Chapitre 6 - Funérailles et autres joyeusetés - Partie 2

Notes de l’auteur : Je voudrais avertir le lecteur que ce chapitre comporte des scènes plus violentes que dans les chapitres précédents. Un lecteur averti en vaut deux :-)
Vos commentaires sont bien sûr les bienvenus !

La cérémonie se déroulait dans la cour d’honneur du palais impérial. D’impressionnantes tribunes avaient été dressées afin que tous les invités puissent suivre la cérémonie le plus confortablement possible. Des milliers de représentants et de dignitaires étaient déjà assis sous un soleil brûlant. Les amples couvre-chefs des mages se détachaient de la foule, abritant ces derniers mais également un peu leurs voisins chanceux des rayons ardents. Les autres devaient se contenter d’agiter frénétiquement leurs éventails.

Au centre de la place, une estrade circulaire avait été dressée, entourant une cité céleste miniature où se trouvait un kioske de marbre. La dépouille de l’empereur s’y trouvait abritée pour son dernier voyage.

Archibald était assis, seul, sur un des deux trônes installés sur l’estrade. Payana n’était pas à ses côtés. Elle ne s’était pas déplacée pour saluer une dernière fois son auguste époux.

Le prêtre de Pépère, le Dieu le plus élevé dans la mythologie s’avança alors vers une énorme cloche suspendue à de lourdes poutres. Sa longue robe rouge trainait par terre et sa tête était recouverte d’une impressionnante mitre sur laquelle était dessiné un œil unique. Le dieu Pépère était borgne mais voyait tout, parait-il. Ce qu’il y avait d’étonnant à cela, et que même ses prêtres avaient du mal à expliquer, c’est qu’il avait été également cocufié un nombre incalculable de fois, par ses innombrables compagnes. Une légende disait qu’il en était également ainsi de ses adorateurs. Aussi n’étaient-ils finalement pas bien nombreux et l’église de Pépère vivait dans une certaine frugalité. L’homme affichait un air sérieux et emprunté quand il souleva le petit marteau rituel.

Un « BONG » impressionnant s’éleva dans le silence macabre qui s’était instantanément instaurée dans l’assemblée. Trois coups furent frappés au total.

La cérémonie débutait. Elle devait durer trois heures.

Une longue file de prêtres s’agenouillaient à mesure devant le cadavre de son père. Ils furent suivis des Gouverneurs, des Sénéchaux, des Mages, des Hauts Conseillers et de tout ce que l’empire pouvait compter comme hiérarques et puissants. Vint ensuite le tour de la société civile, des bourgeois, négociants et ainsi de suite.

Archibald subissait avec toute la patience dont il disposait ce qu’il considérait comme une bien inutile cérémonie. Bientôt tous ces gens défileraient également devant son trône, lorsqu’il serait couronné. Il fallait en passer par là, telle était la tradition.

Un bruit de froissement d’étoffe à ses côtés le tira de ses réflexions. Il tourna la tête et vit Payana prendre place sur le trône voisin du sien. Vêtue de noir, elle ne tourna pas la tête vers lui. Ses traits, plus crispés encore qu’à l’accoutumée avaient en fait quelque chose de rassurants, de normal. Payana aimait son époux, elle était triste de le voir rejoindre ses ancêtres.

– Vous avez pu venir, mère. Je suis content de vous voir, dit-il pour engager la conversation. Je comprends que vous soyez attristée et pour notre rencontre la dernière fois…

– Vas-tu faire ce que je t’ai ordonné ? répondit la reine d’une voix glacée.

– Hin ? Mais… non ! C’est impossible ! Vous savez parfaitement que…

– Alors tu mourras.

– Mais…

– Ainsi sa volonté sera faite.

– Sa volonté ? Mais de quoi parlez-vous ?

Mais Payana se mura à nouveau dans le silence et son regard se fixa sur un point invisible. Seules ses lèvres remuait comme si elle murmurait une litanie silencieuse.

– Mère ? Allez-vous bien ?

Nulle réponse ne vint. Archibald était au supplice. Impossible de s’échapper, il devait rester là, assis à côté de celle qui l’avait enfanté et qui maintenant le menaçait ouvertement de mettre fin à ses jours.

– Elle est complétement cinglée… murmura-t-il en retenant ses larmes.

Un dernier « Bong » résonna dans la cour du palais. La cérémonie touchait à sa fin. Les amarres, d’énormes chaines d’acier, furent libérées et aussitôt la plateforme sur laquelle reposait la dépouille de son père s’éleva dans les cieux. Au début le mouvement était plutôt lent, mais à mesure qu’elle gagnait en altitude elle prenait de la vitesse. Bientôt l’empereur céleste ne fut plus qu’un point de plus parmi les étoiles qui commençaient à poindre.

Sans plus attendre, le futur souverain se leva et alla regagner ses appartements, bien décidé à profiter de la soirée pour se changer les idées.

***

« Chez Pincette »

La pancarte vieillotte et mal éclairée n’inspirait pas vraiment à un visiteur non averti une envie irrépressible de pénétrer dans cet établissement. La haute façade austère était de plus complétement aveugle. Aucune fenêtre ne venait l’égayait ou même renseigner sur la présence de vie en ces murs. Seule ouverture venant agrémenter un peu cette austérité, une porte renforcée disposant d’un large judas fermé. Il s’agissait pourtant là d’un des hauts lieux de la vie nocturne de la Cité Capitale, mais comme bien souvent pour ce type d’établissement, la publicité n’était pas nécessaire et l’accès restreint généralement aux seuls habitués.

Archibald se présenta devant la porte et frappa la série de coups qui faisait office de mot de passe. Presque aussitôt, le judas s’ouvrit et une tête aussi énorme que chauve lui fit face.

– J’ai rendez-vous, glissa le prince en même temps qu’une pièce d’or.

– Votre majesté, répondit le nervi en arborant dans un sourire une dentition clairsemée. Vous n’êtes pas obligée de …

– Je ne voudrais pas que cela change…

– Comme votre majesté le désirera… répondit l’autre en haussant les épaules.

La porte s’ouvrit sur une atmosphère complètement différente. Des statues dans le plus simple appareil, en pierre luminescentes, éclairaient une vaste pièce ou quelques habitués s’égayaient déjà devant des mets somptueux ou bien en fumant des cigares sur d’amples canapés. Ils n’étaient pas seuls. Hommes ou femmes, chez Pincette, vous étiez avant tous un client certes, mais surtout un invité, presque un ami intime. On prenait soin de vous, on essayait de vous combler. Aussi, bien souvent les amis de Pincette n’étaient pas seuls. Le prince ne s’arrêta pas au rez-de-chaussée et allait commencer à emprunter l’escalier monumental qui l’aurait mené vers les étages quand une voix enjouée derrière lui l’arrêta.

– Archibald ! Votre Majesté ! Vos visites comblent toujours notre établissement d’honneurs et de joie !

– Pincette… murmura le prince pressé de gravir les marches qui le séparaient de son moment libérateur.

Pincette était un homme aussi large que haut. Vêtu d’une ample toge blanche baillant d’un peu partout, il était le propriétaire de ces murs depuis des temps immémoriaux. Quel âge pouvait-il bien avoir ? Lui qui recevait déjà à sa table le Grand Mage lorsqu’il n’était qu’un anonyme sorcier de province ? Nul ne le savait avec exactitude. Les spéculations allaient en tout cas bon train sur les moyens plus ou moins légaux dont il usait pour être encore de ce monde. Néanmoins, quel que soit la source de jouvence à laquelle il pouvait s’abreuver, les ravages du temps se rappelaient à son souvenir. Il n’avait pas toujours été de petite taille, mais au fil des décennies, la gravité le tassait inlassablement. De sa resplendissante chevelure passée, il ne restait que quelques tresses blondes qui témoignaient de leur gloire révolue. Et son surnom également venait rappeler que tout a un prix car pour à chaque décennie de plus qu’il passait en vie, un doigt lui était enlevé. Nul ne savait pourquoi. Pincette donc n’avait plus en tout et pour tout que l’index et le pouce droit. Pour ceux qui auraient la chance de vivre ce moment un jour, évidemment la question sur ce qu’il adviendrait le jour où il ne disposerait plus que de deux moignons était posée. Cette vie là vaudrait elle encore le coup d’être vécue ? Pour l’instant en tout cas Pincette répondait par l’affirmative.

– Elle vous attend comme convenue dans votre chambre habituelle, votre majesté, sourit le propriétaire des lieux.

Ses dents, majoritairement en or, venaient aussi rappeler par leur absence l’âge indubitable de l’hôte.

– Je te remercie Pincette, j’ai… j’ai passé une mauvaise journée. Ne nous dérange pas jusqu’à demain tu veux ?

– Bien sûr… Tout est déjà prêt. Liqueurs, dîner… votre satisfaction est notre priorité.

– Merci. À demain, alors !

– Je vous souhaite une excellente soirée, sire.

Déjà Archibald était en train de gravir les marches.

Arrivé dans la porte habituelle, il frappa trois fois, attendit un instant et entrouvrit la porte en souriant.

– Flora, c’est moi !

La chambre était plongée dans l’obscurité. Le fait était inhabituel et surprit Archibald. Son sourire s’effaça instantanément.

– Flora ? Pourquoi n’as-tu pas allumé ? Tu es là ?

Ce ne fut pas la voix de la jeune femme qu’il s’attendait à voir qui lui répondit.

– Ton rendez-vous va devoir attendre un peu.

La voix de sa mère résonna dans le silence de la pièce.

– M…Mère ? C’est vous ? Où est Flora ?

Tout en s’avançant dans l’obscurité, Archilald qui connaissait bien les lieux, essaya de mettre la main sur le petit coffre de pierre luminescentes qui se trouvait à côté de l’entrée, sur un petit guéridon.

– Elle est dans la salle de bain. Elle se refaisait une beauté quand je suis arrivée. Elle va avoir fort à faire à présent !

Elle laissa échapper un rire affreux, mélange de grincement et de coassement.

– Que lui avez-vous fait ?

Enfin ! Il sentit sous ses doigts le petit couvercle qu’il ouvrit. La pièce s’illumina aussitôt sous l’effet des minéraux. Sa mère se tenait debout à côté du lit. Elle était couverte de sang des pieds à la tête. Aussitôt les yeux du prince se fixèrent sur le poignard dégoulinant qu’elle tenait dans la main.

– Rien de plus que ce qu’il va t’arriver dans quelques instants, mon fils !

Ses yeux injectés étaient ceux d’une personne ayant perdu l’esprit. Elle se rua sur le prince, couteau en avant. Celui-ci roula sur le côté, évitant de peu un coup visant directement son cœur. Il se releva un peu plus loin pendant que sa mère verrouillait la porte.

– Comment as-tu fait pour rentrer ? demanda-t-il autant pour tenter de gagner du temps que par réelle curiosité. Pincette…

– Pincette ? Cette lamentable créature ? Il tient tellement à sa misérable vie qu’il n’a pas été dur à convaincre ! cracha la reine.

Pincette l’avait trahi. Il ne s’en tirerait pas comme ça ! Il était lui aussi responsable de la mort de la jeune femme. Flora… Certes ce n’était pas la plus vertueuse, mais elle était gentille. Elle lui parlait d’elle, de sa vie, de ses rêves. Il lui racontait sa vie au palais, les leçons que Kalokine lui prodiguait. Parler avec elle était simple et naturel.

Evidemment, elle ne pourrait jamais être sa femme, tous les deux le savaient, mais elle était ce qui ressemblait le plus pour le prince à une amie. Leur relation était sincère. Il ne lui donnait pas de l’argent parce qu’il le lui devait. Il lui en donnait bien plus, suffisamment pour qu’elle n’ait pas besoin de voir d’autres hommes. Cette sorte d’union leur convenait à tout les deux. Pincette paierait pour ça.

Mais il était trop tôt, bien trop tôt pour envisager quelque vengeance que ce fut. Sa mère se jetait à nouveau sur lui. Il lui lança une chaise qui se trouvait à côté de lui. Le meuble explosa sur elle, projetant des éclats en tout sens. La femme désormais à genoux hurla de douleur et de rage. De grosses gouttes de sang s’accumulaient sous son visage. Elle releva la tête vers le prince. Ce qu’il vit remplit celui-ci d’effroi.

Une longue écharde s’était enfoncée dans l’œil droit de la reine. Celle-ci pourtant ne semblait pas faire grand cas de son horrible blessure. Elle hurla à nouveau et voulut encore poignarder son fils.

– Mère ! Je vous en supplie ! Arrêtez !

– Tu dois mourir ! Il a dit que tu dois mourir !

Archibald se rapprochait petit à petit de la fenêtre. Il savait que celle-ci donnait sur les jardins de la propriété. Il s’empara d’une table basse et la projeta de toutes ses forces au travers des vitres qui explosèrent dans un grand fracas. Archibald entendit qu’on s’agitait de l’autre côté de la porte qu’on tentait d’ouvrir. Il esquiva une dernière attaque avant de s’élancer au travers de l’embrasure.

Une chance, la chambre se situait au premier étage. Un buisson amortit sa chute, aussi s’en tira-t-il sans trop de mal. En se relevant, il vit sa mère qui se tenait à le fenêtre, hurlant et se griffant les joues de rage.

Il s’enfuit.

***

– Je savais Payana malade, je ne pensais pas que c’était à ce point…

La nuit était déjà fort avancée lorsqu’Archibald, ne sachant où aller, s’était présenter dans ses appartements. Le Prince avait besoin d’une oreille attentive et d’une protection. Il s’était donc rendu chez la seule personne qu’il connaissait capable de lui assurer ces deux points.

– Elle a essayé de me tuer… Elle a tué Flora ! Que dois-je faire Ebenezer ? Elle avait ce couteau… elle est folle !

– Qui est Flora, votre majesté, si je puis me permettre ?

Celui qui avait posé la question était le capitaine Folco. Il commandait la garde prétorienne et Ebenezer l’avait fait immédiatement appeler quand il avait vu le dauphin en sang à sa porte. Soldat jusqu’au plus profond de lui, un peu bourru sur les bords mais néanmoins suffisamment politique pour réussir à occuper la fonction qui était la sienne depuis de nombreuses années déjà, Géralt Folco ne s’en laissait pas compter. S’il fallait tuer, il tuait. S’il fallait protéger, il protégeait. S’il fallait faire les deux, ça ne lui posait pas de problème non plus. Lui et ses hommes avaient pour mission de servir l’empereur. Ils faisaient tout à la fois office de gardes du corps et de facilitateurs de solutions. Il n’était pas de ceux que la morale étouffait.

Ebenezer se tourna vers Archibald.

– Euh… une amie… nous avions rendez-vous, répondit ce dernier.

– Chez Pincette ?

Le capitaine sourit d’un air entendu.

– Ce ne te regarde en rien, soldat, bougonna le Prince.

– Certes, Votre Altesse, continuait de sourire le capitaine. Mais c’était afin de mieux cerner les tenants et les aboutissants. Cette affaire demande du doigté…

– Que décidez-vous, Archibald ? demanda Ebenezer.

– Je n’en sais rien… soupira celui-ci. Dois-je la faire arrêter ?

– Peut-être que la garder dans ses appartements un moment serait judicieux, c’est certain. Au-delà de ça… politiquement, je ne suis pas sûr qu’un assassinat soit recommandé… tant que vous n’êtes pas couronné en tout cas.

– Je ne peux pas la faire assassiner ! C’est ma mère !

– Oui je sais, Archibald, mais elle est une menace pour vous ! Pour l’Empire !

– Le prince devrait être mis en lieu sûr jusqu’à sa montée sur le trône, proposa Folco.

– Tu as raison, Géralt, abonda le vieil homme. Voilà ce que nous allons faire, si vous le voulez bien. Payana sera maintenue dans ses appartements sous bonne garde. Quant à vous, nous allons le capitaine Folco et moi-même vous accompagner immédiatement à la Cité Céleste Mystérieuse et Magique. Vous serez plus en sécurité là-bas.

– Chez le Grand Mage ? s’exclamèrent en même temps les deux autres.

– Es-tu sûr que je serais vraiment plus en sécurité là-bas ? demanda Archibald.

– Je puis vous l’assurer. Sa manticore Amissy vous apportera toute la protection nécessaire.

– Je puis m’en charger tout seul ! fit valoir le capitaine un brin vexé.

– J’en suis sûr Géralt, mais deux précautions valent mieux qu’une n’est-ce pas ? J’ai dans l’idée que Payana n’est pas la seule à vouloir interrompre brutalement les jours du prince héritier.

– Faisons comme Ebenezer le dit, trancha sans conviction le prince. Je ne peux pas rester sur la même Cité que ma mère de toute façon, pas après ce qu’elle m’a fait.

– Très bien, je vais tout de suite préparer l’escorte ! dit le capitaine. Encore une chose avant…

– Oui ? demanda le prince.

– Que fait-on de Pincette ?

– Fais-en ce que tu veux… moi je ne veux plus en entendre parler.

Un rictus s’afficha sur le visage du soldat.

– Partez avec l’escorte dès que possible. Je vous rejoindrai en chemin. Je vais rendre une petite visite à ce cher Pincette…

***

A l’heure où les premiers commerces honorables ouvraient leurs portes, « Chez Pincette » fermait les siennes. Le propriétaire salua les derniers visiteurs nocturnes et verrouilla l’accès.

– Eh bien ! se réjouit-il. Si ce n’est cette triste mésaventure avec le Prince, on a plutôt fait bonne recette ! N’est-ce pas Rezzo ?

Il s’adressait au mastodonte qui lui servait de garde du corps mais aucune réponse ne lui parvint si ce n’est un étrange gargouillis provenant du vestiaire voisin.

– Rezzo ? Ça va ? Qu’est-ce que tu fais là-dedans ? Allez, viens, on va se coucher !

Il se dirigea vers la porte close et s’apprêta à l’ouvrir quand il sentit ses pieds glisser sur une matière visqueuse. Il baissa la tête et vit qu’il marchait sur une large flaque brune qui s’écoulait depuis l’autre côté.

– Rezz…

Mais le reste de sa phrase resta coincé au fond de sa gorge lorsqu’il ouvrit la porte. Son garde du corps avait rencontré un problème de taille, au sens propre et figuré, car à la vue du puzzle humain qui s’éparpillait dans la pièce, un ou plusieurs objets tranchants et pointus avaient quelque chose à voir dans cet horrible spectacle. Pourtant, ce n’est pas cela qui coupa la parole à Pincette.

Une violente douleur lui déchirait la poitrine. Il baissa la tête et constata qu’une lame sortait de son abdomen, puis, presque instantanément, après des siècles de bons et loyaux services pour égayer un tant soit peu les nuits de la cité capitale, Pincette mourut.

Folco dégagea sa lame en assenant un violent coup de pied dans le dos de sa victime qui s’abattit lourdement dans le sang de son garde du corps.

Le capitaine étudia la scène.

– Du travail de sagouin, les gars. Franchement !

Les deux gardes prétoriens qui devaient s’occuper de Rezzo baissèrent la tête.

– Mais chef… il a résisté, alors…

– Je veux rien savoir. Regardez comment j’ai fait. Travail net et sans bavure. Pas la peine de donner dans la purge bas de gamme. Non. Je ne suis pas content. Ce n’est pas digne de la Garde.

– Mais chef… on voulait bien faire…

– Allez, c’est bon. Vous ferez mieux la prochaine fois. Vous avec pensé aux torches au moins ?

Les visages des deux soldats s’éclairèrent.

– Oui ! On a même apporté de la graisse pour que ça prenne bien !

L’incendie fut terrifiant et brula les habitations adjacentes. Les fumées obscurcirent le ciel de la majeure partie de la ville. De mémoire d’homme, rarement un feu fut si difficile à éteindre et le combat fut éreintant. Enfin, les flammes furent maitrisées et de la bâtisse à la façade aveugle, on constata qu’il ne restait qu’une béance fumante au cœur de la ville. On ne chercha que peu à savoir si le propriétaire avait survécu. Les gérants des établissements concurrents se frottèrent les mains. Les promoteurs également, car l’emplacement promettait de juteux bénéfices.

Bientôt, tout cela ne fut qu’un souvenir qui s’effaça bien vite, emporté par le courant tumultueux de la vie au sein de la capitale.

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