Chapitre 7 – La diversion de l’épéiste

Par jubibby

– Savez-vous vous battre ?

La question avait fusé sans même qu’Emma ne se tourne vers lui. Elle était concentrée sur les brigands qui se dirigeaient vers eux, le regard fixé sur ceux qui les menaçaient.

– Que dites-vous ?

– Nous sommes dans une situation fâcheuse. J’ai besoin de savoir jusqu’à quel point je peux compter sur vous pour nous en sortir.

« Fâcheuse » ? Le terme lui semblait bien faible pour décrire la situation dans laquelle ils étaient. Les deux hommes dans son dos étaient chacun armé d’un glaive. L’un portait un foulard noir en travers du visage, cachant l’un de ses yeux, tandis que l’autre, petit et trapu, arborait un rictus démoniaque. De l’autre côté de la route, le tableau n’était pas meilleur. Trois brigands s’avançaient vers eux d’un air menaçant. L’un d’eux, le plus grand et le plus terrifiant, tenait une hache des deux mains. Les deux autres semblaient n’être que de frêles jeunes hommes tout juste sortis de l’adolescence, armés de dagues qu’ils pointaient fébrilement dans leur direction. Oui, « fâcheuse » ne convenait pas. Édouard jugeait leur situation plutôt critique.

Emma lui donna un coup de coude dans les côtes pour le tirer de son observation. Elle attendait une réponse.

– Oui, finit-il par répondre devant son insistance. Je sais manier l’épée.

– Bien. Attendez mon signal et ne faites surtout rien de stupide.

Édouard n’en revenait pas. Depuis l’apparition des brigands, Emma ne l’avait pas regardé une seule fois. Elle avait les yeux rivés vers les hommes qui s’approchaient d’eux, menaçants, l’arme à la main. Elle ne semblait pas inquiète, au contraire. Elle était concentrée. Avait-elle un plan pour les sortir de là ? Pouvait-il lui faire confiance ? Si ces malfrats découvraient son identité alors ils ne les laisseraient certainement pas s’échapper. Et que feraient-ils subir à celle qui avait eu le malheur de croiser la route de l’héritier du royaume ? Rien de bon, assurément. Édouard se fit le serment que cela n’arriverait pas, qu’il ferait tout son possible pour lui éviter le moindre ennui.

Les cinq hommes étaient à présent à seulement un mètre d’eux. Ils s’étaient positionnés tout autour en un cercle qui ne leur laissait aucune échappatoire. L’homme à la hache s’avança vers Emma et lui arracha le sac qu’elle portait en bandoulière. La jeune femme ne broncha pas et le laissa fouiller le contenu de ses affaires.

– Regardez ce que nous avons là, dit l’homme en reculant vers ses acolytes. Des oranges, du pain frais et même de la viande séchée cachée au fond. On dirait que nous allons bien manger. Avec mes remerciements pour la demoiselle.

Il effectua une révérence pleine d’ironie tout en prononçant ces paroles. Édouard s’était positionné dos à la jeune femme pour ne laisser aucune ouverture à leurs agresseurs. Il pouvait sentir Emma se tendre et se préparer à agir. Mais pour quoi faire ? Ils étaient à deux contre cinq sans la moindre arme pour les aider. Sa maîtrise de l’escrime ne lui serait d’aucune utilité dans ces circonstances.

Du coin de l’œil, Édouard vit l’homme à la hache adresser un signe à l’un de ses camarades et entendit celui-ci s’éloigner à la hâte. Allait-il chercher des renforts ? Leur infériorité numérique se réduisait mais il ne voyait toujours aucun moyen d’agir.

– Assez plaisanté. Vous êtes sur notre territoire, il va falloir payer la taxe.

L’homme à la hache s’était une nouvelle fois exprimé. Leur territoire ? Une taxe ? Édouard fulminait. Cette route, bien que de toute évidence peu empruntée, appartenait au royaume et était sous la protection du roi. Comment ces hommes pouvaient-ils s’octroyer le droit de voler les hommes et les femmes qui passeraient par là au nom d’une taxe inexistante ? Édouard pouvait sentir le sang bouillir dans ses veines tandis qu’une colère incontrôlable l’envahissait. Il serra les poings puis se retourna, se positionnant devant Emma.

– Nous n’avons pas d’argent.

Un rictus déforma le visage de l’homme à la hache.

– Voyez-vous ça. Et vous voudriez qu’on vous laisse gentiment passer ?

Édouard enfonça un peu plus ses ongles dans la paume de ses mains serrées. L’homme éclata de rire. Le prince sentit Emma lui tirer la manche pour l’exhorter à se taire. Qu’il aurait aimé être en possession d’une arme pour rappeler à ce brigand à qui il devait respect et dévotion ! Au lieu de cela, il était impuissant, obligé d’obéir à ce malfrat.

– C’est ce qu’il me semblait. Emmenez-les au point de rendez-vous, dit-il à l’attention de ses complices.

L’homme à la hache enfila le sac d’Emma sur son épaule et se retourna en direction du sous-bois.

– Laissez-la partir.

Édouard s’était exprimé sans hésiter. S’il devait arriver malheur à Emma par sa faute, il ne le supporterait pas. Il savait les gardes du palais à sa recherche, il finirait par s’en sortir. Mais elle ? Rien n’était moins sûr.

L’homme à la hache avança vers lui. Tout sourire avait disparu de son visage. Il observait Édouard, comme s’il ne s’était pas attendu à cette résistance. Il était si près à présent que le prince pouvait voir clairement les cicatrices qui découpaient sa peau hâlée. La vie de brigand n’avait pas épargné cet homme et il était certain qu’il ne leur ferait pas de cadeaux.

– On joue les chevaliers servants ?

Édouard lui tint tête sans ciller. Il savait qu’il ne pouvait provoquer cet homme. Pour autant, il n’avait pas l’intention de se taire.

– Laissez-la partir, répéta-t-il. Je suis sûr que nous pourrons trouver un arrangement vous et moi, sans elle.

L’homme observa de nouveau Édouard. Était-il leur chef ? Qu’allait-il faire ? Le brigand se détourna de lui et s’approcha d’Emma. Un sourire fendit son visage devant le regard noir qu’elle lui jetait. Il approcha une main de son visage mais la jeune femme lui saisit le poignet à mi-chemin.

– Ne me touchez pas, dit-elle d’un ton rageur.

L’homme à la hache retrouva son rictus. Il s’écarta d’Emma qui libéra son bras et revint face à Édouard.

– Je crois au contraire que nous obtiendrons un meilleur arrangement avec celle-là que sans. En route, clama-t-il.

Édouard vit les trois autres bandits pointer leur arme dans leur direction et les pousser vers le sous-bois. L’homme à la hache prit la tête du convoi, restant plusieurs mètres devant. Le prince pouvait sentir les deux glaives et la dague dirigés vers lui, dans son dos. Il se mit en route et fut rejoint sur sa droite par Emma.

– Je vous avais dit de ne rien faire de stupide.

Ces paroles n’avaient été qu’un murmure mais Édouard les avait très distinctement entendues. Il tourna la tête en direction de la jeune femme et la vit, le regard fixé sur l’homme à la hache, les dents serrées. Qu’avait-il fait de mal ?

– Vous auriez été libre si cela avait marché, répondit-il à voix basse.

– Et vous probablement mort. Cela vous aurait bien avancé.

Édouard serra les dents. Comment pouvait-elle rester aussi calme si elle jugeait la situation aussi dangereuse ?

– Que suggérez-vous ?

– Empêchez-les de voir que je porte une épée sous ma cape et nous aurons une chance de les prendre par surprise.

Édouard se retint de pousser un hoquet d’étonnement. Une épée ? Il tourna la tête vers la jeune femme et l’observa plus attentivement. Sa cape flottait autour de sa robe et tombait sur ses chevilles. Il y avait toutefois quelque chose d’étrange dans son attitude, il l’avait senti dès leur entrée dans les bois. Il observa sa façon de marcher, la position de ses bras, l’ondulation de ses vêtements.

Et il comprit. Depuis le début, elle lui avait caché son profil gauche : il voyait à présent pourquoi. Elle gardait le bras à demi replié sur son flanc pour ne pas attirer l’attention mais il décelait en-dessous une boursouflure de la taille d’une garde d’épée. Il pouvait deviner le fourreau caché sous ce vêtement et descendant le long de ses jambes. Emma tourna la tête dans sa direction et lui lança un regard noir. Il détourna les yeux aussitôt.

– Soyez plus discret si vous ne voulez pas qu’ils le découvrent.

Il acquiesça. Ils étaient toujours en infériorité numérique mais ils disposaient d’un atout secret. Tout à coup, les chances de s’échapper lui semblèrent bien plus nombreuses. Édouard se retint de sourire, il ne devait pas attirer l’attention de leurs ravisseurs. Il était préférable qu’ils croient avoir le dessus sur eux deux, du moins pour l’instant.

Une épée. Voilà une nouvelle qui intriguait Édouard au plus haut point. Pourquoi Emma avait-elle une arme de la sorte sur elle ? Avait-elle l’habitude de se retrouver dans ce type de situation ? Était-ce une protection pour la vagabonde qui ne pouvait compter que sur elle-même pour se défendre ? Il ignorait tout cela mais espérait pouvoir lui poser la question lorsqu’ils seraient tirés d’affaire.

Le convoi avançait rapidement et s’enfonçait dans la forêt. Ils avaient quitté le vieux sentier qui menait à Chênevert, s’éloignant peu à peu de leur destination. Édouard se demandait où les brigands les conduisaient. Réussiraient-ils à retrouver leur chemin s’ils parvenaient à s’échapper ? La végétation, dense au départ, commença à se clairsemer au bout de quelques minutes. Édouard avait beau regarder autour de lui, il ne voyait aucun signe distinctif qui leur permettrait de revenir sur leurs pas. Leurs ravisseurs, eux, semblaient savoir précisément où ils allaient.

De temps à autre, Édouard jetait un regard furtif en direction d’Emma. Elle était parfaitement impassible, le regard fixé sur l’homme à la hache. Derrière eux, les trois brigands avaient baissé leurs armes mais, au moindre signe suspect, ils tendaient leurs lames dans leur direction. Toute fuite aurait été vaine et ces bandits connaissaient ces bois certainement bien mieux qu’eux.

Au bout de longues minutes, l’homme à la hache brandit son arme et fit signe au convoi de s’arrêter. Il ne dit pas un mot mais semblait observer les alentours. Édouard tendit l’oreille et il lui sembla percevoir du bruit venant dans leur direction. Il se concentra, laissant son ouïe prendre le pas sur ses autres sens et, au bout de quelques instants, il reconnut le son régulier de sabots cognant le sol avec force. Un cheval se dirigeait vers eux.

L’animal arriva de la gauche, chevauché par deux hommes. Édouard reconnut le jeune garçon qui s’était absenté avant qu’ils ne s’écartent du sentier et pénètrent dans le cœur de la forêt. L’inconnu mit pied à terre et se dirigea vers l’homme à la hache tandis que le second gardait la monture.

– Belle prise que voilà. Que nous as-tu trouvé ?

– Celle-là a du caractère. Vous devriez l’aimer, chef.

Ainsi donc ce nouvel arrivant était leur chef. Il était assurément plus impressionnant que les autres brigands : les épaules carrées qui laissaient deviner une force exceptionnelle, il était plus grand que ses complices de près d’une tête. Ses longs cheveux hirsutes et sa barbe coiffée en deux petites tresses lui donnaient un air malveillant. Il portait attaché à la taille une épée dont le fourreau lui arrivait presque à la cheville. Quel genre de lame cela pouvait-il être ? Édouard n’en avait jamais vu d’aussi longue. Le prince balaya son regard autour de lui et remarqua que personne d’autre ne les avait rejoints. Ils étaient donc à six contre deux.

Seuls le chef et l’homme à la hache inquiétaient vraiment Édouard. La façon dont les autres manipulaient leurs armes laissait à penser qu’ils n’en avaient qu’une maîtrise sommaire : ils seraient faciles à neutraliser, si du moins il pouvait disposer d’une épée. Il jeta un rapide coup d’œil en direction d’Emma, se demandant quand elle déciderait de passer à l’action. Elle ignora son regard, observant l’homme à la hache et le nouveau venu.

Le chef des brigands s’approcha d’eux et adressa un signe de tête aux hommes toujours postés derrière Édouard. Le prince les sentit s’approcher et le saisir par les bras, le forçant à s’écarter. Il tenta de se dégager mais il était tenu trop fermement. Emma, quant à elle, ne bougea pas. Le chef vint se mettre face à elle et elle leva le menton pour soutenir son regard malgré leur différence de taille. Elle semblait si frêle à côté de cet homme si plein de muscles qu’Édouard en venait à se demander s’ils avaient réellement la moindre chance de s’en sortir. Comptait-elle sur l’effet de surprise pour les tromper ? Il commençait à penser que cela ne suffirait peut-être pas.

L’homme attrapa la jeune femme par le menton et l’observa de près. Elle le laissa faire, les dents serrées, le regard en feu. Malgré la haine qui se lisait sur son visage, l’homme semblait se délecter de ce spectacle. Un sourire déforma le pli de ses lèvres.

– Voilà bien longtemps que je ne me suis pas amusé avec une femme. J’aime tout particulièrement celles qui se débattent et tu as l’air de faire partie de cette catégorie.

Édouard sentit son estomac se tordre en entendant ces paroles. Quoi qu’ait prévu de faire cet homme à Emma, cela ne présageait rien de bon. Il essaya de se dégager une nouvelle fois de ses agresseurs d’un coup d’épaule mais sans succès. La jeune femme restait impassible face à celui qui la menaçait. Comment faisait-elle pour garder son calme et qu’attendait-elle pour agir ?

Au moment précis où il se posait cette question, il la vit cracher à la figure du colosse qui la tenait par le menton. Il la lâcha sous le coup de la surprise et s’écarta légèrement. Emma en profita pour empoigner l’épée du brigand, la sortir de son fourreau et le mettre en joue. Calmement, le chef des brigands s’essuya le visage de la main et sourit à la jeune femme qui pointait sa propre arme contre lui.

– Du caractère, tu n’en manques pas, assurément. Mais que crois-tu faire avec cette arme ? Tu risques de te couper, ma jolie.

– Aucun risque. Elle n’est pas pour moi.

Édouard avait compris ce que la jeune femme préparait bien avant leurs ravisseurs. Le signal pour agir. Sans attendre une seconde de plus, il donna un violent coup sur le pied du brigand à sa droite. L’homme relâcha légèrement sa prise et Édouard en profita pour se dégager le bras en lui donnant un coup de coude dans les côtes. Il jeta sa main en avant juste à temps pour attraper au vol la garde de l’épée que lui lançait Emma. Profitant de l’élan de l'arme, il asséna un nouveau coup dans l’abdomen du second bandit à l’aide du pommeau de l’arme qu’il venait de récupérer et libéra ainsi son bras gauche.

Débarrassé de ses deux ravisseurs, il jeta un rapide coup d’œil en direction d’Emma. Celle-ci avait saisi son épée d’une main et attrapé un poignard caché dans sa botte de l’autre. Le chef des brigands était fou de rage et il l’entendit hurler sur ses acolytes.

– Vous ne l’avez pas fouillée ? Quelle bande d’incapables vous faites là !

Édouard le vit du coin de l’œil se diriger vers l’homme à la hache pour lui prendre son arme et affronter Emma mais il ne put en voir davantage : il devait se reconcentrer sur son propre combat. Déjà les deux brigands dont il s’était libéré s’étaient relevés, arme à la main, prêts à l’attaquer. Édouard se tourna vers eux et brandit son épée dans leur direction. L’arme était plus lourde que ce dont il avait l’habitude et sans doute mieux adaptée à la taille colossale de son propriétaire mais il s’en accommoderait, il n’avait guère le choix. Les deux bandits se jetèrent sur lui mais il les évita sans mal. Ils furent rejoints par celui qui portait un foulard en travers du visage et Édouard dut faire preuve d’agilité pour parer leurs coups qu’ils lui assénaient tout à la fois. La longueur de la lame se révéla être un atout certain, lui permettant de blesser ses adversaires tout en les gardant à bonne distance.

Comme il s’y était attendu, ces jeunes brigands n’étaient que de piètres soldats. Ils ne parvenaient pas à coordonner leurs attaques et peinaient à rester maître de leurs armes : Édouard eut tôt fait de les désarmer et de les assommer. Un rapide coup d’œil en direction d’Emma lui indiqua qu’elle était toujours à la lutte avec le chef de la troupe. Elle esquivait ses coups avec agilité et avait même réussi à lui entailler le visage de la pointe de son poignard.

Édouard s’éloigna des trois hommes qu’il venait de mettre à terre et se dirigea vers le cheval gardé par le jeune garçon dont les mains tremblaient de peur. Sans doute une recrue récente, se dit-il. Le garçon avait l’air terrifié par le combat qui se tenait devant ses yeux. Le prince n’eut pas le temps de réfléchir à son prochain coup : il sentit une lame lui entailler le flanc. Il fit volte-face et vit l’homme à la hache, une dague à la main.

– Tu ne t’en tireras pas comme ça mon joli.

L’homme se jeta sur Édouard qui fit un pas sur le côté pour l’éviter. Cet adversaire-là était de toute évidence plus coriace que les précédents. Le prince se retourna et tendit l’épée en direction du brigand qui se ruait déjà de nouveau vers lui. Il l’évita une nouvelle fois tout en laissant traîner un pied pour faire chuter son assaillant. Il sentit le pied se prendre dans sa cheville mais l’homme ne tomba pas. À peine Édouard s’était-il remis en position que son adversaire s’était déjà retourné, prêt à repasser à l’attaque. Le prince maugréa, il était temps de changer de tactique. Il s’avança vers son adversaire, l’épée en avant, et l’attaqua sans relâche. L’homme para chacun de ses coups mais il était forcé de reculer devant les attaques répétées de son adversaire.

Il ne fallut que quelques coups de plus pour que le brigand se retrouve dos à un arbre, bloqué. Acculé, l’homme fit une dernière tentative en frappant l’épée d’Édouard pour l’écarter et il se jeta sur lui. Le prince l’évita de justesse et fit volte-face, ne laissant pas le temps à son adversaire de se retourner. Il lui asséna un violent coup dans le dos qui le fit s’effondrer, face contre sol. Édouard se précipita vers lui et posa son pied sur le dos du brigand pour le maintenir au sol. Sans une hésitation, il le transperça de sa lame au-dessus des reins. Il ignora les mouvements de lutte et le hurlement de douleur de son adversaire. C’était la première fois qu’il blessait gravement un ennemi au combat mais il ne s’en émut pas. Il n’en eut pas le temps. Son attention avait été détournée par un cri dans son dos.

Celui d’Emma.

Il s’était retourné précipitamment et l’avait repérée quelques mètres plus loin. Elle était à terre, l’épée coincée dans la hache de son adversaire qu’elle tentait, bras tendus, de maintenir à distance de son thorax. Édouard pouvait voir le poignard de la jeune femme fiché dans la cuisse du colosse. Elle avait besoin d’aide. Il jeta un rapide coup d’œil au dernier brigand qui gardait le cheval et réalisa qu’il était toujours là, tétanisé. Le prince aurait pu l’assommer et s’enfuir sans attendre loin de cette troupe d’hommes malveillants. Ses yeux allaient et venaient entre la jeune femme et le cheval. Pourrait-il se pardonner de l’avoir laissée dans une telle situation ? Au fond de lui, il savait que non. Son cri hanterait ses nuits s’il ne faisait rien.

Le prince récupéra la dague de son adversaire et le laissa à terre, geignant, l’épée plantée dans le dos. Il ne pourrait se relever seul et Édouard s’en éloigna sans crainte. Il se précipita vers celui qui gardait le cheval et l’assomma par derrière. Il s’assura que l’animal ne pouvait fuir puis se rua vers Emma et le colosse alors que la lame tranchante de la hache s’apprêtait à rencontrer la poitrine de la jeune femme. Le brigand, trop concentré sur cette lutte qu’il menait, ne l’avait pas entendu approcher dans son dos. Sans hésiter une seconde, Édouard transperça l’homme et le tira en arrière pour libérer la jeune femme.

Le chef des brigands s’écroula aussitôt, la pointe de la dague dépassant de son abdomen. Édouard se tourna vers Emma et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Elle était essoufflée, tremblante, presque désorientée par le combat qu’elle venait de mener. Après une seconde d’hésitation, elle saisit la main que lui tendait le prince et se redressa. Elle récupéra son poignard dans la cuisse de son adversaire, essuya la lame sur le pan de sa jupe et rangea ses armes avant de rejoindre Édouard près du cheval. Il grimpa sur la monture le premier et tendit la main pour aider la jeune femme à le rejoindre. Elle posa son pied dans l’étrier et attrapa sa main avant de renoncer.

– Mon sac, dit-elle.

Elle fit demi-tour et récupéra ses affaires que l’homme à la hache avait abandonnées avant de se mêler au combat. Elle revint promptement vers Édouard, le sac sur les épaules, se hissa à sa suite et enroula ses bras autour de sa taille. Dès qu’elle fut installée derrière lui, le prince claqua les rênes et le cheval partit au galop, laissant la troupe de brigands défaite derrière eux. Édouard poussa un profond soupir de soulagement : ils s’en étaient finalement sortis.

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