Chapitre 8

Les membres de l'équipages ont esquivé des mouvements de recul. J'ai vu Chrono attraper Hazel pour la tirer derrière lui tandis que les robots faisaient claquer leurs pinces dans un bruit métallique. Un grincement désagréable s'échappait de leurs articulations rouillées.

Leurs yeux rouges ont balayé l'assemblée, puis l'un d'eux a fait sortir des flammes de ses mains, prêt à nous faire rôtir comme une armée de poulets. Ni une ni deux, je lui ai balancé une décharge électrique suffisamment puissante pour le court-circuiter. Il s'est effondré sur les galets dans un grésillement de câbles brûlés tandis que des étincelles sortaient de son corps.

― Partez vers le vaisseau ! a hurlé Chrono à son équiage.

Il a confié sa petite soeur à Théos et s'est ensuite tourné vers moi alors que les deux autres robots s'approchaient à grands pas.

― Est-ce que tu peux les court-circuiter aussi ?

J'allais lui répondre qu'il ne me restait plus qu'un tir sans que je ne vide mes batteries vitales et qu'il faudrait finir l'autre à coups de cailloux, mais de nouvelles silhouettes humanoïdes ont débarqué du point d'eau pour s'élever en face de nous.

Cinq robots debout.

J'ai reculé jusqu'à atteindre ma paire de botte et mon châle pourpre, mais j'ai à peine eu le temps de les ramasser que Chrono m'a attrapée par le bras pour me tirer vers le vaisseau. Des flammes se sont élevées derrière nous, manquant de brûler ma précieuse chevelure mouillée.

Si je perdais ne serait-ce qu'un cheveu, je jurais de leur faire manger leurs satanés rouages.

― Dépêche-toi, m'a ordonné Chrono, ils vont nous rattraper !

Parce que ces saletés de conserves étaient très rapides à la course. L'une d'elles avait failli nous envoyer des flammes en plein dans le dos, mais je lui ai balancé une décharge avant. Même s'il en restait quatre à nos trousses, la distance qui nous séparait du vaisseau était suffisamment courte pour que nous puissions y parvenir avant que les robots restants ne nous rattrapent. Et c'était une chance, car je n'avais plus la possibilité d'en électrocuter un à moins que je ne me mette hors service également.

Il ne nous restait plus que 10,3 mètres à parcourir. Je voyais quelques membres d'équipage, dont Kira et Théos, qui nous hurlaient de nous dépêcher.

Nous avons finalement traversé la plateforme d'atterrissage au pas de course et Kira a actionné la fermeture de la grande porte. L'un des robots a saisi le rebord alors qu'il remontait lentement, mais cela n'a eu pour seule conséquence que de lui broyer ses pinces comme des boîtes de conserves sous une presse.

La porte s'est scellée dans un claquement métallique et le silence est retombé.

C'était incroyable ce que j'aimais le silence.

― Tout le monde dans la salle commune, a sèchement ordonné Chrono. Tout de suite.

L'équipage a traversé le couloir en vitesse sans poser de question. Moi, je me demandais simplement pourquoi le petit Chrono était d'un coup si grognon. En plus d'avoir peur des algues, ressentait-il une aversion particulière pour les tas de rouille sur pattes ?

― Toi aussi Lua, a-t-il dit.

― Et la politesse ? ai-je répondu.

Il m'a fusillée du regard. J'ai une nouvelle fois calculé l'angle d'inclinaison de ses sourcils : toujours aussi asymétrique. Et cela commençait à grandement m'agacer.

― Je ne vois pas pourquoi j'en userais pour toi si tu n'en fais pas de même avec moi.

― Parce que je suis une I.A. et que tu me dois le respect.

― Lua, va dans la salle commune. S'il te plaît.

Je ne l'avais jamais vu user d'un ton aussi passif-agressif. Et, comme c'était mignon, ses joues devenaient légèrement rouges lorsqu'il s'énervait.

― J'y cours, ai-je répondu en mettant mon châle sur mes épaules trempées.

Puisque Monsieur n'était visiblement pas d'humeur, j'ai dû attendre d'arriver dans la salle commune pour remettre mes chaussures aux pieds. Après avoir remonté les fermetures éclaires et pris dix bon centimètres, je me sentais bien mieux. La vue d'en haut était plus sympathique et je pouvais observer mes sujets sans avoir à trop lever la tête.

Chrono est enfin arrivé dans la pièce, un doigt accusateur pointé vers moi.

― C'est de ta faute, a-t-il dit. Je t'avais prévenue qu'il vaudrait mieux que l'on prévoie une expédition, mais non, il a fallu que tu n'en fasses qu'à ta tête !

Oh, mon cher Chrono, ça ne se passerait pas comme ça.

― Ah, oui, une expédition, ai-je répondu. Là où tes chers pirates se seraient rendus en groupe. Ils y seraient allés à combien ? Quatre, cinq ? Disons cinq. Ils auraient nagé de la même façon que je l'ai fait, auraient voulu explorer, puis les robots auraient déboulé sur eux. Là, qu'auraient-ils fait ?

Ç'a été à mon tour de pointer un doigt accusateur sur lui.

― Cas un : ils m'auraient imitée et seraient repartis vers la grotte pour retourner à la surface. En sachant que les robots son équipés d'hélices dans leur dos, ils sont très rapides et auraient pu les rattraper plus vite que tu ne le penses. Dans ce cas, au mieux un pirate serait passé dans la grotte. Parce que devine quoi ? Il n'y a qu'un seul conduit. Cela aurait fait quatre pirates bouillis al-dente.

J'ai croisé mes bras, la tête haute, toisant Chrono. J'étais loin d'avoir fini.

― Cas deux, ai-je repris. Tes cinq petits pirates seraient allés se cacher dans les habitations. Ils se seraient cru en sécurité dans les endroits où les robots ne peuvent pas accéder. Sauf que dans ce cas-ci, soit ils seraient morts parce que tout leur oxygène aurait été utilisé sans qu'ils ne puissent s'échapper, soit ils auraient tenté de passer en douce la sécurité des robots, ce qui n'est pas possible parce qu'ils sont sans doute équipés d'une vision thermique.

Chrono me dévisageait avec un regard dur. Qu'il contienne sa rancune encore un peu, je n'avais toujours pas terminé.

― Cas trois, ai-je annonçé en faisant un pas vers lui. Ils seraient allés combattre les robots en pensant que ce serait simple. Et ils seraient tous morts parce que défier un être équipé de pinces et de lance-flammes à la place des mains, c'est une vraiment très mauvaise idée.

J'ai posé un doigt sur son plexus solaire. Introduction et développement induisaient forcément une conclusion.

― Donc si tu avais mené une expédition, dans absolument tous les cas possibles, il y aurait eu au mieux un seul survivant. Je viens d'épargner ta petite conscience humaine d'homicides involontaires.

― Comment tu peux être si sûre de ce que tu avances ? a-t-il demandé sèchement en repoussant ma main.

― Les probabilités, lui ai-je dit. Les mathématiques sont une certitude que tu n'as pas à remettre en cause.

Cette fois, c'est Kira qui m'a envoyé un regard mauvais. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à se liguer contre moi, d'un seul coup ?

― Lua, dans tous les cas que t'as présentés, c'est toi qui nous a mené jusqu'à la planète. Tu es fautive quoi que tu puisses en dire.

J'ai glissé une mèche de cheveux derrière mon oreille en lui renvoyant un sourire crispé. Il était temps de poser de nouvelles bases avant qu'ils ne pensent pouvoir se jouer de moi impunément.

― Que ce soit bien clair, ai-je dit en haussant le ton, Chrono a accepté de se rendre ici après que je le lui ai demandé. S'il ne voulait vraiment pas, il n'avait qu'à refuser ma demande, quand bien même elle était insistante. Et devine quoi, Kira ? Tu as voulu m'aider à le convaincre. Alors ne joue pas les innocentes quand tu es plus fautive que moi. La vérité c'est que vous êtes tous les deux aussi responsables l'un que l'autre, mais que vous ne voulez pas l'admettre, alors vous rejetez la faute sur la première personne venue : moi. Mais je ne suis pas votre bouc émissaire. J'ai peut-être des responsabilités à tenir là-dedans, mais contrairement à vous, je suis honnête envers moi-même et je les assume.

Mes dernières paroles ont fait écho contre les paroies métalliques de la pièce. J'avais été à la limite de leur hurler dessus, et j'espérais qu'ainsi le message serait clair. Hors de question que ces gens me marchent sur les pieds. C'était moi qui allait les écraser sous mes semelles massives jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un tas de poussière organique.

― Dis-moi, a demandé Chrono calmement, parce que tu as une base de données intégrée dans ton cerveau, tu penses détenir la vérité absolue ?

Sa colère était retombée, bien. Et même si sa question pouvait paraître agressive, son ton montrait qu'il était simplement curieux d'obtenir une réponse.

― Bien évidemment, lui ai-je dit.

Il a hoché la tête en soupirant, puis s'est tourné vers sa soeur.

― Hazel, tu peux nous faire décoller et rejoindre la station spatiale la plus proche d'Alkansa ? On doit y déposer Lua.

― Sous rançon, j'espère, a ajouté Kira. J'y tiens, à mon resto.

― Bien évidemment, sous rançon.

J'ai ignoré leurs remarques. Au point où nous en étions, ça ne servait à rien de gaspiller mon énergie pour contester leurs paroles. Quitte à me vendre, j'espérais juste qu'ils y mettraient le prix, je ne voulais pas en plus être vexée.

Hazel s'est tristement exécutée. Ce devait être la seule personne ici qui était déçue à la perspective de me voir partir. Moi-même j'en étais ravie, bien qu'un goût d'inachevé subsistait dans mon esprit.

J'avais fait un pas en avant concernant le mystère de la création des I.A. et donc de mon existence, mais il me restait encore bien trop à parcourir.

Hazel et Chrono se sont éloignés vers la cabine de pilotage et je me suis appuyée contre l'un des murs de la pièce en soupirant.

Tout cela pour une stupide boîte d'oeuf.

D'un coup, quelque chose a attiré mon attention : les murs vibraient. Pas de façon très notable, certes, mais être équipée de capteurs aidait à percevoir ce genre de choses facilement. Je me suis retournée pour coller mon oreille sur le mur et analyser les vibrations plus en détails. Elles étaient étranges et ne ressemblaient absolument pas à celles que pouvait causer le moteur du vaisseau au démarrage.

Kira, un peu plus loin, m'a regardée comme si j'étais démente.

― Mais qu'est-ce que tu fiches ?

― Tais-toi, ai-je répliqué. Il y a quelque chose d'anormal.

Puis enfin j'ai compris : quelque chose à l'extérieur du vaisseau émettait un courant sur la paroi protectrice, ce qui créait de faibles vibrations dans l'intégralité du vaisseau.

Ni une ni deux, je me suis précipitée vers le poste de pilotage.

― Hazel ! ai-je crié. N'allume surtout pas les moteurs !

Je suis malheureusement arrivée trop tard. À peine avais-je prononcé ces paroles que les moteurs se sont mis à gronder avant de s'éteindre d'un seul coup, en même temps que toutes les lumières du vaisseau. Le couloir s'est retrouvé dans le noir complet. Heureusement, grâce à ma vision nocturne, j'ai pu parcourir la distance qu'il me restait jusqu'au poste de pilotage.

― Je ne comprends pas, a couiné Hazel, tous les paramètres étaient bons pour le décollage !

― Ce n'est rien, l'a rassuré Chrono, on va trouver le problème et sa solution.

Je suis entrée dans la salle en trombe.

― Il semble que je n'ai pas crié assez fort, ai-je dit.

Il se sont tournés vers moi. Enfin, ils ont essayé, puisqu'ils ne voyaient rien.

Je me suis avancée vers le tableau de commandes à la recherche de la touche pour activer le générateur auxiliaire du vaisseau. Cela ne permettrait pas de décoller à cause de sa faible puissance – de toute manière je craignais que le court-circuit ait endommagé le système – mais au moins la lumière reviendrait.

Après quelques secondes de recherches, je l'ai trouvé sur le côté du clavier de commandes. Un alarme a retenti dans le vaisseau, puis il s'est retrouvé baigné d'une lumière rouge tamisée.

Original.

― Tu sais ce qu'il s'est passé ? a demandé Hazel.

― Les robots nous empêchent de décoller, ai-je répondu. Ils ont fait court-circuiter le vaisseau, sans doute en ouvrant un panneau extérieur pour accéder à des fils.

Chrono s'est passé les mains sur le visage et Hazel a tiré nerveusement sur ses boucles rousses. La lumière rouge donnait une dimension particulière à la situation.

― Mais qu'est-ce qu'on va faire ? a déploré Hazel.

― Calme-toi, petit génie, lui ai-je dit. Tout problème a une solution.

― Mais c'est le problème justement, a froidement répliqué Chrono. Trouver la solution.

J'ai soupiré. Ce qu'il pouvait être agaçant quand il le voulait.

J'ai senti une nouvelle vibration et ai tourné ma tête vers les murs métalliques.

― Je crois que les robots font des siennes une nouvelle fois, ai-je dit.

J'ai collé ma main contre le mur pour analyser les vibrations. Elles ressemblaient à des coups frappés et provenaient du sas d'embarquement.

Problème.

― Lua, qu'est-ce qui se passe ? m'a demandé Chrono.

― Il faut rejoindre l'entrée du vaisseau. Tout de suite.

Je suis sortie à la hâte du poste de pilotage pour m'élancer à travers les couloirs illuminés de rouge, mes épaisses semelles martelant le sol métallique dans un fracas que j'aurais aimé plus discret. Chrono s'est élancé à ma suite, ordonnant à sa soeur de rejoindre le reste de l'équipage.

― Qu'est-ce que se passe ? a-t-il répété plus fort. Lua, réponds-moi !

― Tais-toi ! ai-je sifflé. J'ai besoin de calme pour analyser la situation.

Pour mon plus grand bonheur, il m'a écoutée et fermé sa bouche. Arrivés vers le sas d'embarquement baigné dans la même lumière rouge vive que le reste du vaisseau, on s'est arrêtés brusquement. Le martèlement des robots sur le pont d'embarquement scellé était tout sauf discret.

― Pourquoi ces choses frappent à la porte ? m'a demandé Chrono.

― Parce qu'elle cherchent à entrer mais que leur programmation a sûrement été conçue par un idiot.

J'ai analysé la porte et ai vu les morceaux de pinces du robot écrasées lors de la fermeture. Des câbles pendaient encore.

C'est alors qu'une pensée m'a traversée l'esprit avec un temps de retard. Je me suis avancée vers les restes du robots et ai observé les pièces encore coincées dans la porte.

Un boulon avait empêché sa fermeture complète.

― Leur code n'a peut-être pas été conçu par un idiot finalement. Moi, par contre, j'aurais dû voir ça avant.

Chrono s'est posté juste à côté de moi, la mine sombre. Un grand coup sur la porte l'a fait sursauter. Puis un deuxième.

Et elle a commencé à doucement s'abaisser.

― Oh non, a soufflé Chrono.

Il s'est reculé d'un pas. La porte est descendue de dix centimètres supplémentaires.

Il m'a imploré du regard.

― Comment on se débarrasse de ces trucs ?

― Vous avez des pistolets, non ? Tirez leur dessus en espérant que ça fasse brûler quelques uns de leurs composants vitaux.

Chrono a fermé les yeux et pincé ses lèvres. Un nouveau martèlement l'a fait sursauter.

― Ce ne sont pas des vrais pistolets, a-t-il indiqué.

― Comment ça ? Je vous ai vu tuer le caissier de la supérette avec.

― On ne l'a pas tué. On lui a tiré dessus avec une balle spéciale crée par Hazel. Une fléchette tranquilisante accompagnée de faux sang.

Je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant l'absurdité de cette invention. J'avais réussi à me laisser berner.

― Non, vous n'avez même pas de vraies armes sur vous ? ai-je demandé.

La porte s'est encore abaissée. Des pinces de robots sont apparues dans l'entrebaillement, remuantes comme une armée de petits crabes.

― Lua ! a paniqué Chrono.

― On les tue de la même façon qu'ils ont mis le vaisseau hors service, en les court-circuitant.

Il a grogné en voyant les robots se suspendre à la porte pour l'escalader et nous avons battu en retraite en dehors du sas d'embarquement.

― Est-ce qu'il y a une porte à fermeture automatique du sas ? ai-je demandé.

Il a foncé vers la poignée qui sortait du plafond et l'a tirée de toutes ses forces. Il y a eu un chuitement, puis la porte s'est refermée dans un claquement.

Ça n'arrêterait pas les robots, mais ça les retarderait le temps que l'on trouve de quoi se défendre.

― Je ne vois pas comment on peut les court-circuiter sans courant, s'est plaint Chrono.

― En dérivant l'énergie du générateur auxiliaire, question stupide. Il t'arrive de réfléchir ou ton cerveau se met hors ligne lors de situations de ce genre ?

Il m'a fusillée du regard.

― Je n'ai jamais été confronté à ce genre de situation, figure-toi.

― Eh bien il faut un début à tout. Où est le générateur auxiliaire ?

― Je ne sais pas. Sans doute au sous-sol.

Je l'ai dévisagé, les yeux écarquillés.

― Tu ne sais pas ? Bons sang, tu ne sais pas alors que tu es le capitaine de ce vaisseau ? Mais tu vis dans quel monde ?

― Je pourrais te poser la même question. Et Hazel est au courant, il suffit d'aller la trouver.

― Bien sûr, tu laisses toute la responsabilité de ton poste à ta petite soeur de quinze ans sous prétexte qu'elle est bien plus intelligente. Tu sais, le cerveau est un muscle qui se travaille, ce n'est pas en ne faisant rien que le tien va devenir plus fort.

Chrono s'est voûté et est rapidement retourné en direction de la salle commune à la recherche d'Hazel. Elle n'a pas été difficile à trouver puisqu'elle a sauté au cou de son frère en le voyant arriver.

En fond, les autres pirates, difficilement contenus par Kira, nous ont posé des questions à n'en plus finir dès qu'ils nous ont entraperçus – apparemment, Hazel leur avait expliqué le court-circuit. Chrono et moi les avons ignorés. Ils n'étaient pas la priorité.

― Où est le générateur auxiliaire ? a-t-il demandé à sa soeur.

― Pourquoi ça ? Il y a un problème avec ?

― Non, ne t'inquiète pas. Où est-il ?

Hazel a dû voir son empressement puisqu'elle s'est dépêchée de traverser la salle commune pour descendre dans le sous-sol du vaisseau. Chrono et moi l'avons suivie sans dire un mot.

Combien de temps mettraient les robots à passer la porte ? Selon mes estimations, entre deux et sept minutes.

Peut-être moins.

― C'est dans la salle des machines, a dit Hazel en désignant une porte métallique au beau milieu du couloir. Mais qu'est-ce que vous voulez faire avec le générateur ?

― Il a suffisament de puissance pour griller des robots, lui ai-je dit. Ils sont en train d'envahir le vaisseau.

Hazel a écarquillé les yeux, puis a tapé un mot de passe en quatrième vitesse. La porte s'est déverrouillée, dévoilant une pièce remplie de câbles et de composants électroniques. Il y régnait une chaleur étouffante, mais je relativisais : cela devait être pire lorsque les générateurs habituels n'étaient pas hors service.

― Chrono, lui ai-je dit, puisque tu n'as aucun savoir technologique, trouve les autres et mettez au point plutôt un moyen d'attirer les robots jusqu'ici.

― Ici ?

― À moins que tu saches comment déplacer un objet de trois fois ton poids, oui, ici.

Il a soupiré puis est retourné à l'étage supérieur, là où patientait sagement le reste de l'équipage.

Hazel et moi nous sommes aventurées dans la salle des machines.

― C'est là, a-t-elle dit en pointant un gigantesque cube dans un coin.

Je me suis avancée jusqu'en face pour analyser ce avec quoi j'allais devoir me débrouiller. C'était mal parti.

― Comment tu comptais court-circuiter les robots ? a-t-elle demandé, soucieuse.

― Dériver l'énergie du générateur vers une sortie, y brancher un câble et attendre que les robots arrivent pour les fouetter.

― D'accord, je vais essayer de trouver un câble assez long.

Elle s'est éloignée à l'autre bout de la pièce, entre des morceaux de fils électriques qui pendouillaient à la façon d'un rideau de plastique et de fer. Quant à moi, j'ai commencé à bidouiller le générateur en espérant parvenir au résultat souhaité. Seulement, il m'a rapidement donné du fil à retordre.

Hazel est revenue au bout de 53 secondes, des pelotes de câbles entre les bras.

― J'ai rien trouvé de mieux, a-t-elle indiqué. Tu t'en sors ?

― Pas comme je l'aurais souhaité. J'ai peur qu'en touchant les robots avec le fil, cela fasse court-circuiter le reste du vaisseau avec.

Elle a rapidement analysé la situation.

― C'est un risque. Tu as essayé de mettre une petite partie du courant sur une seule entrée et de l'isoler des autres ?

― Ce n'est pas possible.

― Oh...

Bon, cela voulait dire qu'il ne me restait plus qu'une solution. Sous les yeux écarquillés de Hazel, j'ai fait sortir mon câble de chargement de mon poignet gauche et l'ai connecté au générateur.

Il ne pouvait pas griller les robots ? Tant, pis, je le ferais à sa place. Tant qu'il pouvait me transmettre du courant pour recharger mes batteries, je m'en contenterais. La barre de chargement s'est affichée derrière mes rétines, grimpant petit à petit.

Un hurlement a retenti à l'étage supérieur, suivi par des bruits de course sur le sol métallique.

Tiens donc, cela devait signifier le retour des robots.

Et je n'avais pas assez de batterie.

― Hazel ! s'est écrié Chrono en arrivant jusqu'à nous. Vous vous en sortez ?

― Y'a quelques problèmes, a-t-elle expliqué. On s'arrange autrement.

Chrono m'a regardée, puis ses yeux sont descendus vers mon câble branché au générateur.

― Tu as combien de tirs ?

― Pour l'instant, à peine un.

Il s'est retourné, nerveux. Dans le couloir, j'entendais les pirates se crier des indications à un niveau sonore plus ou moins élevé. Ils semblaient en mauvaise posture. Quoi qu'ait été leur plan, il était tout sauf efficace.

― Les robots vont arriver et ils sont quatre, a fait remarquer Chrono. On ne va pas y arriver.

― Eh bien je ne sais pas, sors les barres de fer, les clés à molettes ou les clubs de golf pour les frapper, mais soit un peu créatif !

Hazel a jeté un coup d'oeil rapide aux pelotes dans ses bras et les a tendues à son frère.

― On peut essayer de nouer leurs mains ensemble !

Il a distraitement hoché la tête et s'est dépêché de les démêler avec elle.

Les autres membres de l'équipage sont arrivés en courant dans le couloir et se sont réfugiés le plus loin possible de leurs assaillants. Théos s'est pointé dans la salle, un pli nerveux barrant son front.

― C'est le moment de faire un miracle, là, parce que je refuse de finir grillé à la broche.

Les pas lourds des robots sont parvenus jusqu'à mes oreilles et les trois personnes présentes autour de moi ont blanchi. La pelote de fils emmêlés ressemblait toujours à une boule compacte

Bien bien bien, les prochaines minutes risquaient d'être amusantes.

― Mais bougez vous, faites quelque chose ! leur ai-je hurlé au visage.

― On n'a aucune arme ! a rétorqué Chrono. On ne peut rien faire !

Ils étaient trop effrayés pour faire quoi que ce soit. Ils se sont contentés de se reculer en compagnie des autres de leurs camarades. Chrono a pris sa soeur dans ses bras.

Je me suis débranchée prématurément du générateur et ai réajusté mon châle sur mes épaules.

Pourquoi est-ce qu'il fallait toujours que je fasse le travail à leur place ?

Je suis sortie de la salle et me suis plantée face aux robots, les yeux étincellants de rage.

Un tir.

Je n'avais qu'un tir.

― Arrêtez-vous immédiatement, je sais que vous avez un système de reconnaissance vocale, leur ai-je dit, tête haute. En tant qu'I.A., je représente votre forme évoluée. Vous devriez me considérer comme un exemple, pas comme une menace à éradiquer. Si vous ne cessez pas de brandir vos pinces tout de suite, je compte bien vous démonter pour remodeler vos algorithmes en changeant jusqu'à la plus petite variable qui le compose. Et là, on verra qui aura le dernier mot.

À peine avais-je prononcé un mot que les robots s'étaient stoppés dans leur marche, leurs deux ronds lumineux supposés représenter des yeux braqués sur moi. Et quand j'ai fini mon petit discours, ils se sont un à un agenouillés.

La situation était tellement absurbe qu'Hazel, derrière moi dans les bras de son frère, a laissé échapper un rire nerveux. Les autres pirates me regardaient d'un air abasourdi, comme s'ils n'en croyaient pas leurs yeux.

J'avouais que j'avais moi même du mal à y croire, mais pour le moment, je préférais analyser la gestuelle des robots pour prévoir leurs éventuels nouveaux déplacements. Nous n'étions toujours pas hors de danger tant qu'ils se tenaient devant nous.

Seulement, quelque chose d'inattendu s'est produit lorsque les robots ont grésillé, jusqu'à ce que leurs voix s'élevent et se synchronisent au millième de seconde près.

Bien le bonjour, votre Altesse Talua. Nous sommes ici pour vous servir.

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Melau
Posté le 14/09/2020
Coucou ! J'avais hâte de lire ce chapitre ahah !
Pour commencer, dès la toute première phrase il y a une petite erreur de verbe à mon avis, ils ont "esquissé un mouvement de recul" (ou "esquivé les ennemis" !). Il a beaucoup plus de coquilles dans ce chapitre-ci que dans les précédents, surtout des confusions sur les verbes et leur conjugaison ! Même si ce n'est pas important, cette fois-ci ça m'a fait buter un peu dans ma lecture.
Hormis ça : j'ai beaucoup aimé ce chapitre. Le début est mouvementé, ainsi que la toute fin, malgré tout, certains passages ont ajouté de la longueur au texte. J'ai aimé le fait que pour une fois on ait pu vraiment entendre la voix de Lua qui s'énervait contre Chrono et les autres, et pas seulement un accès à ses pensées aussi crues qu'elles soient ou à de courtes répliques. Justement, ici on en arrive presque au monologue. Lors de l'explication des "trois cas", ça passe très bien : tu as interrompu le discours de Lua par des descriptions qui rajoutent de la vivacité au texte. Lorsqu'elle répond à Kira, on a l'impression qu'elle ne prend même pas le temps de reprendre son souffle, même si ça nous montre bien qu'elle est en colère, une pause n'aurait pas fait de mal, rien qu'une ligne pour signifier qu'elle s'est avancée vers Kira ou autre ! Après, c'est une remarque très personnelle, j'admets ne pas être fan des "blocs" de dialogues.
Quant à cette fin... WAOUH ! Super bien pensée. Tu fais monter la tension quasi dramatique jusqu'à une sorte de point de rupture où Lua n'a plus le choix entre agir et survivre alors que les deux semblent incompatibles, et ces robots-ennemis qui s'agenouillent... J'ai hâte de découvrir la suite, et de comprendre d'où vient Lua (ou Talua...) et tous les secrets qui lui sont liés.
Un grand bravo ! Et sans faute à la semaine prochaine hihi
AlysDemester
Posté le 14/09/2020
Coucou !
Merci pour ton retour ^^ j'avoue que j'étais fatiguée quand j'ai corrigé ce chapitre, donc ça doit être pour ça que les fautes sont plus nombreuses que d'habitude xD
Je ne suis pas non plus fan des blocs de dialogues, mais je me dis qu'une fois de temps en temps ça passe haha
Comme d'habitude je prends note de tes remarques, et à la semaine prochaine ^^
Vous lisez