouraient cette rue, qu’il ne fallait pas y entrer, non ?

Peut-être sa mère avait-elle raison, peut-être la curiosité était-elle un vilain défaut.

Personne ne viendra… songea-t-elle tristement.

Amélia se sentait de plus en plus faible. Elle allait abandonner, se laisser aller à la douce fatigue qui l’étreignait quand un grand bruit lui fit rouvrir brusquement les yeux. Elle entendit alors des cris. D’abord ceux de la fée, presque animal alors que la porte grinçante volait en éclat dans le hall. Puis ceux, plus grave, d’un homme, visiblement bien décidé à ignorer les hurlements de la maîtresse des lieux.

Amélia aurait voulu crier elle aussi, dire à cet inconnu tombé du ciel qu’elle était là, juste à quelques pas de lui. Mais seul le silence s’échappa d’entre ses lèvres. Même son corps refusait de bouger, invariablement immobile malgré tous ses efforts pour faire du bruit et guider cet étranger providentiel vers elle. 

Quand une silhouette pénétra soudain dans la pièce, Amélia remercia la Déesse silencieusement. Envahie par un soulagement intense, la jeune fille ne put s’empêcher de sourire en voyant l’inconnu se précipiter vers elle. Des larmes de joie lui brûlèrent les yeux, l’aveuglant encore un peu plus.

Dans l’une de ses mains, l’adolescente crut deviner les contours d’une vieille lampe à huile de facture humaine, dont la lumière dévoilait un visage soucieux caché sous un vieux chapeau miteux. À moitié aveuglé, Amélia en discerna à peine les traits. Mais, dans le semi-brouillard dans lequel elle flottait, la jeune fille tenta de graver dans sa mémoire son regard, d’une magnifique couleur turquoise.

Puis elle vit son sauveur se redresser brusquement. À l’entrée de la pièce la mauvaise fée se tenait prête à abattre l’inconnu. De là où elle se trouvait, Amélia la distinguait à peine dans l’obscurité ambiante. Il lui fallut quelques instants pour remarquer que quelque chose d’étrange avait commencé à flotter dans l’air. Une odeur, comme un parfum de fleur, s’était rependu dans la pièce. Mais, même en fouillant dans sa mémoire, Amélia ne sut en identifier l’origine, cette senteur lui était parfaitement inconnue. Et pourtant… une sensation de familiarité lui chatouillait l’esprit, sans qu’elle ne réussisse à en comprendre la source. Où avait-elle pu la sentir ?

Mais, avant qu’Amélia ait eu le temps de se poser plus de question, elle vit l’homme lancer quelque chose sur la fée qui recula de plusieurs pas en hurlant avant de courir se cacher. Ne perdant pas une seconde, l’inconnu se tourna vers Amélia et la souleva sans peine. Dans ses bras, elle avait l’impression de ne peser pas plus lourd qu’une plume.

Une fois la porte franchie, la jeune fille fut éblouie par la lumière du soleil qui commençait à se coucher à l’horizon. L’obscurité qu’elle avait rencontré à son arrivée s’était totalement dissipé. Mais, avait-elle seulement existé ? Dans les contes, les mauvaises fées manipulaient les sens de leurs victimes. Celle-ci en avait-elle fait autant avec Amélia ?

L’adolescente n’arrivait plus à réfléchir. Elle entendait vaguement son sauveur lui dire de s’accrocher, de ne pas s’endormir. Sa tête posée sur son épaule, elle entrevoyait vaguement son visage à travers ses paupières engluées de sang. Elle se sentait si bien, lové contre cet inconnu dont la chaleur la réconfortait après l’épreuve qu’elle venait de traverser. Une intense fatigue l’écrasa soudain, faisant tomber doucement ses paupières. Amélia fut navrée de ne pas pouvoir rester éveillée plus longtemps, la fatigue était si intense et ses membres si lourds… Cependant, elle ne put quitter des yeux les iris turquoise de son sauveur. La couleur était si belle, si vive !

Magnifique… fut la dernière chose qu’elle pensa avant de perdre connaissance à nouveau.

 

À son réveil, Amélia n’était plus dans les bras de l’inconnu aux yeux turquoise, mais dans un lit – somme toute confortable – sous ce qu’elle mit un moment à identifier comme la toile d’une tente. Elle papillonna des paupières quelques instants, essayant de remettre de l’ordre dans ses pensées.

En se redressant, la jeune fille observa alentour, confuse. Elle se trouvait bel et bien sous une tente, entouré de lits de camps et de personnes qui allaient et venaient dans un ballet incessant. Il lui fallut un moment pour comprendre qu’elle se trouvait dans un dispensaire. Mais lequel ? Cela restait à découvrir.

Une vive douleur lui transperça soudain le crâne. Amélia porta instinctivement une main à son front et découvrit que celui-ci avait été bandé. Elle remarqua alors les couvertures tricotées à la main et les plaids en patchwork dans lesquels elle avait dormi. Il s’agissait là d’un superbe travail, l’œuvre d’une fée à n’en point douter.

Amélia balaya ses pensées d’un revers de main quand son regard accrocha une forme colorée non loin d’elle. Elle dut plisser les yeux pour en discerner les contours et, après un moment de réflexion douloureuse, elle reconnut enfin le symbole qu’arboraient les bénévoles. Un sourire étira ses lèvres. La Croix du Cœur, donc. Elle en avait reconnu l’emblème – un cœur écarlate entouré d’une croix protectrice argentée – et en fut soulagée. Il existait de nombreux dispensaires dans le Quartier des Fées, mais seule de la Croix du Cœur était une association reconnue par la Sorciété.

Un soulagement immense l’assaillit. Elle était hors de danger.

Autour d’elle, des dizaines de bénévoles, tout enfant d’Aurora confondu, tentaient de venir en aide aux fées les plus démunies. Amélia reposa les yeux sur les couvertures qui l’entouraient. Elle en caressa la surface, songeuse, quand elle remarqua quelqu’un s’approcher du coin de l’œil.

En relevant la tête, la sorcière vit une sublime jeune fille s’asseoir à ses côtés en souriant. Amélia la reconnu tout de suite. Il s’agissait de Faith Wilkins, l’une des rares amies de l’adolescente et bénévole du dispensaire de la Croix du Cœur depuis des années. Amélia ne connaissait pas de personne plus gentille et attentionnée que cette vampiresse et fut plus que soulagée de la croiser ici.

– Ne bouge pas, lui dit-elle en vérifiant son bandage, tu as reçu un gros coup sur la tête.

– Que s’est-il passé ?

Faith eut un sourire contrit.

– Tu es entré dans la maison d’une pixie.

– Moi qui pensais que ce n’était que des histoires pour les enfants, marmonna Amélia en se grattant la tête.

Faith lui asséna une tape sur la main avant de poursuivre, toujours aussi calme.

– Eh bien tu penses mal. Il est vrai qu’elles sont peu nombreuses, mais elles existent expliqua-t-elle d’un ton docte en retirant soigneusement le bandage d’Amélia.

Elle étudia attentivement l’entaille qui lui barrait la tempe avant de poursuivre :

– Ces fées sont dangereuses, elles envoûtent les gens et les perdent avant de les attirer chez elle pour les tuer. Tu n’es pas la première à t’être fait avoir, de nombreuses personnes en sont victimes chaque semaine. Et non, les fées ne sont pas épargnées, ajouta-t-elle avant que la sorcière ait pu ouvrir la bouche.

– Pourquoi ne pas la faire arrêter dans ce cas ? interrogea Amélia en se frottant la tête.

Faith lui tapa de nouveau la main, faisant grimacer la jeune fille avant de soupirer en rangeant les bandages.

– Amélia, tu sais mieux que quiconque qu’une fée noire n’est que le cadet des soucis des Premières Familles, dit-elle tristement.

La vampiresse fut appelée pour aider une autre fée. Elle s’excusa auprès de l’adolescente et courut aider l’elfe qui la demandait. Amélia observa une minute de silence, admirant son amie travailler. Quand elle revint la voir, la sorcière se souvint soudain de l’inconnu qui l’avait sorti de chez cette pixie.

– Comment suis-je arrivé ici ? questionna-t-elle.

Bien que floues, des images lui revenaient par bribes : un vieux chapeau miteux, une étrange lampe à huile… des yeux turquoise.

– Il y avait… il y avait un homme, dit-elle en se massant les tempes.

– Tu as eu beaucoup de chance, annonça Faith et se laissant tomber sur le bord du lit de camp qui grinça allégrement. Deux jeunes fées t’ont vu entrer dans la maison, expliqua-t-elle. Elles ont tout de suite compris que tu t’étais fait piéger et ont alerté le frère de l’une d’elles. C’est lui qui t’a amené ici.

Une fée… voilà qui expliquait ses magnifiques yeux bleu-vert. Peu d’enfant d’Aurora pouvaient avoir un regard pareil.

– Comment s’appelle-t-il ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint. Je voudrais le remercier, tu sais où je pourrais le trouver ?

Faith fit la grimace, dubitative. Elle commença à se tordre les mains, comme elle le faisait toujours quand elle était mal à l’aise.

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dit-elle finalement. Il n’aime pas beaucoup les sorcières, comme une grande partie des fées d’Osha. S’il t’a sauvé, c’est uniquement parce qu’il ne savait pas que tu en étais une. Je pense qu’il t’a prise pour une humaine. Beaucoup d’humains travaillent au dispensaire et le Quartier des Fées est tellement grand qu’il leur arrive de se perdre. Et comme les sorcières ressemblent beaucoup aux humains…

– Tu veux dire que s’il l’avait su il ne m’aurait pas aidé ? s’étonna la sorcière.

– Bien sûr que si !

Faith se frotta les yeux, passa les mains dans ses longs cheveux noirs avant de soupirer. Elle semblait épuisée mais prit la peine de chercher les mots justes. Amélia voyait bien les cernes qui pendaient à ses yeux. Avait-elle seulement dormi la nuit dernière ? Entre son travail à la boutique de ses parents et le dispensaire, Faith avait l’air débordée. Et épuisée.

– Je crois que tu ne comprends pas bien la situation, finit-elle par dire, le regard sombre. La mort d’une sorcière, peu importe laquelle, dans le Quartier des Fées, surtout par les temps qui court, pourraient être vu comme des représailles du peuple féerique contre le gouvernement des ensorceleuses. Une guerre civile ferait plus de victimes que ce tueur qui court les rues.

– Je vois…

Il y eut un silence, puis Amélia porta une main à sa tête.

– Et… je garderai une marque ? demanda-t-elle soudain. Ma mère ignore que je suis venu ici, tu vois ?

Amélia afficha un pauvre sourire. Faith le lui rendit, visiblement soulagée de changer de sujet. La vampiresse n’avait jamais aimé la politique, elle préférait de loin aider les gens comme elle le faisait au dispensaire. Elle trouvait cela plus simple que les jeux de pouvoirs et les petites manigances auxquels s’adonnaient les sorcières.

– Ne t’inquiète pas, la rassura-t-elle en passant un doigt sur la plaie rendue presque invisible derrière les mèches d’Amélia. L’une de nos fées guérisseuses prépare des baumes cicatrisants miracles. Il me semble qu’elle tient sa recette d’Anita Norwood. Je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’elle lui ait elle-même enseigné comment faire.

Son sourire se fit alors plus rêveur. Faith avait toujours eu beaucoup d’admiration pour la guérisseuse et rêvait secrètement d’en devenir une à son tour. Venir en aide aux autres était comme une seconde nature pour elle. Mais ce choix de carrière ne plaisait pas vraiment à ses parents qui désiraient qu’elle reprenne un jour les rênes de leur boutique. Cependant, Amélia ne doutait pas que, si elle le leur demandait, ses parents accepteraient de la laisser suivre son propre chemin. M. et Mme Wilkins n’avaient jamais été très sévères, comme leur fille ils étaient d’une gentillesse et d’une bienveillance incroyable, si bien qu’on finissait par se demander s’ils étaient bien vampires. Malheureusement, la si grande gentillesse de Faith lui faisait alors défaut, car, de peur de leur faire de la peine ou de les décevoir, la jeune fille n’osait pas le leur demander. À la place, elle faisait de son mieux pour aider son prochain en aidant ses parents à la boutique et en travaillant comme bénévole ici, à la Croix du Cœur. 

– Tu ne garderas aucune marque. Et personne ne saura ce qu’il s’est passé. Ça restera entre nous, conclut-elle avec un clin d’œil.

– Merci Faith, souffla Amélia avec reconnaissance. Je ne sais pas ce que j’aurai fait sans toi.

– Tu aurais été dans de beaux draps, comme d’habitude, s’amusa la vampiresse en se relevant.

Toutes deux rigolèrent et parlèrent encore quelques instants, puis Faith raccompagna Amélia jusqu’à la sortie, lui indiquant par la même occasion comment rentrer. La sorcière la remercia encore une fois avant de lui dire au revoir et s’enfonça une fois de plus dans les méandres du Quartier des Fées.

Sur le chemin, Amélia ne put s’empêcher de regarder le ciel qui s’assombrissait dangereusement. Il était grand temps pour elle de rentrer.

Choisissant d’utiliser des chemins de traverses, Amélia quitta la route principale menant à la Grand-rue et entra dans une ruelle sombre. Elle observa vite les alentours et se posta devant la première porte qu’elle trouva. Là, à l’abri des regards elle posa une main sur la paroi et ferma les yeux. La fatigue et le choc de sa mésaventure la faisaient encore trembler et utiliser la magie dans cet état-là pouvait se révéler compliqué, surtout quand il s’agissait de sort aussi complexe que celui qu’elle s’apprêtait à utiliser.

Tant pis, souffla-t-elle en son for intérieur, je ne rentrerai pas directement à la maison.

Le sortilège du Porte-à-porte était l’un des premiers qu’elle avait eu le droit d’expérimenter au manoir et lui avait permis de créer son tout premier passage secret. Pour se faire, elle n’avait besoin que d’une porte et de quelques minutes. Le problème majeur de ce sort, surtout quand il s’agissait d’aussi longue distance, était qu’il consommait une bonne partie de l’énergie magique, et fatiguée comme elle était, elle ne pourrait pas le maintenir ouvert très longtemps.

Plongeant dans son essence qu’elle sentait de nouveau bouillonner au bout de ses doigts, Amélia visualisa la rue la plus proche de chez elle. Elle chercha dans sa mémoire la porte idéale, peu utilisée mais pas condamnée. Elle décida finalement de jeter son dévolu sur la porte arrière d’une auberge de jeunesse dans la Rue des Rêves. Puis elle imagina un lien solide se tisser entre les deux portes, faisant d’elles une seule et même entité séparée en deux.

Une fois son sort achevé, Amélia ouvrit les yeux et sa main glissa presque de la porte. Elle reprit son souffle un instant, essuyant la sueur qui perlait à son front, avant de se saisir de la poignée. Elle pria la Déesse pour que ça marche et ouvrit la porte avant de fondre à l’intérieur. Pendant une fraction de seconde, Amélia sentit un froid intense lui transpercer la poitrine avant de disparaître aussi brusquement qu’il était apparu.  

Parvenue de l’autre côté, la sorcière trébucha après avoir raté une marche et tomba à genou dans la rue. En se retournant, elle vit la porte se refermer derrière elle. Un sourire étira ses lèvres alors qu’elle reprenait son souffle.

Elle avait réussi.

Un rapide coup d’œil alentour lui confirma qu’elle se trouvait bel et bien dans la Rue des Rêves, l’une des rares du Quartier des Sorcières à accueillir toutes sortes d’enfants d’Aurora venu à Riverfield pour leurs études.

Après un instant de repos, Amélia se releva et marcha vite en direction du manoir. En arrivant devant celui-ci, elle fut rassurée de n’avoir croisé personne et en profita pour entrer en toute discrétion. Cette fois-ci, pas question de passer par la grande porte ! L’adolescente contourna soigneusement la bâtisse et se posta devant un mur recouvert de lierre sauvage. D’un geste expert elle le souleva et enjamba le parterre de fleur à ses pieds avant de traverser le mur comme si de rien n’était.

Elle se retrouva alors dans le petit salon qui jouxtait celui où Azura aimait tant recevoir du monde. Amélia avait découvert ce passage secret grâce à la grand-mère Magdalena des années plus tôt alors qu’elle cherchait à fausser compagnie à son précepteur. Son aïeule lui avait raconté que ce salon privé – accessible uniquement par ceux qui en connaissaient les accès secrets – avait été créé par sa sœur, Marigold, des siècles plus tôt. Véritable cœur d’artichaut, la sorcière faisait ainsi discrètement entrer ses amants au manoir le soir venu avant de les abandonner au matin, tout souvenir du passage effacé de leur mémoire.

Mais Amélia ne prit pas le temps de détailler la pièce et s’approcha à grand pas de l’un des plus grands tableaux du salon. Elle toqua trois fois sur son cadre et celui-ci s’ouvrit comme une porte dérobée. L’adolescente enjamba la marche et fila dans le couloir sombre en direction de l’escalier menant au premier. Là, elle appuya sur une figure de bronze planté dans le mur et celui-ci coulissa en silence. Elle sauta alors dans le couloir, laissant le passage se refermer derrière elle et courut presque jusqu’à sa chambre où elle se laissa tomber sur son lit, épuisée.

Amélia sentit alors quelque chose la gêner. Elle se releva, perplexe, et commença à fouiller dans les replis de sa robe. Elle découvrit alors un magnifique pendentif de bronze à la chaine abîmée. Il semblait ancien. Au devant, Amélia découvrit des gravures de toutes beauté représentant une rose entourée d’une couronne de ronce. Tandis qu’au dos, et malgré la patine, l’adolescente discerna ce qui ressemblait à un ancien blason entouré d’une phrase superbement calligraphiée. En le retournant, elle réussit à la lire.

 

« La douceur du miel ne console pas de la piqûre de l’abeille. »

 

Amélia eut un sourire amusé. Visiblement, son sauveur avait oublié quelque chose dans sa hâte de partir. Serrant le médaillon dans sa main, elle se promit d’y retourner, ne serait-ce que pour le rendre à son propriétaire.

Quelques coups furent toqués à la porte. Surprise, Amélia se redressa d’un bond et cacha le collier au fond de l’une de ses poches avant de se tourner vers elle. La porte s’ouvrit finalement sur Azriel, assit dans son fauteuil, la mine fatiguée. Avait-il guetté son retour toute la soirée ? Elle n’avait même pas vu quelle heure il était.

– Je savais bien que je t’avais entendu rentrer, fit-il avec un petit sourire. Tu en as mis du temps, je commençais à m’inquiéter. Est-ce que ça va ?

– Tout va bien, sourit Amélia, rassurée, je vais bien. En revanche, je n’ai rien trouvé d’intéressant pour l’enquête. Il faudra que j’y retourne.

Azriel la fixa un instant, étudiant sa sœur avec attention. Amélia ne put s’empêcher de retenir son souffle.

– D’accord, finit-il par dire. Mère va bientôt revenir de sa soirée d’art magique de la maison Stone. Je crois que Rosita a même réussi à la convaincre de tenter une peinture à l’aveugle. Ma foi, fit-il en haussant des épaules, on verra bien ce que ça a donné.

L’image d’Azura les yeux bandés en train d’essayer de peindre arracha un sourire à la jeune fille. Elle imaginait déjà sa mère en train de rouspéter après Rosita pour ses idées incongrues.

Azriel ne l’avait pas quitté des yeux.

– Tu devrais te changer, ajouta-t-il après un silence, si elle te voit comme ça, elle va faire une crise.

Amélia se figea, puis son regard se posa sur sa tenue. Certes, elle ne garderait aucune marque à la tête, mais ses vêtements étaient couverts de sang et de poussière. Mal à l’aise, elle pinça les lèvres. Azriel se détourna avec un sourire et lui fit un clin d’œil.

– Ne t’inquiète pas, ton secret sera bien gardé. Mais la prochaine fois, j’espère que tu me feras assez confiance pour te confier à moi s’il y a un problème.

Puis il s’en alla.

De nouveau seule, plantée au milieu de sa chambre, Amélia se sentit bien bête et affreusement honteuse alors que la porte se refermait sur son frère.

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Zoju
Posté le 18/04/2021
Nous voici donc arriver à la fin de ce chapitre fort en émotion pour Amélia. Je dois t'avouer que je n'ai pas pu m'empêcher de rire en lisant la manière dont son sauveur est entré chez la Pixie. J'avais l'impression de voir un taureau défoncer la porte XD Blague à part, même si on ignore qui est ce personnage, je l'ai trouvé marquant, surtout ces yeux qui doivent être magnifiques. Je trouve ça bien que Faith sait qui c'est. J'ai également bien aimé la phrase sur le pendentif et sa description. Je suis curieuse de voir qui est cet inconnu. Peut-être qui va ouvrir les yeux à Amélia sur la situation de la sorciété, même si elle sait déjà qu'il y a un problème et lui permettre d'agir concrètement.

Quoi qu'il en soit, ce chapitre 8 était vraiment sympa à lire et j'ai passé un très bon moment. Encore désolée pour mon silence un peu long, mais n'ayant pas beaucoup de temps ces derniers temps, j'ai préféré attendre la publication du chapitre complet et m'en occuper d'un coup. Pour le reste, hâte de lire la suite ! Courage pour l'écriture ! :-)
Lunatique16
Posté le 19/04/2021
Re-coucou !
Déjà, ne t'inquiète pas, je comprends parfaitement que tu n'ai pas forcément eu le temps de continuer ta lecture, moi-même je n'ai pas remis les pieds dans ton univers (ni aucun de ma PAL) depuis un moment et j'en suis désolée >_<'
Ensuite, merci pour ton commentaire, je suis contente et rassurée de voir que ce chapitre t'ai plu (et diverti pour le coup !)
Enfin, la suite arrivera dans quelques jours, histoire que je la relise bien comme il faut (c'est à dire au moins dix fois avant d'être satisfaite)
Encore merci et courage à toi aussi ! :-)

A bientôt !
Elora
Posté le 17/04/2021
C'est une chance que l'homme aux yeux turquoises soit venu la chercher !
Bien qu'il n'aime pas les sorcières, Amélia et lui pourraient être amis, elle a en plus de ça une dette envers lui.
La phrase du pendentif est assez triste, une histoire se cache derrière lui, peut-être une personne regrettée ou une mise en garde. Il va permettre à Amélia d'y retourner et de revoir l'inconnu, et peut être l'aidera-t-il dans son enquête.
La sorcière est terrifiante, mais elle se laisse facilement impressionner quand les gens ne sont pas sous son emprise, c'est assez ironique, elle se sent puissante car elle a des pouvoirs.
Amélia est une princesse ! Je n'avais vraiment pas capté, mais c'était assez logique. je pensais que son père était juste un homme haut-placé dans la sorciété, mais il est roi ! Il n'y a pas spécialement d'indices qui le laisse deviner, bien que les Moonfall soient très riches et respectés de tous, sauf si c'est moi qui n'ait pas fait attention à certains détails.

Le texte est toujours bien écrit, fluide, et tu arrives à nous faire ressentir ce qu'Amélia ressent elle-même.
Vivement la suite !
Lunatique16
Posté le 17/04/2021
Hello !
Merci encore pour ton commentaire, ça me fait trop plaisir !
Par la sorcière, tu veux parler de la fée noire, non ? En tout cas, les réponses à tes interrogations sur elle et l'inconnu vont bientôt être résolues ! Mais je n'en dit pas plus ;)
Et oui, Amélia est une princesse. Je sais que ce n'est peut-être pas très clair... En fait, chaque peuple d'Osha possède son propre gouvernement, les sorcières étant tout en haut du pouvoir, elles règnent sur leur peuple et supervise aussi les autres au travers d'un conseil mené par la famille Moonfall. Les Premières Familles dont on parle souvent sont les Moonfall (qui dirigent), les Lerouge et les Norwood (qui sont sensé conseiller). Mais tu verras que dans l'histoire du pays, ça n'a pas toujours été ainsi et la tension des Lerouge face aux Moonfall ne date pas d'hier. Je pense d'ailleurs que tu comprendras mieux dans le chapitre suivant.
Je suis contente, j'avais peur que ce soit trop superficiel, qu'on ne ressente pas assez les émotions d'Amélia ^^

La suite sera pour bientôt, promis !
Elora
Posté le 17/04/2021
Par sorcière je voulais dire méchante fée, Amélia n'est pas si terrifiante que ça !
Je comprend mieux la sorciété, merci pour les explications, tu pourrais les rajouter dans un chapitre, ça nous éclaircirais et on comprendrais mieux le monde d'Amélia.
Depuis le début, les Lerouge doivent être susceptible d'hériter du trône, et une guerre constante règne entre les Moonfall et eux. Quelle catastrophe ce serait s'ils montaient sur le trône...
Lunatique16
Posté le 17/04/2021
Ne t'en fais pas, j'en prend bonne note pour une prochaine relecture. Et tu découvriras bientôt que la catastrophe, ils l'ont déjà bien vécue x)
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