Chapitre 6 : Elena

Par Zoju

Je regrette terriblement d’avoir crié sur Isis hier. C’est vrai au fond, elle n’avait rien fait de mal. Elle voulait juste comprendre, mais elle a touché le point trop sensible. Je me suis sentie gênée lorsqu’elle s’est mise à pleurer. D’un côté, je pense qu’elle n’aurait rien pu faire d’autre, se retrouver dans un organisme dont on ne se sait rien est un peu traumatisant. J’étais comme elle les premières semaines suivant mon arrivée. Je n’aurais souhaité ça à personne et pourtant loin d’agir différemment je me comporte comme eux l’on fait avec moi. Je porte mon regard sur ma table de nuit. La lettre que l’on m’a transmise hier s’y trouve. Je passe en boucle dans ma tête les mots qui y sont écrits « Rendez-vous à 10 h avec le maréchal Darkan ». Je l’ai à peine vu la veille qu’il veut déjà me revoir. Cependant, mon intuition me dit que c’est pour autre chose que d’habitude. Cela ne peut pas être la section spéciale, je l’ai vidée hier. Je boutonne ma veste, puis sors pour frapper à la porte d’Isis qui se trouve à côté de la mienne. Comme peu de femmes vivent dans cette base, il a été aisé de dégoter une pièce pour mon aide de camp dans l’aile qui nous est réservée. Je sursaute en entendant un « BANG » sonore qui provient de l’autre côté. L’instant d’après, Isis apparait, le regard paniqué. Un torrent d’excuses se déverse de sa bouche avant que je ne puisse m’exprimer. Je la stoppe nette et dis dans un même élan :

- Va te recoucher, il est encore tôt. Je te préviens juste que je vais m’entrainer. Tu peux prendre une douche dans ma chambre. J’ai demandé à Luna de venir te chercher vers 7 h 30 pour déjeuner. Elle te donnera du travail, car je ne serai pas de retour avant l’après-midi.

 Isis me regarde un peu déboussolée, avant de retrouver ses esprits.

- D’accord.

Je m’apprête à m’éloigner, mais elle m’interpelle hésitante :

- Au fait Elena, désolée si je t’ai embarrassée hier avec mes questions.

- Tu n’as pas à t’excuser, la rassuré-je. C’est ma faute. Ne te tracasse pas.

Je lui souris pour souligner mes propos. La tension qui émane de mon aide de camp disparait quelque peu et elle me rend mon sourire. Je la salue, puis la quitte pour me diriger vers la salle d’entrainement.

 

Je suis presque arrivée lorsque je remarque quelqu’un approcher à l’opposé. Je le reconnais tout de suite, c’est Hans. Nous nous arrêtons en même temps devant l’entrée.

- Qu’est-ce que tu fous là, Darkan ? soupire-t-il d’une voix lasse.

- Je vais m’entrainer. Tu as un problème avec ça, Wolfgard ?

- Là n’est pas la question.

Je dois me retenir pour ne pas me montrer trop brusque.

- C’est mon heure habituelle, mais je te retourne ta demande. Et toi pourquoi es-tu là ?

- Je suis tendu, tirer me calmera.

- Pourquoi ?

Mon collègue me lance un regard noir. Je remarque ses cernes sous ses yeux. À l’évidence, lui non plus n’a pas dû beaucoup dormir cette nuit.

- De quoi, je me mêle. Occupe-toi de tes affaires.

- Toujours aussi désagréable, bougonné-je.

- Et c’est toi qui me dis ça. Je te signale qu’hier, tu m’as pratiquement envoyé au diable.

- J’étais, enfin je ne me sentais pas bien.

- J’avais cru comprendre, me rétorque-t-il, ironique.

Nous rentrons dans la salle. À l’évidence, aucun de nous ne désire faire l’impasse sur son entrainement. Sans un mot, nous nous séparons pour rejoindre la zone qui nous convient, Hans au stand de tir et moi à l’épée. Il faut reconnaitre que les installations pour parfaire nos techniques sont de qualité. L’armée veut compter dans ses rangs les plus performants. Pour entrer dans cette base, les critères d’admission sont intransigeants. Les candidats doivent avoir une condition physique au-delà de la norme et être un stratège hors pair. Il y a cependant des exceptions en ce qui concerne les « génies » comme le major général Tellin ou encore Luna. Luna reste tout de même un cas à part. Ils font partie de l’élite de l’armée. Je ne suis rien comparé à eux, juste leur bras droit. Je reviens à mon entrainement et tourne la tête vers Hans. Il a posé un casque sur ses oreilles et a sorti son arme. Sa présence m’oppresse, mais je l’oublie vite. Je dégaine mon épée. Mes muscles protestent quelque peu quand je fais quelques moulinets du poignet. Je grimace. Avec les blessures de la veille, pas sûre que ce soit une bonne idée. Je palpe mon bandage à la tête. La douleur s’est estompée, mais il y a toujours un risque de rouvrir la plaie. Il aurait peut-être mieux fallu que je fasse l’impasse sur mon entrainement aujourd’hui. D’une pensée, je balaye mes doutes, j’ai connu pire. Si jamais cela ne va pas, j’arrêterai. Sans m’en préoccuper davantage, je commence. Les mannequins s’avancent. Je les évite pour après les détruire le plus rapidement possible. Je saute avec légèreté pour ensuite fondre sur ma cible avec force. Dans ces moments-là, je me coupe du monde, le temps semble s’être arrêté. Les émotions ne doivent pas me déranger et je perds mon humanité. Ma lame siffle dans l’air. Je ne sais pas depuis combien de temps cela dure, mais ma respiration devient saccadée. La sueur perle sur mon front, j’arrive à saturation, un break s’impose. Je m’assois sur les gradins et empoigne la bouteille et le bout de pain que j’ai été cherché à la cantine avant de venir ici. J’avale de grosses gorgées d’eau, mon souffle qui était haletant retrouve son rythme. Tout en me reposant, j’engloutis mon morceau de pain. Je remarque que Hans fait une pause également. Il est adossé contre le mur, les yeux fermés comme s’il méditait. Je l’appelle, il relève brusquement la tête pour ensuite venir vers moi.

- Quoi ? demande-t-il

- Tu veux un bout, lui proposé-je en lui tendant le reste de pain.

- Tu espères te faire pardonner quelque chose ? ricane-t-il.

- Un brin de gentillesse n’a jamais fait de mal à personne.

- Toi, gentille ? Ne me fais pas rire, Darkan.

Il prend tout de même la portion qui était dans ma main.

- Je vais faire comme si je n’avais rien entendu, grommelé-je.

- Merci, j’avais une de ces faims.

- Pas de quoi. Au fait, tu as quelque chose de prévu aujourd’hui ? demandé-je pour engager la discussion.

Il ne répond rien, mais semble soucieux. Je n’insiste pas. Je me lève et attrape mon épée, il finit par lâcher :

- Le maréchal Darkan m’a convoqué.

Je reporte mon attention sur lui, certaine d’avoir mal entendue.

- Pardon ?

- Tu es sourde ? Je viens de te le dire.

- Mais non abruti, c’est juste que ça m’a surpris. Qu’est-ce qu’il te veut ?

- Je ne sais pas encore, j’ai rendez-vous avec lui ce matin.

- Quelle heure ?

- 10 h.

Mon épée me tombe des mains. Je ne peux pas le croire.

- Quoi ? 

- Tu m’énerves avec tes quoi ! Il y a quelque chose qui cloche ?

- Le maréchal m’a convoquée à la même heure.

C’est au tour de mon collègue de me fixer avec des yeux ronds.

- Tu te fiches de moi ?

- Comment pourrais-je plaisanter avec ça ? déclaré-je avec une voix qui monte dans les aigus, signe de ma nervosité. J’ai reçu l’ordre hier.

- Pareil. Tu es plus informée ?

- Aucunement.

Le silence tombe. Pourquoi Hans ? Je mords ma lèvre inférieure, un mauvais tic lorsque je panique. Je reporte mon attention sur Hans, lui aussi semble troublé. Je continue à parler pour combler le vide en cachant mon angoisse :

- Ce n’est sans doute pas bien grave.

- Très convaincant, redis-le-moi sur le même ton. Je ne pense pas que ton père s’amuse à donner des ordres pareils pour le plaisir.

Je me tais, il a raison. Il consulte sa montre, 9 h 30. Dans une demi-heure c’est le rendez-vous.

- Je vais me changer et on se retrouve devant la porte du maréchal, dis-je.

- Très bien.

Il tourne les talons avant que je n’aie pu répliquer. J’observe le colonel s’éloigner et sortir. À aucun moment, il ne regarde derrière lui. Pour ma part, je retourne vite dans ma chambre pour me rafraîchir. Isis est déjà partie. Une fois prête, je quitte la pièce après avoir vérifié que j’étais présentable. Je rejoins Hans, il m’attend dans le couloir. Les battements de mon cœur accélèrent quelque peu. Il est 10 h. Hans frappe à la porte. Une voix grave dénudée de sentiments se fait entendre.

- Entrez, ordonne-t-elle.

Mon collègue ouvre. Le maréchal relève ses yeux de son rapport et nous dit avec un sourire qui me fait froid dans le dos :

- Je vous attendais.  

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Eryn
Posté le 21/06/2021
Coucou !
Dans ce chapitre, j'ai eu un peu de mal à cerner la relation Hans/Elena. Ils n'ont pas l'air de s'apprécier, mais Hans se justifie :
« - Je suis tendu, tirer me calmera. » = est ce que c’est une chose qu’on dit à quelqu’un qu’on n’apprécie pas trop ? Il pourrait l’envoyer bouler et lui dire de se mêler de ses oignons... Le reste de la conversation montre qu'ils ont l’air tous les deux assez stressés par leur convocation, et ils semblent soudain se retrouver dans le même "camp".
Je me demande ce que va être la raison de cette convocation !
Zoju
Posté le 21/06/2021
Merci pour ton commentaire ! Hans et Elena ont une relation un peu particulière, mais tu as raison sur le fait qu'ils ne s'apprécient pas tellement. Je n'en dis pas trop pour l'instant, mais j'espère que cela se clarifiera dans les prochains chapitres. En tout cas, j'espère que la suite te plaira ! :-)
Kieren
Posté le 12/06/2020
Le maréchal est vraiment quelqu'un que l'on se doit de craindre dans le début de ton histoire. Il n'y a pas à hésiter, mais nous n'avons que les ressentis des personnages principaux qui le connaissent déjà. Il devrait avoir le droit à des rumeurs, sur sa froideur ou sa cruauté (j'ignore si c'est le cas, mais imaginons), Isis pourrait même en entendre parler dans les couloirs. Tout ça avant de le rencontrer vraiment, comme on va le faire dans le chapitre suivant (que je n'ai pas encore lu d'ailleurs). Il a vraiment la gueule du méchant de l'histoire (avec le Dr), et lui créer un background avant son chapitre d'introduction permettrait au lecteur d'en avoir peur avant de le rencontrer, comme Shere Khan dans le livre de la jungle. Là nous n'avons qui les ressentis des personnages principaux, mais que l'on ne connait pas encore bien, du coup on ne sait pas pourquoi ils en ont peur.

Sinon moi je reste accroché à l'histoire. Un plaisir =)
Zoju
Posté le 12/06/2020
Merci pour tes commentaires qui me font très plaisir ! Ce que tu dis sur le maréchal est intéressant. En effet, en ce qui le concerne on a surtout le point de vue d'Elena qui éprouve une grande crainte pour son père. Je vais réfléchir à une manière d'amener des informations sur cet homme un peu plus au début de l'histoire. Merci pour tes idées :-)
Kieren
Posté le 12/06/2020
=)
Prudence
Posté le 26/05/2020
Hello !

Je ne m'attarde pas trop sur les coquilles, (petit indice : ce sont surtout des er à la place de é et des ée dans les répliques de Hans, ce qui est peu perturbant). :-)
Après ces quelques chapitres, je prends toujours autant de plaisir à te lire, (même si l'écran me raaalllenttiiiie ^^')
De mon point de vue, Hans, Elena et Isis narrent leur vécu un peu trop sur la même tonalité. Je te propose d'ajouter un peu de couleur et de vie, d'insérer du caractère dans chacun des mots qu'ils emploient.
Pour Elena, je trouve ça top. Je la vois comme quelqu'un d'assez pragmatique et de méticuleux qui ne se laisse pas marcher sur les pieds (corrige-moi si je me trompe ^^')
En revanche, Hans m'a l'air d'avoir plus d'humour - peut être peux-tu le faire apparaître plus en évidence dans sa narration ?
Et pour Isis, je rendrais sa narration plus familière.
Enfin, ce n'est que des points à renforcer. :-) Bref, bref...
En ce qui concerne l'intrigue, l'histoire, la fin de ce chapitre m'a bien fait rire. Les pauvres... XD

Je lirai la suite prochainement ! Que va-t-il se passer dans le bureau ? Du côté d'Isis ? Raaah ! ça donne envie de continuer ! :P
Zoju
Posté le 26/05/2020
Merci pour ton commentaire qui me fait plaisir ! Pour les coquilles, j'ai tendance à m'emmêler les pinceaux avec les er et é (Pourtant, je connais la règle XD). Je vais corriger ça. En ce qui concerne les personnages, tu as visé juste même si pour Elena d'autres caractéristiques vont apparaître plus tard. Je vais rajouter des éléments pour qu'il se distingue plus. Merci du conseil ! J'aime bien voir comment vous interprétez les personnages. C'est très instructif. J'espère que la suite te plaira !
Cléo
Posté le 23/05/2020
Je sens que les choses sérieuses commencent ! Heureusement qu'ils ont déjà commencé à enterrer la hache de guerre parce que quelque chose me dit qu'ils vont devoir collaborer ! Je trouve ça bien que tu prennes le temps de revenir sur la façon dont elle a traité Isis, ça la rend plus humaine, moins dure, même si on comprend pourquoi elle l'est ! Je passe au prochain chapitre :)
Zoju
Posté le 23/05/2020
Merci pour ton commentaire ! Contente que l'histoire continue à te plaire. Merci d'être passé :-)
annececile
Posté le 16/04/2020
Transition vers la misson mysterieuse... j'aimerais bien voir la relation entre Hans et Elena evoluer, visiblement ils se completent bien. Petit detail : "Il te veut quoi?" ca sonne un peu bizarre, peut-etre tourner la phrase autrement? C'est interessant le contraste entre le cote endurci du caractere d'Elena et en meme temps, elle est pleine de regrets de la facon dont elle a traite Isis. On sent qu'elle se projette un peu, Isis lui rappelle sans doute qui elle etait? A suivre...
Zoju
Posté le 16/04/2020
Merci pour ton commentaire, cela me fait plaisir que tu me donnes ton retour. Cela m'aide beaucoup. :-)
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