Chapitre 6

Notes de l’auteur : Bonjour à tous,

Je vous partage aujourd’hui le sixième chapitre des aventures d’Elena.
J’espère que son histoire vous plaît toujours autant, n’hésitez pas à me donner vos ressentis en commentaires ! (Et à me signaler d’éventuelles coquilles ou pistes de relecture, je prends aussi ahah)

Je vous souhaite une excellente semaine remplie de lectures palpitantes !

À très bientôt !

Vous pouvez également venir prolonger l’aventure sur Instagram (didi_vendrick)

Elena presse le pas à travers les couloirs bruyants et foisonnants de monde de l’université. Elle cherche à se frayer un chemin à travers la foule pour atteindre sa salle de cours. Elle est déjà en retard. Bien que la perspective de passer les quatre prochaines heures assises sur une chaise inconfortable, coincée derrière un bureau trop étroit pour écouter le laïus monotone d’une enseignante dépassionnée par la lassitude, ne l’enchante guère, il s’agirait de ne pas ajouter à cela une nouvelle leçon de morale comme seul Padraig en a le secret.

Dix minutes de retard. L’amphithéâtre est silencieux, plongé dans une ambiance studieuse. « On en reparle dans deux heures… », pense-t-elle en son for intérieur, connaissant le pouvoir soporifique de la voix de son professeur, tout en prenant discrètement place à côté de son petit ami qui a visiblement l’air tendu et peu aimable.

« Hey ! Merci pour la place. J’ai raté quoi ?

— Salut. Tu le saurais si tu prenais l’habitude d’arriver à l’heure…

— Eh, t’exagères ! ça n’arrive pas si souvent… Qu’est-ce qui t’arrive ce matin ? T’as l’air de t’être levé du mauvais pied… Plus que d’habitude, je veux dire ! taquine-t-elle pour détendre l’atmosphère. Ce qui semble, a priori, ne pas fonctionner le moins du monde si elle en croit le regard noir que vient de lui adresser le jeune homme.

— T’as raison, laisses tomber. Ne change surtout rien, Elena. Ça serait franchement dommage de réussir ton année et d’évoluer, lui rétorque-t-il plein d’une colère que la jeune femme ne comprend pas.

— Padraig ! Tu es sérieux ? J’ai dix minutes de retard, ce n’est pas un peu disproportionné comme réaction ?

— … »

Pour toute réponse, elle reçoit, en plein visage, une grande vague de silence, empli de reproches, qui la laisse hébétée et pleine de mille questions auxquelles il ne répondra, de toute évidence, pas.

            Elle aurait souhaité lui faire part de ses dernières aventures et se sentir écoutée. Mais, soyons honnêtes, le moment paraît peu propice à la confidence… « Au fait, cette semaine j’ai enchaîné les crises d’angoisses, j’ai rencontré une vieille dame plus qu’étrange qui connaissait mon nom et m’a presque agressée en pleine rue après le boulot, et ah ! j’oubliais ! j’ai adopté (enfin recueilli) une petite chatte abandonnée trop mignonne ! ». Non, vraiment ce n’est pas le moment, tranche-t-elle. Il la prend déjà bien assez pour une psychotique ingérable sans en rajouter une couche. Ce serait donner le bâton pour se faire battre. Surtout au vu de son humeur massacrante. Elle n’a vraiment aucune envie, ni même la force, d’affronter une dispute aujourd’hui. « Laissons couler, ça va finir par lui passer. Ça ira mieux tout à l’heure… ».

            Comme elle s’y était attendue, le cours paraît interminable. Ça fait déjà une bonne heure qu’elle a décroché, se concentrant sur toutes sortes de petits gribouillages, plus ou moins élaborés, griffonnés sur une feuille volante, calée sous son ordinateur. Enfin, la fin de son supplice retentit ! La sonnerie semble tirer du sommeil plus d’un étudiant ce qui fait sourire Elena : « Je vous l’avais bien dit, les gars ! ». Elle prend soin de ramasser l’ensemble de ses affaires avant de se tourner vers Padraig qui en fait autant.

« Comment va mon grincheux préféré ? tente-t-elle pour l’amadouer.

— …

— Je vois… Bon ! On doit rejoindre Deirdre sur le parking… On lui a promis un Supermac’s, tu te rappelles ? Et puis ça ne pouvait pas mieux tomber, je meurs d’envie de me goinfrer de malbouffe…

— Oui, oui, je me rappelle… Bon allez dépêche ! »

Rien n’y fait, il ne se déride pas. Une fois dans le parking, ils repèrent Deirdre rendue facilement identifiable par son style coloré. Elena aperçoit au loin la file d’attente pour la cafétéria de l’université et se réjouit de ne pas aller la compléter. Elle n’a pas mis les pieds depuis bien longtemps dans leur fast food fétiche. Fut un temps où elle et Deirdre en avaient fait leur tradition du vendredi. Un temps où le lycée était situé à proximité du Supermac’s, forcément, ça facilitait les choses. Maintenant qu’elles sont à l’université, il faut quinze minutes de voitures pour y accéder… Aucune d’elles n’ayant le permis, elles sont devenues tributaires des envies de Padraig. Et Padraig n’est pas franchement fan de malbouffe. « C’est malsain votre truc ! Juste bon à être diabétique avant 30 ans ! ». Enfin… il arrive parfois qu’il cède ce petit plaisir à Elena, pour son plus grand bonheur.

« J’espère que vous êtes prêts, les gars ! Je suis affamée ! À croire que je n’ai pas mangé ce matin… déclare-t-elle en adressant un clin d’œil à Elena. Votre retard à la cafèt’ va vous coûter un bras !

— Pas de souci ! Chose promise, chose due !

— Il a quoi ton mec, aujourd’hui ? interroge-t-elle en regardant Padraig s’installer derrière le volant sans même avoir dit bonjour, visage fermé.

— Arf… je crois qu’il m’en veut d’être arrivée en retard en cours tout à l’heure… J’ai déjà eu le droit à une scène ce matin, et depuis il est aimable comme une porte de prison ! En tous cas, ça me fait super plaisir qu’on renoue avec les traditions ! Allons vite entretenir notre diabète précoce ! » Se moque-t-elle suffisamment fort pour être sûre d’être entendue du jeune homme. Le stratagème fait mouche, il soupire ostensiblement, ce qui ne manque pas de provoquer les rires des deux chipies très fières d’elles.

Sur le trajet, les filles se racontent les potins, les nouvelles et se plaignent de certains professeurs, alors que leur chauffeur reste mutique.

À peine garée, la voiture est désertée sans délai par Elena et Deidre qui s’engouffrent, impatientes, dans le restaurant. « Peu de monde au guichet, bonne nouvelle ! ».

« Mesdemoiselles, que puis-je faire pour vous ?

— Alors… pour moi ce sera : un burger au poulet grillé avec une grande frite, sauce à l’ail et un smoothie à la pomme, s’il vous plaît !

— Tu es d’une grande originalité, mon amie…, ricane-t-elle. Et moi, je vais prendre : Un double burger végétarien avec grande frite, supplément fromage et un Fanta, s’il vous plaît ! Eh, oh, oh, pas de jugement jeune homme ! C’est la dame qui régale ! charrie Deirdre.

— Tu peux te moquer de mon originalité, hein ! Si ma mémoire et bonne tu commandais déjà la même chose en première année de lycée !

— Moi c’est différent, je suis fermement engagée pour la cause animale, très chère, articule-t-elle avec emphase.

— Pour la planète et la santé publique en revanche…

— Blablabla… lui oppose son amie en lui tirant la langue comme une enfant. »

Elena s’excuse de la part de son ami auprès du serveur et règle l’addition. Il ne semble cependant pas lui en tenir rigueur, il paraît même amusé du tempérament de l’étudiante.

Elles choisissent une table, s’assoient et sont vite rejointes par Padraig, qui ne décroche pas le regard de son smartphone. C’est fou comme les réseaux ont l’air passionnant à le voir ainsi accaparé par cette petite machine.

Le serveur leur apporte les commandes à table. Chacun déballe son repas et commence à manger.

« Mmm… Bon Dieu que c’est bon ! se régale Elena.

— Moi j’en connais une qui va avoir une haleine de chacal cette après-midi !

— Eh !!

— Ben quoi ? Sauce à l’ail, Honey ! toi-même, tu sais…, Elena lui adresse une grimace, à court de répartie efficace. En tous cas, merci, Madame, pour ton fairplay ! Je dois dire que tu me régales ! On refait ça quand tu veux !

— Oui, bah t’avises pas de t’y habituer hein…

— Ou sinon ?

— Ou sinon… je vais devoir faire un crédit bancaire, vu la quantité de nourriture que tu es capable de faire rentrer dans ce si petit corps ! Après un silence, elle se lance. Au fait, il faut que je vous raconte un truc… Padraig accorde enfin un peu d’attention à la conversation. Il m’est arrivé un truc l’autre soir après qu’on a bu un verre après le boulot…

— Tu t’es fait agresser ? Dis-moi que tu ne t’es pas fait agresser !

— Non, Deirdre, je ne me suis pas fait agresser. Enfin, je ne sais pas trop… Padraig ne dit toujours rien, mais il écoute attentivement. Je me suis sentie suivie en rentrant chez moi, et à un moment donné : paf, elle m’est tombée dessus !

— Hein ? Mais qui ça ? Qui t’es tombé dessus ?!

— Eh ! Mais Deirdre ! Laisse-moi finir, tu veux ? La jeune femme mime de fermer sa bouche à double tour et de jeter la clef. Je disais donc : une vieille dame, l’air à moitié fou, me rentre dedans ! Ou plutôt JE lui rentre dedans, elle était plantée juste devant moi, elle m’attendait. Et attends, le meilleur c’est qu’elle me connaissait ! Elle connaissait mon prénom du moins… Et elle voulait que je la suive je ne sais où, soi-disant je cours un grand danger… Bref, j’ai eu la peur de ma vie, j’ai couru comme une dératée à travers Drogheda sans même me rendre compte qu’il s’était mis à pleuvoir à verse et que j’étais trempée jusqu’aux os.

— Eh ben dis donc… Et toi tu ne l’as pas reconnue ? D’où tu penses qu’elle pourrait te connaître ?

— Ah, euh, je…

— C’est bon ? T’as fini ? Est-ce qu’à un moment tu comptes arrêter de vivre dans ton monde peuplé de gens étranges et de voix mystiques ? Tu fais aucun PU*** d’effort pour aller mieux, Elena ! Tu ne voudrais pas essayer d’avoir un peu d’égards pour les gens qui t’entourent et essaient de t’aider depuis toutes ces années ?? Tes parents, ton psy ! Moi ! On se crève à faire en sorte de te protéger de tout et de toi-même, et toi tu continues à te complaire dans ta maladie… Est-ce qu’au moins tu continues de prendre ton traitement, Elena ?! »

Sa petite amie est sous le choc, elle ne comprend pas cette réaction, toute cette rage qu’il vient de laisser exploser en plein restaurant. Au milieu de tous ces gens qui les regardent, ahuris, et qui murmurent entre eux. Elle ne peut retenir ces larmes qui la submergent.

« Non, mais t’es pas bien ?! C’est quoi ton problème sérieux ? Déjà tu tires la tronche depuis tout à l’heure, tu ne décroches pas un mot, et là tu lui pètes un câble dessus sans raison ? C’est toi qui devrais te faire soigner, mon gars ! Et vite !! Tire-toi, si c’est pour avoir ce genre de réaction, espèce de grand malade ! Explose la jeune artiste qui compte bien défendre sa meilleure amie bec et ongles et ne souffrira pas qu’on la traite de la sorte, encore moins sous ses yeux. »

Padraig, boue de colère, ses yeux menacent clairement Deirdre qui soutient son regard avec tout autant de force et de détermination. Constatant les larmes d’Elena, il se lève, sans même débarrasser son plateau, et part en claquant la porte avec fracas. La salle, restée silencieuse pour ne rien perdre de ce qui se jouait, s’anime enfin. Deirdre prend Elena dans ses bras pour l’apaiser comme elle peut.

            Elena amorce un mouvement pour débarrasser, mais son amie l’arrête : « Je vais le faire, ne bouge pas. Je vais appeler mes parents pour qu’ils viennent nous récupérer. » Elle acquiesce en silence.

            Elles attendent quelques minutes sur le parking du restaurant que les parents de Deirdre arrivent. Elena est toujours sous le choc, elle n’a pas envie de parler de ce qu’il vient de se passer. Deirdre, elle, est toujours en colère et n’est pas prête à pardonner à Padraig son esclandre.

La vieille Passat break grise approche, se gare et Ella, la mère de Deirdre, en sort et vient à la rencontre des deux amies.

« Ben alors les filles ! Vous en faites de ces têtes ! Qu’est-ce qui vous est arrivé ? Didi m’a dit que vous étiez trois au départ… Elena baisse les yeux, mal à l’aise. Deirdre vole une nouvelle fois à son secours :

— Arf, sale histoire, maman… Laisse tomber, on te racontera. Pour le moment ça ne va pas fort. Va nous falloir une sacrée dose de thé pour oublier ces bêtises !

— Je suis vraiment désolée de vous faire déplacer à cause de mes histoires… chuchote Elena, profondément gênée.

— Ne dis pas n’importe quoi ma Nana ! En plus, ça nous fait super plaisir de te voir à Nolan et moi ! Tu es toujours la bienvenue à la maison, tu le sais bien ! la rassure Ella avec une attention toute bienveillante. »

Nolan Murphy est appuyé sur la portière de sa voiture et adresse de grands signes aux filles.

            Les parents de Deirdre sont ce que l’on pourrait qualifier de hippies. Ils sont toujours à la cool, très ouverts d’esprits, Elena ne les a jamais vus une seule fois énervés en quasiment vingt ans. Ils ont d’ailleurs tout de suite accepté l’homosexualité de leur fille et ont su la mettre à l’aise. Ils ont tout mis en œuvre pour permettre à Deirdre d’avoir confiance en elle, de croire en ses rêves et de s’épanouir. Elena ne l’avouera jamais, mais elle a souvent ressenti un peu de jalousie pour la relation de sa meilleure amie avec ses parents. Quand elle était petite, elle avait même fait rire Ella en lui demandant de l’adopter. Cette famille l’a immédiatement intégrée et considérée comme l’une des leurs. Y compris Will, le petit frère de Deirdre. En bonne famille d’artistes, ils ont tous en commun un goût prononcé pour les couleurs. Ils dégagent une telle bonne humeur, une telle convivialité qu’Elena s’y sent bien plus à sa place que dans sa propre famille.

            Leur appartement, bien que modeste, respire le bonheur et la vie de famille. Tout y est dans les teintes bois, orangées, rouge. Des coussins de toutes les couleurs ornent un grand futon au milieu du salon, juste devant une petite table de style africain, ramenée d’un de leur nombreux voyage. Comme à peu près toute la décoration d’ailleurs. Il y règne une douce chaleur qui invite à la détente et à la confidence.

            La maman sert le thé aux deux filles, installées confortablement dans le futon. Elena souffle sur le sien, le goûte. Cette sensation de thé chaud qui coule dans sa gorge et rince toutes ses contrariétés de la journée est tellement rassurante et agréable…

            Après avoir passé, quelques heures en compagnie de la famille, à raconter ces peines, ses frustrations, Elena prend congé d’eux.

« Ne t’en fais pas ma Nana, ça lui passera. Et si ça ne lui passe pas, c’est qu’un idiot ! Mais ne laisse pas qui que ce soit te traiter comme si tu étais une moins que rien ! Tu es une étoile, ma Nana. N’oublie jamais ça. Tu dois briller de mille feux pour rendre ce monde magique et merveilleux ! la cajole madame Murphy. »

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Eldir
Posté le 15/08/2022
Bonjour, je continue ma lecture et j'espère trouver des réponses à mes questions dans les prochains chapitres : pourquoi Elena ne se souvient pas de sa précédente vie ? pourquoi celui qui a brûlé vive Yelena est encore en vie ? comment sait-il qu'elle s'est réincarné ? pourquoi Padraig est un naze ? ;-)

En attendant, j'ai quelques remarques à faire sur ce chapitre :

- "Ce qui ne semble, a priori, ne pas fonctionner" ==> un "ne" en trop je pense

- "qu’il cède ce petit plaisir à Elena, pour son plus grand plaisir. "==> ici j'enlèverais "ce petit plaisir" pour éviter la répétition du mot plaisir.

- "sont vite rejointes par, qui ne décroche pas le regard de son smartphone." ==> je crois que le prénom de Padraig à été évincé de cette phrase

- "Deirdre, elle, est toujours en colère et n’est pas près de pardonner" ==> Je ne suis pas sur du tout, et je n'ai pas trouvé de confirmation sur internet, mais je dirais "prête à pardonner"

- "te traiter comme si tu n’étais rien qui vaille la peine" ==> Idem je ne suis pas sur de moi ici, c'est peut-être une expression que je ne connais pas, mais on dirait une traduction mot pour mot de "don't let him treat you like you were worthless". Je rephraserais plutôt en "ne le laisse pas te traité comme ça".

Bonne continuation
Wendy_l'Apprent
Posté le 15/08/2022
Bonjour,

Merci pour ton commentaire, j'espère que mon histoire te plaît toujours ! :)

Je te promets que tu auras toutes tes réponses sous peu ahah

Encore une fois merci pour tes précieuses pistes de relecture, il y a encore quelques coquilles qui m'ont échappées ^^'

À bientôt !
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