Chapitre 6 : Né ici

Par Isapass

Chapitre 6 : Né ici

 

 

Le Souffle de l’océan et Cali se font face. La tête du serpent est plus grande que le garçon tout entier. Les yeux rouges sont fixés sur lui.

 

De son doigt, Cali désigne Liam, pour faire comprendre à l’esprit qu’il est venu pour le reprendre. Mais l’animal resserre son étreinte autour de la bulle, menaçant de la faire éclater.

Un autre de ses bras s’avance et s’enroule autour de Cali avant qu’il n’ait pu réagir. Le cœur du garçon bat très vite. Il voudrait crier, mais sous l’eau aucun son ne sort de sa gorge.

Il va me tuer ! pense-t-il.

 

Mais d’une torsion de ses dix queues palmées, le grand serpent remonte vers la surface, entraînant ses deux prisonniers.

 

Les parents de Liam et leurs compagnons, conduits par Koël, arrivent en courant sur la plage. Les habitants de Lauza s’y trouvent déjà. Au premier rang, le père et la mère de Cali scrutent l’océan. Ceux de Liam s’avancent. Ils n’ont pas besoin de parler pour savoir qu’ils partagent la même peur.

 

Des cris s’élèvent de l’assistance. Là-bas, près de la barrière de corail qui sépare le lagon de la mer, un immense serpent s’est dressé. L’une après l’autre, il extirpe de l’eau deux petites silhouettes serrées dans ses tentacules.

Aussitôt, le père de Cali et deux très bons nageurs plongent pour les rejoindre.

 

Au large, le Souffle s’adresse à Cali :

– Pourquoi es-tu venu à moi ?

– Pour te demander de relâcher mon ami, répond le garçon d’une voix faible. Pourquoi le retiens-tu ?

– Il est entré dans l’océan. Il n’en a pas le droit. Il ne sait pas respirer sous l’eau.

– Liam voulait simplement se baigner et nager, proteste Cali. C’est moi qui lui ai appris, pour qu’il puisse voir les trésors du lagon.

– Mais ces choses ne lui appartiennent pas. Il ne fait même pas partie de cette planète. Il n’est pas né ici.

La voix de l’esprit enfle à mesure qu’il parle. Sa colère monte. Il poursuit :

– J’ai pris le garçon pour faire venir son peuple. Je ne le leur rendrai que s’ils partent, dans leur machine volante.

Il a crié la dernière phrase, pour qu’on l’entende depuis la plage. Et pour montrer qu’il est puissant, il brasse l’eau de ses dix queues. Une énorme vague se forme, assez haute pour engloutir le village de Lauza s’il la laisse éclater sur le rivage.

 

Cali répond sans réfléchir :

– Ce que tu dis n’a pas de sens ! Les merveilles de Galma n’appartiennent à personne. Mais tout le monde peut les admirer ! Liam et son peuple sont de cette planète puisqu’ils y vivent. Qu’est-ce que ça change, qu’ils y soient nés ou pas ?

Le serpent ne répond pas. Mais ses yeux rouges étincellent et ne lâchent pas Cali. Celui-ci ne sent plus la peur et continue :

– Il fait tellement partie de cette planète qu’il parle la même langue que moi. C’est le Cœur de Galma qui nous a offert ce cadeau. Réveille Liam, si tu en veux la preuve.

 

L’esprit retient toujours sa vague géante. Sans un mot, il crève du bout d’un tentacule la bulle d’air dans laquelle se trouve Liam.

Le garçon ouvre les paupières et voit Cali.

– Mon ami, dit-il faiblement dans le langage du peuple de Lauza, tu es venu me chercher.

 

La surprise passe dans les yeux de l’esprit. Il semble ne plus rien avoir à répondre. Va-t-il se fâcher ou céder ?

 

La vague destructrice enfle encore un peu. Sur la plage, chacun retient son souffle.

Mais l’animal desserre ses tentacules, lâche les deux amis dans l’eau et se tourne vers le large. De trois amples battements de ses queues, il passe la barrière de corail et disparaît dans la mer profonde. La vague court vers la plage et rétrécit à mesure qu’elle avance. Quand elle éclate sur le sable, ce n’est plus qu’un remous un peu plus fort que les autres.

 

Les nageurs arrivent juste à temps pour rattraper les deux garçons épuisés. Tandis qu’il l’entraîne vers le rivage, son père murmure à Cali :

– Je suis si fier de toi, mon garçon.

 

En approchant de la plage, les deux amis perçoivent, au loin, le chant apaisé du Cœur de la planète. Ils savent alors que Liam et les siens pourront rester et que, longtemps encore, ils pourront profiter ensemble des merveilles de Galma.

 

 

FIN

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