Chapitre 5 - "Place au futur"

De la curiosité, de la peur et des remords. Voilà ce qu'avait pu lire Manon dans l'esprit du télépathe qui avait fait intrusion en elle. La crainte était le sentiment qui prédominait sur tous les autres. Cependant l'inquiétude n'avait pas été insufflée par Manon. Sa peur était inoculée profondément dans son esprit depuis longtemps et se transmettait à tout son être. Telle une maladie. Le télépathe ne semblait pas maître de son destin. Elle avait senti aussi une sorte d'immobilité à son contact. Peut-être une paralysie. Manon était certaine que si elle ne s'était pas évanouie, son frère l'aurait retrouvé avant qu'il ne puisse s'enfuir. Son envahisseur lui avait laissé apercevoir une faiblesse physique. Elle n'aurait cependant pas su dire exactement laquelle.

Toutes ses informations, elle les énuméra à son père. Arthur l'avait ramené à toute vitesse auprès de lui. Cependant Paskhal sembla rester septique à ses ressentis. Le don de télépathie était rare. Très rare.

_ Deux télépathes, de la même génération et vivant à Eybure est peu probable. Avait rétorqué son père tentant de les rassurer.

Il avait balayé d'un revers de la manche toutes leurs théories du complot. Déployer cette conviction lui permettait de les tenir à l'écart. Il ne voulait surtout pas que ses enfants s'efforcent à retrouver cet inquisiteur. Lui, il détenait les contacts pour faire son enquête. Ni Arthur, ni Manon n'avaient besoin de s'en mêler. Comme à son habitude, il s'occuperait de la situation. Il trouverait la solution pour éloigner le problème. Arthur comprit son intention et persuada Manon de ne plus tenter le diable. Son père était doué pour les situations de crise. Le conciliateur dynaste était le mieux placé pour résoudre ce mystère.

 

Les jours passèrent et Manon ne ressenti plus cette douleur profonde. L'espion n'avait plus tenté de s'infiltrer de nouveau dans ses pensées. Voir l'élu mener l'enquête avait dû le faire fuir. Paskhal avait donc eu raison de gérer seul la situation. Cependant, elle avait toujours l'impression d'être observée. La sensation qu'il pouvait être là, à la surface de son esprit, l'a titillé de temps à autre. Arthur n'avait rien dit de plus sur l'incident. Il n'avait pas notifié à leur père son entrainement secret. Ils avaient donc pu continuer leur manège. Chaque semaine ils devaient se retrouver pour de nouveaux exercices. Paskhal avait l'air de se douter fortement de quelque chose mais ne pipa mot. Tous ses enfants avaient un fort caractère. Jusqu'ici, il en était fier. Manon était surement la plus insoumise de tous. Il avait déjà repéré ce trait de caractère à sa naissance.

Manon devait s'appeler Juliette. En la voyant, Paskhal trouva que ça ne lui correspondait pas. Alors que sa mère s'était endormie, peu de temps après l'accouchement, il l'avait pris dans ses bras. Il lui avait alors remis son telsman. Son premier cadeau de naissance. Ce simple geste traduisait le baptême sirélien. A ce contact, quelque chose d'inimaginable s'était produit. A peine il lui avait remis son telsman au tour du cou, que l'enfant avait tenté de se lier au sien.

_ Impossible. Avait alors chuchoté son père en la regardant admiratif.

Les siréliens ne se liaient qu'à leur âme sœur. La seule exception à cette règle étant l'élu. Lui, il se liait aussi au telsman de son prédécesseur. Une seule fois, lors de la cérémonie d'intronisation. L'enfant, à peine né, projetait donc de prendre la place de son père élu. Il avait rompu l'attraction des deux telsmans juste avant que la connexion totale se fasse. Si les deux amulettes s'étaient mélangées, cérémonie ou non, Manon aurait pris la place de son père à sa naissance. Paskhal, persuadait d'y voir un signe, refusa de l'appeler Juliette. A cet instant précis, il avait su. Sa fille ne serait pas comme les autres. Elle était déjà la prochaine élue des Kalokas.

Lui et sa femme s'évertuèrent donc à lui trouver un prénom dont elle serait digne. Faisant preuve d'un peu d'arrogance, Paskhal souhaitait en choisir un qui ferait allusion à la déesse créatrice. Aucun prénom actuel ne correspondait à leur recherche. Paskhal s'était alors lancé dans l'anagramme de NAMON. Le prénom de Manon avait alors été une évidence. Des textes de l'ancien monde leur donnèrent également une signification qui correspondait bien à l'image qu'ils projetaient sur l'enfant.

_ Manon vient du mot Mry, qui dans une ancienne langue voulait dire aimer. C'est un symbole de l'amour pour l'ancienne civilisation. Avait lu Hestia.

Ils optèrent donc tous deux pour ce prénom. Manon. Dans la vie de tous les jours, la concernée avait tendance à trouver ça pompeux. Elle était surtout la seule à s'appeler ainsi. Personne, du moins depuis la création du nouveau monde, ne portait ce prénom. Personne, mise à par elle.

 

Le quotidien de Manon, pour cet été, jonglait entre ses entrainements, des baignades et la lecture d'articles sur l'enquête de la fusillade. Hestia n'était pas encore rentré de Mÿrre, ville témoin des tragiques évènements. Elle avait, cependant, fait parvenir un compte rendu de son enquête à son mari. Manon l'avait secrètement lu avant de le donner à son père. Elle pût y voir une énumération de faits qu'avait regroupé sa mère.

'' - Homme blanc, la cinquantaine ;

- Cicatrice lui barrant l'œil gauche ;

- Yeux marrons ;              

-  Préméditer ;

- Pouvoir ;

- Loris ;

- Homme de l'ombre ;

- Bénèdit devait mourir.''

 

A la réception de cette lettre, Paskhal eût de plus en plus de rendez-vous concernant l'affaire. La pression était montée d'un cran. Pourtant, il n'avait révélé à personne certaines informations délicates. Hestia, tributaire de son élu, dû faire de même. Pour lui, c'était trop dangereux de révéler que ça pouvait être un coup monté orchestré de toute part. De plus rien n'était sûre. Hestia ne percevait que des brides d'informations incomplètes aux contacts des humains et des objets. Quand elle entrevoyait le passé, elle pouvait se perdre dans toutes les connexions qu'il y avait eu avec l'objet ou la personne. Ce n'était donc pas toujours une science précise, ni exacte. Manon croyait, cependant, en ces révélations.

 

Des tensions s'étaient faites ressentir dans la capitale. Kentrony. Elle se trouvait être la plus grande ville du Nouveau monde et était située dans la région centrale de Kentronakan. Des groupes d'opposants s'y livrer une bataille médiatique. Des pro-Siréliens, antis humains défiaient les humains réfractaires aux Siréliens. Depuis la fusillade, les deux clans ne se toléraient plus. Même les Hylés, habitués à vivre proche des humains, faisaient profil bas. Ce fût l'un des ministres qui sauva la situation. Le ministre G. Asage. Il était le dernier ministre à avoir rejoint le conseil. Il n'y avait rien au-dessus d'eux, pas de président ou de roi. Le conseil ministériel dirigeait le Nouveau monde. Il était formé de six ministres. Les ministres n'étaient pas élus mais tirés au sort. Pour cela, chacun détenait déjà un rôle important dans la communauté avant d'être nommé. Le pouvoir était uniquement tenu par des humains. Namon et les trois frères Sirel avait instauré cette règle pour qu'aucun don ne s'immiscent dans les rênes du pouvoir. Cette précaution évitait de sombrer dans une possible dictature.

 

Garnel Asage était le plus jeune des ministres. Agé de cinquante-cinq ans, il avait gravi les plus hautes marches du pouvoir jusqu'à parvenir à faire partie des personnes les plus reconnues de la société. Celles pouvant être tirées au sort. Cela faisait deux ans qu'il avait été nommé et il lui restait encore treize années à diriger. Les ministres étaient nommés pour quinze ans. Quoiqu'il arrive. Normalement, ils étaient tous tirés au sort au même moment. Cependant, Garnel Asage avait été élu cinq and après les autres, suite à la mort d'un des ministres en fonction. Ce dernier avait été atteint d'une maladie foudroyante.  Le ministre Asage reprit alors le poste de son prédécesseur. Son rôle était de s'occuper de la sécurité de la planète et de ses habitants. Siréliens compris. Il régissait donc toutes les administrations de sécurité. Il était en lien directe avec le ministre dédié à la justice et avec le conciliateur dynaste des Siréliens. Concerné pleinement par la fusillade, il devrait faire appliquer les sanctions retenues contre l'auteur. En attendant la résolution de l'enquête, il était chargé de gérer les retombés médiatiques et de renforcer la sécurité au tour de l'évènement à venir chez les Physés. C'est donc tout naturellement qu'il fît un discours, relayé à la radio, pour apaiser les foules.

           

''Peuples du Nouveau monde,

Siréliens et humains,

 Nous vivons un tournant dans notre histoire. C'est à nous, désormais, de mettre en  avant l'héritage de Namon. Grâce à la déesse, nous avons eu le droit de participer à la création d'une nouvelle ére. Nous ne pouvons pas tout gâcher aujourd'hui. L'attentat que nous venons de subir devait toucher autant les Siréliens, que les humains. Il n'y a pas un peuple qui a plus souffert que l'autre. Les Siréliens ont  sauvés notre planète. Ils ont été créés pour aider les humains. Soyons reconnaissants. Sans eux, nous ne serions pas là. En l'honneur de cela, je souhaite  être le premier ministre à assister à une cérémonie d'intronisation. Celle des Physés. Je me dois de guider les deux peuples vers l'avenir. Les Siréliens sont notre héritage, faisons-en sorte qu'ils soient également notre avenir. Pour cela, toutes tentatives d'harcèlement, d'intimidation, et de meurtre envers l'un des deux peuples sera sévèrement punis. Humains et Siréliens. Si ces derniers se sont éloignés de notre société humaine, c'est qu'ils ont leurs raisons. Respectons-les. Aussi, suite à l'assassinat de la jeune Louise, je ne saurais que conseiller la prudence. Nous leur devons le respect. Toutefois, des liaisons entre Siréliens et humains ne nous aideront pas. Ils se doivent d'être fort. La prospérité de la planète en dépend. Cet immense peuple devrait se concentrer sur des alliances internes. Il en va de leur survie, de la nôtre et de celle de la planète. Un simple humain ne pourra pas convenablement participer à la conception de futurs Siréliens. Louise ne  serait pas morte si elle ne s'était pas rapprochée de l'idée de fonder un foyer avec  l'un deux. L'attentat en fût la conséquence. Si nous continuons ainsi, nous risquons   également l'extinction des Siréliens. Nous sommes leurs ancêtres mais c'est un peuple sacré. Ils nous ont sauvés ! C'est maintenant à nous de les protéger en retour. Respectons leurs traditions. Laissons-les revenir à nous, participer à notre société. Cependant, nous ne devrions plus nous imposer dans leurs foyers. Ils devront créer des lignées pures. Loin de nos sentiments humains. Ces précautions nous permettront d'à nouveau vivre en harmonie. Nous devons donner à ce peuple la place qu'il mérite. Jamais, cependant nous devrions oublier notre place et intervenir dans leurs lignées. Des futures lois seront mises en place dans ce but. Nous éviterons ainsi de nouveaux incidents. La ministre de la justice travaillera de concert avec les conciliateurs Siréliens. Ce futur projet permettra ainsi de préserver notre société. Place au futur''

 

Ce discours avait passionné les foules. Il permettait de répondre aux attentes des deux peuples. De les rassembler tout en les dissociant. C'était la première fois, depuis très longtemps, qu'un ministre reconnaissait la place et l'importance du peuple Siréliens. Eux qui prêtaient peu d'attention aux humains, le ministre leur avait donné un rôle dans la société Namonienne. En déclarant sa venue à la prochaine intronisation, il avait légitimé l'importance de la cérémonie. C'était un acte qui illustrait à la perfection son propos. La plupart des humains semblait également ravis à l'idée de ne plus servir à la création de nouvelles lignées siréliennes. Même les Hylés, connus pour vivre proche et avec des humains accueillaient joyeusement ce discours. Ils y voyaient l'opportunité de se rassembler. Ils ne comprenaient pas le choix des autres clans de vivre à l'écart. Seule les couples mixtes, humain-sirélien, semblaient prendre la mesure des paroles prononcées.

 

_ Des lois ? Quelles lois ? Demanda Vitkhor à son élu. Louise devait être mon âme sœur. Je ne l'ai pas choisi parce qu'elle était humaine. C'était ma destinée. Des lois vont interdire cela ? Je ne vais pas me lier avec une sirélienne si je ne l'aime pas. Si je me remets un jour de cette tragédie, ce seront uniquement mes sentiments qui me guideront vers quelqu'un d'autre pour fonder une famille. L'amour est la clé de notre héritage. Pas les lois. Avait argumenté Vikthor, le premier concerné par l'affaire.

Bénèdit, qui avait accueilli à bras ouvert l'âme sœur humaine du jeune homme, voyait également cela d'un mauvais œil. Cependant, il donna au ministre le bénéfice du doute. Assister à une intronisation était un grand pas pour ce dernier. Cette annonce avait fait taire la plupart des sceptiques.

 

Le ministre joignit l'acte à la parole. Son administration se hâta d'organiser sa venue. Elle aurait lieux dans trois semaines maintenant. Elle prit également soin de contacter les conciliateurs siréliens, notamment le conciliateur dynaste. Ces derniers devaient participer à l'élaboration de nouvelles lois arguant à la prospérité de leur peuple.  Paskhal ne s'y opposa pas. Il voyait toujours le bon côté des choses. Il pensait pouvoir en tirer parti. En effet, pour lui, cela permettrait aux Siréliens de vivre plus aisément dans la société. C'était également idéal pour sa fille. Ils deviendraient légitimes légalement. La place de sa fille serait plus difficile à remettre en question. Aussi incroyable que Manon pourrait être. Pour finir, freiner la propagation des couples mixtes devrait également permettre à sa fille de limiter ses contacts avec les humains. L'ambition était d'être reconnue et respectée. Pas d'être crainte.

           

Une autre personne semblait elle, être en désaccord avec ce discours. Le corbeau. Alors qu'il avait réussi à se faire oublier jusque-là, la famille Agape reçu une nouvelle lettre. Pour la première fois, un cachet postal datait l'enveloppe. Malheureusement, il ne donnait aucune information sur le lieu d'envoi. Avant, les lettres avaient toujours été simplement déposées chez eux. Cela suscitait beaucoup de questionnements. Celle-ci était adressée à Manon et Solenne Agape. Ce fût cette dernière qui, résignée, lu le mot en premier.

 

            '''Au commencement nous étions un,

            Au renouvellement vous ne ferez qu'un.''

           

            Le premier peuple survit grâce aux trois,

            Sans le premier, le second mourra.

            Le passé, le présent et le futur sont humains,

            Main dans la main, les sœurs feront le lien.

 

            '' Les trois premiers n'existaient pas,

            C'est pour le quatrième que tout se créa.''

Pour une fois, les deux sœurs étaient d'accord avec le discours du corbeau. La lecture avait eu une résonnance particulière pour Manon. Ce fût la seule lettre qu'elle garda.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
UnePasseMiroir
Posté le 29/11/2019
Coucou ! J'ai enfin du temps pour lire tes nouveaux chapitres !

D'abord j'ai repéré quelques petites coquilles ; un "p" en trop à "cou" au passage ou tu parle de la naissance de Manon et du telsman donné par son père. J'ai d'ailleurs trouvé très amusant qu'un nouveau-né puisse déjà envisager de prendre la place de son Elu de père XD J'aime cette fille lol.
Tiens et aussi une autre petite coquille à "Garnel Asage avait était élu cinq and après les autres."
Sinon j'ai bien aimé ce chapitre, même si ledit Asage m'a l'air d'une sacrée tête à claque avec son discours sur l'interdiction des liaisons humaines et siréliennes (encore une fois une réf involontaire à harry potter ? XD). Le pauvre Vikthor (Krum ? XD), comme je le comprends !
Sans parler de l'autre télépathe qui fait flipper le monde... Les ennuis ne sont décidément pas finis pour Manon ! D'ailleurs j'ai noté l'explication de l'anagramme de Namon ;)

Bref, un bon chapitre intéressant ! Je file voir le suivant !
ludivinecrtx
Posté le 29/11/2019
Aha merci de m'accorder un peu de ton temps alors ^^.

ROh j'étais persuadée de l'avoir corrigée. J'ai du le faire sur mon texte pas ici. >< Merci !!

Ah oui, c'est un connard XD. Je n'y avais pas pensé je t'avoue mais c'est vrai cela fait très sorcier et moldu ! je te l'accorde.

Ahaha je sais pas si par contre Vikthor à du Krum en lui ^^. Tu me diras, on va le voir en 'personne' très bientôt.

MDR oui il est flippant... énigmatique aussi ^^.

Ahaha oui, c'était essentiel que je l'explique. C'est SI gros ! On va en savoir plus sur ça dans le prochain chapitre d'ailleurs... haha.

Merci encore de ta lecture <3
Renarde
Posté le 27/11/2019
Hello ludivinecrtx,

Nous vivons un tournent dans notre histoire -> tournant
création d'une nouvelle aire -> ère

Je trouve le discours d'Asage relativement glaçant... Ces histoires de pureté de race me font frémir d'horreur et j'abonde pleinement dans la réflexion de Vikthor. Le ministre justifie l'attentat par ce biais, et au lieu de le combattre, il valide en quelque sorte les positions extrémistes.

Cela ne peut pas bien se terminer s'ils continuent comme cela...
ludivinecrtx
Posté le 27/11/2019
Coucou Renarde,

Merci pour les coquilles !

Oui, moi aussi. Il a un peu d'Hitler en lui. Je dois l'admettre, il est (lointainement) inspiré de ses discours.... Effrayant non?

Il les valide pleinement oui mais subtilement. Dans mon monde, tout n'est pas rose.. Garnel annonce l'orage oui. =)
Vous lisez