Chapitre 7 : Les secrets

Par Mary

VII

LES SECRETS

 

 

 

 

 

Une heure sonna à la cathédrale, à quelques rues de là, quand Nora se leva et secoua sa robe pour faire tomber les miettes laissées par la pâtisserie.

— Je vais rentrer préparer le message pour Milo et Oncle Roger. Ça va ? Tu as l’air bizarre.

— Non, je… je vais bien. Je vais aller au port, voir où en sont les choses avec le Lotus Noir.

Il se souvint qu’il ne lui avait rien dit de son entrevue avec le maître d’équipage.

— On se voit ce soir ? proposa-t-il en essayant de paraître plus confiant qu’il ne l’était.

— Oui. Bien sûr, avec plaisir.

            Il la regarda s’éloigner dans un tourbillon orange. Le vent avait forci, mais ce n’était rien comparé à ce qui se passait dans sa tête. Il était venu ici pour trouver l’assassin de ses parents, parbleu, non pour tomber amoureux ! Sa quête pouvait le mener n’importe où, à l’autre bout du monde. Il n’avait toujours rien appris sur l’homme à l’étoile ou sur la clé, et lui qui ne s’était jamais intéressé à aucune fille, voilà que cela lui tombait dessus en plus de tout le reste !

            Alban tenta de se raisonner. Aussi plaisant que soit ce sentiment, il n’était pas convaincu d’être vraiment amoureux. C’était peut-être une illusion, tout simplement. Comment savoir ? Ça ne lui était jamais arrivé ! Et s’il s’agissait bien d’amour… Était-ce si grave ? Cela ne remettait pas ses recherches en cause, si ? Il n’était plus sûr de rien. Il l’appréciait beaucoup, voilà tout. Et il la reverrait ce soir. Rien que d’y penser, son cœur battait plus fort. Concentration, il devait se concentrer. Le Lotus Noir, d’abord.

Il arriva près de la Grande Porte, et descendit vers les quais d’amarrage. Un autre vaisseau corsaire avait rejoint le Lotus. Il devait avoir accosté il y a peu, une demi-douzaine d’hommes œuvraient encore dans le gréement, à hisser et à sangler les voiles. Leur capitaine donna un courrier à l’émissaire de la Compagnie et le ponton fut tout de suite enlevé lorsque celui-ci revint à terre. Personne n’avait le droit de descendre tant qu’on n’avait pas amené le bordereau de livraison, c’est-à-dire le document nécessaire à l’enregistrement de la prise, à l’armateur. Sinon, des marins peu scrupuleux pourraient détourner une partie de la marchandise à leur simple profit. C’était de la contrebande pure et simple, et il n’y avait guère que la piraterie qui était plus grave aux yeux de l’amirauté. Si l’on faisait exception du maître d’équipage de la veille, Alban avait déjà observé que cette règle était fort bien respectée. Milo et d’autres employés du port lui avaient expliqué qu’il y avait deux raisons à cela. D’abord, en échange de ce respect, les dirigeants des compagnies s’arrangeaient en général pour finaliser les démarches assez rapidement, sauf litige sur les prises. Les matelots n’étaient donc pas consignés très longtemps. La deuxième raison, beaucoup plus terre à terre, était qu’on gagnait généralement plus d’argent sur les marchandises en les vendant aux enchères plutôt qu’en contrebande. L’attente devenait rentable.

Certaines nuances de la réglementation corsaire étaient encore floues, mais Alban estimait s’en sortir assez bien pour un gamin de l’intérieur du pays.

            Il rejoignit Boris sans craindre une éventuelle remarque sur son absence de la matinée. Derrière son accent rocailleux et ses manières bourrues, l’officier ne s’offusquait jamais de rien tant que le travail était bien fait.

— Tiens, rregarrdez qui voilà ! Une soirrée arrrosée, cerrtainement ?

— Une petite escapade en ville. Alors ?

— Tu arrrives à point nommé pourr le prréférré. Les huissiers viennent de parrtirr, on va pouvoir s’occuper du Lotus. On t’a mis au parrfum ?

— Si on veut.

Dans le doute, faire profil bas.

Milo se planta derrière Alban, le faisant sursauter.

— Comment était cette matinée ? Ma cousine t’en a fait voir de belles, je présume ?

— Ah, c’est malin ! Si tu savais ! J’aurais quelques questions pour vous à ce sujet, mais d’abord, pourquoi m’impliquer là-dedans ? Je n’ai rien demandé, moi !

— Elle est terrible, hein ? ajouta-t-il avec un clin d’œil. Au vu de ton intérêt pour le Lotus, je pense que mon père s’est dit que tout ce qui touchait de près ou de loin à la Compagnie t’intéresserait. Puisqu’on parle du loupAujourd’hui, tu te lances dans le bizarre.

            Boris s’avança devant la rampe qui venait d’être installée pour décharger le Lotus Noir. Aucun des employés du port ne bougea, et Alban remarqua qu’ils étaient moins nombreux que d’habitude, pas plus d’une dizaine. Ils restèrent tous à attendre jusqu’au moment où, en haut du ponton, un large bonhomme en bras de chemise et aux favoris prononcés leur adressa un signe de la main. Chacun leur tour, ils montèrent sur la planche de bois qui tanguait légèrement au rythme des ondulations de la marée. Quand Alban arriva en haut, il jeta un rapide coup d’œil sur le pont. Outre celui qu’il avait déjà vu, il aperçut aussi un grand type roux dégingandé ainsi qu’un troisième, plus petit, à la peau très foncée et aux grosses boucles brunes.

            Il attrapa le sac qu’on lui tendait. En se retournant, il entrevit un autre homme adossé contre la porte du gaillard arrière. On ne pouvait que deviner son visage sous son tricorne, mais il avait l’air plutôt jeune. Il portait un long manteau noir, et sans savoir pourquoi, Alban se sentit dévisagé. Il n’en laissa rien paraître, descendit, posa son sac dans la charrette, et recommença.

Ce manège étrangement silencieux se répéta tout l’après-midi. De temps à autre, on leur donnait une indication, ou un avertissement du genre « Attention, ça casse », mais rien de plus. Pas un mot, pas même une chance de demander quoi que ce soit. C’en était presque intimidant, et certains débardeurs pourtant aguerris semblaient mal à l’aise. Alban et Milo eux-mêmes discutèrent moins que d’ordinaire. Ce navire avait quelque chose d’inhabituel et de solennel, mais quoi ? À la fois tout et rien, c’était son ambiance, son secret, et assurément tous les espoirs qu’Alban plaçait en lui. Son oncle pouvait se trouver sur le pont inférieur, ou dans un bureau sous la dunette, pour ce qu’il en savait.

Le ciel commençait à se colorer lorsqu’ils envoyèrent la dernière charrette à la Grande Porte. Malgré un volume tout à fait raisonnable, la cargaison devait valoir une petite fortune. Outre le rhum, ils avaient descendu plusieurs caissettes de tabac, des balles de coton et de gros sacs de fèves de cacao. L’homme sur le navire leur fit signe que c’était terminé, et disparut hors de vue. Milo proposa un verre avec son père, mais Alban déclina. Il était attendu.

Il avait essayé de ne pas songer à Nora pendant la journée, de se concentrer sur le Lotus Noir, mais par moments, elle s’imposait à lui, et chaque fois, il devait se faire violence pour garder la tête froide. Son esprit ne demandait pas grand-chose, simplement qu’elle soit là, et penser librement à elle comme un trinqueur s’enivre de sa bouteille.

En fait, c’était épuisant d’être amoureux. Si c’était vraiment ça. Non, ça ne pouvait pas l’être. Impossible. Trop de choses à faire. Il devait trouver l’assassin de ses parents. Rester focalisé sur son objectif.

Quand il parvint à la plage, Nora l’attendait déjà, seule, perchée sur un rocher. Elle avait drapé son grand châle autour d’elle, et fixait l’horizon, les yeux vers le large. Alors que la fraîcheur de la nuit tombait, Alban avait encore étrangement chaud. Elle tourna la tête et sourit en le voyant arriver.

— Te voilà ! Boris t’a retenu ?

— Plutôt le Lotus Noir à vrai dire. C’est incroyable, Milo ne m’avait pas menti, ils ne disent vraiment rien, et on ne met pas un bout de botte sur le pont. Je n’ai vu que deux de leurs hommes, et la tignasse d’un troisième.

— Tu n’as rien appris de plus, alors.

— Si, hier soir, mais avec toutes vos manigances, je n’ai pas pu en placer une.

Nora fit une adorable grimace et Alban lui rapporta la conversation de la veille au Tonneau Brûlé dans les moindres détails.

— Ça m’aurait amusé de te voir dans ce repaire de brigands. Tu es bien trop gentil pour fréquenter des endroits pareils, ça se voit tout de suite. Malheureusement, pour le moment tu n’es pas plus avancé. Tu crois que le maître d’équipage reviendra te voir ?

— Franchement, je n’en ai pas la moindre idée.

— Que feras-tu s’il ne le fait pas ?

— Je trouverais un moyen de rencontrer un des marins. Quelqu’un doit forcément se souvenir de mon oncle.

— Pourquoi c’est si important pour toi de le retrouver ? Tu n’en parles jamais. C’est lui, cet homme à l’étoile coupée en deux ?

— Non, pas du tout. J’espère qu’il le connaît, qu’il pourra me dire où je peux le trouver, qui il est, son nom, n’importe quoi.

— C’est qui pour toi ?

Alban se tut. Pouvait-il lui raconter ça ? En avait-il envie ? Elle ne comprendrait pas, ou le prendrait pour un fou. À part le Père Louis, et les Kemener, personne n’était au courant.

— Alban, qu’est-ce qu’il y a ? Tu peux me dire. Tu n’as pas confiance ?

— Ce n’est pas ça, bien sûr que j’ai confiance en toi, mais… C’est difficile à expliquer. Tu vas me prendre pour un idiot.

— Tu es agaçant à la fin, et têtu comme une bourrique ! Très bien, faisons un marché. Tu me dis ton secret, je te dis le mien, comme ça, on est quittes. Et on se moque pas, ni l’un, ni l’autre.

— Je ne sais pas…

— Alban.

Nora l’avait repris à l’ordre en plongeant ses yeux dans les siens. Elle ne plaisantait pas, bien au contraire.

            La digue se rompit, et Alban succomba. Il lui raconta absolument tout, ses parents, l’assassinat, son sauvetage, le Père Louis, Combourg et les Kemener. La jeune fille écoutait, attentive, et posait des questions quand elle avait besoin d’une précision. Les larmes aux yeux, l’émotion vive, tout sortit d’un coup, y compris les cauchemars dont il avait tant honte. Oui, c’était ça, il avait honte, et il s’en rendait compte seulement maintenant. Ça lui donnait l’impression de n’avoir pas grandi, de n’avoir pas réussi à se remettre de ce qui s’était passé.

— C’est pour ça que je suis revenu. Je dois savoir ce qui est arrivé à mes parents, pourquoi on les a tués, je veux que ça s’arrête. Parce que je revois cet type en train d’allumer le tonneau de poudre et le balancer en travers de la vitrine et ça me rend malade de pas savoir. J’ai besoin d’en finir avec ça. Depuis que je suis ici, j’ai l’impression d’aller de fausses pistes en fausses pistes. Sans compter cette clé que le Père Louis m’a donnée quand je suis parti. C’est l’homme à l’étoile qui lui a confié, le jour où il m’a sauvé, elle est censée m’apporter des réponses, mais je ne vois pas comment. 

— Une clé ?

Alban attrapa son couteau dans sa poche et fit tomber la clé du fond de l’étui.

— Celle-ci.

Nora l’examina à la lumière du couchant.

— Elle est vraiment petite. Je me demande ce qu’elle peut bien ouvrir. Il n’y a vraiment rien d’écrit dessus, ça pourrait être n’importe quoi, une petite porte, un coffre, un secrétaire…

Elle la tourna dans tous les sens, puis la rendit à Alban.

— Tu n’es jamais en colère ?

— À quoi ça servirait ? Ça ne changerait rien à ce qui est arrivé.

— Des fois, ça permet d’avancer.

Elle resta silencieuse un moment, avant de demander tout bas, visiblement émue :

— Tu n’en avais jamais parlé avant, n’est-ce pas ?

— Non. À part le Père Louis, et les Kemener, une fois quand j’étais petit.

— Ça ne compte pas, ça. Montre-moi.

— Quoi ?

— Ton bras, montre-moi.

— Mais…

— Tu as confiance ? Un secret pour un secret.

Il hésita, puis tendit sa main gauche. Elle la prit délicatement dans la sienne, et de celle qu’elle avait de libre, remonta la manche presque jusqu’en haut. L’angoisse étreignit le cœur d’Alban. Il aurait voulu tout cacher, lui ôter son bras de la vue, mais les doigts de Nora étaient chauds et veloutés contre sa paume. « Elle ne t’aimera plus, maintenant. » Il détourna les yeux.

            Elle caressa les tracés clairs sur sa peau, les endroits où le soleil n’avait jamais réussi à la recolorer, et le creux du coude qui avait toujours paru plus étriqué que le reste. Alban eut l’impression que cela durait une éternité. Finalement, elle lâcha sa main et sauta par terre.

— Ce n’est pas vilain, tu sais.

Les épaules d’Alban s’affaissèrent, et dans un long soupir, il lutta pour dissimuler son émotion, et contre l’envie de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui.

Amoureux, jusqu’au bout des ongles. Tant pis.

— Si tu dis que tes parents ont été assassinés, je te crois. Ça ne te hanterait pas comme ça, si tu l’avais inventé, continua Nora. Tu as le droit d’être en colère et d’avoir envie de te venger. Retrouve ce type et fais-en ce que tu veux.

Le soulagement faisait trop de bruit dans sa tête, dans son corps, allégeait son fardeau. En se laissant aller, il en aurait pleuré.

— Alors, je suppose que c’est mon tour, déclara la jeune fille. Tu es le premier en dehors de quelques membres ma famille à qui je montre ça. Et… panique pas.

— On a dit pas de jugement, souffla Alban en se voulant rassurant, pour lui comme pour elle.

Il lui devait bien ça.

Nora regarda autour d’eux pour vérifier qu’ils étaient bien seuls, mais il n’y avait pas âme qui vive sur la plage à cette heure-ci. Elle attrapa le bas de sa robe et commença à la retrousser, et son jupon avec. Alban sentit le rouge lui monter aux joues.

— Nora, qu’est-ce que tu fais ?

— J’ai dit de pas paniquer.

Jusqu’où allait-elle comme ça ? Il avait un peu de mal à respirer.

Elle s’arrêta au milieu de la cuisse, et fit pivoter légèrement sa jambe sur le côté.

— Tu vois, on a chacun la nôtre.

Une traînée rose foncé s’étirait sur sa peau pâle depuis le dessus de son genou et s’enroulait jusque plus haut sous le tissu.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Alban, intrigué.

— Je l’ai depuis ma naissance. Elle couvre aussi ma hanche droite et s’arrête au bas du dos.

— On dirait du lierre.

— On dirait un serpent, oui ! fit Nora en rabattant sa robe d’un geste brusque.  

Devant l’air interrogateur d’Alban, elle vint se rassoir et, les genoux contre sa poitrine, s’enveloppa dans son châle.

— C’est ce qu’a dit la sage-femme quand je suis née, m’a raconté Papa. Il l’a renvoyée sur-le-champ, mais l’image est restée. Garde le secret, je t’en prie, si ça se savait…

— Je ne comprends pas. C’est une marque de naissance, ce n’est pas grave. De quoi est-ce que tu as peur ?

Elle le fixa de nouveau.

— Je n’avais jamais remarqué, mais tu as les yeux gris comme un ciel d’orage.

— Nora.

Il avait dit cela exactement de la même façon qu’elle l’avait fait pour lui— le petit plaisir de prononcer son nom à voix haute en plus.

— J’ai peur que les gens me prennent pour une sorcière, murmura-t-elle. Qu’un garçon trouve ça repoussant en le découvrant à la nuit de noces. C’est pour ça que j’ai interdit à Papa de répondre à ma place à une demande en mariage, ce qui a beaucoup fait rire Milo, beaucoup moins le reste de ma famille. Imagine si je tombe sur un mari idiot ou méchant, ou les deux. On a déjà répudié une femme pour moins que ça.

Alban prit sur lui.

— Tu trouveras peut-être quelqu’un de très bien.

Nora hésita, avant de se détendre et de relâcher ses jambes.

— Tu es le premier à qui j’en parle. Les autres, je n’avais pas confiance. Et voilà, il aura suffi d’une journée, et je n’ai plus de secrets pour toi, ajouta-t-elle d’une voix faussement légère.

Une douce chaleur parcourut le corps d’Alban. Cela lui fit immensément plaisir, il était touché et même, honoré. Un espoir naquit soudainement. Était-il possible qu’elle l’aime en retour ? Au moins un tout petit peu ?

— Je peux revoir ta clé ? demanda Nora.

Alban la lui tendit. Elle fourragea dans son chignon et dénoua l’étroit ruban noir qui l’attachait. Sa crinière ondulée se libéra en cascade jusqu’à sa poitrine et le milieu de son dos, et la brise du soir la fit voleter gracieusement autour d’elle. Elle enfila l’extrémité du ruban dans l’anneau de la clé puis lia solidement les deux brins avec plusieurs nœuds pour former un collier qu’elle lui passa au cou.

— Elle risque de glisser dans ton étui. Avec ça, au moins, tu ne la perdras pas.

— Merci beaucoup, je… je ne sais pas quoi dire, bredouilla Alban en glissant la clé sous sa chemise.

— C’est original !

Alban rit doucement. Il ne pouvait pas rivaliser avec elle, rien à faire.

            Ils ne discutèrent plus que de banalités jusqu’au crépuscule. La nuit tombait vite, les jours raccourcissaient. Alban raccompagna Nora chez elle. Avant de rentrer, la jeune fille se hissa sur ses pieds et déposa un léger baiser sur la joue d’Alban, un baiser tiède et soyeux au parfum de savon blanc et de sauge.

Il regagna l’entrepôt dans un état second.

 

*

 

Cinq jours passèrent. Cinq jours où Alban oscilla entre l’euphorie extraordinaire du sentiment amoureux et sa culpabilité latente de se concentrer sur autre chose que l’homme à l’étoile ou son oncle. Il supportait difficilement ces hauts et ces bas, d’autant qu’il voyait Nora presque tous les soirs. Ils n’avaient pas reparlé de leurs histoires respectives, encore moins du baiser, ce qui ajoutait à l’incertitude d’Alban, qui ne savait plus comment se comporter— et la jeune fille ne se fit pas prier pour le lui faire remarquer.

Il n’attendait plus aucune nouvelle du Lotus Noir, même si ce dernier était toujours amarré. Son maître d’équipage, comme il l’avait bien précisé, ne lui devait rien. Quant aux marins, il ne les avait pas croisés et n’avait pas non plus osé les chercher. En demandant ouvertement après eux, il craignait de passer pour un fouineur.

Ce matin-là, Alban s’était réveillé en sueur et avait mis plus de temps à revenir à lui. Il lui avait déjà fallu plusieurs heures pour s’endormir, après avoir ruminé tout et le reste. Il n’arrivait pas à s’enlever Nora de la tête. Parfois, il s’en voulait de ne pas faire passer ses recherches avant elle. D’autre part, excepté un miracle, il se retrouvait un peu coincé dans ce domaine-là. Il ne savait plus sur quel pied danser, mais quand il sentait la clé froide contre son torse, il caressait le ruban qui l’attachait et cela lui faisait bondir le cœur.

Dans des moments de pragmatisme aigu, il envisageait de s’occuper en premier lieu de l’assassin de ses parents. Une fois cette affaire réglée, il espérait avoir le courage de parler à Nora de ce qu’il ressentait pour elle. Puis le doute revenait, si elle ne l’aimait pas, ou ne voulait pas l’attendre ? Il en avait peut-être pour des années ! Mais alors, pourquoi ce baiser ? Ses pensées tournaient en rond de la sorte depuis cinq jours et ça devenait insoutenable. Alban sortit, il ne supporterait pas de rester coincé là jusqu’au lever du soleil. Marcher lui aérerait les esprits, à défaut de résoudre ses problèmes.

Un brouillard glaçant et tenace enveloppait la ville. En levant les yeux, on devinait un ciel gris, lourd de pluie. Alors qu’Alban rajustait sa veste, il entendit un drôle de sifflement dans la ruelle derrière.

Appuyé contre un mur, presque invisible depuis la porte de l’entrepôt, le maître d’équipage du Lotus Noir l’attendait.

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Jowie
Posté le 18/02/2020
Me revoilà pour le dessert numéro 2 ;)

Enfin on monte sur le Lotus ! Même si ce n'était que pour un instant, j'ai savouré. Est-ce que le jeune qui observe Alban est son oncle ? Ou alors quelqu'un qui se doute de son identité? J’ai bien senti l’ambiance mystérieuse du bateau et ce silence est troublant !

Pauvre Alban qui se fait pousser dans tous les sens par Nora. Je pense qu’elle aurait mieux fait de demander la permission pour son bras quand même non ? Je ne sais pas comment elle réagirait si Alban aurait insisté comme ça pour sa jambe... xD Dans tous les cas, je suis contente que cette transparence et honnêteté entre eux leur permette de se faire confiance et de se rapprocher. Et c’est cool qu’Alban ait eu droit à un secret de Nora, sinon ça n’aurait pas été juste ! (Je défends les droits d'Alban :P)
Alban est vraiment une bonne personne, et bien qu'il soit timide avec Nora, il est plutôt courageux et sûr de lui dans d'autres situations. Il est vraiment attendrissant. J’attends avec impatience qu’il réciproque les avances de Nora !

J’ai trouvé ça très divertissant de voir comment Alban essaie de “rationaliser” les premiers signes de l’amour, puis de les considerer comme une distraction, avant d’y succomber complètement xD C’est trop mignon !

Hoho, la dernière phrase donne très envie de lire la suite ! On va en apprendre plus sur le Lotus Noir dans le prochain chapitre, à mon avis !

Remarques:
aux yeux de l’amirauté. -> dans le chapitre précédent, tu écris Amirauté avec une majuscule. Est-ce qu'ici tu pensais plutôt "amirauté" dans un sens général ?

Nora fit une adorable grimace -> je trouve que le "adorable" est un peu trop subjectif de la part du narrateur. Si la phrase était en discours indirect libre, alors je comprendrais vu que ça aurait été un reflet des pensées d'Alban.

Je trouverais un moyen de rencontrer un des marins -> trouverai
Mary
Posté le 18/02/2020
Hahaha, je ne dirai RIEN ! Il va falloir attendre un peu.

Pour son bras, elle lui a plus ou moins demandé. À la Nora quoi XD Il était pas obligé de la laisser faire non plus hein. Par contre, je voulais l'égalité sur les secrets sinon ça aurait été ni juste, ni vraisemblable - à notre échelle, on a tous nos casseroles.

Tu me dis que mon Alban est une bonne personne et ça me fait un truc très bizarre dans la poitrine <3
À bientôt pour la suite de ton dessert et merci pour tes commentaires !
Léthé
Posté le 22/09/2019
Ooooh, j’ai adoré le passage entre Nora et Alban, j’ai trouvé ça assez touchant (même si ça m’étonne qu’il ait confié ce secret à une espionne XD je veux dire, c’est probablement la dernière personne à qui j’irais confier un secret). Enfin, quand on est amoureux, souvent, on fait vraiment n’importe quoi !

Comme Alban, je comprenais pas beaucoup pourquoi Nora avait honte de sa tâche de naissance et puis quand elle a expliqué, c’est vrai que c’est devenu assez clair. Rien que si on la prenait pour une sorcière, je pense qu’à cette époque c’était pas rien. Je sais pas si on brûlait encore les gens ou pas, mais tu pouvais te faire virer ou calomnier sans problème.
Du coup c’est très bien que tu nous mettes l’explication de Nora !

Pour le dernier paragraphe, j’ai trouvé la description un peu longue et c’est dommage parce qu’en plus tu frappes fort avec ta dernière phrase :p

Comme d’habitude, je n’ai pas grand-chose à dire sur le style, qui est toujours fluide avec des dialogues très sympa ! Peut-être qu’une touche un peu plus drôle de temps à autre aiderait bien aussi :p mais je sais que c’est pas toujours facile !

Je reviendrai lire la suite !
Mary
Posté le 22/09/2019
Je crois qu'on ne brûlait plus les gens, pas officiellement du moins. Après, dans les petits villages, bon. En tous cas c'était pas sympa.
Je sais le Lotus est pas drôle. C'est pas que c'est pas facile (enfin pas que) c'est juste que c'est pas le ton, pas l'ambiance, et ça ne sonnerait pas juste pour moi.
Normalement, Noctis sera beaucoup, beaucoup plus drôle :p
Rachael
Posté le 30/03/2019
L’histoire avance doucement ici, avec une jolie scène entre Alban et Nora. J’ai vraiment bien aimé cette scène qui sonne juste entre eux. On est plus dans les sentiments d’Alban qu’au chapitre précédent, et on perçoit mieux son émoi.
J’ai moins été convaincue par la dernière partie, parce que c’est très narratif ; on parle de l’évolution des relations entre Nora et Alban, de ses état d’âmes à lui, mais c’est très décrit (tell) et pas tellement montré (show). S’il est si frustré qu’elle n’ait pas réitéré ce baiser sur la joue du soir de leur conversation, ça aurait été intéressant d’insister là-dessus ou de le montrer dans une petite scène entre eux. Enfin, c’est sûr qu’on ne peut pas tout détailler, il y a des choix, mais je trouve que le changement d’état d’esprit entre « Il regagna l’entrepôt dans un état second » et  « Ce matin-là, Alban était désespéré. » est un peu abrupt et laisse le lecteur à bonne distance des états d’âme d’Alban
(bien sûr ce n’est que mon impression de lectrice, mais je te la donne, à toi de voir ce que tu en fais, et si d’autres ont le même ressenti..)
Détails
À en juger par le chapeau qu’il portait, leur capitaine remettait un courrier à l’émissaire de la Compagnie. Le ponton fut tout de suite enlevé lorsque celui-ci revint à terre : je n’ai pas compris qui porte un chapeau. D’après la construction de la phrase cela devrait être le capitaine, mais ça n’a pas de sens… du coup, « celui-ci », c’est qui ?le capitaine ou l’émissaire (si c’est l’émissaire, tu pourrais mettre « ce dernier ». Bref j’ai trouvé ce passage un peu confus
et la jeune fille ne se fit pas prier pour le lui faire remarquer : c’est un peu dommage du coup, de montrer cette évolution dans leurs relations juste en une phrase.
cela lui faisait bondir l’estomac : bizarre, cette image…
Mary
Posté le 26/08/2019
Merci, j'aime beaucoup écrire les scènes entre Alban et Nora. Ce chapitre est un peu trop vieux pour que je me souvienne précisément les glissements entre les parties "actives" et narratives. Merci pour ton ressenti et tes détails, je compilerai tout ça pendant les corrections !
Elia
Posté le 27/03/2019
Salut Mary !
D'avance, je m'excuse si je suis cassante. Un aspect (tu vas vite deviner lequel) m'a pas mal dérangé si je puis dire et je ne prendrais pas le temps de te le dire si ton histoire n'en valait pas la peine. Et cet avis n'engage que moi.
Je trouve que la romance (ou les sentiments d'Alban) arrive comme un cheveu sur la soupe. Même s'il y a une ellipse de quelques semaines, je trouve que tu n'as pas disséminé assez d'indices pour que le lecteur comprenne ce revirement chez Alban. Du coup, pendant la lecture de ce chapitre, je suis restée "extérieure" à l'histoire, à ce que ressentait Alban, alors que ce n'est pas l'objectif je pense. Mon avis est de retravailler cet aspect-là, de prendre le temps de développer cette romance naissante en amont (ajouter une scène supplémentaire ? Distiller des indices plus visibles dans celles qui existent déjà ? Et mieux marquer peut-être l'ellipse, car ça non plus, je ne l'ai pas trop ressenti - après je lis vite donc ceci explique peut-être cela).
 C'est dommage, car l'intrigue sur le Lotus Noir est très bien menée, très intrigante et ta fin de chapitre donne vraiment envie de passer au suivant !
Bref, désolée pour ce commentaire moins positif que les autres. Je lis la suite ;) 
Mary
Posté le 27/03/2019
Ne t'excuse pas, je prends tous les commentaires et les critiques. Je ne t'aurais pas demandé de t'attarder sur la romance Alban / Nora si je n'avais pas voulu ton avis :) Surtout, d'autres plumes ont eu le même sentiment, surtout au chapitre 6. Je pense que mieux marquer l'ellipse est une nécessité absolue, il faut vraiment la souligner, car la distillation va se faire à ce moment-là. Rajouter une scène, ça reste à voir, mais ajouter plus d'indices concrets, oui. 
C'est tout nouveau, tout frais, je n'avais pas tout à fait dans l'idée d'écrire une romance. C'est un exercice très amusant, mais tellement délicat. Il faut arriver à faire sentir ce moment de bascule, mais il ne peut pas arriver tout seul. 
Merci de ton retour :D  
Sorryf
Posté le 25/03/2019
Chouettes chapitres, avec Nora ça avance bien ! J'ai bien aimé leurs confessions sur la plage, et je pense que Nora peut être une allié de poids dans les recherches d'Alban, avec ses connexions.
J'aime bien les penses d'Alban qui a peur d'être amoureux mais tombe quand même 100% dedans xD
J'étais impatiente de voir Alban décharger le Lotus, mais filanement il ne s'est rien passé de particulier, il n'a rien appris... dommage. Enfin le maitre d'équipage a surement des infos... les quelques membres de l'équipage qu'Alban a aperçu vite fait m'intriguent a mort, ce bateau me fascine lol ! je veux que Alban remonte dessus !!
Mary
Posté le 25/03/2019
Coucou ! Ca fait plaisir de te voir par ici (j'ai pas mal été prise depuis l'IRL, remarque...)
Eh, non, pour le moment, rien de rien du côté du Lotus, mais patience, patience, ça va venir !
Je pense publier aujourd'hui, tu vas pas rester sur ta faim trop longtemps. 
A très vite!  
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