Chapitre 5 : Partir en rou(ssi) libre

Il fallut plusieurs jours à Amadeus et ses amies pour absorber pleinement la mesure des révélations. Après ce récit, Claude les avait raccompagnés chez les Labaky, sur Sainte-Marie. Dans la voiture, il chuchotait avec Mehdi sur des histoires incompréhensibles de chasseurs et de dangers, mais Amadeus n'y prêta pas plus attention que cela.

 

Na était une Sorcière.

 

Les Sorciers existaient donc, mais pas la magie.

 

Camille s'adapta très vite à cette incongruité et fut la première à renouer contact avec Na une fois sa convalescence terminée. Valentine et Amadeus prirent deux jours de plus, déchirés entre la curiosité et la crainte que Na et Amaterasu leur inspiraient. 

 

Ensuite, ce truc de parler aux choses, cet étrange animisme, ajoutés à cette histoire d'altruisme et de confiance... Ces mots de Dernier Souhait résonnaient de façon lugubre sous son crâne et il se surprit à imaginer Na rongée par la folie, voir morte d'avoir été juste égoïste. Le garçon trouva cela profondément injuste : pourquoi punir cela ?

 

Camille lui apporta une hypothèse, celle où les Sorciers agissaient pour protéger les humains en tant qu'espèce et que pour cela, ils sacrifiaient leurs intérêts, à la manière des fourmis se laissaient piétiner par leurs soeurs jusqu'à en mourir si leur cadavre pouvait leur créer un pont.

 

Pourtant, quand Amadeus observait Na à la récré, il ne lui trouva pas un air résigné. Au contraire, elle savait parfaitement guider ses pas vers ses intérêts. Valentine le remarqua aussi et ils en débattirent avec Camille en attendant l'entraîneur de foot un jeudi soir. La conclusion fut plutôt unanime : ce garde-fou inconscient avait échoué à subsister et ne devait s'appliquer qu'aux échanges avec la Nature, sans aucun regard sur la vie quotidienne. 

 

Puis sous l'impulsion de Camille, Na s'intégra peu à peu à leur groupe. Ils mangeaient ensemble sur la pause du midi, plaisantaient et tentaient des questions sur la condition des Sorciers, questions que la jeune fille éludait régulièrement.

 

— Je préfère attendre pour en parler, dit-elle alors qu'ils avaient trouvé refuge dans une classe à une récré. Je suis ici pour quelque chose d'important, mais je vous expliquerai. 

 

Elle se fermait toujours ainsi dès qu'ils essayaient de creuser un peu. Au bout d'un moment, ils finirent par laisser tomber et à la place restèrent sur des sujets aussi triviaux que le prochain match de sélection en football de Valentine, le dernier dessin réalisé par Amadeus ou encore une lecture de Camille. 

 

Décembre arriva et avec les premiers gros flocons qui formaient des haies de congères sur les trottoirs. Le matin, Amadeus enfonçait le doigt dans la neige sur la voiture de ses parents et y dessinait des motifs de Noël. La laine de son gant se mouillait et il devait régulièrement souffler dans ses mains en attendant le bus. Na le prenait désormais avec lui, et à partir de ce moment, Amadeus n'eut plus jamais aucun retard le matin.

 

Puis arriva un lundi particulièrement sinistre. Amadeus se trouvait près de la fenêtre et Valentine avait croisé les bras et lâché ses cheveux, juste à côté. Positionnée avec un stylo à la main, elle avait tout de l'élève assidue. Mais son crayon ne bougeait plus depuis plusieurs minutes déjà et Amadeus pouvait entendre son ronflement discret vibrer dans son oreille. 

 

Il s'ennuyait et il n'avait même plus de voisine avec qui bavarder. 

 

Alors, il regarda à nouveau du côté de la fenêtre. Les arbres de la municipalité se tortillaient nus, sans plus de feuille, l'écorce rongée par la bise descendue des montagnes. La neige s'amassait encore par endroit de petits tas brillants, mais la plupart s'était mélangée avec la saleté boueuse de la route pour former une piscine spongieuse. 

 

D'ailleurs, les rares véhicules qui circulaient plus loin laissaient entendre le flotch des roues dans les mares. Le ciel n'était pas mieux, et si la neige était brune, les nuages se trouvaient gris. Ils étaient si bas que l'on apercevait plus les montagnes et dissimulait si bien le soleil que le lendemain matin surviendrait sans aucun doute une bonne gelée. 

 

Amadeus voulut à ce moment faire remarquer à Valentine une feuille blanche qui tombait depuis les étages supérieurs du lycée. Sans doute un professeur étourdi qui laissait ses copies vagabonder. 

 

Ce fut à cet instant que l'alarme incendie retentit. 

 

Sans prévenir, le son strident se déversa par vagues à tous les niveaux. Aussitôt, les enseignants jetèrent un coup d'oeil à leurs notes et estimaient quel retard cela entraînerait dans le programme. Les élèves s'emmitouflaient avec tranquillité et en profitaient pour récupérer leurs babioles dans les poches de leurs sacs.

 

— Pas malin, grommela Valentine d'une voix rauque soudain réveillée. Ils sont tous à chercher leurs portables, sans même penser à réagir pour leur sécurité. C'est pour ça que je n'aime pas les gens qui se moquent des entraînements. Quand on voit le résultat même avec ça, ils ont de la chance que la sélection naturelle ait été abolie. J'aurais réglé ça à la Spartiate.

 

— Hein ?

 

— Un peuple guerrier de l'Antiquité, soupira la jeune fille en enfilant la capuche de son sweat. Merde, ça va pas arrêter cette sonnerie ? Ça me vrille la tête, là.

 

Leur professeur tapait dans les mains et déjà les premiers élèves s'engouffraient dans le couloir congestionné, direction la porte coupe-feu de la sortie de secours et la cour de récréation. Amadeus grimaça et se pencha vers son sac afin de récupérer son téléphone dans la poche avant. 

 

Il glissa les doigts vers le radiateur, mais ne rencontra que du vide. Surpris, il se courba pour chercher ses affaires. 

 

— Valentine, dit-il assez fort pour tenter de couvrir l'alarme. Tu n'aurais pas vu mon sac ? 

 

Intriguée, elle le fixa et se plia à son tour afin d'examiner le sol de la classe.

 

— Valentine, Amadeus, appela soudain leur professeur. Vous m'entendez quand je vous donne parle ? C'est crucial là, et vous êtes délégués. Ce qui implique un minimum de responsabilités, comme celle d'évacuer tous vos copains de la classe.

 

L'enseignant s'appuyait sur le chambranle de la porte avec une attitude de dandy poussiéreux. Amadeus releva la tête, blême. Certes, dans son sac il y avait ses cahiers et ses affaires de cours, mais aussi son porte-monnaie avec ses rares économies et son téléphone portable. S'il revenait les mains vides chez les Labaky en fin de journée, il pouvait s'attendre à se faire salement souffler dans les bronches. 

 

Valentine réagit à sa place et pendant que l'enseignant notait les élèves sur la liste d'appel pour s'assurer qu'il ne manque personne, elle poussait les plus lents à se délester de leurs sacs de cours pour rejoindre la cohue du couloir. Heureusement d'ailleurs que les flammes ne partaient pas de leur étage : tout le monde se marchait sur les pieds et le plus petit mouvement de foule aurait pu avoir des conséquences tragiques. 

 

Pendant ce temps, Amadeus fouillait chaque recoin de la salle de plus en plus vide. L'alarme hurlait dans ses oreilles et augmentait un peu plus la pression qui lui comprimait les tempes.

 

Ses doigts tremblaient et il leva la tête après une nouvelle vérification dans le placard.

 

Rien.

 

Le stress le secoua et il se sentit détrempé par une vague de sueur d'angoisse. L'enseignant sortit pour tenter de remettre un peu d'ordre dans le couloir et il ne resta plus que Valentine et lui dans la classe.

 

— Il n'est pas là, cria-t-il à moitié pour couvrir la sirène. On me l'a volé !

 

— Tu l'avais pas en revenant de la récré ? répondit Valentine en se penchant à son tour sous le bureau. Pourtant t'avais tes affaires de maths.

 

— Je comprends pas, murmura Amadeus. Je ne sais plus.

 

Il se laissa tomber contre le tableau. Valentine fronça les sourcils et s'approcha de lui pour le pousser doucement vers le couloir afin qu'ils évacuent à leur tour. Tout sac qu'il était, cela ne valait pas la peine de mettre leurs vies en danger. Et puis, ils n'étaient pas certains de tenir plus longtemps avec ce paquet de décibels dans les oreilles. 

 

— Regarde ! s'exclama soudain Amadeus. C'est mon cahier !

 

Il pointa la fenêtre du doigt. Valentine se retourna à moitié et lui lâcha la manche, bouche bée. Effectivement, depuis le haut du bâtiment tombaient feuilles et matériel scolaire directement dans la rue. Un plaisantin devait s'amuser à jouer un mauvais tour à Amadeus, mais pourquoi ? Et surtout : comment son sac avait-il pu atterrir là-haut en plein cours ?

 

Amadeus sentait toutes ces questions bourdonner dans sa tête. Elles augmentèrent un peu plus encore la migraine qui pointait suite aux vagissements de l'alarme. 

 

— Il faut que l'on trouve Na et Camille, décida-t-il. Na saura sûrement quelque chose. 

 

Avant que Valentine n'exprime des réserves, il lui attrapa la main et tous deux se jetèrent dans le couloir congestionné. Au-dessus de leurs têtes se déversaient des bavardages et rires, le tout nappé par le fond sonore de la sonnerie incendie. Les élèves se bousculaient pour tenter de sortir de ce piège. Tous avaient enfilé leurs manteaux en prévision de l'hiver de la cour de récréation, mais coincés dans le bâtiment chauffé, ils transpiraient à grosses gouttes. C'était une chaleur moite qui tournait la tête et donnait une furieuse envie de s'emporter contre la terre entière.

 

Tout devant, les enseignants essayaient de susciter un semblant d'ordre au niveau des portes pendant que Madame Cuzuel repoussait les vagues d'élèves qui se jetaient contre le battant dans l'espoir de respirer un peu d'air.

 

C'était une véritable nasse. Valentine frissonna à l'idée d'y plonger, mais Amadeus ne vacilla pas. Il avait aperçu un petit chapeau à voilette quelques mètres devant, au niveau de la classe de Camille. Aucun doute : il s'agissait de Na. 

 

À force de bousculer et écarter les collégiens à coups de coude, sans se soucier des injures, ils parvinrent au niveau de Camille et Na. Ces dernières s'étaient collées près de la porte de leur classe, un pied dans l'intérieur histoire de profiter un peu de l'air frais des fenêtres grandes ouvertes.

 

— Na ! appela Amadeus. On est là !

 

Dès qu'ils s'arrêtèrent, Valentine écarta les pans de son manteau pour s'aérer en direction des fenêtres, dans une attitude d'exhibitionniste peu élégante, mais efficace. 

 

— Mon sac est sur le toit, haleta Amadeus. Quelque chose me l'a volé pendant le cours. Alors que je l'avais après la récré. 

 

— Calme-toi, fit Camille. Respire.

 

Elle grimaça. 

 

— Et cette sonnerie qui ne s'arrête pas, grommela-t-elle. Je vais devenir folle à ce rythme. 

 

Na ne répondit pas. Elle prit les mains d'Amadeus dans les siennes et ferma les yeux un instant. Le garçon retint son souffle et manqua de tourner de l'oeil pour de bon. Après le stress de l'engueulade du soir, la chaleur et l'alarme, un contact physique troublant était bien la dernière chose dont il avait besoin. Camille lui jeta une oeillade curieuse et il se sentit cuire à point sous son bonnet. 

 

— Il y a quelque chose sur le toit, finit par dire Na en lui lâchant les doigts. Quelque chose de pas humain, mais je n'arrive pas à savoir quoi. 

 

— On y va, supplia Amadeus. C'est rien de dangereux, non ?

 

Na grimaça. Camille fronça un peu plus les sourcils, puis la Sorcière céda : 

 

— On y va, soupira-t-elle. C'est qu'un sac et je ne sens pas d'incendie. C'est juste un exercice. Sans doute une créature taquine qui sait que je suis là.

 

Valentine voulut rétorquer quelque chose, mais Camille l'attrapa avant et jeta un clin d'oeil à Amadeus qui s'empourpra un peu plus encore :

 

— On vous laisse alors, dit la collégienne. Avec Valentine, on vous couvre. Foncez ! Et appelez-nous en cas de problème.

 

Toutes deux se glissèrent hors de la classe sous les piaillements de protestation de Valentine. Amadeus regarda Na.

 

Aucun des deux n'avait de portable.

 

Ils restèrent un moment cachés dans le placard, à attendre que la cohue se dissipe afin qu'ils puissent accéder au couloir. L'alarme continuait de s'époumoner et ses affaires de voler par la fenêtre, mais Amadeus eut soudain le sentiment que tout cela ne le concernait plus. 

 

En effet, coincé dans le réduit à attendre que la rumeur des professeurs s'éloigne après une dernière tournée d'inspection, l'univers aurait pu s'effondrer qu'il n'en aurait pas eu tellement à faire. Le souffle de Na chatouillait le duvet sur ses avant-bras. Elle sentait la cannelle et quelque chose d'indéfinissable, comme du beurre chaud que Mehdi utiliserait pour sa cuisine. Sans doute le tout avait-il imprégné les vêtements.

 

Inconsciente du trouble de son voisin, Na semblait pourtant nerveuse elle aussi. Elle jetait de fréquents regards à Amadeus et retournait surveiller par le trou du placard sitôt qu'il croisait ses yeux. 

 

Après un moment, la porte coupe-feu claqua pour de bon dans le corridor. Ils restèrent quelques secondes à guetter un éventuel retardataire parmi les enseignants avant de sortir du placard. Dehors, les affaires d'Amadeus avaient cessé de voler. Lorsqu'il jeta un rapide coup d'oeil par la fenêtre, son coeur se serra : tous ses cahiers partageaient dans la neige sale.

 

— On y va, fit Na en le tirant du triste spectacle. C'est pas certain que l'Esprit reste encore longtemps. 

 

— Tu ne peux pas le savoir ?

 

Na glissa la tête vers le couloir et lui fit signe de se rapprocher. Puis tous les deux se mirent à trotter, accélérant à chaque fois qu'ils passaient près d'un relais d'alarme.

 

— Ce n'est pas parce que l'on demande quelque chose, répondit Na, qu'on l'obtient.

 

Alors qu'ils atteignirent le second étage, la sirène s'éteignit. Elle laissa un brouillard dans leur tête et un sifflement sourd dans leurs oreilles. Amadeus se sentit respirer dans un premier temps, avant de réaliser que les élèves reviendraient d'un instant à l'autre. 

 

Heureusement, il connaissait le chemin. Il dépassa Na devant la salle des professeurs et courut vers la porte de secours qui menait au toit. Le personnel la laissait régulièrement entrebâillée à l'aide d'un pavé pour leurs pauses cigarette. Le garçon balança le battant et déboucha au niveau d'une bouche d'aération. Na le talonnait de peu.

 

D'un coup, le lycéen se serait cru sur le toit du monde. Le ciel moutonnait en brume basse et grise. Le vent charriait le froid piquant des montagnes, le tout avec le crissement de la neige fraîche sous ses chaussures. Depuis la cour de récréation montaient les rumeurs des élèves, comme un ronronnement lointain. 

 

Et là, sur une dalle d'entretien, détrempé par la neige...

 

— Mon sac, s'exclama Amadeus. Il est là ! J'étais pas fou ! 

 

— Attends, s'interposa Na. Ne bouge pas.

 

Du bout des doigts, elle tira l'écrin de cuir dans lequel elle conservait en permanence Amaterasu avec elle. Ses cheveux s'échappaient par filaments de son chignon alors que le vent se fit un peu plus fort. 

 

— L'Esprit est encore là, murmura-t-elle. Je n'aime pas les vibrations de l'endroit. C'est chargé en hostilité. Amaterasu passera avant. 

 

— Tellement de précautions, monta une voix près de la rambarde donnant sur la rue. C'est comme cela que tu accueilles les vieux amis, Na ? 

 

L'inconnu sortit de son recoin et Amadeus eut un choc au coeur suivi de la désagréable impression d'accomplir une descente d'organes. 

 

L'adolescent qui leur faisait face était beau comme la neige et blanc comme du lait, des pieds à la tête. Mais le plus surprenant n'était pas cela.
 

Non, ce qui étonna Amadeus, bien plus que le plaisir manifeste d'Amaterasu à revoir ce garçon, ce fut la longue queue de renard polaire qui gigotait depuis ses reins. Il ne douta pas un instant que ce fut une vraie tant les mouvements étaient naturels. Il faisait face à un garçon-renard.

 

— Tu n'as rien à faire là, Inare, rétorqua Na. Et encore moins balancer les affaires de mon ami par bêtise. Retourne au Village !

 

Les pupilles fendues du dénommé Inare décortiquèrent Amadeus. Avec son costume trois-pièces, le Sorcier aurait pu sortir d'un film qu'Amadeus n'en aurait pas été choqué. Cependant...

 

— C'est toi qui a jeté mes affaires ? se scandalisa-t-il. Mais ça ne tourne pas rond ? On voit que c'est pas toi qui copies le cours de Monsieur Madaras à la main !

 

Inare tourna la tête vers Na et pointa Amadeus du bout de sa queue de fourrure. Le lycéen s'accroupit afin de tenter de récupèrer le maximum de matériel scolaire de son sac. 

 

— Et tu le choisis lui plutôt que moi ? poursuivit Inare. Je pensais que tu étais venue ici pour ton frère, pas pour flirter. Me tromper même.

 

Amadeus sursauta et laissa retomber son agenda au sol. Tout devint blanc dans sa tête et il aurait été incapable d'énoncer son propre nom. 

 

— On est pas ensemble, dit Na. On l'a jamais été. On arrête, Inare. Je t'emmène voir Claude et Mehdi à la bergerie. Fuguer du Village pour me rejoindre... Ils doivent être morts d'inquiétude !

 

Malgré le soulagement de la dénégation, Amadeus ne lâcha pas prise. Cet Inare avait parlé d'un frère de Na, de la raison pour laquelle elle était venue à Sainte-Marie...

 

Et Amadeus réalisait qu'il ne savait rien sur la jeune fille. Il avait toujours pris son arrivée à Sainte-Marie comme quelque chose qui ne méritait aucune attention particulière. 

 

Inare dut capter son regard, car il bondit d'un geste souple. Sa queue fouetta la neige alors qu'il rapprochait son visage de celui d'Amadeus. Plus petit que le lycéen, le Sorcier n'inspirait pas moins de la crainte avec ses dents pointues et la lueur cruelle de ses yeux.

 

— Elle ne t'a jamais parlé de Suihei, hein ? fit-il avant de tourner la tête vers Na. Je retire ce que je dis. Tu n'es pas un rival. Elle ne te fait pas confiance.

 

— Qui... balbutia Amadeus. Qui est Suihei ? Ton frère ?

 

Na fronça les lèvres et une légère rougeur monta à son visage. Visiblement, parler de son frère ne l'enchantait guère. 

 

— Arrête tout de suite, maugréa-t-elle à Inare. Il n'a pas à savoir. Rentre chez toi et arrête de vouloir m'aider, tu ne fais que me gêner.

 

Le garçon-renard éclata d'un rire cruel et recula pour s'asseoir sur une bouche d'aération. 

 

— Te gêner ? dit-il. Mais, ma pauvre, comment tu voulais le retrouver seule ? Après ce qu'il a fait ?

 

— De quoi il parle ? s'inquiéta Amadeus. Quel truc il a fait ?

 

— Tais-toi ! s'écria Na blême de colère. Inare, tu ne lui parles pas !

 

Inare ne l'écouta pas et à la place souffla si doucement que sa voix se mêla à la bise qui fouettait le toit :

 

— Dis, garçon humain, t'a-t-elle dit que son frère est un traître et un hors-la-loi ? Ett qu'il est recherché par les nôtres ?

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Le Saltimbanque
Posté le 25/01/2021
Petites fautes de frappe :
"tous ses cahiers partageaient dans la neige sale."
"Vous m'entendez quand je vous donne parle ?"
"Le lycéen s'accroupit afin de tenter de récupèrer le maximum"

Mmmmmh, ce chapitre est difficile à critiquer pour moi. Pour résumer, je n'ai pas aimé ce chapitre, mais je pense que ce n'est pas du à des problèmes d'ensemble, mais plus à pleins de petits détails qui n'ont pas arrêté de s'accumuler et de me faire sortir de l'histoire. Je vais essayer de les lister.

I/ Le début

- Amadeus qui ne "fait pas attention" à la discussion de Mehdi et Claude sur "des chasseurs et des dangers". Quoi ??? Mais pourquoi ne fait-il pas attention ? Non seulement ça a l'air très important, mais en plus c'est lié directement à ce qui occupe l'esprit d'Amadeus : le fait que Na soit une Sorcière et la découverte d'un nouveau monde "magique". Il avait toutes les raisons du monde de les écouter !
- l'intégration de Na dans le groupe. Tu as pris la décision de résumer très rapidement le fait qu'elle s'intègre : "Puis sous l'impulsion de Camille, Na s'intégra peu à peu à leur groupe. Ils mangeaient ensemble sur la pause du midi, plaisantaient et tentaient des questions sur la condition des Sorciers, questions que la jeune fille éludait régulièrement." Le problème c'est que c'est trop express, je ne ressens pas du tout le fait que Na fasse "partie" du groupe. Pour moi, je pense qu'il fallait carrément consacrer un chapitre entier sur son intégration, voir plus. C'est une Sorcière ! Ils découvrent un nouveau monde fait de créatures fantastiques et de danger ! On dirait vraiment qu'ils sont en mode "Bon, la vie continue après tout".
- "La conclusion fut plutôt unanime : ce garde-fou inconscient avait échoué à subsister et ne devait s'appliquer qu'aux échanges avec la Nature, sans aucun regard sur la vie quotidienne. " Je n'ai juste pas compris cette phrase.

II/ Quelques problèmes de description

- à noter que la description de la foule d'élèves qui sortent en pagaille est très bonne, et on ressent bien tout le chaos, la désorganisation, la chaleur...
- le passage du "placard" dans lequel Amadeus et Na se cachent. La description spatiale est incompréhensible. Où sont-ils exactement ? D'ou sort ce placard, comment parviennent-ils à s'y introduire ? Aucun prof ne les voit faire ?
- la description physique d'Inare. Je suis normalement contre les portraits de trois pages dès qu'un nouveau personnage est introduit, mais alors là je trouve que c'est l'extrême inverse.
La scène est Amadeus qui est confronté à un nouvel esprit à l'apparence ma foi assez particulière. On devrait se sentir à sa place, voir à travers ses yeux, et donc ce qui donnerait une description un peu plus longue d'Inare. Là, non seulement c'est express, mais en plus c'est étrangement haché tout au long du chapitre. D'abord c'est il est beau + peau blanche + queue de renard, deux lignes de dialogues, puis on apprend pupille fendue + vêtements trois-pièces "qui sort d'un film", dialogues, et enfin des dents pointues ! Mon expérience de lecture a été une succession de "Quoi ? Il a ça ? Hein ? Mais pourquoi je ne remarque ça que maintenant ?"
Ce sont tous des détails très notables, qui sont chacun sensés frapper Amadeus dès le début et ainsi nous le lecteur. Je trouve que cette décomposition est maladroite.

III/ Caractérisation

Bon, je désigne un peu largement tous les comportements et pensées des personnages.
- les professeurs. Euh, il n'y en a pas un qui remarque toutes les feuilles et cahiers qui tombent du toit ? Genre "tiens, d'où ça sort ça ? Y aurait-il quelqu'un qui serait resté en haut ?" L'absence des professeurs sur le toit m'a ainsi particulièrement dérangé.
- Na qui accepte sans problème qu'Amadeus vienne avec lui. QUOI ? Mais... c'est dangereux, non ? Sur le toit elle note justement qu'il y a "une énergie hostile". Mais du coup tu risques la vie d'Amadeus là !! Quelle irresponsabilité, surtout de la part de Na qui me paraissait (un minimum) intelligente.
- Amadeus qui pense "Et Amadeus réalisait qu'il ne savait rien sur la jeune fille. Il avait toujours pris son arrivée à Sainte-Marie comme quelque chose qui ne méritait aucune attention particulière." J'ai du relire ce passage plusieurs fois tellement je n'y croyais pas.
TU AS APPRIS QUE C'EST UNE SORCIÈRE QUI VIT AU FIN FOND DE LA FORET ET QUI A COMME AMI UNE BOULE DE FEU VIVANTE !!!!! C'est déjà pas mal comme informations, non ? Et comment ça, son arrivée à Sainte-Marie ne nécessitait pas d'attention particulière ? C'est incohérent : depuis le début de l'histoire Na occupe son esprit. Comment ne peut-il pas se poser la question basique de la raison de sa présence dans un village aussi tranquille/ennuyeux que Sainte-Marie ?
- Inare. Je vais être direct : je le trouve mal écrit. Tu insistes sur son côté dangereux, menaçant, hostile, et même Na qui n'en mène pas large devant lui. Sa ligne d'ouverture "C'est comme ça que tu accueilles tes anciens amis" alors qu'il surgit de nul part fait teeeeeellement le méchant cliché que j'ai d'abord pensé que c'était humoristique.
Mais aussi il vole le cartable d'Amadeus et jette tout le contenu depuis le haut du toit parce qu'il est jaloux. C'est quoi ce niveau de maturité de petit harceleur de collège ??? Non seulement ça tranche avec le côté menaçant, mais je trouve que c'est plutôt incohérent : s'il voulait savoir si Amadeus sortait avec Na, il aurait pu directement le confronter une fois seul et le menacer, non ? Pourquoi tout ce cirque avec le cartable...

IV/ MAGIE

- Je n'ai compris pourquoi Na tient les doigts d'Amadeus et en quoi cela lui permet de déterminer qu'il y a "quelque chose" sur le toit.
- aussi, j'ai l'impression que la capacité de "sentir l'hostilité d'un lieu/esprit" sort un peu de nul part. Je pinaille là, mais au lieu de me sentir menacé, quand j'ai lis ça je me suis dis "Ah ? Elle peut faire ça ? Trop bien !"

V/ Les dialogues

Peut-être le grand défaut du chapitre pour moi. Les dialogues sont souvent incohérents, ou en trop, ou ne font pas naturels. C'est dur à expliquer ce qui fait selon moi un bon dialogue d'un mauvais, tellement ça passe par des détails. Si cela ne te dérange pas, puis-je faire un cas par cas ?
Mais tiens, j'ai noté deux dialogues que je trouve assez bons :
- "Ce n'est pas parce que l'on demande quelque chose qu'on l'obtient." Très forte cette phrase, j'en ai eu des frissons.
- "Elle ne t'a jamais parlé de Suihei, hein ? Je retire ce que je dis. Tu n'es pas un rival. Elle ne te fait pas confiance." Le seul bon moment avec Inare selon moi, sa jalousie, sa rudesse et le mystère du sort de Suihei rendent ce dialogue assez percutant.

VI/ Trop de références tue les références.

C''est très personnel, et je ne serai pas surpris si je suis le seul lecteur qui ressent ça.
Mais je trouve que les références à la Japanimation en tout genre deviennent trop envahissantes et me sortent de l'histoire.
Je pense que je suis un assez grand consommateur de manga/anime et que certains clichés me sortent par la tête. Notamment le chara-design anthropomorphique "Personnage jeune+quelques attributs physiques d'un animal". Inare a les dents pointues, une queue de renard, les pupilles fendues... On aurait dit la description d'un personnage d'une fan-fiction, et mon dieu j'ai pas aimé.
J'ai aussi l'impression que le Village est un concentré de pop-culture anime avec tous ces noms à la sonorité très japonaise (Suihei, Amaterasu, Inare, Na qui est définie comme une "Asiatique en jupon"), ce qui nuit un peu au côté mystérieux de la chose je trouve.



... j'ai ma foi était plutôt acerbe cette fois-ci. Mais je fais vraiment ça parce que je trouve qu'il y a un sacré potentiel à l'histoire, l'univers est très intéressant et le mystère de Suihei est vraiment excitant. Malgré mon désamour du personnage, j'ai hâte de voir comment Inare va chambouler tout ce beau monde.

Voili voilou
Alice_Lath
Posté le 26/01/2021
Hellooooo
Eh bien tout d'abord, jsuis désolée, genre vraiment :') Lire qq chose de mauvais est vraiment douloureux et je suis navrée de chez navrée de t'avoir infligé ça
Et à nouveau merci pour ce com dodu haha, ta souffrance me sera fort utile pour la correction, et tu confirmes certains pressentiments pour lesquels je n'étais certaine de rien, bref, une aide extra-précieuse
Alors, au risque de sonner maso, merci hahahaha
Le Saltimbanque
Posté le 29/01/2021
Et dire que j'avais répondu à ton commentaire il y a plusieurs jours... pour me rendre compte que mon commentaire a été supprimé je ne sais pas pourquoi... f*ck

Mais ne sois pas désolée ! C'est pas grave de se tromper un peu. On est là pour écrire essayer et foirer le plus possible ! Mon expérience de lecture a été un peu difficile, mais loooooin d'être désagréable ou "douloureuse".

Et puis, en relisant un peu ce que j'ai écrit, je dois relativiser un certain point. À part le personnage d'Inare et certaines lignes de dialogue, tous les défauts que j'ai cité sont, pris individuellement, assez mineurs. Il n'y aurait eu que deux ou trois comme ça j'aurais pu lire sans problème, mais c'est vraiment l'accumulation de tous qui me faisait sortir de l'histoire.

Voili voilou, sinon je suis toujours hypé par les personnages, l'histoire et l'univers. Et mon dieu, j'ai vraiment envie de savoir ce qui est arrivé à ce pauvre Suihei !
Alors au risque de sonner sadique, je vais continuer à lire et à commenter cette histoire pour encore un bon moment hehe
Le Saltimbanque
Posté le 29/01/2021
PS : je surkiffe cette nouvelle couverture
Alice_Lath
Posté le 01/02/2021
Hahahaha merci et yess, PA est là pour ça, pour s'aider mutuellement à s'orienter dans nos corrections et améliorations haha
Et un plaisir pour la couv, ça change du fait main, c'est certain hahahaha
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