Chapitre 8 : Hans

Par Zoju
Notes de l’auteur : Bonne lecture :-)

Nous pénétrons dans le bureau du maréchal Darkan. Je découvre cette pièce pour la première fois depuis que je suis ici. Après avoir refermé la porte, Elena passe devant moi, elle salue notre chef. Je me dépêche de faire de même. Il fait assez sombre et cette salle est lugubre. Mes yeux s’habituent rapidement à l’obscurité. Le maitre des lieux trône sur son fauteuil et nous dévisage en silence. Maintenant que je vois notre chef et sa fille côte à côte, je ne peux que constater que cette dernière a hérité de ses traits même si ceux du maréchal sont plus tirés avec l’âge. Lorsque je croise le regard de mon supérieur, j’éprouve un certain malaise. Les deux sœurs ont ses yeux marron, mais la comparaison s’arrête là. Aucune des deux n’a hérité de cette intimidation qui semble propre à leur père. Elena ne bouge pas, elle doit savoir ce qu’elle fait. Pour passer ce moment gênant, j’examine discrètement l’endroit où nous nous trouvons. Le bureau est assez petit, mais une porte sur le côté doit donner sur un espace plus vaste. Je n’ai pas le temps de finir mon inspection, car notre chef nous ordonne de nous asseoir d’un signe de tête. La tension monte d’un cran. Je jette un coup d’œil rapide à ma collègue et remarque qu’elle a légèrement pâli. Elle non plus n’a pas l’air d’apprécier cet endroit. Notre interlocuteur se met enfin à parler. Il se tourne vers Elena et demande sur un ton glacial qui me surprend :

- Comment s’est passée votre mission d’hier, colonel Darkan ?

Si j’ignorais les liens de sang qui les relient, j’aurais du mal à penser qu’ils sont père et fille. Ma collègue passe outre la froideur de son géniteur et répond imperturbable :

- Bien, mon maréchal. Je vous envoie mon rapport ce soir.

Notre chef hoche la tête. J’ai l’impression d’être un intrus ici. Je fais directement le rapprochement entre l’état pitoyable d’Elena de la veille et sa mission. Cela prouve qu’elle m’a raconté des conneries. Encore des mensonges. Le maréchal continue sur sa lancée.

- Si je vous ai convoqué aujourd’hui, c’est parce que vous allez bientôt être affectée à une nouvelle mission en plus de celle-ci. Cependant, il vous manque certains éléments pour pouvoir la mener au mieux.

- Qu’en est-il ? demande sa fille.

- Vous n’êtes pas compétente, voilà le problème et cette mission ne peut être attribuée qu’à vous.

Elena qui était déjà très pâle le devient encore plus. D’un côté, je la comprends, elle vient de se faire dénigrer en une phrase. Je crains qu’elle ne tourne de l’œil, mais elle se reprend vite et répond d’une voix posée.

- Je tâcherai d’y remédier. Je vous prie de me dire ce qui ne va pas.

Le regard du maréchal atterrit sur moi et un frisson me traverse l’échine. Il se frotte le menton puis me sourit. Cela me désarme.

- Colonel Wolfgard, vous n’en avez peut-être pas conscience, mais je vous observe depuis votre arrivée. Vous êtes un élément prometteur et particulièrement doué pour le tir. Je me trompe ?

- Je ne rate jamais ma cible, m’empressé-je d’affirmer.

Je ne comprends rien. Il a ignoré Elena pour me féliciter. Cet homme est déconcertant. Il continue avec un sourire en coin :

- Je voudrais que vous enseigniez les rudiments de votre art au colonel Darkan ici présent.

- Je vous demande pardon ? m’exclamé-je, surpris par la demande.

Toute jovialité disparait de son visage et c’est d’une voix sans équivoque qu’il déclare :

- Vous m’avez très bien compris, Wolfgard ! Comme je l’ai dit, Darkan n’est pas compétente. Apprenez-lui tout ce qu’elle doit savoir. Vous avez quatre mois et carte blanche. Ne me décevez pas. 

- À vos ordres, mon maréchal.

Le sourire réapparait. Il frappe dans ses mains.

- Tout va pour le mieux alors. Rompez, soldats. Et vous, Darkan, n’oubliez pas votre rapport.

Elena marmonne un « Ce sera fait ». Juste avant de quitter la pièce notre chef m’interpelle pour m’apprendre :

- Au fait, Wolfgard, la sanction du major général Tellin est levée. Je vous prie de faire plus attention la prochaine fois. Vous serez également dispensé de garde pendant toute la durée de votre mission avec Darkan.

Je le remercie et nous le laissons. Je suis trop chamboulé pour réagir. Moi, apprendre le tir à cette fille qui me regarde toujours de haut et qui m’insupporte est la chose la plus absurde. Même si je dois obéir aux ordres, je regrette de ne pas m’être opposé à mon supérieur. J’ignore si je serai capable de mener à bien cette tâche. Personnellement, je n’en ai aucune envie et je pense que c’est également le cas de ma collègue qui ne pipe pas un mot depuis que nous sommes retournés dans le couloir. Le maréchal est clair quatre mois pour qu’elle se targue de mon niveau. C’est tout bonnement impossible. Il m’a fallu des années pour l’atteindre. Je restais parfois des journées entières à tirer, la moindre imperfection me fait râler. Je me tourne vers ma nouvelle élève qui ne m’arrive même pas au menton pour discuter de la démarche à suivre, mais elle me coupe dans mon élan :

- Allons parler dans mon bureau.

- Si tu veux.

- Ce n’était pas une question.

Elena part d’un pas rapide. Je la suis. Son bureau se trouve dans le même couloir que le mien. Elle me laisse entrer pour ensuite claquer la porte dans mon dos. Toujours dans le silence, Elena s’assoit sur sa chaise et pose ses coudes sur sa table. Je me place en face d’elle. Ma collègue lève finalement les yeux sur moi tout en se mordant la lèvre inférieure. Elle finit par se lancer :

- Je te préviens tout de suite, cette situation ne me plait absolument pas.

- Je te rassure sur ce point, moi aussi. Cependant, les ordres sont clairs, je dois…

- M’apprendre à tirer. Je sais, inutile de me le répéter, j’étais avec toi quand il l’a dit. Alors prof, comment vas-tu t’y prendre ?

Je me gratte l’arrière du crâne. Je suis coincé.

- Je l’ignore pour être franc. Tu as déjà tiré ?

- Ne fais pas l’imbécile. Je suis dans l’armée, je te signale. C’est la base ! s’insurge-t-elle.

- Quel est ton niveau ? Mauvais d’après ce que j’ai compris.

- Comment te l’annoncer ? déclare-t-elle en se frottant le menton. C’est à l’opposé de l’épée.

- Tu es nulle ? lâché-je malgré moi.

Les lèvres de ma collègue se pincent puis elle avoue :

- Je suis un cas désespéré, je n’ai jamais aimé les armes à feu depuis que… 

Sa phrase reste en suspens. Elle doit penser qu’elle va trop loin.

- Depuis quoi ?

- Rien ! Laisse tomber ! se braque-t-elle.

- En tout cas, cela va être dur, soupiré-je.

- Je ne te le fais pas dire.

Elle grimace face à ma remarque. Il est vrai que je ne l’ai jamais vue manier autre chose que son épée qu’elle porte d’ailleurs toujours à la ceinture. Ce matin, je l’ai observée discrètement lorsqu’elle s’entrainait. Sa performance est plus qu’impressionnante, voire effrayante. Je n’aimerais pas l’avoir pour ennemi. D’un côté je me demande, pourquoi n’a-t-elle pas appris le tir plutôt. L’usage de cette arme est obsolète. Désormais, ce sont les fusils et les matériels de guerre lourds qui sont au-devant de la scène. Je m’excuse pour elle, cependant face à une arme à feu, elle ne fait pas le poids. En y repensant, elle est rarement en mission de surveillance. Il faut que l’on se mette d’accord sur l’heure du rendez-vous. Je continue la discussion :

- Quand se retrouve-t-on ?

- Je propose deux fois par jour pour commencer. Le matin et le soir à partir d’aujourd’hui.

- Si vite ? regretté-je.

- Tu as entendu le maréchal ! Quatre mois ! Le temps joue contre nous. Je te suggère de prendre sur toi. Il est dangereux de décevoir cet homme, m’avertit Elena avec le plus grand sérieux.

- Tu en sais quelque chose ?   

- Malheureusement oui, mais je préfère ne pas en parler. C’est un conseil que je te donne.

J’ai l’impression d’entendre la peur transparaitre dans sa voix.

- Alors, on se retrouve ce soir à la salle d’entrainement. Quelle heure ? demandé-je.

- 20 h devrait aller.

- Comme tu voudras. De toute façon, je n’ai pas le droit à la parole à ce que je vois.

Elena me tourne le dos et semble dire dans un murmure « Je ne l’ai pas non plus ». Je fais mine de n’avoir rien entendu. Je regarde ma montre. Il serait peut-être temps que je vaque à mes occupations. La journée est encore loin d’être finie. Elena fait pivoter son siège en faisant un tour complet.

- Si tu n’as plus rien à rajouter, je te laisse, déclaré-je.

- Tu peux y aller. Je dois rédiger mon rapport.

Elle attrape une feuille et se met à écrire. Ma présence n’est clairement plus désirée. D’un côté, je ne demande que ça, quitter cette pièce. Après l’avoir saluée, je sors. La matinée est déjà avancée. Je me dirige vers mon casier pour vérifier mes ordres de mission. Il est toujours aussi vide. Il faut dire que ces derniers temps, il fait assez calme. Il y a bien de temps en temps une intrusion dans la zone autour de la base, mais rien de très important. Deux personnes passent derrière moi en discutant. Instinctivement, je me retourne et reconnais Liam. À côté de lui, il y a une petite silhouette. J’identifie l’aide de camp d’Elena. La nouvelle recrue doit être un peu plus jeune que moi, mais je pense que sa tenue la vieillit. J’ai oublié comment elle s’appelle. Je réfléchis à toute vitesse et sans faire exprès lorsque je l’ai trouvé, je l’exprime à voix haute. Isis se retourne et me fixe avec méfiance. Liam s’arrête à son tour, mais lui au contraire me sourit. La subordonnée d’Elena n’a toujours pas bougé. Il faudrait peut-être que j’engage la discussion. Je fais un pas en avant et lui dis en lui tendant ma main :

- Je ne me suis pas encore présenté. Je suis le colonel Hans Wolfgard.

Elle se détend un peu puis me serre la main en retour.

- Enchantée ! Je suis Isis, l’aide de camp du colonel Elena Darkan, me répond-elle. Mais d’après ce que j’ai pu comprendre, vous me connaissez déjà.

- Je t’avais vu de loin et je m’étais renseigné auprès de mon frère. Pardonne-moi ma curiosité.

- Ce n’est rien, m’assure-t-elle.

- Quoi de neuf sinon, Hans ? me demande Liam.

- Oh, tu sais, la routine, mentis-je.

Je lui donne une claque dans le dos.

- Bon, ce n’est pas tout ça, mais je vais devoir vous laisser, j’ai du boulot. À une prochaine fois.

- C’est ça, à plus, colonel, me renvoie Liam.

Je m’éloigne pour me retrouver à nouveau seul. Une légère sensation de brulure me picote la nuque et je remarque qu’Isis continue à me fixer. Sans m’en préoccuper davantage, j’entre dans mon bureau.

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Eryn
Posté le 29/06/2021
Coucou !
« Cette intimidation » = bof : plutôt « cet effet intimidant » ou un truc du genre ?
Elle n’est pas compétente mais est la seule a pouvoir faire la mission ?
Pourquoi Hans s’attarde dans la pièce au moment de partir ? Ça fait un peu des phrases pour rien vu qu’il a envie de partir et elle qu’il s’en aille, non ? On dirait que leurs relations sont un peu bizarres en plus du fait qu'ils ne s'aiment pas.
Attention au changement de temps à la fin "me demande Liam/ mentis-je".
Sans ça, sympa l'humiliation d'Elena en face d'Hans qu'elle n'apprécie pas... Et j'ai noté aussi ces sous entendus sur le tir : que s'est-il passé pour qu'elle arrête ?
Zoju
Posté le 30/06/2021
Salut !
Merci pour ton commentaire. Je vais réfléchir pour reformuler "cette intimidation" et aussi corriger la petite faute de temps.
Concernant tes questions, le maréchal souhaite donner une mission à Elena, mais pour la mener à bien Elena doit savoir maitriser les armes à feu. Il y a plusieurs raisons pour laquelle il souhaite la désigner pour cette tâche.
Hans ne s'attarde pas dans la pièce après sa discussion avec Elena. Il lui demande en quelque sorte si elle a quelque chose à rajouter, mais comme il ne voit rien venir et qu'elle lui confirme qu'il peut s'en aller, il part. Je vais voir si je peux rendre ça plus clair. Comme dis précédemment, ils ont une relation assez particulière. Si les autres soldats font preuve de dédain pour Elena, ce n'est pas le cas de Hans. Je te laisse découvrir la suite ! :-)
Cléo
Posté le 23/05/2020
Ouh-là, pas très sympa le papa... je me mets à la place des deux, ça ne devait pas être facile ni pour Elena, d'être humiliée ainsi, ni pour Hans, d'être témoin de cette scène. J'ai hâte de voir où cet entraînement va les mener, et quelle sera leur mission prochaine.
annececile
Posté le 18/04/2020
He bien Hans et Elena vont devoir passer pas mal de temps ensemble, ce sera interessant de voir l'evolution de leurs relations. Ils ne sont pas ravis pour le moment, c'est le moins qu'on puisse dire! Petit detail : quand Elena recoit son ordre de mission, elle repond "Quand est-il?" ce qui parait un peu bizarre comme question. Peut-etre avais tu "Qu'en est-il?" en tete? Pourquoi pas "Quels elements?" ou qqchose comme ca?
Zoju
Posté le 18/04/2020
Oui je crois que j'ai plutôt voulu dire Qu'en est-il. Merci pour la remarque. Merci aussi pour ton avis :-)
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