Chapitre 7 : Isis

Par Zoju
Notes de l’auteur : C'est autour d'Isis de revenir. J'espère que ce chapitre vous plaira :-)

Une fois ma supérieure partie, je referme derrière moi et m’adosse contre ma porte. Les battements de mon cœur ne se sont pas encore calmés. Je ferme les yeux pour retrouver ma sérénité et régule ma respiration. Lorsque je suis quelque peu apaisée, je m’éloigne de l’entrée pour aller boire un verre d’eau. Mon réveil affiche 6 h 30. Bien qu’Elena m’ait demandé de me recoucher, je suis trop tendue pour le faire. À vrai dire, je n’ai pratiquement pas dormi de la nuit, trop de soucis me tourmentaient. Je repasse en mémoire ce qu’Elena m’a dit, Luna viendra me chercher vers 7 h 30. Cela me laisse 1 h pour prendre une douche et m’habiller. Elena m’a donné hier une tenue. C’est une sensation étrange de devoir porter un uniforme de l’armée alors que je n’en fais pas partie. Elle a ensuite précisé que mes cheveux devaient être ramenés en chignon. Je récupère tout ce qu’il me faut et me faufile dans la chambre de ma supérieure. À l’intérieur, il fait assez sombre. Le soleil n’est pas encore levé, mais cela ne change rien à l’atmosphère triste à mourir de cette pièce. Elle est peu meublée, juste une armoire, une table de nuit, un lit et un grand miroir. Ce dernier élément me surprend, car je trouve cela assez superficiel, voire frivole pour une base militaire. Je continue mon inspection, très peu d’effets personnels mis à part des vêtements de civils qui semblent d’ailleurs prendre la poussière. Le même constat se fait pour la salle de bain, toujours aussi impersonnel. Tout est morne. Je me demande comment Elena fait pour vivre ici. Je suis certaine qu’elle me répondrait sur son ton habituel que cette pièce n’est faite que pour dormir. Je me décide à prendre ma douche que j’expédie. Je mets ma tenue de service et me regarde dans le grand miroir d’Elena. Elle est relativement moulante, mais cela n’est pas gênant. Je fais deux, trois tours sur moi-même pour ensuite me détourner de la glace. Il me reste un problème à résoudre, le chignon. Je n’en ai encore jamais fait, seuls le nom et la forme me disent quelque chose. D’habitude, une queue suffit pour les accrocher. Après plusieurs tentatives désastreuses, je lâche l’affaire, autant demander à un cheval de se seller lui-même. Je retourne dans ma chambre. Peu de temps après, on frappe à ma porte. J’ouvre pour laisser Luna entrer. Je l’avais déjà croisée la veille, mais maintenant qu’elle est de nouveau devant moi, je me rends compte qu’à part ses yeux marron et ses cheveux foncés, elle n’a rien en commun avec Elena. Beaucoup plus grande et élancée que sa sœur, une certaine sérénité qui ne se retrouve pas chez ma cheffe émane d’elle. La jeune femme remarque immédiatement ma coupe de cheveux. Je suis bien obligée de reconnaitre que l’art de la coiffure m’échappe quelque peu. Elle me sourit avec bienveillance.

- Ce n’est rien, je vais m’en occuper.

- C’est vrai ! Vous me sauvez la vie.

- Allons, n’exagérons rien.

Elle me prend des pinces et me demande de m’asseoir. Elle empoigne une brosse et commence à me peigner les cheveux. Je suis surprise par la douceur de ses gestes. Elle me fait penser à une grande sœur. Tout en exécutant ces mouvements, Luna me questionne sur mon ancienne vie. Je lui réponds du mieux que je peux en oubliant volontairement quelques éléments, le tout avec une pointe de nostalgie. Une fois satisfaite, elle décide de poursuivre en me racontant un peu son vécu. Je remarque bien qu’elle est vague, elle laisse de côté le sujet militaire et se concentre principalement sur son enfance. Luna était assez solitaire. Les autres enfants préféraient l’éviter, car elle leur faisait peur. Chez elle, ce n’était guère plus réjouissant. Son père n’était jamais présent et sa mère déprimait et se lamentait de son absence la plupart du temps. Luna se réfugiait alors dans son imaginaire et dans la lecture pour échapper à ses tracas. Avant de rencontrer Elena vers l’âge de 13 ans, elle était seule. Elle s’arrête là, car elle vient de finir de me coiffer. Elle me tourne la tête pour vérifier son travail avant de me lâcher fière du résultat. Je me lève du tabouret où je m’étais installée et nous sortons. Dans le couloir, le calme est toujours aussi présent et pesant. Arrivées à la cantine, Luna se dirige vers une table libre, je la suis sans dire un mot. Elle m’oblige à m’asseoir et part nous chercher le déjeuner. Celui-ci est sommaire et n’est composé que du strict minimum, pain, confiture et une boisson chaude. Je ne me plains pas. Je n’ai jamais très faim le matin. Toujours en silence, nous engloutissons ce maigre repas. J’essaye de paraitre détendue, mais cela est loin d’être facile. Dès que je suis entrée dans cette salle, tous les yeux se sont braqués sur moi et les commentaires à voix basse ont empli le réfectoire. Certains ne sont d’ailleurs pas discrets. On les entend à la ronde. Luna semble remarquer mon trouble et me dit après avoir avalé son morceau de pain :

- Ne t’occupe pas d’eux, ils ne valent pas la peine.

Un mépris prononcé se fait sentir dans sa voix qui est devenue plus froide et cinglante qu’avant. Voyant que j’ai fini de manger, Luna m’indique l’endroit où je dois ranger mon plateau. J’obéis et reviens presque directement derrière elle. Nous quittons la cantine pour nous rendre dans le bureau de Luna. Une fois à l’intérieur, celle-ci ouvre une armoire et y sort un volumineux classeur prêt à craquer. Elle le dépose sur la table et m’expose mon travail.

- Je ne peux pas te permettre de ranger mes dossiers, car ils sont secrets d’état. Je risque gros si tu lis le contenu. Elena m’a dit de te donner du boulot, mais le seul que je vois est de faire de toi ma messagère. Ne t’inquiète pas. Tu ne devras que te mouvoir dans le QG. Je peux te confier cette mission ?

Je ressens une pointe d’angoisse. Sa requête bien que simple me parait être tout le contraire. Je ne connais rien ici à part les lieux qu’Elena m’a montrés. Je déglutis difficilement, mais d’un côté si ce n’est que dans le QG cela devrait aller. Essayant de prendre une voix maitrisée, j’accepte sa mission. Elle me sourit satisfaite et me tend une lettre.

- Va apporter cette lettre au lieutenant-colonel Nikolaï Wolfgard. C’est l’homme que tu as vu à mes côtés hier, celui avec les cheveux noirs et les lunettes. Son bureau se trouve au bout du couloir. Quand tu as fini, tu reviens ici. Ne parle à personne.

Je prends la missive d’une main hésitante et sors. Le QG grouille de monde. Certains soldats passent en courant alors que d’autres s’arrêtent pour discuter. Je m’avance et suis les indications de Luna. Je tourne à droite en me disant que cela doit être par là. J’essaye de paraitre sereine. Tout en marchant, je regarde les noms sur les portes. Je dénombre des capitaines, des sergents, des colonels, des lieutenants, mais pas de lieutenant-colonel Wolfgard. J’arrive au bout d’une impasse très sombre, j’ai dû me tromper. Je reviens sur mes pas, toutefois je ne reconnais pas l’endroit. Je sens une présence derrière moi, mais lorsque je me retourne, je ne distingue rien. Je commence à trottiner. À un croisement, un soldat me bouscule. Je m’excuse, confuse. Une main se referme sur mon poignet. L’homme me force à le regarder. De taille moyenne et large d’épaules, il me dépasse de quelques centimètres.

- T’es qui, je ne t’ai jamais vue ici ?

- Je suis l’aide de camp du colonel Elena Darkan, déclaré-je d’une voix tremblante.

Ses sourcils se froncent brusquement.

- Laisse-moi rire ! Il n’y a pas d’aides de camp dans cette base. Tu ne serais pas plutôt une espionne de ces foutus rebelles ?

Sur le coup, je ne trouve rien à répondre. De qui parle-t-il ? Qui sont ces rebelles ? Face à son regard dérangeant, je me ressaisis et m’exclame d’une voix légèrement trop aigüe à mon goût :

- Absolument pas ! Je suis une aide de camp. Voici ma carte d’accès.

Il me l’arrache des mains et l’examine. Ses yeux se plissent. Mon cerveau réfléchit à toute vitesse, car je suis persuadée qu’il ne me croit pas. Il me remet mon badge dans une poche de ma veste. Je me calme en me disant qu’il a compris, mais au lieu de me lâcher, il resserre davantage sa prise sur mon poignet. Je grimace en sentant la douleur affluer.

- Tu sais, ta supérieure, je ne l’apprécie pas vraiment, déclare-t-il. Elle m’a déjà humilié quelques fois et je n’ai jamais réussi à me venger, mais tu pourrais peut-être changer la donne.

- Je vous en prie ! Laissez-moi partir !

- Hors de question ! aboie-t-il.

La panique m’envahit. Mes yeux cherchent partout une issue, mais n’en trouvent aucune. Je me débats. Malheureusement, il me tient fermement. Soudain, une voix se fait entendre, une voix calme et posée.

- Sergent Jobert.

L’homme qui me maintient se retourne et son visage vire au rouge.

- Mon capitaine, cette fille… 

- Il suffit. Qu’a-t-elle fait ?

- Rien, mon capitaine.

- Alors je te prie de la lâcher et de vaquer à tes occupations.

Le sergent me relâche enfin et part dans la direction opposée sans oublier de me fusiller du regard. Une fois hors de vue, je me retourne pour remercier mon bienfaiteur. Je le vois enfin. Le sergent Jobert s’était positionné de manière à ce que le capitaine ne soit pas dans mon champ de vision. L’homme qui se dresse devant moi me domine de sa hauteur. Je dois me tordre le cou pour apercevoir ses yeux noisette. Je suis coupée dans mon élan de reconnaissance, car celui-ci me fixe glacial, lui aussi me soupçonne. Je lui tends ma carte et le remercie rapidement. Je ne veux pas qu’il pense que je suis une ingrate. Il me rend mon pass. Je remarque qu’il s’est un peu détendu.

- Où dois-tu aller ? s’enquiert-il en me remettant le document. À voir ton expression, tu dois être perdue.

- C’est exact, mon capitaine. Je viens d’arriver et je ne connais pas encore bien cet endroit.

Un sourire bienveillant apparait sur ses lèvres.

- Ce n’est rien. Alors où je t’amène ?

- Chez le lieutenant-colonel Wolfgard.

Le sourire du capitaine s’élargit davantage.

- Ah chez Nikolaï, pas de problème.

Avant de reprendre notre chemin, il me tend sa paume grande ouverte.

- Au fait, je suis le capitaine Liam Vanraad et toi ?

C’est fou comme il m’a tout de suite mise à l’aise. C’est bien la première personne que je rencontre qui n’émet aucune animosité. Sans hésiter et avec joie, je lui serre la main qu’il me présente.

- Je m’appelle Isis.

Alors qu’il passe ses doigts dans ses mèches brunes, le capitaine éclate de rire.

- Quel idiot, je suis ! s’exclame-t-il. C’était noté sur ta carte ! Allez, suis-moi.

Je me mets à ses côtés. Ce n’est que là que je remarque vraiment sa très grande taille. Il doit faire au moins 1m90. Lorsque nous marchons, c’est lui qui mène la conversation. Ses questions sont banales. Comment est-ce que j’ai atterri ici ? D’où est-ce que je viens ? Bien que j’aimerais me montrer plus cordiale, je n’arrive qu’à lui répondre par monosyllabe. Je n’ai toujours pas pardonné à mes parents et la blessure est encore trop fraiche. Liam semble comprendre mon trouble et n’insiste pas. Il se décide à me donner des conseils pour que je puisse mieux me repérer. Son sourire me réconforte, il n’a pas l’air gêné que je sois nouvelle. Pour éviter un obstacle, je me rapproche de lui. Une légère odeur de désinfectant provenant de ses vêtements me parvient. Cela me ramène directement à la dure réalité. C’est vrai, c’est un soldat et comme toute personne de sa profession, il doit se battre. Je m’écarte de lui. Il a dû soigner une blessure. Sur le chemin, nous rencontrons Nikolaï qui partait quelque part. Je lui donne la lettre de Luna. Il me remercie et s’éloigne. Je demande alors à Liam de me rendre un dernier service en m’indiquant la direction à prendre pour retourner au bureau de Luna. Toutefois, je ne le quitte pas tout de suite. Il me précise l’emplacement de son bureau si jamais j’ai un problème et c’est à ce moment-là qu’une voix forte m’appelle.

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Eryn
Posté le 24/06/2021
Coucou
ils ne valent pas la peine. = j'aurai mis "n'en valent pas la peine" non ?
Sans ça, le sergent Jobert m’a l’air d’être un sacré crétin. C’est peut être pas très malin de sa part d’indiquer directement qu’il en a après Elena, ça risque de se retourner contre lui, non ?
S'il voulait vraiment mettre Elena et Isis dans la merde, il mentirait quand Liam lui demande ce qu'elle a fait, ça serait sa parole contre la sienne !
A toute !
Zoju
Posté le 24/06/2021
Merci pour ce commentaire ! Je vais corriger cette tournure de phrase. En ce qui concerne Jobert, je peux te confirmer qu'il est loin d'être très futé. Ce soldat n'est pas non plus très apprécié par ses collègues et il est fort probable que Liam ait assisté à une partie de la scène. J'espère que la suite te plaira ! :-)
annececile
Posté le 18/04/2020
Luna est plutot gentille avec Isis! Et ca surprend qu'elle mentionne Elena comme une rencontre lors de ses 13 ans, je croyais qu'elles etaient soeurs ? Demi soeurs? Petit detail : a la toute premiere ligne, Isis s'adosse "contre elle", je pense qu'il s'agit de la porte? Je me demande toujours pourquoi Hans et Elena ont ete convoques ensemble...
Zoju
Posté le 18/04/2020
Oui elles sont demi-sœurs. Je devrais le mentionner, car cela pourrait prêter à confusion. Et aussi, c'est bien contre la porte qu'Isis s'adosse. Merci de tes remarques.
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