Chapitre 8

Notes de l’auteur : Bonjour à tous ! :)

Merci à tous ceux qui me lisent, merci aussi à tous ceux qui commentent que ce soit pour donner leur avis ou me proposer de précieuses pistes de relecture !

J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les autres !

Très bonne lecture à tous :)

« Aïe ! j’suis bête ma parole », Elena s’entaille le bout du doigt en achevant de découper ses petites affichettes : « TROUVE CHATTE NOIRE AVEC PETITE TACHE BLANCHE SUR LA POITRINE. NON IDENTIFIÉE. CONTACTER LE 01 344 1111 SI VOUS LA RECONNAISSEZ. ». Le message est accompagné d’une photo, un peu floue, de l’animal. Elle est en retard et doit se dépêcher de rejoindre Deirdre pour coller les affiches un peu partout dans le quartier. Même si, il faut bien l’avouer, elle espère secrètement que son nouveau compagnon ne sera pas réclamé. Il faut dire qu’elle sait y faire pour se rendre attachante cette petite bête ! Même sa mère, qui passe pourtant la majorité de son temps à râler après le pauvre félin qui, selon elle, salit tout sur son passage, a été prise en flagrant délit de « caresses avec circonstances aggravantes de gloussements niais en réaction aux pirouettes dudit animal ».

Mimine, car c’est comme ça qu’Elena l’a baptisée, dort avec elle depuis qu’elles se sont mutuellement adoptées. Et force est de constater que les cauchemars d’Elena tendent à s’apaiser depuis lors.

« Toujours est-il que ce chat n’est pas à moi, il doit bien appartenir à quelqu’un… Je dois retrouver ses propriétaires, pour son bien. » Cherche-t-elle à se convaincre, sans réellement y croire.

On sonne à la porte : Deirdre est arrivée. Elle entend sa mère qui va ouvrir la porte et se dépêche de fourrer les affichettes dans son sac à main et de descendre rejoindre son amie. Lorsqu’elle arrive sur le palier, Deirdre a déjà été accueillie par Aisling. L’ambiance est plutôt froide et il semble que leur conversation se soit arrêtée à un échange cordial de « bonjour ». Elles ne se sont jamais réellement entendues toutes les deux. Deirdre désapprouve la manière dont elle traite sa meilleure amie et a du mal avec les manières guindées de la mère d’Elena. Aisling, quant à elle, n’a jamais été très fan du style de la jeune femme et de l’influence qu’elle et sa famille pourraient avoir sur sa fille.

« Maman, on va faire un tour et poser des affiches pour retrouver les propriétaires de Mimi… de la chatte. Je reviens ce soir pour le dîner.

— Tu as ton téléphone, si j’ai besoin de te joindre ?

— Oui, oui, j’ai… On ne va pas loin…

— Très bien… retrouvez moi les maîtres de cette sale bestiole… conclut-elle sans conviction »

Les deux jeunes femmes échangent un regard complice, Elena lève les yeux au ciel, signe qu’elle voit clair dans le jeu de sa mère. Une fois dehors, Deirdre s’empresse :

« Elle a quoi ta mère avec la chatte ?

— Elle a qu’elle persiste à jouer les cœurs de pierre… Elle fait comme si elle ne pouvait pas la supporter, mais l’autre jour, avec mon père on l’a grillée en train de lui grattouiller le ventre et gâtouiller des “tu es une petite coquine toute douce toi, dis donc. Tu ne veux pas arrêter de mettre tes poils partout vilaine petite chipie !”, se moque-t-elle en imitant sa mère de manière caricaturale.

— Ahah ! ta mère serait donc douée d’empathie envers les êtres vivants finalement ?! s’étonne Deirdre non sans une pointe d’ironie mal dissimulée. »

Elena la sanctionne d’un coup de poing amical dans l’épaule, bien qu’elle ne puisse nier que la réflexion l’ait fait sourire.

Elles décident de descendre jusque dans la rue principale, près des quais de la Boyne pour commencer le collage, puis de remonter le quartier jusqu’à chez elle pour couvrir un maximum de terrain. Elles en profitent pour s’aérer l’esprit et discuter ensemble, d’autant plus que le temps dégagé est des plus propices à la flânerie.

« Tu as des nouvelles de Padraig ? s’enquiert Deirdre, constatant que son amie n’évoque pas d’elle-même le sujet.

— Non, aucune… Je ne lui en ai pas donné non plus d’ailleurs… J’essaie de l’éviter en cours, sans trop de difficultés d’ailleurs étant donné qu’il a l’air de faire pareil de son côté, confesse-t-elle. On n’a même pas reparlé de ce qui s’est passé… Tu penses que c’est à moi de reprendre contact ? Histoire d’agiter le drapeau blanc, quoi…

— Sûrement pas ! Après ce qu’il t’a fait, ce n’est sûrement pas à toi d’aller faire le premier pas ! Et puis quoi encore ?! Tu ne veux pas t’excuser aussi ? s’indigne sa meilleure amie. Je suis désolée Darling, mais là, ton mec il a grave déconné ! Et plus encore… Je sais que tu l’aimes tout ça, tout ça, hein. Mais j’ai quand même très envie de lui mettre mon poing en plein dans la tronche à cet idiot ! C’est à lui de venir vers toi. Et s’il n’est pas aussi bête qu’il en a l’air, il viendra s’excuser tout seul. Laisse-le mijoter un peu et réfléchir à ce qui se fait ou pas quand on aime quelqu’un. Ça lui fera les pieds…

— T’as sûrement raison… Je ne comprends vraiment pas ce qui lui a pris. Je veux dire : qu’il désapprouve la manière dont je gère ma maladie, ce n’est pas un scoop, il me l’a suffisamment fait comprendre. Mais de là à réagir comme ça, de manière si agressive, ça n’était jamais arrivé. Je crois que le pire c’est que pour la première fois, il m’a fait peur, je ne l’ai pas reconnu. J’ai eu l’impression que j’avais un inconnu face à moi, quelqu’un de mauvais, qui me faisait du mal volontairement. Je m’en veux d’avoir pensé ça… de le penser. D’autant plus, qu’il n’a peut-être pas tout à fait tort dans le fond étant donné que mon psy m’a dit exactement la même chose que lui. Il lui donne complètement raison, en fait. Sur le fond plutôt que sur la forme. Encore que… Bref… Je suis complètement paumée. C’est peut-être eux qui ont raison : il faut que j’accepte que je doive être aidée et surprotégée. Que je suis malade… Et arrêter de jouer les ingrates et les ados insatisfaites…

— Tu ne penses pas sérieusement ce que tu dis, Elena ? Tu sais très bien ce que j’en pense… OK, ton cerveau ne marche peut-être pas tout à fait comme tout le monde, mais tu n’es pas folle. Et ce n’est pas en t’abrutissant avec des cachetons que ça va résoudre quoi que ce soit… Ni en te parlant comme à un chien, ou en te réduisant à l’état de petite fille impotente d’ailleurs… Je ne te dis pas d’arrêter tes traitements, ça serait irresponsable de ma part. Mais, par contre, depuis le temps que je te dis de demander un deuxième avis psy… Il est plus que discutable, l’avis de ton psy, ma chérie… Depuis quand un psy prône-t-il la maltraitance psychologique vis-à-vis de ses patients ? Je ne le sens pas ce type, tu le sais…

— Je sais, mais il me suit depuis petite… et il n’y en a pas cinquante des psys à Drogheda, Didi. Sans compter que mes parents ne jurent que par lui et boivent ses paroles comme celles du Messie. Pour une raison qui m’échappe d’ailleurs…

— Ta mère boirait les paroles de quiconque lui confirmerait que tu auras éternellement besoin de ses petits soins. C’est pas plus compliqué que ça… Et ton père, avec toute la bonne volonté du monde, il peine à s’imposer, faut bien le reconnaître.

Elena lui accorde ce point, elle ne peut qu’acquiescer. Elle adore son père. C’est le seul de ses deux parents qui soit capable de communiquer avec elle et surtout de l’écouter. De l’entendre. Mais, face à sa mère, il n’a jamais fait le poids pour ce qui est de prendre une décision.

— Et du coup, avant que tout ça n’arrive, au Supermac’s, tu essayais de nous raconter l’histoire avec la vieille illuminée… Tu l’as revue ? Tu sais ce qu’elle te voulait ?

— Non, absolument pas. Je veux dire : non je ne l’ai pas revue et non je n’ai pas la moindre idée de ce qu’elle me voulait… Elle m’a fait un drôle d’effet… Je sais que, “dans mon état”, appuie-t-elle en mimant des guillemets avec ses doigts, mon psy apprécierait moyennement, mais j’avais l’impression qu’une partie de moi la reconnaissait. Comme une sorte d’impression de déjà vu, tu vois ce que je veux dire ?

— Pas du tout… Tu la connais ou pas ?

— Non… Non, je ne la connais pas. J’avais conscience de ne pas la connaître, mais une partie de moi ne peut pas s’empêcher d’avoir l’impression de l’avoir déjà vu quelque part, voire même de la trouver familière… Bref, je suis peut-être vraiment folle, ou alors, c’est le fait qu’elle connaisse mon nom qui m’a perturbée, va savoir.

— Hmm, étrange ton histoire… J’espère que tu n’as pas eu affaire à une serial killeuse ascendant stalkeuse à la Joe Goldberg… Sinon sache que je fus honorée de te compter parmi mes amies, taquine-t-elle.

— Ahah… Mais que tu es drôle, chère amie ! Tant d’empathie de ta part me gêne… s’amuse Elena devant la désinvolture de Deirdre. En tous cas, psychopathe ou pas, elle a réveillé la vilaine petite voix dans ma tête… ça faisait longtemps qu’elle ne m’avait pas donné signe de vie, celle-là… regrette-t-elle.

— Comment ça ? Qu’est-ce que tu as entendu ?

— Des trucs sans queue ni tête…

— Du genre ?

— Du genre, un truc qui ressemblait à “je suis là” ou “suis là” et autre chose que je n’ai pas comprise “abri elle”. Je sais que mon psy m’a dit que c’était le reflet de mon inconscient, cette voix, mais là mon inconscient et moi on ne capte pas la même fréquence… Je n’ai aucune idée de ce que ça peut bien vouloir dire.

— Hmm… Je ne suis pas super calée en matière de petite voix bizarre dans la tête, mais il n’y a peut-être rien de spécial à comprendre… C’est peut-être comme un “bruit parasite” lié au fait que tu as eu un violent coup de stress et que ton cerveau s’est mis à bugger… Enfin, moi c’que j’en sais…

— Hmm…

— Et ce chat alors ? Comment il s’adapte chez la famille foldingue ?

— Hey !!!

— Oups, fait-elle mine de s’excuser

— Elle est adorable ! Bien que bizarre, parfois… Parfois, elle gratte à la porte et hurle à la mort pour sortir et quand je lui ouvre elle fait trois pas dehors se retourne et me fixe comme si elle voulait que je la suive avant de rentrer. Elle peut passer des heures à me fixer, on dirait qu’elle veut me parler. Par télépathie. Et le pire, c’est que par moment j’ai l’impression de la comprendre.

— Ah oui. Cette fois, je ne peux plus nier les faits : tu parles “le chat”, tu es folle, c’est sûr.

Deirdre éclate de rire.

— Et voilà, tu te moques…

— Mais non pas du tout ! Hmm, hmm. C’est bon, vas-y, je t’écoute. 

— En tous cas, avec moi elle est adorable, et super protectrice aussi. Elle passe son temps sur mes genoux ou à me suivre partout. Dès que ma mère pète un câble, elle se met à lui feuler dessus pour me protéger. Ma mère est loin d’être un ange, mais je suis forcée d’admettre que Mimine ne fait pas grand-chose pour l’arranger. Elle fait que des bêtises quand ma mère est là. Elle fait tomber un verre, gratte les pots des fleurs… Elle a poussé le vice jusqu’à aller faire pipi dans ses chaussures, l’autre matin ! T’aurais vu sa tête… Et tu l’aurais entendu surtout, se souvient-elle avec humour. Et malgré ça, on dirait bien qu’elle a fini par s’y attacher. Ce chat a ensorcelé ma mère, je vois que ça. »

Elles ont déjà collé la moitié du paquet et ont presque terminé leur tour de quartier.

Plus loin dans la rue, Elena aperçoit son voisin qui bricole dans l’allée devant son garage, vêtu d’une chemise lui donnant des airs de bûcheron, ses cheveux bouclés, blond vénitien cachant en partie son visage dont elle devine la tension. Deirdre, se rendant compte du trouble de son amie, signale :

« Oyez, oyez, le voisin canon à onze heures semble avoir, lui aussi, flashé sur toi ! Il te bouffe littéralement des yeux… Et… je dois dire que : il n’est pas dégueu ! Pour une jeune femme hétéro aimant les grands bonshommes virils et velus, évidemment, complète Deirdre sentant la surprise de son amie.

Elena, qui vient d’être tirée de force de ses rêveries par son amie, se défend rougissante :

— Hein ? Ne dis pas n’importe quoi, personne ne flashe sur personne… C’est Liam. Mon voisin… Il est cool, mais c’est tout. Juste cool. Et amical.

— Et torride, se moque malicieusement Deirdre. Allez, raconte !

— Mais il n’y a rien à dire, je t’assure ! C’est juste mon voisin… Il m’intrigue un peu parce qu’il est… comment dire… plutôt discret. Du coup, je suis curieuse, rien de plus. Et puis, du peu que j’ai pu échanger avec lui, il a l’air gentil. En dehors de ça je n’ai rien à te dire de particulier…

— Hmm, hmm… Il te plaît…

— Mais non !

— Pas à moi… l’encourage-t-elle.

— Bon. OK, peut-être juste un peu. Mais de toute façon, je suis avec Padraig, je te rappelle. La question ne se pose même pas.

— Pour le moment… conclut-elle avec l’air de celle qui complote en coulisses qui a le don d’exaspérer sa meilleure amie. »

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