Chapitre 6

C'est avec une voix douce et flegmatique que l'individu expliqua que le père d'Enola allait subir une désintoxication personnalisée, à l’hôpital. «  Vous allez rester vivre ici en attendant. Je voulais juste vous prévenir que c’est maintenant officiel. »

L’oncle d’Enola sourit, il semblait s’être attendu à pire. Il demanda à la jeune fille de proposer un café au « monsieur », ce qu’elle fit, le conduisant dans la cuisine. Ils étaient donc seuls.

Mais Enola se demandait pourquoi quelqu’un était venu officiellement pour déclarer simplement que son père allait bien, alors qu’il suffisait d’appeler. C’était idiot.

C’est alors que la jeune fille entendit une voix sombre : « Si vous touchez encore une fois aux voitures garées de ce côté de la ville et, surtout, si vous prenez ce qu’elles contiennent, la prochaine fois, ce ne sera pas seul que je viendrai chez votre oncle. Je n’aime pas que l’on touche à ma marchandise. » L'homme donna alors un grand coup de pied dans le tibia gauche de la pauvre jeune fille qui tomba, gémissant de douleur. Puis il goûta son café et jeta la tasse, qui se brisa en mille morceaux, dont l’un se ficha dans les chaussures d’Enola. « Votre café est dégoûtant, digne de la campagne ! Ah, au fait… Il ne servira à rien de dire que je vous ai frappé à quiconque. Administrativement, je ne suis jamais venu ici, ne vous connais pas et suis dans mon bureau en train de travailler. », ajouta l'individu, avant de s’éclipser. Et il quitta la maison en lançant un cinglant « Bonne journée ! ».

Enola s’assit avec grand mal sur une chaise, avant de retirer le bout de verre fiché dans sa chaussure. Il y avait des gens mauvais dans ce village. Et comment avaient-ils su que c’était elle qui avait libéré le chiot, d’ailleurs ?

Elle nettoya les débris causés par la tasse, pensive, et se promit qu’elle essaierait d’en savoir plus, et de ne rien dire à son oncle avant cela. Elle était désormais en vacances d’été, et elle avait tout le temps qu’elle voulait pour faire des recherches et tenter d’en savoir plus.

*

Enola ouvrit son ordinateur portable. Elle voulait faire des recherches sur les sociétés animales de la ville, ce qui constituait un bon départ.

Au bout de quinze minutes, elle trouva le site d’une société du nom de Intuitisest Corporation. Le site (intuitisest.org) regroupait beaucoup d’images et d’explications sur les animaux, une description des locaux militant pour la liberté des animaux et les découvertes animales, et une adresse physique, en plein centre-ville.

Elle décida de s’y rendre pour en savoir plus, y recueillir des brochures, de quelconques documents. Elle voulait voir si c’était bien de cette association que l’homme venait, et pourquoi il avait réagi de cette manière (elle avait un gros bleu sur le tibia gauche qu’elle avait du mal à cacher).

Elle s’y rendit l’après-midi même. C’était une petite maison miteuse, avec une devanture qui portait l'inscription : « Le pain frais, c’est chez Didier ! » - sûrement la devanture d’une ancienne boutique. La porte était en fer forgé, et la serrure semblait bien rouillée.

Sur cette porte était collé un petit papier :

 Toutes les personnes travaillant ici doivent entrer par l'arrière.

Vous êtes un client  ? Sonnez, puis entrez si c’est ouvert.

Nous sommes indisponibles tous les samedis, dimanches et lundis, et durant les jours fériés.

Nous sommes ouverts durant les vacances de printemps, été et Toussaint.

Bien à vous,

Louis Stanyas, directeur de l’Intuitisest Corporation depuis 20 ans.

 

Enola déchiffra le mot, qu’elle trouva étrange. Dans tous les cas, si Louis Stanyas dirigeait cet endroit depuis vingt ans, il pouvait correspondre au fou qui était venu chez eux.

Enola, sonna, et entra.

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LilouMimi
Posté le 24/04/2021
L'histoire se lit avec curiosité, un vrai roman policier qui tient en haleine.
Chapeau à l'auteur qui, outre son imagination sans borne, doit préalablement se documenter sur pas mal de sujets : les soins médicaux, l'aide à l'enfance, la (vraie) SPA, la maltraitance animale...
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