Chapitre 5 : Où l’on rigole moins tout à coup !

Chapitre 5 : Où l’on rigole moins tout à coup !

 

Case 23 : — Génoise-en-Givray —

 

Dehors, il faisait un froid à décorner les bœufs, mais dans la grange de Génoise-en-Givray, l’ambiance était à la fête.

Vu l’épaisseur de la neige sur la place du marché, on avait autorisé les caravanes à rester à l’abri, et même les De Globine s’étaient réfugiés loin des intempéries.

Dans un élan de convivialité, les habitants du village avaient aidé les voyageurs à monter des tables sur tréteaux et tout le monde avait cassé la croute ensemble, mélangeant sur des nappes à carreaux les salades de framboises bleues locales, les tourtes au boudin, les bulots de l’archipel mou, les madeleines à la cannelle et les savoureux récits de Lù, l’explobondisseuse.

Et tout ce beau monde s’était régalé, dans une ambiance bon enfant, jusqu’à ce que Paloma, la sirène, demande à Belle, la sculpteuse sur bois, ce qu’elle taillait exactement. Cette dernière avait alors échangé un long regard avec Lù qui partageait sa roulotte et les deux jeunes femmes s’étaient mises à rire sous cape. Elles avaient ajouté :

– Il vaut mieux qu’on vous montre.

Belle avait davantage la carrure d’une charretière que d’une princesse, mais il se dégageait d’elle quelque chose d’agréable. Une sorte d’assurance tranquille qui lui donnait aussitôt l’air d’une personne de confiance.

Elle se leva calmement pour aller chercher son matériel : tour à bois, ciseau, tronçonneuse, colle cléopatre, bloc de santal, altimètre, sels de bain.

Les pédales firent tourbillonner le tour à bois et à l’aide du ciseau de métal, elle se mit à tailler.

– Est-ce que c’est une banane ? demanda Mme Stache.

Il fut bientôt évident que l’objet était long, fuselé et turgescent ; d’un commun accord, on éloigna les enfants.

Progressivement, un petit groupe exclusivement féminin se serra autour de sa roulotte et les commandes commencèrent à pleuvoir.

– Non, mais qu’est-ce qu’elles font ? On n’y voit rien !

Mémé, assise en face d’Albertin De Globine, renifla :

– Et il ne manquerait plus que ça. Filez de là ! Ouste !

Les trois jumelles De Globine reculèrent sous la menace, juste le temps que l’attention de la sorcière retourne au banquet. Elles étaient en train de se faufiler entre les jambes de la mère de Holly quand leur père les rattrapa par le fond de leurs pantalons.

– Ola, les filles ! On dirait bien que cet endroit n’est plus adapté à vos jeunes oreilles et encore moins à vos jeunes yeux.

Abigaïl était restée à table, l’air dégouté ; elle observait à la dérobée sa mère qui avait le malheur d’être autant enthousiaste que les autres.

– Pourquoi est-ce que les adultes sont tous aussi dégueu ? marmonna-t-elle à son père qui venait de s’asseoir à sa droite.

Compatissant, Albertin lui tapota l’épaule tout en surveillant les triplettes ; Jaspe, Emira et Momo essayaient à tour de rôle de tirer les queues visqueuses des selkies sans se prendre un coup de sabot.

Mémé répondit en allumant sa pipe, du geste de l’habituée.

– Eh bien, il faudra attendre d’en être un pour résoudre ce mystère. Moi, ce qui m’intrigue le plus, c’est le pourquoi de cet altimètre.

On répèterait longtemps dans le village qu’elle avait été la première à sortir sa bourse, mais le scandale ne serait rien vis-à-vis de ce qu’on dirait de Mme Stache, qui n’avait pas commandé moins de quatre de ces curieux objets… et elle n’avait pas l’excuse d’être une sorcière !

C’est à ce moment que Mimosa les rejoignit. Il s’installa à côté de Mémé, se servit une portion tout à fait déraisonnable d’à peu près tout et serra la main d’Albertin :

– Bonjour, je suis Mimosa Oeuf, mage local. Incroyable votre tourte ! J’en mangerais au petit déjeuner, au déjeuner et au gouter si je le pouvais. Au fait, personne n’a vu Mona Stère ? Elle m’a dit tout à l’heure qu’elle passerait.

Mémé haussa les épaules. La religion faisait souvent mauvaise fortune avec la sorcellerie : elle évitait Mona si elle le pouvait. Quelle chance d’avoir Holly pour lui servir de coursier !

– Personne. Tant pis. Soit dit en passant, c’est bien vous qui venez de la Crypte aux mésanges ?

Albertin acquiesça. Mémé détailla son visage lunaire. C’était sans doute de lui qu’Alistair tenait son air un peu niais. Mimosa enchaina, la bouche pleine de madeleines et de bulots :

– Ch’est un chacré voyage que vous faites avec autant d’enfants. Mais je chuppose que vous chavez l’habitude.

Albertin jeta un coup d’œil furtif pour vérifier qu’Abigaïl n’écoutait pas ; elle continuait de fusiller sa mère du regard, de loin. Il eut un sourire un peu triste avant de secouer la tête :

– Non, en réalité, c’est une première. Ça a été le sujet de beaucoup de discussions compliquées entre ma femme et moi. Nous allons à la Foire à chaque nouveau cycle, tous les deux. C’est la première fois que les enfants nous accompagnent.

Mémé lui lança un regard appuyé et ses cheveux blancs foncèrent imperceptiblement tandis que deux longs filets de fumée lui sortaient des narines :

– Ce n’est pas vraiment une place pour des petits.

Mimosa acquiesça :

– Pour leurs quinze ans, j’y ai emmené Mila et Holly pour les examens de sorcellerie de Mila. J’ai eu tort, ils étaient trop jeunes.

Mémé fit un mouvement de tête léger en direction de la sculptrice débordée et eut un sourire :

– La Foire est plutôt le genre d’endroit où notre amie Belle trouvera son public, si vous voyez ce que je veux dire.

– Je suis d’accord avec vous, répondit Mr De Globine. Mais parfois, nous ne sommes confrontés qu’à de mauvais choix. Nous ne désirions pas les emmener, mais nous ne pouvions pas les laisser non plus.

– Se pourrait-il que vous fassiez allusion aux attaques de vampires, Mr De Globine ?

Le visage d’Albertin se ferma. Il réajusta soigneusement sa cravate pour occuper ses mains.

– Vous devez comprendre... C'est un sujet extrêmement difficile pour nous. Nous venons de la Crypte. Nous connaissons énormément de vampires. Beaucoup sont de fidèles clients et d’autres sont des amis. Chaque année, l’une d’entre eux gardait nos enfants pendant notre périple. Et nous l’aimons et lui faisons confiance. Mais ce qui se passe… Personne ne sait s’il s’agit d’un complot, d’une démence, d’une maladie… et si les gens à qui nous confierions nos enfants ne vont pas subitement devenir fous. Pour couronner le tout, depuis cette histoire, notre façon de voyager aussi a été chamboulée. Nous ne pouvons aller nulle part sans qu’on nous soupçonne d’être nous-mêmes des bombes sur le point d’exploser. C’est extrêmement pénible.

Mémé s’étouffa avec la fumée de sa pipe et se resservit de la tourte pour faire illusion, alors qu’elle avait déjà fini son dessert.

Nature, Mimosa demanda :

– Alors vous n’êtes pas des vampires ?

La sorcière lui donna un coup de pied sous la table.

Leur interlocuteur hésita :

– Non. Nous n’en sommes pas.

Son temps de réponse décalé avait été remarqué.

– Peut-être êtes-vous autre chose ? dit Mémé. Il n’y a pas que des vampires à la Crypte. Il y a des spectres, des nécromanciens, des loups-garous…

Albertin tourna vers elle son visage aimable :

– C’est exact, Madame. Il existe beaucoup de choses dans ce monde et statistiquement, il est possible que ma famille et moi appartenions à un groupe non humain. Cependant, je suis ici, à partager ma tourte et à manger en face de deux magiciens, catégorie sociale dont les pouvoirs et la dangerosité ne sont plus à prouver. Mais je ne vous soumets pas à un interrogatoire.

Mémé et lui se défièrent du regard. Cette dernière finit par s’esclaffer :

– Bien, bien… Vous avez du cran, De Globine. Je vous aime bien.

Tout en tapotant le reste de tabac qui trainait dans sa pipe au-dessus d’un cendrier, elle ajouta :

– J’ai eu la chance de rencontrer votre fils, tout à l’heure. Un bon garçon, vraiment. Un peu obséquieux, mais que voulez-vous… Ce n’est pas le pire défaut qu’on puisse trouver chez un homme.

*

En vérité, la créature ne bondit pas sur Holly.

Elle rampa au plafond, incroyablement vite, et se laissa tomber sur sa tête en déployant des ailes noires translucides.

Et Holly ne fit pas que hurler.

Il poussa une stridulation suraigüe dont il aurait honte plus tard, ce qui le conduirait à rechercher activement l’identité de la bête, de peur qu’elle ne révèle cet épisode au village.

Sur le moment, il n’eut pas l’occasion de s’interroger davantage ; il se jeta au sol, faisant chuter les petits napperons et la collection de trolls en céramique de Mona, bousculant une console sur laquelle reposait deux tasses et une cafetière fumante.

– À l’assassin ! cria cette dernière avant d’éclater par terre en un millier de morceaux.      .

– Nooon ! Martine ! glapirent les deux tasses qui avaient eu la chance de rebondir sur le tapis et de sauver, sinon leurs anses, au moins leur porcelaine.

L’odeur du café répandu envahit le nez de Holly.

L’animal monstrueux était juste derrière lui ; ses griffes s’enfoncèrent dans le tissu de son pantalon, éraflant sa jambe au travers. Le jeune homme s’en dépêtra en tentant de lui donner un coup de pied dans la figure, mais la créature sauta en arrière, pour se placer hors de portée.

Debout, elle était plus petite que ce qu’avait imaginé Holly. Pas plus d’un mètre vingt de poils tout doux, engoncés dans une redingote bien coupée, le visage mis en valeur par une fraise empesée, les yeux d’ambre, le groin délicat en forme d’orchidée.

Un observateur instruit aurait pu nommer le monstre Desmodus Rotundus, en précisant d’un ton surexcité que la taille de ce spécimen était incroyablement supérieure à la norme. Holly, lui, aurait juste dit que c’était une grosse chauve-souris, mais il n’eut pas le loisir de s’interroger à ce sujet, car la créature était de nouveau sur lui, ses crocs minuscules à deux doigts de lui arracher la carotide. Il abattit son poing dans l’œil de son assaillant qui éructa un cri qui n’était ni humain ni animal.

Pas de doute, cette énorme peluche était un vampire.

La bête poussa une longue litanie sifflante qui avait sans doute du sens dans sa langue, mais qui pour Holly ressemblait surtout à une série de menaces mortelles.

Des griffes s’enfoncèrent dans son dos tandis qu’il roulait sur le ventre pour s’enfuir. Le jeune homme laissa échapper un cri perçant ; des larmes plein les cils, il plongea rageusement son index dans le sang frais qui maculait le sol. D’un mouvement fluide, il dessina une flamme sur le parquet et aussitôt, trois napperons s’enflammèrent. Il en saisit un par un coin et le projeta sur le changeforme qui glapit, le lâcha et recula.

Il était incroyable qu’un animal si mignon puisse être aussi létal.

Sa fourrure avait roussi là où le napperon l’avait touché et il l’écrasa pour l’éteindre tandis que Holly faisait un autre dessin sanglant sur les lattes de bois. Cette fois, un couteau bondit du tiroir de la cuisine pour se précipiter dans sa main. Le jeune homme sauta sur ses pieds et tendit l’arme en direction du vampire qui poussa de nouveau son cri étrange, à mi-chemin entre le feulement et le chant de baleine.

– Si tu m’approches, je te découpe ! gronda le sorcier.

La chauve-souris eut une hésitation et Holly en profita pour tracer un nouveau symbole sur le mur. Aussitôt, la lampe sur pied de Mona se mit à clignoter devant la fenêtre.

– Clic-Clic-Clic-Cliiiiiiiiiiiiic-Clic-Clic-Clic-Cliiiiiiiiiiiiic !

Malheureusement, le seul être à la ronde à percevoir son SOS fut l’abat-jour à fleurs de Blini, de l’autre côté de la rue, qui se mit à clignoter également. Par un terrible coup du sort, aucun habitant doté de parole ne le remarqua, car tout Génoise-en-Givray était dans la grange, occupé à acheter des pénis en bois.

L’instant d’hésitation était passé ; la créature se ramassa sur elle-même pour attaquer à nouveau.

Comme au ralenti, Holly vit la détente de ses jambes, ses ailes translucides se déployer au-dessus de lui et la gueule s’ouvrir sur les petites dents de lait. Il brandit le couteau. La pointe des canines s’enfoncèrent dans la peau de son cou, à la recherche du sang qui battait dans sa carotide et celle de la lame déchira la membrane de l’aile du vampire, juste en dessous de l’articulation du bras.

Ils poussèrent tous les deux un grand cri et la créature s’arracha à sa gorge pour se replier. Ses gros yeux orange étaient hagards. Il siffla une longue supplique de souffrance avant de se ruer vers la porte.

En quelques secondes, il avait disparu.

Holly pressa sa main contre son cou dont le sang s’échappait par flot. Il n’essaya pas de poursuivre son adversaire. Il tituba pour se remettre debout et se précipita dans le couloir.

Mona était allongée par terre, dans une flaque couleur cochenille. Ses yeux verts avaient perdu leur éclat. Holly se jeta à genoux à ses côtés.

– Non, non, non ! Sois vivante, sois vivante, s’il te plait !

Il chercha son pouls, puis vit qu’elle respirait faiblement avant de trouver celui-ci. Elle vivait, mais pour combien de temps encore ?

Les vêtements de Holly commençaient à être complètement imbibés de leur sang à tous deux. Il trempa son doigt dedans et se mit à dessiner des sortilèges sur le carrelage.

Ralentissement des blessures. Cure de vitamine. Effluve d’espoir.

Mais ça ne suffisait pas, ça ne pouvait pas suffire à les sauver !

– Merde !

Il n’était pas guérisseur !

La tête lui tournait.

Mona avait besoin d’aide. Il avait besoin d’aide !

Il essaya de se lever. La première fois, il ne se passa rien, car son corps refusa d’obéir ; la deuxième fois, il glissa dans la flaque et s’étala de tout son long en se tapant le crâne contre le sol froid.

Le couloir à rayures vert forêt devint flou… Holly plissa les yeux pour se concentrer. Sur le mur était accroché un tableau classique, représentant les saints dés — le dé 4, le dé 6, le dé 10, le dé 20, le dé 100 —, dans un cercle de lumière venu des cieux, autant de dés qui symboliquement n’en formait qu’un, à la fois unique et pluriel. Holly, qui n’était pas très régulier à l’église, eut un rictus.

– J’ai besoin d’aide, pensa-t-il. Si je n’ai pas d’aide, je vais mourir comme un gland, sous cette peinture affreuse…

Il ferma les yeux et ses doigts dessinèrent un dernier pentacle. Celui-là, il le connaissait par cœur, il le traçait du bout des doigts, même sans le voir. Le cercle, l’œil, l’oiseau. Elle l’entendrait, où qu’elle soit…

– S’il te plait, j’ai besoin de toi…

Robin.

*

Ce ne fut d’abord qu’un léger sifflement entre les aiguilles des pins, mais cela suffit pour que Robin interrompe son histoire et le rythme de ses patins.

– Il y a un problème ? demanda Alistair, qui la suivait tant bien que mal tandis qu’elle lui relatait l’aventure malheureuse qui avait mis fin à la vie de la boulangère du village.

Elle leva une main pour qu’il se taise, le visage figé et cette fois, le long trille retentit distinctement parmi les arbres. Un rouge-gorge jaillit de la forêt et fonça droit sur elle.

– C’est Holly, murmura la jeune fille.

Et sans donner d’explication supplémentaire, elle s’élança en direction de la rive, ses chaussures dessinant de violents v de glace sur le lac.

Alistair moulina des bras un instant pour retrouver son équilibre avant de suivre son exemple. Il dérapa en atteignant la neige, tandis que Robin était déjà en train d’échanger ses patins contre ses bottines habituelles.

– C’est grave ?

– C’est un appel à l’aide. Et… bizarre…

Le rouge-gorge était perché sur sa tête et continuait son pépiement agacé. Alistair se demanda s’il s’agissait du même oiseau qu’il avait déjà vu sur le même perchoir. Elle fronça les sourcils.

– Que fait-il chez Mona ?

– Mémé lui a dit d’y apporter une potion.

– Mais oui, c’est ça ! Tu as raison.

L'oiseau lui donna un coup de bec sur le crâne ; Robin l’écarta d’un geste de la main, tout en grimaçant sous la douleur.

– J’ai compris que c’était important !

Elle se leva et se mit à courir tandis qu’Alistair attachait encore ses lacets ; elle n’avait pas touché aux siens et ceux-ci lui battaient les jambes à chaque foulée.

Le jeune homme se lança à sa poursuite et la rejoignit.

– Attends !

Il l’attrapa par le bras, la stoppa et s’accroupit rapidement pour faire un nœud incohérent, mais serré autour de chacune de ses chevilles.

– Tu iras plus vite et ça t’évitera de te casser la margoulette.

– Tu as raison, merci.

Les bois les happèrent tandis qu’ils dévalaient la montagne. Pour Alistair, tous les arbres se ressemblaient, mais Robin avait l’air de savoir ce qu’elle faisait. Ce qui était sûr c’est qu’ils descendaient à toute vitesse ; la pente devenait de plus en plus raide et le jeune homme dérapait alors que la neige s’engouffrait dans ses chaussures de ville.

Par mégarde, il éclaboussa de poudreuse un couple de tétralyres qui arrosaient leur pacs en buvant du champagne. Il aurait voulu s’excuser, mais en se tournant vers eux, il glissa davantage et arracha la nappe de pique-nique sur laquelle reposaient les bâtonnets de vers surgelés et les toasts aux limaçons.

C’était perdu d’avance. Il se résigna à continuer sa route sous leurs regards choqués déçus.

Robin était déjà loin devant. Perplexe, il réalisa qu’avec tous les efforts du monde, il n’arrivait pas à la rattraper alors que lui-même ne se débrouillait pas trop mal en course à pied. C’était peut-être l’habitude de la neige, c’était peut-être les deux heures de patins crispés qu’il avait dans les pattes, c’était peut-être aussi qu’elle était plus douée, et il fallait faire avec.

Il n’eut pas le temps de se torturer davantage sur ce sujet futile : le village apparaissait entre les branches hérissées de stalactites. Il suivit des yeux la cape rouge qui se dirigea sans hésitation vers une petite maison à la porte ouverte, engoncée derrière l’église.

Il lui fallut une vingtaine de secondes pour la rejoindre à l’intérieur où il s’arrêta brutalement dans le salon.

D’abord, il y eut l’effluve du café, puis celle, violente, du sang chaud qui lui envahit le nez avant qu’il ne le voit et immédiatement la tête se mit à lui tourner.

– Par le dé unique, souffla-t-il en s’appuyant d’une main sur un fauteuil de velours parme.

Il n’avait pas vraiment pris cette histoire d’appel au secours au sérieux. Stupidement, il avait pensé que Holly avait trouvé un nouveau moyen de les enquiquiner. Le cœur au bord des lèvres, il marcha jusqu’au couloir d’où provenait l’odeur.

Robin était agenouillée près de deux corps, dont un qu’il identifia comme celui de Holly. La jeune fille était en train d’utiliser sa magie, cela se voyait et se sentait dans l’air, électrique, qui lui hérissait les cheveux et les sourcils.

La large flaque de sang sombre qui s’étalait sur le sol dessinait une longue spirale, comme de l’eau qui fuit dans une bonde, sauf que le flux remontait sur la peau de Holly, pour retourner dans la blessure qui lui déchirait la gorge.

Alistair entendit ses genoux jouer des castagnettes. Il allait tomber dans les pommes. Il balbutia :

– Qu’est-ce que je peux faire ? Vite, une bassine, de l’eau chaude, du gros fil et des ciseaux…

– C’est pas un accouchement ! répliqua Robin tandis que le rouge-gorge sur sa tête hérissait ses plumes.

Holly eut soudain un sursaut, un râle, et sa main s’accrocha violemment à la cape de laine rouge de la sorcière.

Alistair se força à regarder ses plaies, avant de fixer celles de la femme. Sans doute Mona, comprit-il. Ses pupilles se dilatèrent.

– Robin, c’est l’œuvre d’un vampire.

– Bravo détective, répondit-elle sèchement.

– Un vampire ne laisse pas le sang d’une proie. Il le boit.

– Mona n’en a presque plus.

– Mais Holly si, et il n’a visiblement pas gagné ce combat.

Robin se tourna vers lui et le dévisagea comme si c’était la première fois qu’elle prenait véritablement conscience de sa présence depuis leur entrée dans la maisonnette.

Le garçon tremblotant avait disparu. Alistair s’était redressé avant de ramasser le long couteau pointu et souillé de sang qui trainait par terre. Il le tendit devant lui dans un geste beaucoup trop assuré.

– Il faut fouiller la maison et appeler de l’aide. Il est peut-être encore là.

Tout en poursuivant son sort, Robin continuait de l’observer d’un regard perplexe. Qui était-il celui-là ?

Alistair s’éloigna et fit le tour des pièces. Du coin de l’œil, elle le vit soulever des tapis pour vérifier qu’aucune cave ne se cachait en dessous. Il revint s’agenouiller auprès d’elle.

– Il n’y a personne d’autre. Le vampire est parti. Tu vas pouvoir les sauver ?

Robin secoua la tête :

– Holly est hors de danger, mais Mona… Je ne peux pas manipuler du sang qui n’est pas là. Je ne sais même pas si elle est encore en vie.

Alistair lui prit le pouls :

– C’est tout juste. Je vais aller chercher de l’aide.

– Trouve Mémé. Elle est allée à la fête dans la grange.

– Fais attention à toi, le vampire pourrait revenir pour terminer son travail.

– S’il est gavé de sang, je le sentirai venir. Tu n’en auras que pour une minute ou deux.

Holly ouvrit des yeux pâteux. Il balbutia :

– L’est blessée… S’est enfui…

Alistair acquiesça et déposa le couteau sur le sol :

– Compris ! Je vous retrouve le plus vite possible. Je vous laisse ça là, au cas où.

– Entendu.

Robin cligna des yeux ; elle utilisait trop de magie et la tête se mit à lui tourner. Quand elle les rouvrit, Alistair avait disparu.

À ses côtés, Holly reprenait de plus en plus ses esprits. Il tenta de s’asseoir et elle l’aida à se redresser. D’une main, elle essayait de fermer la plaie cruentée qui ornait son cou et de l’autre, elle réorientait ce qui restait en direction de Mona. Instinctivement, le sang de chacun retournait vers leur propriétaire et ne se mélangeait pas.

Robin hésita à transfuser Mona, mais elle ignorait quel était son groupe sanguin… et si elle se trompait, elle pourrait l’achever plus que de l’aider. Le genre de chose dont la magie de Mémé se ficherait, pensa-t-elle avec espoir.

Il fallait qu’elle tienne, jusqu’à l’arrivée de sa grand-mère !

Elle plaça la tête de Mona sur ses genoux et se concentra sur le fonctionnement du cœur, sur la pauvre quantité de sang qui circulait dans ses veines, sur l’irrigation du cerveau…

Appuyé contre le mur, Holly respirait faiblement en la regardant.

– Je savais que tu viendrais, murmura-t-il.

C’est à ce moment-là que la porte s’ouvrit en claquant et que la silhouette minuscule de Mémé accourut vers eux, Alistair sur ses talons.

– Tout va bien, je prends les choses en main !

Elle se précipita sur Mona et lui enroula un fil de laine autour des doigts avant de se mettre à chantonner en ajoutant de nouveaux nœuds.

Robin continua d’aider la prêtresse à s’oxygéner.

– Tu vas pouvoir la sauver ?

– C’est une question de minute, mais il y aura un prix à payer.

– Comment peut-on vous aider ? demanda Alistair.

– Sors Holly de là, souffla la vieille dame entre deux sortilèges. Robin, mon petit, je vais avoir besoin de sang.

La jeune fille lui présenta son poignet sans hésiter, mais Mémé secoua la tête tristement.

– Non, pas celui-là, amour.

La sorcière avança son bras en direction du rouge-gorge qui se figeât ; elle eut une seconde d’hésitation avant de le cueillir entre  ses doigts ridés. Le visage de Robin était un masque blanc. L’oiseau pépia. Holly la scruta, sa chère Robin, avec sa carapace de pierre et sa volonté inébranlable.

Pendant une seconde, ses yeux de neige ressemblèrent à des glaçons qui fondent au soleil.

Les mains d’Alistair se crispèrent sur les épaules de Holly qu’il aidait à se relever. C’était quoi le lien de Robin avec cet oiseau au juste ?

– Je suis désolée, dit encore Mémé. Tu devrais sortir, je peux me débrouiller sans toi.

Robin ne répondit pas tout de suite, mais il n’y avait plus de traces de larmes dans son regard. Elle ramassa sur le sol le couteau qu’Alistair avait abandonné et le tendit à sa grand-mère.

— Je reste.

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EryBlack
Posté le 01/02/2023
Hyper prenant ce chapitre !! J'ai adoré l'enchaînement de l'action, voir la magie de Holly qui est super stylée, voir aussi ses limites et que Robin passe à l'action ! Par rapport à la temporalité, je me suis demandé si ton intention de montrer une urgence pour la vie de Mona Stère n'était pas un peu altérée par le temps nécessaire à Robin pour rejoindre Holly. Peut-être que si elle était déjà sur la route du retour avec Alistair, tout irait un peu plus vite ? Je ne dis pas que c'est nécessaire, juste que Holly avait déjà l'impression que Mona était très très limite, et ensuite Mémé dit qu'elle est "tout juste" en vie, donc... très très très limite ? Je soumets donc ça à ta sagacité ! (Après ce serait dommage de perdre ce doux détail d'Alistair qui fait les lacets de Robin. Ce garçon est le parfait baby-sitter, c'est vraiment trop mim's.)
Concernant la scène du début, j'avais déjà beaucoup ri quand on voyait le personnage de Belle sculpter "peut-être une banane" dixit Alistair dans un chapitre précédent x) J'aime donc bien aussi cette scène qui explicite le truc sans tourner en vulgaire quoi que ce soit. Là encore je me pose une question par rapport à ton intention, mais c'est pas un truc que je pense qu'il *faut* changer, juste une interrogation que j'ai. Dans ta réponse à Nanouchka, je lis le projet très clair de parler de sexualité, notamment féminine, notamment des femmes mûres/âgées ; en soi je sais déjà que c'est un truc qui te tient à cœur et évidemment je trouve ça super cool. Toutefois, je me demande si ici le fait qu'acheter des sextoys soit vu comme rigolo/scandaleux/répréhensible par divers personnages participe bien à affirmer ton propos. En fait je n'arrive pas à déterminer si le but c'est que dans cet univers, ce soit plus normalisé que dans le nôtre, ou si le but c'est que ce soit tout aussi "marginal" que dans notre univers mais que justement ça arrive, que ça plaise ou non. J'avais un peu le même genre d'interrogations concernant les stéréotypes de genre (vernis/boxe) dans la scène entre Robin et Alistair. En fait, c'est un peu difficile de savoir ce qui est normal ou non pour les personnages, car l'univers est délicieusement inattendu, mais du coup je ressens comme un besoin de pouvoir me positionner sur tout ça, à travers les personnages, et pour le moment je ne suis pas tout à fait au clair. Soit ça peut être retravaillé, soit cette espèce d'inconfort peut être un effet intéressant à produire, à voir comment ça évolue dans la suite et tout ça :)
Petit moment d'incertitude au début à propos de la famille d'Alistair : je croyais qu'il avait trois sœurs triplettes et qu'Abigaïl en faisait partie, donc j'ai un peu buggé, mais ça ce n'est pas très grave. Petit bug aussi sur les déplacements d'Albertin : assis en face de Mémé mais juste après il rattrape ses filles (toujours assis ou pas ?) et ensuite il est re-assis ? Rien d'essentiel là encore, mais c'est un peu dans la lignée de ce dont je te parlais précédemment, le côté très rapide de certains enchaînements qui parfois m'amène un peu de confusion. Très chouette conversation avec Mémé et Mimosa en tout cas :)) J'aime vraiment beaucoup ces deux persos de mages. En fait chaque personnage qui intervient je me dis "han lui/elle iel est vraiment cool". Je ressens toutefois beaucoup de curiosité et de sympathie pour Mimosa la morule.
Enfin, sur la scène finale, pour faire écho au commentaire de Nothe, mon interprétation c'est que Robin a une sorte d'affinité (magique maybe ?) avec les rouge-gorges et que donc, en sacrifier un la rend très triste, mais Mémé en a besoin pour sa magie (comme avec le papillon dans le chapitre où elle fait le rituel dans sa chambre). J'aime bien ce côté prix à payer. Après, si on attend encore un chapitre (ou plus) pour en savoir davantage sur ce lien Robin-rouge-gorge, moi ça me pose pas de souci.
Et yeees il me reste un chapiiiiitre !
Nothe
Posté le 25/11/2022
Coucou ! Je fais ma dernière action de la journée en te laissant un commentaire avant d'aller dodo ! J'ai lu le chapitre à sa sortie (je guettais, eheh) mais je n'avais pas trouvé le temps d'écrire, désolé ! Je me rattrape maintenant.

J'avais déjà lu une grosse partie du chapitre du coup, et mes propos restent grossièrement les mêmes.

J'ai aussi lu les autres commentaires, et je pense être un peu en désaccord ahah ! Mais en fait, ça dépend de l'intention que tu as avec le ton de l'histoire. Personnellement, j'aime beaucoup ce malaise ambiant que les personnages adolescents balayent plus ou moins du revers de la main en se concentrant sur leurs petites histoires, jusqu'à ce que ça vienne les heurter en plein visage (ça marche bien avec le thème du passage à l'âge adulte).

Du coup pour moi, ce chapitre, c'est le bon moment pour solidifier les thèmes plus sérieux de l'histoire. Plus tôt, ça aurait moins cet effet un peu glaçant de réalisation "ah oui, ces petits trucs dont les personnages parlaient dans le fond n'étaient pas là que pour décorer", et plus tard ça risquerait d'être trop tard. Tu pourrais peut-être insister sur ces éléments quand ils sont évoqués plus tôt, mais pour moi, effectuer le basculement plus tôt lui donnerait moins d'impact ? Enfin !! Faut voir ce que les autres en disent !!

J'ai beaucoup aimé la conversation avec Albertin - on voit d'où Alistair tient son courage, j'ai beaucoup aimé la manière courtoise mais ferme dont il rabat le caquet de Mémé :D Et son explication pour le voyage a beaucoup de sens. J'aime bien le fait qu'Alistair l'ait décrit dans les premiers chapitres comme une super aubaine, alors que pour ses parents c'est un choix de dépit, ça a un ton plus mature que j'aime bien. Toujours ce thème de "comment gérer les gens qu'on aime et qui dépendent de nous" et tout, c'est cool.

Et du coup, la scène d'attaque je la trouve toujours très chouette ! Je pense que le seul truc que je n'ai pas trop compris, c'est la fin. J'avais déjà un doute quand tu me l'avais lue, mais en gros l'idée c'est que Robin va devoir utiliser le sang d'un autre être qui va mourir (ce qui va dans le sens de "ohhh les sorcières rouges ça fait peur" alors qu'elle a passé les derniers chapitres à essayer de dire à Alistair qu'elle n'était pas si dangereuse ?)

Au delà du fait qu'elle va donner la mort (ce qui effectivement est pas cool), j'ai l'impression de ne pas très bien comprendre pourquoi ça déclenche chez elle tant d'émotion. Peut-être que ça fait référence à un fait passé ou quelque chose qu'on est pas encore censés comprendre, mais sinon, j'ai l'impression qu'il me manque une ou deux lignes pour être certain d'avoir bien compris l'intention, et du coup le personnage de Robin (parce que pour l'instant elle ne s'est pas montrée aussi vulnérable !)

AH et je crois pas l'avoir dit la première fois, mais j'avais beaucoup aimé le fait qu'Alistair se dise qu'Holly les avait appelés juste par jalousie ! Ca c'est un détail qui fait très vrai, je pense que dans son cas je me serais absolument dit la même chose. C'est mesquin de penser ça, mais c'est complètement plausible et ça sonne très juste. J'aime bien ce que ça donne à Alistair ^^

Bref !! Ca sent un peu le moment liant pour ces trois-là... J'ai vraiment hâte de lire la suite et de voir s'ils/quand ils vont commencer à parler et devenir un vrai groupe ! Y'a pas à dire, les trios douteux, quand tu les écris, ils marchent toujours bien :'')

Des bisous !!
Nothe
Posté le 25/11/2022
(Ouh là, je viens de me relire et je m'excuse des répétitions à outrance, quatre "j'aime beaucoup" et trois "j'aime bien", dont deux dans la même phrase... Peut-être qu'il va falloir que je m'achète Antidote moi aussi x))
Neila
Posté le 23/11/2022
"– À l’assassin ! cria cette dernière avant d’éclater par terre en un millier de morceaux.
– Nooon ! Martine ! glapirent les deux tasses"
PTDR
Lou, faut que t'arrêtes les champignons.
Celle là aussi m'a tuée :
"Par un terrible coup du sort, aucun habitant doté de parole ne le remarqua, car tout Génoise-en-Givray était dans la grange, occupé à acheter des pénis en bois."
Si un jour il y a une nouvelle édition d'agenda PA, il faut absolument caser cette citation.

Ca commence à saigner, en tout cas ! La façon dont tu décrits la chauve-souris vampire, ça la rend presque mignonne la bestiole. Est-ce que Holly et Mona Stère vont se transformer en vampires ? :p
En tout cas, c'était sympa de tous les voir un peu à l'œuvre. Holly s'est bien défendu avec sa magie et, pour le coup, les pouvoirs de Robin étaient vraiment les bienvenus ! Et puis il y a Alistair... qui semble bien s'y connaitre en matière de vampire. Bon, ça paraît logique pour quelqu'un qui vient d'une case où il y en a plein. Mais mais, entre ça et l'hésitation du père De Globine, je peux pas m'empêcher de me dire que, même s'ils ne sont pas des vampires, ils ne sont peut-être pas tout à fait normaux. è.é Après, pour être franchement honnête, y a rien de normal dans cet univers. xD

Est-ce que Mémé a saigné le rouge-gorge ? :'(

Très très bon chapitre en tout cas.
Nanouchka
Posté le 22/11/2022
J'ai été surprise par ce chapitre, j'ai eu le sentiment qu'il y avait un changement de registre, de public, presque de projet du coup. La blague sexuelle explicite place clairement le texte du côté adulte, et puis le "choqués déçus" dans la modernité la plus contemporaine. Je l'ai ressenti plus comme une comédie absurde brutale et incarnée et moins comme une pile de crêpes beurre-sucre. Ça sort un peu de mes kiffs personnels de lecture, par conséquent, mais c'est toujours aussi bien écrit et mené, avec des personnages cohérents, le lore qui s'étend et se précise, le rythme soutenu.
GueuleDeLoup
Posté le 23/11/2022
Coucou Nanoushka.

Je suis un peu surprise que tu vois un si grand changement dans ce chapitre. Il y avait déjà de forts sous-entendus sexuels dans au moins deux chapitres précédents. Les héros sont presque adultes et j’avais déjà évoqués des morts.
En vrai, en lisant beaucoup de commentaires, j’ai eu l’impression qu’il y avait une erreur de regard sur ce texte. Ce n’est pas une histoire jeunesse-jeunesse. Ce n’est pas un roman adulte non plus. Je vise du 15-16 ans. C’est un univers merveilleux, mais il y aura potentiellement des sujets sérieux, de la romance, des morts et aussi de la sexualité (un des sujets sérieux traitant directement de sexualité d’ailleurs). Dans notre monde, où la plupart des enfants sont confronté à la pornographie très jeune (la moyenne d’âge pour un premier porno se situe autour de 10 ans), je trouve ça bizarre de ne pas mettre plus de sexe dans la fiction, sans qu’on tourne à l’explicite brute. En vérité, beaucoup de femmes (d’adolescente) se masturbent. Ca me parait normal de l’évoquer comme quelque chose de tout à fait normal, même dans les livres jeunesses, parce que c’est tabou dans beaucoup de familles.
Dans ce cas précis, ce sont plutôt des femmes adultes qui le vivent et je trouve que c’est aussi quelque chose de très fort dans notre société de séparer les mères (encore plus les grand-mères) de la sexualité. Oui on rentre dans mes sujets sérieux XD.
En vrai, je pense que cette histoire va quand même rester très beurre-sucre. Là on était au paroxysme de l’action de ma partie 1.

Merci beaucoup pour ta lecture et tes commentaires ! J’espère que tu apprécieras quand même la suite.

PS : Le choqué déçu ne va sans doute pas rester, mais on l’utilise beaucoup avec les plumes grenobloises donc c’était presque une private joke. Ce ne serait pas pas très sérieux dans un projet à envoyer à un éditeur.
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