Chapitre 7

Nous prîmes le métro jusqu’à Bastille. Le bar se trouvait non loin de là. En attendant l’heure, nous décidâmes de nous promener un peu et lui prit un sandwich au Mcdo pour combler sa faim. Nous nous posions à la terrasse d’un café pendant qu’engloutissant son repas il me cuisinait pour connaître sa surprise. Je détournais la conversation en lui montrant une trottinette électrique qui se trouvait sur le trottoir d'en face. Je n’en avais encore jamais fait et lui disposait d’un compte d’activation. Il trouva l’idée super.

Nous nous retrouvions ainsi sur la place du marché. Comme nous n'avions repéré seulement qu'une trottinette, nous montions ensemble. Ce fut un peu notre premier rapprochement. J’étais devant, et lui derrière, assurait la stabilité de l’engin. Nous virevoltions quelques minutes jusqu’à ce que je lui demande d’arrêter car nous allions trop vite à mon goût. Nous étions tout de même mort de rire à la fin, un peu gênés ou troublés aussi par cette nouvelle proximité. Nous finîmes la promenade en marchant l’un près de l’autre dans les petites rues du quartier.

Enfin ce fut l’heure. Je l’emmenais devant la bâtisse. Il me dévisagea l’air dubitatif. « Mais j’ai déjà mangé » dit-il en regardant la pizzeria. « Attends de voir » soufflais-je amusée. Nous pénétrions dans le restaurant épicerie. Je m’adressais au patron : « Nous sommes venus pour le bar caché ». « Ah oui bien sûr, je fais venir votre serveur tout de suite ». Il me regarda avec surprise. « Trop cool ». Le dit serveur arriva quelques secondes plus tard et nous emmena dans l’arrière boutique où il ouvrit une porte dérobée. Il laissa place à une salle style irlandaise de la prohibition. L’ambiance était tamisée, de petites lanternes et autres bougies étaient disposées autour de tables basses et de gros fauteuils en cuir.

Nous prîmes place dans un angle de pièce. Il était émerveillé et me remerciait pour cette découverte. J’étais soulagée et contente de mon coup. En consultant la carte, il décida qu’il était temps pour lui de cesser son mois sans alcool, histoire de faire honneur intégral à ma surprise. J’en fusse touchée. D’un autre côté, il allait perdre son pari avec ses amis me confia-t-il mais tanpis, l’occasion était trop belle pour renoncer à un verre.

Enfin je me détendais, tout se passait bien, ma surprise avait fonctionné. Nous parlions de tout et de rien, quand soudain je me sentis assez à l’aise pour m’apprêter à lui confier un secret. J’hésitais un peu encore avant de lui révéler. Après tout je ne le connaissais que depuis quelques jours et encore si l’on pu dire. Nous ne nous étions vus que deux fois en vrai, en IRL (« in real life ») comme diraient d’autres. Mais quelque chose me disait qu’il fallait que je le fasse à ce moment où jamais. Mon secret était bien lourd a révélé, et s’il le comprenait alors je me sentirai libérée d’un poids et pleinement en confiance. En revanche, si il prenait peur ou me jugeait au moins nous aurions passé du bon temps, et je filerai à la maison me réfugier sous ma couette pour oublier toute cette courte histoire… Comme le risque était tout de même assez grand, j’optais pour une révélation en demi-mesure. Oui, une partie seulement pouvait être dite pour le moment, ce serait suffisant. Si déjà il avait l’air compatissant, je pourrais sans doute lui en confier plus au fur et à mesure que notre relation se développerait.

Dans un bref moment solennel, je me penchais alors vers lui, le regard plongé dans le sien. Il s’arrêta de sourire et me dévisagea « Est-ce que tout va bien ? ». Il reposa son verre prêt du mien et se pencha à mon niveau comprenant que je souhaitais lui parler plus intimement pour ne pas que les autres clients puissent m’entendre.

Je pris alors une profonde inspiration et commençais mon histoire. Je lui expliquais, pendant un moment qui me parut durer une éternité, que j’avais subi une agression sur mon ancien lieu de travail, un an et demie plus tôt. Il écoutait l’air grave. Je repris mon récit en précisant que mon ancien chef m’avait enfermé dans une salle en me menaçant physiquement. Je lui dis aussi que c’était un homme sous l’emprise de cocaïne très agressif qui n’avait jamais pu m’encadrer du fait que j’étais souvent en désaccord avec lui. Cette fois là n’avait pas dérogé à la règle. Cependant, le dit chef n’avait pas eu le temps de me porter atteinte car j’avais réussi à sortir de la salle avant d’aller déposer plainte. Mais les jours qui ont suivi, aucun de mes collègues ne m’a soutenu bien qu’ayant vu la scène ; soit ils avaient peur des représailles, ou ne souhaitaient tout simplement pas prendre part au conflit, même quand les syndicats étaient venus demander des comptes. J’avais alors dû partir écoeurée et triste de ne pas avoir été épaulée, ce qui m’a impacté durant de long mois.

Plus je parlais, plus sa bouche s’ouvrait grand. Ces premiers mots furent rassurants « oh merde, je suis désolé pour toi vraiment, mais ça va tu t’en es remise quand même ? Qu’est-ce qu’il s’est passé pour ce tocard ? ». Je pensais alors que j’en avais assez dit pour le moment et lui répondis simplement que oui ça allait mieux depuis mais que ça avait bouleversé une partie de ma vie, que pas mal de choses avaient changé, à commencer par la confiance naturelle accordée aux gens, et puis forcément j’avais changé de job. Et bien sûr je lui dis que le tocard avait été viré. Il fit une tête consternée et ajouta « je suis vraiment désolé pour toi Charlotte. Personne ne devrait subir des choses pareilles, et tu sais j’ai des amis qui ont vécu ça aussi, je comprends parfaitement ». Il me prit la main exerçant une légère pression de sympathie. Je fus rassurée. Il avait l’air d’être quelqu’un de profondément empathique et sincère, ce qui d’ailleurs me changeait de d’habitude. “Tu sais, lui disais-je, si je te dis tout ça c’est parce que j’ai beaucoup de mal à être naturelle dans mes nouvelles relations. Je suis souvent inquiète de tout et n’importe quoi, un rien me stresse”. Il passa les minutes suivantes à me réconforter, me faisant bien comprendre qu’il saisissait vraiment ma situation et qu’il ferait attention… Décidément ce garçon était incroyable...

Nous avions fini nos verres et j’avais peur d’avoir plombé l’ambiance. Il n’en fut rien, il me proposa aussitôt d’en reprendre un, en changeant éventuellement de bar si le cœur m’en disait. Je commençais à beaucoup espérer de cette soirée. J’étais curieuse de savoir comment elle allait se poursuivre.

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MayaAubray
Posté le 14/09/2020
Le jeune homme monte dans mon estime dit donc ^^ il a l'air de plutôt bien maîtriser l'air de la parole et sait bien quel mot employer.
On voit bien que ce qu'elle raconte n'est que la moitié :/ c'est très courageux de commencer à explorer ce thème de la violence au travail et des graves effets de la drogue qui sont malheureusement trop tabous et pas assez connus. Et je t'en félicite.
Courage pour la suite que j'attends avec impatience. Comment va donc se conclure cette soirée ? ;)
charlottieRD
Posté le 15/09/2020
oui ces thèmes ne sont pas souvent évoqués voire jamais. Il n'y a qu'à voir en société, les victimes d'harcèlement restent souvent cachées et doivent taire leurs histoires notamment pour retrouver un nouveau job. C'est d'ailleurs pour cela que l'héroïne se confie un peu sur la réserve. Il était nécessaire d'évoquer cela pour mieux comprendre ces perpétuelles inquiétudes. En tout cas la suite arrive incessamment sous peu ;)
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