Chapitre 8 - Métamorphose

Notes de l’auteur : Chapitre mis à jour le 28/04

Tu sais, gamine, personne ne dort vraiment dans un bordel. Quand la nuit tombe, les murs des chambres se font les gardiens de fantasmes secrets, souvent inavoués par ceux qui y séjournent. Mais pour moi, au contraire, cette première nuit chez Madame Morgane se révéla la plus reposante depuis bien longtemps. Quand j'étais à Londres, dormir paisiblement dans la rue s'avérait impossible : je devais veiller à ce que personne ne me vole le peu de biens que je possédais en permanence. Tuer et violer des gosses restait également une monnaie courante dès la tombée de la nuit. Quant à mon couchage sur le Nerriah, mon hamac me lacérait le dos avec ses cordes rêches, ne me permettant qu'un sommeil très léger. Mais dans cette chambre, habituellement réservée aux domestiques de l'établissement, je pus m’emmitoufler dans des couvertures et profiter d'un matelas moelleux, comme je n'en avais pas eu depuis l'orphelinat. Mieux encore, ce lit, comparé à celui de ma dernière expérience, ne cachait pas de puces.

On vint me réveiller aux aurores. J'avais dormi tout habillée, trop crevée pour prendre le temps de m'installer correctement. Après m'être débarbouillée rapidement le visage, on me conduisit dans la chambre personnelle de Madame Morgane. Celle-ci se trouvait derrière son bureau, en train d'écrire les gains de la soirée dans son livre de compte. À mon entrée, elle dirigea son attention vers moi, portant son regard expert sur mon accoutrement.

« C'est un miracle que personne ne t'ait découverte, lâcha-t-elle. Avec quelques années de plus, la supercherie aurait échoué dès que tu aurais mis les pieds sur le pont du Nerriah. Heureusement pour toi, tu n'es encore qu'une enfant, donc tu as pu t'en sortir. Mais si tu veux survivre, il va maintenant falloir faire plus d'effort. Écoute tout ce que je te dis, et tu pourras rester dans l'équipage du capitaine Forbes. Je me suis bien faite comprendre ? »

Je hochai la tête en guise d'approbation. J'avais devant moi une femme redoutable, il valait mieux pour moi ne pas la contrarier.

Tu sais, gamine, ces femmes, à la tête des bordels, sont de vraies guerrières. Généralement, elles naissent dans la boue et la merde, puis médisent, trahissent et saignent jusqu'à gagner cette place en haut de l'échelle de la prostitution. Elles complotent avec les hommes puissants, les manipulent selon leurs désirs, les maintiennent à genoux en se servant de leurs faiblesses. Ce ne sont pas des enfants de cœur, ça, c'est sûr, mais les moyens justifient la fin : ces femmes, gamine, ont gagné une place de choix dans le monde des hommes. Elles ne sont pas respectées d'eux à cause de leurs mérites ou de leurs argents : c'est parce qu'elles sont capables de les satisfaire tout en leur volant leurs plus terribles secrets et, dans notre monde, ceux-ci valent bien plus que n'importe quels trésors.

Madame Morgane me prit par le bras et procéda à ma complète transformation en Adrian Fowles. D'abord, elle me força à prendre un bain, le premier depuis plus de deux ans. Une fois sortie de la baignoire, on me donna de nouveaux vêtements : une chemise de lin dans laquelle je flottais toujours à cause de ma silhouette rachitique, un pantalon de jeune garçon – manifestement de seconde main – une veste chaude pour me protéger du vent, un foulard marron que je nouai autour de mon cou, et un petit tricorne qui me recouvrait les yeux. Ensuite, on m'obligea à m'asseoir pour me recouper les cheveux. Le cœur noué, je vis Madame Morgane me les couper encore plus courts qu'ils ne l'étaient déjà. Après ça, on me laissa me regarder dans le grand miroir, au fond de la chambre : j'étais méconnaissable. Il ne manquait plus que le retour de la saleté pour faire de moi un salle gosse à part entière.

« Ça devrait suffire pour l'instant, déclara la patronne. Quand ton corps commencera à changer, il faudra refaire certains ajustements. Je te surveillerai de près : ces transformations sont parfois terrifiantes pour une petite fille. Tu dois me rapporter toutes les manifestations anormales qui pourraient compromettre ta nouvelle identité. Tu peux rester dormir ici ces prochains jours, il y a encore beaucoup à faire : il faut que je t'apprenne à te comporter et à parler comme un gamin de ton âge. De toute façon, vu l'état de son rafiot, Ferguson ne va pas reprendre la mer tout de suite. Il ne devrait pas tarder à arriver, d'ailleurs, alors file! »

Je ne me fis pas prier. Tu sais, elle me faisait un peu peur, cette Madame Morgane et, crois-moi, j'avais bien raison de m'en méfier. Mais pour l'heure, quand je sortis de l'office de la patronne, ce fut pour détaler l'escalier et attendre Ferguson.

Mais celui-ci me guettait déjà, accoudé au comptoir, un verre de rhum devant lui. Quand je le rejoignis, il l'abandonna aussitôt pour me contempler de la tête au pied, impressionné.

« Cette bonne femme t'a transformé bien mieux que je ne l'espérais ! Enfin, on a peu de temps. Viens avec moi ! C'est l'heure de ta première leçon. »

Il m'empoigna par le bras et m'entraîna dehors. Le soleil atteignait son zénith et il tapait dur. Dans la rue principale, pirates, commerçant et artisans s’affairaient à leurs tâches, une expression déterminée sur leurs visages. Alors voilà à quoi ressemble une ville remplie de forbans, songeais-je. Même quand j'y repense aujourd'hui, je dois avouer que c'était plutôt impressionnant. Chacun collaborait aux rénovations des bâtiments, dans une extraordinaire discipline. Cela faisait à peine quelques semaines que Nassau était tombé aux mains des pirates, mais tous aspiraient déjà à en faire leur port d'attache, le vaisseau-mère. Quand des rebelles partent à la conquête d'un lieu, gamine, le plus dur n'est pas de le prendre, mais de le reconstruire et de le préserver. Concernant la rénovation, je dois dire qu'ils s'en sortaient plutôt bien. Quant à le préserver... Eh bien, l'Histoire t'a déjà donné la réponse.

Quand Ferguson comprit que je le suivais sans discuter, il me lâcha le bras et marcha à mes côtés, suivant mon regard qui balayait l'agitation de la rue. Il ressentit ma curiosité et tenta donc de répondre à mes interrogations silencieuses :

« Cela fait presque deux mois que l'on a pris Nassau aux Anglais. Aujourd'hui, chacun fait de son mieux pour en faire notre chez nous. Cette île est tellement bien située ! On pourra aussi bien attaquer les navires espagnols que les marchands anglais. Pour le moment, les grands domaines d'exploitation alentours ne sont pas en contact avec nous. Des pirates qui prennent la possession de l'unique port de New Providence, on ne peut pas dire qu'ils voient ça d'un très bon œil ! Mais on espère pouvoir rétablir une relation moins hostile à l'avenir, notamment pour rétablir un peu de négoce. Mais pour le moment, ce n'est pas notre priorité. L'important, c'est de reconstruire et d'instaurer un minimum de règles, c'est essentiel si l'on veut garder cette place forte. »

Il s'arrêta soudain pour me prendre par les épaules et tourner mon regard vers une direction particulière. Il pointa au loin le fort, sur la colline, qui faisait l'objet d'importantes réparations.

« Tu vois là-bas ? me sollicita le capitaine. C'est là que les plus grands capitaines se rassemblent pour instaurer les nouvelles lois. Paraît qu'ils veulent appeler notre communauté « La République des Pirates ». Il y en a toujours un qui reste pour garder le fort. De là-haut, on a une vue imprenable sur la baie : il est facile de voir quel navire entre et quel navire sort. Si jamais les Anglais reviennent, nous pourrons les voir venir. »

Nous poursuivîmes notre marche jusqu'à atteindre une grande maison épargnée par la destruction. Une enseigne indiquait qu'il s'agissait d'une taverne, la plus importante de Nassau. Il en existait deux autres, mais c'était ici que l'on trouvait le meilleur rhum, ça je peux te le garantir ! Quand nous pénétrâmes à l'intérieur, Isiah et La Guigne nous attendaient, assis à une table, des chopes de bière devant eux. Le cuisinier nous fit signe et nous nous joignîmes à eux. Il me contempla un moment et me dit, hilare :

« Alors là, Adrian, on peut dire que la dame Morgane t'a passé un sacré coup de savon ! »

Je pouffai. Dans la tête de n'importe quel homme, un morveux, ce n'est jamais propre. En cela, je devais admettre que la patronne du bordel en avait fait un peu trop, au point de me faire perdre une partie de la crédibilité de ma nouvelle identité. J'appréciai cependant mes nouveaux vêtements, bien mieux adaptés à mon corps rachitique, qui me rendaient libre de mes mouvements. La Guigne, quant à lui, gardait le silence, balayant la salle de son regard perçant avec méfiance. Dans les semaines à venir, j'allais comprendre que le bosco n'aimait pas particulièrement descendre à terre. D'ailleurs, la plupart du temps, il restait sur le Nerriah lors des escales.

« Bon, Adrian, c'est l'heure de ta première leçon. »

Le capitaine posa une de ses grandes mains sur mon épaule et me désigna discrètement de l'autre deux hommes qui se tenaient au bar. Le plus petit des deux avait des cheveux gris, un tricorne noir et des yeux bleu particulièrement glaçant. Le second, quant à lui, faisait deux têtes de plus que le premier et était bâti comme une armoire à glace. Ses longs cheveux noirs de jais, noués en queue de cheval, se confondait par moment avec sa longue barbe broussailleuse. Tous deux portaient d'impressionnantes cicatrices sur leurs visages et leurs mains, signe qu'ils pillaient et voguaient sur les flots depuis belle lurette.

« Tu vois ces hommes, là-bas ? Le vieux, c'est le capitaine Hornigold et le grand gaillard, c'est Edward Teach, celui qu'on surnomme Barbe-Boire. C'est grâce à eux que, maintenant nous pouvons séjourner sur cette île entre deux pillages. Le peu de règles qui perpétuent à Nassau, c'est eux qui les dictent, alors à ta place je veillerai à ne pas avoir te frotter à ces lascars, peu importe la raison. Compris ?

— Compris, répondis-je. Vous avez participé à la prise de Nassau, vous ?

— Bien entendu, une sacrée bataille ! répliqua Isiah. Mais avec le Nerriah, nous sommes restés à l'arrière. Notre rôle était de tirer sur le fort pour le fragiliser le plus possible, afin que les pirates descendus à terre puissent le prendre plus facilement.

— Quand on y pense, ajouta La Guigne, c'est incroyable qu'on ait pu s'emparer de cet endroit, surtout quand on voit à quel point il est difficile d'y faire régner l'ordre ! Ici, un rien peu mettre le feu aux poudres !

— Ne sois pas si rabat-joie ! Nous ne sommes que des petits poissons dans cette mer de la piraterie. Laissons donc ces questions de justice et de politique à nos requins. »

Tu sais, gamine, ce n'était pas parce que nous étions des pirates qu'il n'y avait pas de hiérarchie à Nassau. Seulement, celle-ci restait davantage de l'ordre de l'accord, de la confiance ou de la crainte. Les forbans avaient laissé des hommes comme Benjamin Hornigold et Edward Teach élaborer leur code des pirates parce qu'ils avaient prouvé leurs compétences à mener à bien un abordage de grande envergure. Mais bien plus important encore, certains pirates craignaient ces hommes, et c'était la raison pour laquelle ils ne s'opposaient pas à eux. Même toi, gamine, je suis sûre que tu as déjà entendu parler de Barbe-Noire. Ce sont les légendes qui courent sur son compte qui ont fait de lui un homme craint, et pas l'inverse. Et dans un monde de forbans, gamine, susciter la crainte, c'est le pouvoir.

On nous apporta un repas chaud, que je dévorai avec avidité. Personne ne fit d'objection sur mes manières et je remarquai très vite que les leurs n'étaient pas plus délicates. Le capitaine me donna une tape dans le dos qui faillit me faire tout recracher.

« Quand on aura fini, je te montrerai comment te servir de ça. »

Il sortit alors son pistolet à silex et me le mit entre les mains. Je frémis en me rendant compte du poids que faisait cette arme à feu. Ce qui pesait le plus lourd, évidemment, c'était le mécanisme qui permettait de charger l'arme. Il s'agissait pourtant du pistolet le plus léger dont pouvait se servir un pirate.

Je le reposai sur la table et tâtai instinctivement la sacoche accrochée à ma ceinture, là ou ma fronde se trouvait. Incertaine, mon cœur se noua à l'idée de l'abandonner pour une arme plus lourde, mais aussi plus terrifiante. Mais je ressentais de l'envie, aussi : je m'imaginais pour la première fois à arme égale face aux tuniques rouges.

Ferguson me laissa dans mon mutisme pour s'adresser à son second :

« Quant à toi, La Guigne, j'aimerais que tu supervises les rénovations du Nerriah. Il faut changer tous les cordages et remettre les voiles à neuf. Dès demain, je te procurerai le matériel nécessaire.

— Et que fait-on pour les hommes ? »

Le capitaine se frotta la barbe, embarrassé. Même si la mutinerie du loup de mer avait échoué, la question demeurait épineuse.

« Débarrassons-nous du vieux gabier, avant qu'il ne fasse plus de désordre. Dès la fin des réparations, nous reprendrons les petits pillages. On s'attaquera aux petits navires marchands. La plupart sont faciles à aborder et décide de ne pas nous combattre. Nous pourrons en aborder plusieurs et récupérer un nombre conséquent de cargaison, qui nous permettra de rembourser rapidement leurs salaires perdus. Les hommes en seront satisfait, je pense. Isiah, je te charge de leur annoncer notre stratégie, il faut les apaiser, leur faire comprendre que nous maîtrisons la situation et qu'ils peuvent encore nous faire confiance. Dis-leur aussi que je paierai la moitié du prix de leurs visites chez Madame Morgane. Je m'arrangerai avec elle. »

Les deux hommes approuvèrent. Sous ses airs bourrus, Ferguson restait un capitaine hors pair, qui savait démêler les plus épineux litiges. Commander un navire pirate, peu importe la taille de l'équipage, n'était jamais de tout repos.

Le repas toucha à sa fin. Le capitaine rangea son arme, laissée sur la table, puis nous quittâmes Isiah et La Guigne d'un simple salut. Après être sortis des ruines de Nassau, nous nous frayâmes un chemin entre les tentes où les forbans dormaient, riaient, complotaient et gémissaient de plaisirs divers. Une fois sur la plage, nous marchâmes longtemps, longeant les vagues qui s'écrasaient paisiblement sur le sable. Tout le long du chemin, je ne prononçais pas un mot. Les bottes toute neuves que m'avait donné Madame Morgane me faisait mal au pied et je brûlais d'envie de les enlever. Mais les pas de Fegruson faisaient le double des miens, donc hors de question de s'arrêter.

 

Bientôt, nous gagnâmes une épave déserte. Mes yeux fixèrent avec intérêt le vaisseau. Il s'agissait d'un navire anglais, probablement échoué quelques semaines plus tôt, lors de l'invasion du port. Le grand mât s'était brisé sur le sable et il ne restait rien des voiles, probablement emportées par le feu et le vent. La coque avait été perforée par des coups de canon, rendant le navire irrécupérable. Une sensation étrange parcouru mon petit corps à ce moment-là, comme si tout ce qui m'avait toujours effrayée, autrement dit l'armée anglaise, ne se révélait ici qu'un vestige déchu, un fantôme d'un passé lointain.

Cela me fit sourire.

Le capitaine entra à l'intérieur par une brèche, m'ordonnant de l'attendre à l'extérieur. Quand il ressortit de l'épave, il tenait avec lui un petit tonneau vide. À grandes enjambées, il s'approcha du grand mât qui gisait sur le sable et posa sa trouvaille dessus.

« Viens, petit ! me fit-il signe. »

Je lui obéis, avançant à petit pas. De son côté, Ferguson avait sorti son pistolet à silex et commença à le recharger. À l'aide de ses mains calleuses, il incorpora une petite poudre noir dans le petit réservoir du pistolet et la tassa à l'aide d'une fine barre de fer fabriquée à cet usage. Le processus demandait une certaine dextérité et un peu de patience. En songeant à la vitesse à laquelle je chargeais ma fronde, j'avais du mal à croire que ce pistolet m'aiderait à mieux me défendre. Une fois le chargement terminé, le capitaine me tendit l'arme. Mes mains la saisirent alors avec une certaine appréhension.

« Voilà le plan, Adrian, commença-t-il. Je vais d'abord t'apprendre à te servir de ça, car de nos armes, c'est probablement la plus maniable. Comme tu peux le voir, ce pistolet a un manche très lourd et très épais : il est parfait pour assommer l'ennemi quand tu n'as pas le temps de le recharger. Autrement dit, il peut te sauver la vie. Quand La Guigne en aura fini avec la rénovation du rafiot, il t'apprendra de son côté à te servir d'une épée : c'est indispensable lors d'un abordage. Mais sache que je ne te destine pas à manier ce petit pistolet. Quand tu seras assez à l'aise avec, je t'apprendrai à te servir d'un mousquet. »

Il me désigna l'arme qu'il portait en bandoulière sur son dos. Il s'agissait d'un long fusil qui se rechargeait de la même manière que le pistolet à silex, mais qui avait une portée beaucoup plus importante. Je connais bien cette arme, gamine, et pas seulement parce que j'ai appris à la manier, mais aussi parce que c'est l'arme privilégié des tuniques rouges. Je frissonnai rien qu'à l'idée de brandir ce mousquet.

Face à mon silence prolongé, Ferguson se pencha vers moi :

« Écoute, petit, je sais que tout ça, ça fait beaucoup à digérer d'un coup, mais le temps manque : plus tu seras vulnérable, moins tu as de chance de survivre ici, et cela sans compter ton petit secret. Il est indispensable que tu saches te défendre le plus rapidement possible. Maintenant, moi, de ce que je sais de toi, c'est que tu as un talent inné pour le tir. Si tu parviens à maîtriser le mousquet, tu pourras viser du haut du grand mât durant les abordages et crois-moi, c'est un vrai trésor pour nos stratégies d'attaque ! Avec de telles capacités, je peux t'assurer que tous les équipages de Nasseau voudront de toi, que même si je meurs tu n'auras aucun mal à trouver du travail ailleurs dans notre nouveau monde, sur terre comme sur mer. Je ne peux pas t'offrir de meilleure garantie ! »

Je baissai les yeux sur le pistolet à silex que je tenais. Je connaissais déjà les enjeux de tout ça avant que Ferguson ne me les rappelle, mais le fait de les entendre clairement rendit l'arme moins lourde à porter.

« Si j'apprends à me servir de ce pistolet, dis-je tout bas, est-ce que je pourrais tuer des tuniques rouges pour de vrai ? Des officiers comme Sawney Bean ? »

Le capitaine sourit : il savait à quel point je les détestais. Le fait de poser cette question prouvait que j'apprenais vite, que je voyais mon intérêt personnel derrière cet apprentissage.

Après m'avoir répondu à l'affirmatif, Ferguson m'invita à faire un essai en visant le tonneau. Je lui obéis sans attendre, tenant le pistolet avec mes deux mains, trop lourd pour mes bras d'enfant. Très vite, je compris que je devais considérer cette arme comme un prolongement de mon corps. En conséquence, je devais viser d'une toute autre manière. Il me fallut plusieurs minutes pour trouver une position stable. Enfin, je parvins à pointer correctement mon pistolet et une excitation nouvelle s'empara de moi.

Un rictus se dessina sur mes lèvres et une étincelle vint se loger dans mon regard. À ce moment-là, gamine, j'avais pris conscience que je venais de trouver un nouveau chez moi, mais aussi un avenir, un but à accomplir, une revanche à prendre sur la vie. Maintenant que j'étais un membre à part entière de l'équipage du capitaine Forbes, je savais que ma mission serait de faire couler le sang de la marine anglaise et des puissants pour sauver les enchaînés.

Je pressai la détente.

La balle siffla.

Ferguson poussa un juron quand il vit le tonneau exploser en mille morceaux.

 

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sifriane
Posté le 15/06/2022
Salut,
Je reprends avec plaisir les aventures de Saoirse. C'est vraiment pas une vie pour une gamine, et elle se montre courageuse en se plaignant jamais.

J'ai bien aimé ce chapitre, on voyage, et Saoirse commence son apprentissage pour le plus important. C'est vrai que si Ferguson meurt, que deviendrait-elle ?

Quelques petites remarques et suggestions, évidemment ce n'est que mon avis.
J'ai tiqué sur cette phrases« tuer et violer des gosses restait une monnaie courante », j'avoue je sais pas trop pourquoi.

« C'est un miracle que personne ne t'ait découverte, lâcha-t-elle. Avec quelques années de plus, la supercherie aurait échoué dès que tu aurais mis les pieds sur le pont du Nerriah. Heureusement pour toi, tu n'es encore qu'une enfant, donc tu as pu t'en sortir.
Dans ce passage, tu pourrais enlever la dernière phrase, nous savons que c'est une enfant et qu'elle s'en sort, ce n'est pas grand chose mais ça alourdit le texte
Je pense toujours que tu pourrais incorporer Agnès (je crois) aux dialogues, elle pourrait poser des questions, ici notamment sur Nassau.

A très bientôt:)
M. de Mont-Tombe
Posté le 21/06/2022
Salut ! Je prends note de tes remarques pour ma prochaine relecture. :) Cela pourrait être intéressant d'incorporer davantage Agnès, j'y est pensé aussi. J'essaie de le faire davantage dans les chapitres que je suis en train d'écrire actuellement. Merci de me lire!
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