Chapitre 8

Aussitôt sortis, il était à nouveau souriant. « C’est cool qu’on continue la soirée » m’avoua-t-il. Je respirais sereinement. Mon histoire était déjà passée, nous allions pouvoir continuer à papoter légèrement. Je gardais toutefois dans un coin de ma tête qu’il faudrait lui dire l’entière vérité au plus vite si cela continuait aussi bien. Soit, ca n'était pas encore le moment. Nous nous mîmes en route vers les quais de Seine. Mais ne connaissant pas trop le quartier, nous nous perdîmes dans les petites rues et décidions de suivre une application qui nous indiquait un bar à vin pas loin. En fait, ce bar se trouvait sur la sublime place des Vosges. Nous y arrivâmes émerveillés par l’endroit. Ni l’un ni l’autre n’étions jamais venus en ces lieux. Nous décidions de marcher tout autour du petit parc central, sous les arches des immeubles haussmanniens. La nuit commençait à tomber.

Cette fois-ci nous parlions de nos parents et de comment ils s’étaient rencontrés. Nous parlions encore de nos frères et sœurs, et de nos amis les plus proches avec quelques anecdotes. Je me sentais bien, sa main effleurant la mienne à chaque pas, j’espérais à présent qu’il m’embrasse dans la douceur de la nuit.

Cela aurait été des plus romantiques… mais il n’en fit rien, continuant de me parler très sérieusement. Je commençais à douter. Me vint alors à l’esprit que peut-être je ne lui plaisais pas assez. Après tout, nous avions passé la journée ensemble et discuté de mille choses dont des affaires très personnelles. Je l’avais peut-être refroidi ? Et puis d’habitude, mes précédents rendez-vous m’avaient montré que le moment du baiser arrivait plutôt dans ce genre de timing. Bref, je commençais à me monter la tête, ne faisant presque plus attention à notre conversation.

Finalement, après notre petit tour, nous nous assîmes au bar prévu, sous une des arches et je repris le fil de notre échange, plus concentrée. De toute façon si bisou il devait y avoir, cela arriverait après nos verres, inutile donc de se focaliser sur ça pour l’instant.

Il commanda une bouteille de vin rouge et après quelques minutes nous étions tous les deux un peu pompettes, ce qui laissa place à quelques fous rires supplémentaires. Il me parla aussi des chiens de ses parents et de son manque de ne pouvoir en avoir en appartement. Je partageais sa peine étant moi aussi une fan de toutous. Il m’expliquait également qu’il en avait marre de son lieu de vie car il le partageait avec un ami un peu dur à vivre. Il souhaitait prendre son indépendance, retrouver son intimité d’antan, lorsqu’il était étudiant et qu’il vivait seul dans un petit studio. En même temps il me confiait que la solitude était parfois difficile. Je ne pus qu’acquiescer en lui avouant que je n’avais jamais osé vivre seule. J’avais toujours vécu chez mes parents ou en couple avec mon ex. La solitude était effrayante.

Tous deux bien éméchés, échangions un regard complice. Un silence s’installa. La bouteille était déjà finie. J’aurais aimé que la soirée continue encore mais je ne voulais pas lui demander, ayant peur de passer pour une fille facile, surtout en cette heure tardive ! Et je l’avoue, j’avais peur aussi du râteau, on ne sait jamais... J’en étais là de mes réflexions quand il me proposa pile à ce moment, de poursuivre la discussion chez lui autour d’un autre verre.

C’est bête j’avais espéré qu’il me demande de continuer mais soudain j’eu peur. Passer directement chez lui sonnait comme une invitation à coucher, alors que nous n’avions encore échangé aucun baiser, et qu’accessoirement, cela faisait à peine quatre jours que nous nous connaissions. De plus, je ne voulais pas que ça aille trop vite et je me demandais s’il ne me considérait pas finalement comme un coup d’un soir vu la proposition soudaine.

Constatant mon hésitation, il se reprit l’air embêté : « euh, je trouve qu’on a un bon feeling non ? Je pense que ça pourrait être sympa de continuer à papoter, il est encore tôt… et puis ca nous coutera moins cher... mais vraiment tu n’es pas obligée. » Je compris alors qu’il ne pensait réellement qu’à discuter et sentais qu’il en était encore au stade de savoir si moi j’avais de l’attirance pour lui. Je pensais pourtant lui avoir déjà envoyé des signaux assez clairs. Excès de timidité ou manque de confiance en lui ? En tout cas, cette réaction me rassurait : « Ok allons-y, je prendrai un ubber pour rentrer plus tard. C’est vrai qu’il n’est que 22h30, ça fait un peu tôt ». Sur ces mots, il avait l’air heureux : « Cool, je vais payer l’addition alors et on y va ».Je souriais. 

Nous repartîmes vers les quais pour tenter d’attraper un RER. Sur les trottoirs étroits, je marchais devant lui et me reposais la question du bisou. Quand cela allait-il enfin arriver ? Il était vraiment si timide que ça ? Je ne voulais pas faire le premier pas mais le laisser venir jusqu’à moi. C’était peut-être ridicule et un peu cliché mais chaque fois que je prenais les devants, j’avais l’impression de griller des étapes. Nous ne disions plus un mot, chacun pensant probablement à la même chose. 

Pourtant, quand nous arrivâmes au premier passage piéton menant au quai, et alors que nous attendions pour traverser, il me saisit par la main et me retourna légèrement. Pendant un court moment, j'eus l’impression d'être en mode pause. Je savais ce qui allait se passer mais c'était comme si le temps s'était figé. Il m’embrassa enfin tendrement. Puis nous nous regardions dans les yeux un peu gênés. Il me reprit la main et nous traversâmes... Cet instant faisait partis de ceux qui ne durent en tout et pour tout que quelques secondes mais qui néanmoins vous restent gravés en tête pour toujours. 

Nous longions à présent les quais tout sourire, discutant de son appartement. Il me le décrivait et pendant ce temps je pensais à ce premier baiser reçu. J’avais aimé qu’il soit si délicat et sur la réserve. C'était agréable et doux. Au delà de l’effet purement physique, cela renforçait pour moi l’aspect prometteur de notre relation. Je pensais encore a ce moment inoubliable quand il s'arrêta : « Et mais attend, il faut qu’on aille acheter une bouteille avant de rentrer. On a failli oublier ».

Nous trouvâmes une petite épicerie non loin de là. Pendant qu’il achetait la bouteille de vin, je sentais monter l’alcool des précédents verres. Depuis le début de la soirée, on avait bien dû en boire une dizaine. Je me remettais à stresser. Et si je faisais une erreur en le suivant ? J’étais déjà bien éméchée, peut-être qu’en temps normal j’aurais refusé ? Je fermais les yeux une fraction de seconde pour retrouver ma contenance. Je n’allais quand même pas le laisser tomber maintenant. Il était cool, tout se passait bien. Allez un dernier verre et j’allais rentrer.

Affairé à trouver ce qu’il cherchait sur les rayons, il ne remarqua pas mon attitude. Il se releva tenant en main sa précieuse trouvaille. « C’est bon ! Cette fois on y va ». Je le suivis jusqu’à la caisse, puis de nouveau le long des quais. Nous prîmes notre train. Il habitait à une station de la Défense.

Pendant le voyage, je ne me souviens plus de ce qu’on s’est dit, le trajet me remuait l’estomac et je sentais déjà pointer la gueule de bois mais je continuais à donner le change. Je ne voulais pas gâcher le moment. Je lui avouais tout de même avoir un petit coup dans le nez. Il ria et me confia en retour ressentir le même mal de mer. Bon nous étions ex æquo.

Nous arrivions en bas de chez lui. L’immeuble était assez engageant. Il habitait au 3 ème étage. Après avoir pris l’ascenseur bien sagement dû au fait certainement que nous étions, et bien… bourrés disons-le, nous arrivâmes enfin devant l’appartement.

Je fus surprise par la propreté des lieux. Dans sa chambre, tout était soigneusement rangé et son linge repassé attendait au pied de son lit. Un bon point pour l’organisation. Il m’emmena dans la cuisine pour chercher un tire-bouchon. Il en profita pour me montrer les créations culinaires de son coloc. Ce dernier avait réalisé des sorbets au congélo. Il m’expliqua qu’ils adoraient tous les deux cuisiner de bons petits plats et s’équiper en robots en tout genre. God ! Un homme qui aime faire la popote c’était royal ! Décidément je ne regrettais pas d’avoir fait le chemin jusqu’à chez lui. Ce garçon était plein de qualités et plus j’en découvrais sur lui plus je me sentais bien.

Nous nous installâmes sur le canapé en écoutant ses dernières découvertes musicales (« Bon entendeur »). Je touchais à peine au verre servi encore saoule. Je l’écoutais plutôt bavasser et regardais d’un œil la décoration. Il y avait des photos de voyage aux murs, un poster de Rick and Morty... Puis naturellement, nous nous rapprochâmes et commencions à nous embrasser. C'était divin, je n’aurais pas pu espérer mieux, quand soudain je regardais l’heure. Il était près de 2h du matin. Le temps avait filé. Normalement, étant revenue vivre chez mes parents, j’aurais du rentrer vers minuit histoire d’éviter les questions et pour les « rassurer ». Je n’en avais pas envie, j’étais bien ici et en même temps je me sentais très fatiguée de prendre la route. En confiance, j’allais lui demander un peu gênée si je pouvais rester dormir sur le canapé. Il me devança et me proposa de rester simplement. Cool et tanpis pour les vieux, il faudrait qu’ils s’y fassent après tout, à 27 ans passés je pouvais bien faire ma vie merde !... Je leur envoyais discrètement un petit sms quand même.

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MayaAubray
Posté le 15/09/2020
Chapitre très romantique. J'avoue que je m'attendais quand même à un baiser mais pas a ce moment, surtout à la fin du chapitre XD
Mais c'est l'homme parfait que tu nous décris là, drôle, prévenant, compréhensible, RICK ET MORTY !! XD
Je me demande comment va bien pouvoir cette nuit ou plutôt début de jour :D
J'ai eu l'impression d'entrer littéralement dans ton texte, les mots étaient très bien cjoisis, les phrases bien formulées, tout pour nous plonger dans l'ambiance qui règne entre les deux tourtereaux ;) encore bravo !
charlottieRD
Posté le 15/09/2020
cool ! Je suis contente que ca t'ait plu :)... surtout que j'ai passé un bon moment à me relire ^^
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