Chapitre 8

Par C05i
Notes de l’auteur : Salut !
Ça fait longtemps que je n'ai pas posté mais me revoilà !
J'ai ajouté quelques petits changements et corrigé quelques petites erreurs (comme l'absence d'alinéas, les tirets,...) J'ai également changé les incises : croyant que par exemple, "je demande" ne se disait pas, j'ai remplacé par "demandé-je". Bien sûr, je n'ai remarqué qu'après avoir corrigé les nombreuses pages de mon roman que ce que j'avais fait au début n'était pas faux ! Excusez moi donc pour ce changement (il se peut que vous retrouviez encore quelques verbes que j'ai oublié :) !

N'hésitez surtout pas à m'aider à améliorer mon écriture, je suis encore un oiseau qui apprend à voler :)...

  Les vacances avaient commencé depuis quatre semaines. Aucun jour ne s'était écoulé sans que les larmes n'emplissent mon visage. J'avais dansé à plein temps en dehors du week end, pendant lequel je faisais toutes sortes d'exercices permettants de renforcer la ceinture abdominale ainsi que le dos. J'étais allée au kiosque tous les jours depuis son ouverture, servir des glaces aux touristes enduits de crème solaire.

  En marchant vers le studio trois, je croise Alexia qui se rendait sûrement aux studios de cours. Elle m'interpelle pour la première fois depuis la fin des cours, en juin.

_ Sif !

_ Hum, oui ?

_ Tu ne comptes pas nous aider pour les stages cette année ? Dit-elle d'une voix douce.

_ Je, je ne sais pas encore…

_ Quelque chose ne va pas, j'ai vu que tu as maigri ?

  Je repense à la remarque que m'avait fait Aristide une semaine plus tôt. Je ne faisais pas attention à ma silhouette lorsque je me voyais dans la glace et je n'avais pas l'impression d'avoir maigri.

_ Non, tout est en ordre.

_ Je vois que tu viens très souvent ces derniers temps, c'est pour ça que je voulais te demander.

_ Ah, eh bien merci d'avoir pensé à moi, dis-je d'une voix fuyante.

  Alors que je m'apprête à entrer dans la salle, elle ajoute :

_ J’ai observé de remarquables progrès en tout cas. Bravo.

_ Merci.

  Je lui rends un petit sourire, étonnée qu'elle jette un coup d'oeil à mon travail de temps en temps.

_ Bonne séance !

_ Merci, répété-je et ferme la porte.

  Je danse la chorégraphie que j'avais finalisé trois semaines auparavant. Je la révisais de temps en temps, pour la retenir au mieux. Depuis que j'avais appris que Bertie m'observait parfois, j'étais toujours un peu nerveuse même si je n'étais plus certaine qu'il le fasse. À présent, il ne me paraissait plus aussi familier qu'avant, quand il m'abordait avec son sourire clownesque et sa bonne humeur. Ce n'était que maintenant que je me rendais compte, que sa présence rendait mes journées un peu plus lumineuses. J'effectue la deuxième triple pirouette de la chorée. Alors que je passe au mouvement suivant, je me sens prise de vertiges. C'était sûrement dû à la pirouette, même si je ne ressentais rien de tel d'habitude, mais lorsque les vertiges deviennent de plus en plus violents au fur et à mesure de la chorégraphie, je n'ai tout d'un coup plus la force de tenir debout. Je me laisse tomber à terre le plus vite possible, les jambes en coton et c'est le noir …

  J'essaye d'ouvrir mes paupières lourdes. Tout est flou et je ne distingue pas grand chose, seulement quelqu'un qui est en train de me tapoter les joues.

_ ’Faut appeler le quinze ! Dit une voix lointaine.

  Elle ressemble à celle d’Alexia.

 

  Lorsque je me réveille, je ne sais pas où je suis, en tout cas plus dans la salle de danse. Je suis seule. Une vague de panique me submerge, des larmes se mettent à couler sur mes joues quand je me souviens des événements précédents. Qu'est ce qui m'était arrivé ? Étais-je dans un hôpital ? La chambre de ma mère était elle loin de la mienne ? Et que faire si je n'avais plus le droit de danser ? À cette pensée mes sanglots redoublent et c'est là qu'une infirmière débarque, tout sourire.

_ Ah tu t'es déjà réveillée, ce n'est donc pas très grave.

  J'avale un hoquet et demande :

_ Qu’est ce qui m'arrive ?

_ Tu es tombée dans les pommes demoiselle.

_ Hein, mais j'étais dans la salle de danse.

_ Le docteur a dit que tu devais manger plus et danser moins.

_ Hein ? Mais où sont les pommes ?

_ Tu as fait un malaise ma fille.

  C'est maintenant que je capte la signification des paroles de l'infirmière. Je me remets à pleurer. Danser moins ? Mais c'était ma seule thérapie ! Manger plus ? Je n'avais pas faim.

 

  J'étais de nouveau allongé dans mon lit, une tasse de thé thérapeutique à moitié vide à la main. J'étais rentrée ce matin, après avoir passé une mauvaise nuit à l'hôpital. Mon père ouvre doucement la porte, un plateau à la main.

_ Sif ?

_ Oui ?

_ Tu te sens mieux ?

_ Oui.

  Il s'assoit sur le rebord de mon lit, le plateau sur ses genoux.

_ J’aurais dû faire plus attention à toi, c'est de ma faute ce qui t'es arrivé.

_ Mais c'est pas ta faute, qu'est ce qui va se passer avec moi maintenant ?

_ Si maman avait été là, ça ne se serait pas produit…

_ Peut être, mais tu n'y es pour rien, dis-je d’une voix désespérée.

_ Le médecin a prescrit du repos, trois repas par jour et un arrêt de danse pour un petit moment.

_ C’est quoi un petit moment ? Demandé-je du tac au tac.

_ Ça dépend de ton état de santé.

  Il me passe un quartier d'orange que je fourre dans ma bouche sans prendre la peine de le savourer. Si je voulais retourner à la danse, il me faudrait manger et reprendre des forces.

_ J’ai annulé les clients de hier et de ce matin, tu crois que ça va aller si j'y vais cet aprèm’ ?

_ Ouais vas-y, je me sens mieux de toute façon.

_ Mais tu ne montes pas sur le toit OK ?

_ D’accord…

  Il reste à mon chevet, pendant que je mange mes fruits et tartines sans appétit.

_ Comment vont Tomate et Lili ?

_ Elles broutent au fond du jardin.

_ Je peux les faire sortir ?

_ Si tu reste près d'elles, bien sûr.

_ Merci.

_ Bon, je dois y aller, prends soin de toi … Dit-il en m'embrassant.

  J'enfilais mon jogging et un énorme sweat à capuche quand j'entends le moteur du van s'allumer. Je prend mon téléphone que je glisse dans ma poche, et je sors décoiffée de ma cabane. Qui pourrait me voir comme ça après tout ? Les pieds nus, je marche à travers la pelouse jusqu'au coin du jardin, où les chèvres broutaient. J'enlève les deux fils électriques qui servaient de séparation pour les laisser se balader sur une plus grande surface.

  Je m'allonge à côté de ma cabane et sors mon portable de ma poche. Il était temps de rattraper mon retard. Quand j'ouvre WhatsApp, un flot de messages et d'appels manqués submergent l'appareil. C'était Aristide, Mireille et Félicie qui avaient battus le record. Les autres textos venaient de quelques camarades de classe. Constantin s'était lui aussi manifesté : il m'avait envoyé le gif d'un nounours qui se trémoussait la tête en bas, les pieds en l'air. Je lis tous les messages ce qui me prend un bon bout de temps. Une fois cette tâche accomplie, je change de position pour détendre mes bras engourdis. Allongée sur le dos, j'observe les nuages défiler au loin. Ils ressemblent à des moutons en coton. Quand j'étais petite, je croyais que les usines étaient des machines à nuages. Lorsque nous passions devant en voiture, j'essayais de ne pas les quitter des yeux afin de comprendre comment elle fonctionnaient. Je m'étais promis de devenir fabricante de nuages plus tard pour pouvoir découvrir le secret.

  Je sens de la chaleur sur la pointe de mes pieds. Je me redresse en sursaut et me décontracte lorsque j'aperçois la chèvre tachetée. Je me laisse retomber au sol et déverrouille mon portable: leschatsleschèvreslescochons. J'ouvre l'application photos et commence à faire défiler les souvenirs devant mes yeux. C'était surtout des photos des mes amis qui prenaient des selfies affreux en secret ou des photos de la mer. Je tombe sur les souvenirs de Noël dernier qu'on avait fêté à la maison avec les cousins. J'avais fait un petit reportage.

_ Alors Constantin, qu'est ce qu'on fait ici ?

Il regarde la caméra, le front plissé à quatre pattes sur le sol, émergeant de sous la table. Il fourre un petit tas de cacahuètes dans sa bouche et sourit en se léchant les lèvres.

_ Je me régale.

  Mon rire retentit et la caméra change d'angle pour se tourner vers le fiancé de ma soeur, en costard cravate.

_ C’est quoi ce beau cadeau Guillaume ?

  On voit Alicia qui apparait à ses côtés :

_ Un cadeau exclusif de ma part ! Fait-elle en riant.

  On voyait maintenant mes deux petites cousines qui déchiraient le papier cadeau. Charlotte me faisait coucou tandis qu'Annie ne faisait même pas attention à moi.

  Papa allumait les bougies sur le sapin. Juste derrière lui, assise sur une chaise en bois, se trouvait maman qui ouvrait délicatement la boite que je lui avais offerte. Dedans, reposait un sac en macramé que je m'étais appliquée à fabriquer.

_ Han Sif c'est si beau, c'est toi qui l'as fait ? 

 

  Je ressens un pic dans mon estomac, et pose doucement l'appareil sur l'herbe, la main tremblante. J'entends ma voix répondre :

_ Oui, il te plaît ?

_ Il est trop beau, je pourrais le prendre pour la plage cet été ! J'ai vraiment de la chance d'avoir une fille comme toi.

  J'éteins vite la vidéo alors que mes larmes commencent à couler. Le noeud que j'avais depuis le début dans mon ventre se resserre. J'ai du mal à respirer. Je pleure. Je pleure. Je pleure sans pouvoir m'arrêter pendant un temps infini. Ma tête est toute engourdie et me fait mal. J'avais pleuré tous les jours depuis la catastrophe mais jamais, jamais autant que maintenant.

 

  Une main se pose sur mon épaule. Je me mords sur la lèvre inférieure en continuant de pleurer. Le main me secoue gentiment. Je lève la tête et je n'en crois pas mes yeux : Bertie. Il était accroupi près de moi le visage soucieux. Il me pousse une mèche de cheveux qui retombe sur mon visage.

_ Sif…

  Sans réfléchir, je me jette à son cou, les larmes coulant sur mon visage. Il vacille puis pose une main sur mon dos. C'est maintenant que je réalise tout ce qui s'est passé. Tout.

_ Sif, qu'est ce qui se passe ?

  D'où connaissait il mon prénom ?

_ C’est ma faute, tout est ma faute ! Dis-je.

  De toute façon je ne pourrais pas m’arrêter instantanément, alors autant me montrer vraie.

_ Qu’est ce qui est de ta faute ? Dit-il d'une voix douce.

  Je ne peux pas répondre car ma voix est prise de sanglots. Il passe lentement sa main sur mon dos.

_ Calme toi, dis moi ce qui se passe, chuchote-il.

  Je m'assois à côté de lui et souffle un grand coup, puis deux puis trois et me calme petit à petit. La tête baissée je commence à parler de ce qui n'avait pas réussi à franchir mes lèvres.

_ Elle va mourrir, à cause de moi.

  Des larmes continuent à couler sur mes joues.

_ Ah… Qui ça ? Qui est ce qui va mourrir ?

_ Ma mère.

  Bertie me prend la main et la serre doucement.

_ Oh…

_ C’était il y a trois mois, on s'était disputées, je l'ai poussée à bout, elle est partie avec la voiture et deux heures plus tard on nous a appelé pour nous dire qu'elle était à l'hôpital, dans le coma. Le pire, c'est qu'on est toujours fâchées, on a pas pu s'expliquer et…

  Je recommence à pleurer doucement.

_ Oh…

_ Et on nous a rappelé deux jours avant les vacances pour nous dire qu'elle ne se réveillera sûrement pas.

  Je me remets à pleurer sans pouvoir m'arrêter.

_ J’ai rejeté mes amis pour ça, je les ai évités, j'ai été moche envers toi, tout est de ma faute, je suis… Désolée ! Dis-je d'une voix saccadée.

_ Écoute, dit-il.

  J'essaye de me calmer un peu.

_ Ce n'est pas entièrement de ta faute, je sais, dit comme ça, ça à l'air absurde mais c'est sûrement la vérité.

_ Non.

_ Si, parce que c'est le destin qui a choisi tout ça, je ne sais pas si tu crois au destin mais moi j'y crois.

  Je ne dis rien.

_ Je ne dis pas ça juste pour te consoler mais aussi parce que je crois que c'est la vérité, après, c'est mon point de vue. La vie est prévue comme ça. Par exemple, quand nous sommes nés, le destin à choisi que nous nous rencontrerions un jour. Tout est précommandé, continue il.

_ Et tu n'as surtout pas à t'excuser de ce qui c'est passé entre nous, car… C'est moi qui t'ai suivi.

_ Mais je ne t'ai pas aidé quand tu t'es ramassé par terre alors que je t'ai vu et toi tu es si gentil avec moi tu es…

  Il sourit légèrement.

_ J’avoue que j'étais quelque peu vexé…

_ Tu es le premier à qui j'ai parlé de ma mère…

_ Je suis content que tu ai pu te confier à moi.

_ Alors qu'on se connait à peine. Je continue.

  On reste là sans rien dire, dans un silence agréable, quelques larmes s'échappant toujours de mes yeux.

_ Comment tu es rentré ici enfaite?

_ J’ai cherché une entrée, et j'ai fini par en trouver une du côté du champs, dans la haie…

_ C’est le trou qu'on avait fait avec mon frère et ma soeur quand on était petits, chuchoté-je en esquissant un demi sourire.

_ Je voulais savoir comment tu allais après que je t'ai trouvée dans la salle de danse allongée par terre…

_ Merci, je vais mieux, je n'ai juste plus le droit de danser et je dois manger plus alors que je n'ai pas faim.

  De grosses larmes coulent sur mes joues.

_ L’appétit va revenir ne t'inquiète pas.

_ Il a intérêt, bref, tu viens d'où enfaite ?

_ J’habite pas loin d’ici, ma tante m'a donné un job d'été pour les vacances.

_ Ta tante ?

_ C’est Alexia, la proprio.

_ Oui, je vois qui c'est, c'est ma prof de danse. Tu fais quoi sinon à part jouer du piano ?

_ Je danse.

_ Ah bon ?

_ Ouais.

_ Je te crois pas.

  Il saute sur ses pieds pour enchaîner devant moi un grand jeté en tournant suivi d'une arabesque et d'un pas de bourrée. Je suis vraiment étonnée.

  Il se rassoit à mes côtés, un petit sourire arrogant aux lèvres.

_ J’ai du passer par beaucoup de moqueries. Genre « ah mais un garçon ça fait pas de la danse classique »

 

_ Tu danses vachement bien, continué-je d'une voix rauque, après un silence.

_ Merci, mais je ne suis pas le seul ici.

_ Et comment tu sais ça ?

_ Hum…

  Il devient rouge.

_ Le parterre de fleurs chez monsieur Moneau m'a raconté des choses, dis-je avec un clin d'oeil.

  Il sourit.

_ Et toi tu fais quoi à part danser ?

_ J’ai un petit travail au kiosque près de la plage.

_ Plutôt pas mal comme job, tu me ferras une glace gratos un jour ?

_ C’est quoi ton parfum préféré ?

_ Café, c'est la vie le café, et toi ?

_ Citron, mais vu qu'on a pas de glaces, tu veux boire quelque chose ? Demandé-je.

_ Pourquoi pas.

_ Alors ne bouge pas, je reviens.

  Je pars vers la maison et j'attrape deux verres dans la cuisine que je rempli avec de la potion froide sortie du frigo. J'ajoute quelques glaçons et me passe un coup de brosse sur les cheveux avant de sortir.

_ Tiens, c'est ma potion magique, dis-je en revenant vers lui.

  Il prend un air sceptique.

_ Tu veux me transformer en chèvre ?

_ Non, c'est ce que je prends en période de crise.

  Je suis de nouveau assise à ses côtés, on se regarde et on trinque.

_ J’aime bien, dit-il après avoir fini son verre.

_ Tant mieux.

« BERTIE, BERTIE, BERTIE » Le téléphone de Bertie sonne. Il me regarde, gêné.

_ C’est ma soeur qui s'amuse à changer mes sonneries.

_ Ahh.

_ Allo ?

_ Bertouille t'es où ? On devait aller à la plage, je t'ai cherché dans toute la maison, mais je t'ai trouvé nulle part !

  Il me jette un petit coup d'oeil et répond en grognant:

_ J’arrive.

  Après qu’il ait raccroché au nez de son interlocutrice, je lui dis :

-  Elle m'a l'air plutôt grande ta maison pour que quelqu'un t'y cherche.

_ Ouais elle est pas si petite. Je suis désolé, je dois partir.

_ Pas de problèmes, merci de m'avoir écouté…

  Il sourit en retour et se lève.

_ Tu peux sortir par la porte cette fois ci.

_ Je vais tâcher, merci !

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