Chapitre 5 : Louis - Le pervers narcissique est un terme à la mode

Notes de l’auteur : Voici un chapitre particulièrement difficile à rédiger car il fait appel à des souvenirs très douloureux. J'espère cependant que le message passe.

« I don’t like
Living under your spotlight
Just because you think I might
Find somebody worthy
I don’t like
Living under your spotlight
Maybe if you treat me right
You won’t have to worry »

Spotlight, Jennifer Hudson

 

Fin janvier 2016, j’ai enfin trouvé un appartement à seulement vingt minutes de mon lieu de travail en transports en commun. Un véritable soulagement, même si l’avantage d’avoir 1h30 de trajet matin et soir c’était de pouvoir profiter de ce temps pour lire autant de livres que je voulais. Un soulagement aussi d’avoir mon chez moi dans lequel j’allais bientôt pouvoir m’installer. Cette parenthèse de bonheur s’est refermée lorsque j’ai appris le décès de Papi. Soudainement, Maman n’avait plus de parents, tous deux partis beaucoup trop tôt, d’abord Mamie huit ans auparavant et maintenant Papi. Je ne pouvais m’empêcher de me répéter, « Maman n’a plus de parents, maintenant c’est ça génération et la mienne ».  C’est une prise de conscience très douloureuse, une réalité difficile à accepter, à laquelle on ne veut pas penser, à laquelle on n’est pas préparé ou jamais assez.

Un soir, je reçois un message de Louis sur Facebook venu prendre de mes nouvelles. Je l’avais connu au Jiu Jitsu trois ans auparavant, et peu de temps avant mon départ il m’avait invité à rejoindre son groupe de running suite à une photo de moi que j’avais publié pendant une de mes courses à pied. Quand je l’ai vu pour la première fois au dojo, je n’avais pas eu un bon pressentiment à propos de lui, du moins ce qu’il dégageait ne me donnait pas envie d’être amie avec lui et je ne m’en étais jamais approchée. J’étais même étonnée qu’il m’invite à venir faire du sport avec lui, sa copine et ses amis alors que nous ne nous étions jamais adressé la parole bien qu’étant devenu « amis » sur Facebook.

Dans son message, il me proposait de se voir sur Paris, il y passait une fois par mois pour le travail. J’ai accepté, mais je partais au Bénin où j’allais assister aux funérailles de Papi, donc ce ne serait pas pour tout de suite. Une information sur laquelle il a rebondi : « Tu es du Bénin ? Mon père aussi. » Nous n’avions jamais parlé de nos vies personnelles, je découvrais donc que nous avions des origines communes.

Je suis partie au Bénin pour une semaine. C’était la première fois que j’y retournais en 17 ans. Je ne le savais pas, mais j’avais besoin de ce retour aux sources, de rencontrer cette partie de moi que je ne connais pas en France. J’ai redécouvert ce pays et sa culture avec mes yeux d’adulte et j’ai compris durant ce voyage quelles étaient mes valeurs et surtout que nous ne partagions pas les mêmes avec Herman. J’ai réalisé qu’il ne me méritait pas ou en tout cas, que je méritais mieux. Je méritais un homme qui ait de la considération pour moi et qui me montre qu’il me veut. Je ne devrais pas avoir à lui courir après pour avoir son attention. L’homme qui me mérite devrait comprendre ma valeur et partager également les valeurs qui m’animent : le respect, l’honnêteté, la bienveillance et l’amour. Il devrait faire en sorte que je me sente bien avec lui, libre d’être moi-même, authentique et éveiller le meilleur en moi. Peut-être que l’homme qu’il me fallait devait être de la même origine que moi.

Je suis rentrée en France m’installer directement dans mon appartement. Enfin chez moi ! Un chez moi vide, avec seulement mes vêtements, un matelas par terre et une plaque chauffante posée à même le sol, mais un chez moi quand même. Fini la cohabitation avec ma marraine et son mari qui ouvraient mon courrier en mon absence. Oui, il y a des gens comme ça qui ne doutent de rien.

Au bout de deux semaines, alors que je rentrais un vendredi vers minuit, j’ai entendu chuchoter derrière ma porte. J’étais en train de me démaquiller et je n’y prêtais pas attention, je pensais que c’était des voisins qui parlaient sur le palier. Il m’a fallu quelques minutes avant de réaliser que les chuchotements s’adressaient à moi et se répétaient en boucle : « Je veux te connaître. C’est le voisin du 2ème étage. J’ai envie de te connaître, j’ai envie de faire l’amour avec toi. Viens. »
J’étais totalement ahurie par ce que j’entendais. Je ne savais pas quoi faire, ni quoi dire pour que ça s’arrête. Tout ce que j’ai trouvé à faire, c’est de le menacer d’appeler la police, puis il est parti. Difficile de sortir de chez moi après ça, mais il fallait bien que ma vie continue. J’ai d’abord contacté l’agence dès lundi matin pour signaler cet événement, ils l’ont contacté pour lui dire de ne pas recommencer, puis j’ai partagé cette mésaventure sur Facebook ce qui qui a fait réagir Louis. Il m’a envoyé un message pour comprendre ce qu’il s’était passé et il en a profité pour me proposer un rendez-vous sur Paris.

Nous nous sommes retrouvés dans un bar du XVIIème arrondissement et nous avons dîné dans un restaurant chinois à côté. Il m’a beaucoup parlé de lui. Il avait tendance à beaucoup trop bien dépeindre sa vie et à se présenter sous son meilleur jour. Tout le monde essaie de donner une bonne impression de soi, mais il y a des manières de faire qui sont assez suspectes et deviennent vite barbantes quand vous êtes coincés au restaurant.

Il était dans la cinquantaine. Je ne le croyais pas car il faisait vraiment beaucoup plus jeune. Je lui donnais entre quinze et vingt ans de moins, mais carte d’identité à l’appui nous avions bien lui et moi 23 ans d’écart. Il était grand et avait une carrure assez imposante pour qu’on le prenne pour un boxeur de catégorie poids lourds. Originaire des Antilles, il disait qu’il avait des origines béninoises et autres de par son père et qu’il se considérait comme un homme noir Il n’avait jamais été marié, il n’avait pas d’enfants mais disait en souhaiter. De ce que je me souviens, il n’avait pas connu son père en grandissant. Ce n’était que lui, son frère et sa mère. Comme pour Maman, ses parents étaient partis trop tôt. D’abord sa mère, puis son père après avoir repris contact avec lui.

Après dîner, nous avons fait une balade nocturne en taxi dans Paris, durant laquelle il m’a embrassé pour la première fois. Je n’avais pas l’impression d’avoir des sentiments pour lui, ni d’être attirée physiquement, mais le romantisme de la situation nous avait mené jusque-là. Il m’a déposé chez moi et il est rentré de son côté malgré sa tentative pour rester à mon appartement. Le lendemain, de manière improvisée, j’ai été le retrouver à la sortie du travail pour l’accompagner à la gare Montparnasse. Il a raté son train de quelques minutes. Je l’ai gentiment laissé dormir chez moi. Il ne s’est quasiment rien passé, il a eu une panne. Ce n’était pas grave. Ce sont des choses qui arrivent et je n’en ai rien pensé à vrai dire. Pour lui, c’était une situation embarrassante.

Nous avons entamé une relation suivie. Je me sentais proche de Louis et il semblait être la réponse à ce que j’avais découvert au Bénin. Il semblait me respecter et me protéger. Il n’avait pas hésité à monter voir mon voisin pour le dissuader de revenir me voir. J’avais beaucoup apprécié cette démarche de sa part. Je savais en cet instant que je pouvais compter sur lui pour me protéger, être présent et ne pas hésiter à aller à la confrontation pour me défendre.
Pendant un mois et demi, nous nous sommes vus presque tous les weekends. J’avais un traitement médical pour lequel j’étais suivi dans le sud, et aussi je travaillais sur la refonte du site internet du cabinet de conseil avec un graphiste qui y habitait, ce qui me permettait de revenir souvent et de passer du temps avec Louis.

Ça nous a pris quelques semaines avant de pouvoir pleinement profiter de notre intimité sexuelle. À chaque tentative de rapprochement, soit il avait une panne, soit il éjaculait de manière précoce. Je n’avais jamais connu ça auparavant et d’après ses dires lui non plus. Il était à deux doigts de demander à ses ex de témoigner qu’il n’était pas comme ça d’habitude m’avait-il confié sans plaisanter. Pour moi, il n’y avait pas de quoi en faire un drame, au contraire, à mon sens il valait mieux se détendre et ne pas trop focaliser dessus. Malgré tout, il prenait le temps de s’intéresser à mon plaisir et il veillait à ce que je ne sois pas frustrée. J’étais impressionnée par sa détermination à ne pas me laisser sur ma faim même si pour lui c’était compliqué.

Une relation assez fusionnelle s’est instaurée entre nous. Nous avions des moments de pure tendresse, notamment le matin au réveil quand il me demandait de venir m’installer entre ses jambes, le dos contre son torse, puis nous passions une heure au lit comme ça à discuter de spiritualité. Cette position était systématique, il refusait que je reste de mon côté du lit, il voulait m’avoir tout près, comme si nous étions le prolongement de l’un et de l’autre. Cette sensation de prolongement, de connexion psychique était exacerbée quand il me donnait parfois l’impression de lire dans mes pensées.

J’étais très à l’aise avec lui. Je me montrais spontanée et pleine d’humour. Pour la première fois, je me trouvais dans une relation où je me sentais libre d’être moi-même, de parler de tout et de rien, d’exprimer mes pensées profondes ou de faire des pitreries. Il aimait ma joie de vivre, mais surtout il disait qu’il m’aimait et ça faisait du bien à entendre. Il m’aimait, en revanche, il embrassait très mal. Je m’explique. Je lui avais demandé de faire des efforts dans sa manière de m’embrasser en public. Depuis Martin, je n’aime pas les grande démonstration d’amour ou d’intimité en public. Martin ne supportait pas que je vienne poser ma tête contre lui quand on était dans une file d’attente par exemple, ou que je l’embrasse trop souvent en public. Par conséquent, j’avais appris à me contenir et d’ailleurs j’ai fini par trouver que c’était mieux ainsi. Alors quand Louis me faisait des lavages d’amygdales dans le métro je lui disais stop. Je trouvais ça humiliant de me faire embrasser aussi salement devant du monde et je comprenais les regards réprobateurs des gens autour. Ils n’ont pas besoin d’être spectateurs de nos langues en train de faire l’amour. Moi-même je trouvais ça répugnant en le vivant, alors je n’imagine même pas ce que ça devait être pour ceux à qui on imposait ce manque de pudeur. En plus, ça n’avait rien de sensuel.
Je peux comprendre que ce soit dur à entendre et que ça puisse le blesser dans son amour propre, mais c’était ça ou je ne disais rien et petit à petit j’allais m’éloigner de lui. Il avait donc appris à maîtriser sa langue.

Au fil des semaines, j’ai remarqué qu’il avait tendance à être jaloux. Chose que je ne comprenais pas venant de quelqu’un comme lui qui semblait dégager une certaine assurance. Il était bel homme, élégant, il avait une bonne situation. À mes yeux, il n’avait rien à envier à personne.
Je me trompais sur son compte, il n’était pas si confiant que ça. Si je lui disais que j’avais croisé des athlètes d’un club sportif dans le métro, il me répondait « J’aurais dû être athlète ». Pourtant, je n’étais pas en train d’exprimer une quelconque attirance pour ces hommes, je disais simplement que j’avais eu la surprise de croiser des sportifs dans le métro parce que je ne m’y attendais pas. Pour moi, c’était comme si je lui disais que j’avais vu un éléphant rose, mais pour lui, c’était comme si je pointais du doigt ce qu’il n’était pas. Je n’avais même pas pris le temps de regarder leur tête, j’avais seulement reconnu le logo de leur club sur leurs vêtements et sacs. Si je dois être totalement honnête, je n’aurais pas reconnu ce fameux logo si ces athlètes ne pratiquaient pas le même sport que Herman, mais à cette époque il n’était plus au cœur de mes pensées.

Sa jalousie s’étendait aussi à mes collègues. Il avait eu l’occasion d’en rencontrer certains lors d’une soirée networking organisée par mon entreprise et à laquelle je l’avais convié. Il n’avait pas pu s’empêcher de me demander si un tel m’avait déjà dragué. Ce qui n’était pas le cas, il n’y avait aucune familiarité avec mes collègues. Mes relations avec mes collègues étaient très courtoises et ne dépassaient pas le cadre professionnel. Jamais je n’avais été prendre un verre avec eux après le travail, alors de là à me faire draguer, c’était totalement inconcevable. Même le graphiste avec qui je travaillais quand je venais était un rival potentiel à ses yeux. À écouter Louis, tout homme que je côtoyais à titre personnel ou professionnel était nécessairement attiré par moi et allait tôt ou tard tenter une approche.

Las de devoir m’expliquer et le rassurer en permanence, je lui ai dit qu’il n’avait aucune raison d’être jaloux mais qu’à force ça n’allait pas durer bien longtemps entre nous s’il continuait, et surtout je lui disais de ne pas essayer de me faire croire que c’était une démonstration d’amour.

Je tiens à ce que tu gardes bien ça en tête petite sœur. La jalousie n’est pas une démonstration d’amour. La jalousie, c’est la preuve d’un manque d’estime de soi qui se caractérise par le fait de se comparer aux autres en permanence et d’avoir par conséquent la sensation de ne pas être assez bien. Quand ton partenaire te dit « Je suis jaloux parce que je t’aime », c’est faux, ton partenaire est jaloux parce qu’il ne s’aime pas.

Pour justifier son attitude, il disait que c’était son ex qui était jalouse et qu’elle avait déteint sur lui. Je ne le croyais pas, on ne devient pas jaloux parce qu’on a été avec quelqu’un de jaloux. On quitte une personne jalouse parce que c’est insupportable et on cherche quelqu’un qui est bien dans sa peau. Mais soit. Il me promettait de faire des efforts.

De mon côté, j’essayais de le valoriser autant que je le pouvais. Je ne manquais pas de le remercier pour chaque service qu’il me rendait. Je le complimentais sur son corps incroyablement bien entretenu pour ses 50 ans, je lui disais à quel point j’aimais ses fesses bombées, ce à quoi il me répondait « Et mon pénis, tu l’aimes ? ». J’avais l’impression d’entendre Brigitte Bardot dans Le Mépris demander « Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » J’étais déconcertée par cette question, d’autant plus qu’il me la posait souvent.  Presque envie de lui dire : « Non mais mec, tes chelou », mais je répondais : « Oui bien sûr, mais j’aime davantage tes fesses ». Je n’avais rien contre son pénis, mais il devait probablement penser que son pénis était la clé de mon plaisir, qu’une simple pénétration pouvait me faire jouir, sauf que, ce n’est pas le cas. Il ne suffit pas de pénétrer pour donner un orgasme. En tout cas, moi je ne fonctionne pas comme ça, donc je n’ai aucune raison de vouer une idolâtrie quelconque à son pénis.

J’avais remarqué que lorsque je ne le trouvais pas parfait ou du moins que j’avais un avis qui l’obligeait à se remettre en question, il contrebalançait en me racontant des anecdotes le valorisant. Comme lors de notre premier rendez-vous. Il était le plus intelligent à l’école quand il était petit. Il était le meilleur amant que son ex Louisa (oui ils avaient le même prénom en plus) ait connu et elle parlait tellement de lui à son nouveau compagnon en disant que Louis était l’homme de sa vie, qu’il serait venu lui rayer sa voiture. Je restais toujours très perplexe face à tout ce qu’il me racontait et mon ancienne colocataire qui nous avait invité à dîner avait remarqué que c’était un séducteur. Elle trouvait elle aussi qu’il parlait beaucoup pour se présenter sous son meilleur jour, c’était excessif et ennuyant, parce qu’en plus il monopolisait la conversation, si tant est que c’en était une.

Tu trouves probablement que je le critique beaucoup, n’est-ce pas petite sœur ? Si je lui trouvais tant de défauts, pourquoi je restais avec lui, tu te demandes peut-être ? Ce sont des petits détails que j’avais relevé au fur et à mesure et qui m’agaçaient un peu, mais que j’étais prête à passer outre car malgré tout il semblait répondre à ce que je recherchais chez un homme. Ce côté protecteur et respectueux de la personne que j’étais. Il était aussi disposé à fonder une famille, il n’avait pas peur de parler de mariage et d’enfants. J’avais assez de raisons pour être tolérante et conciliante face à ses imperfections. Aussi, durant cette période de deuil après la perte de Papi, je voulais trouver quelqu’un qui partage les mêmes valeurs que moi, quelqu’un qui me ressemble notamment dans ma double culture. Louis semblait répondre à cette prière, il était arrivé dans un moment de remise en question. Herman ne voulait pas de moi, mais Louis m’aimait.

Entre temps, j’ai été admise à la Summer School d’HEC. J’étais très contente, même si j’avais rencontré Louis et que mon plan pour me rapprocher de Herman n’était plus d’actualité. J’étais fière d’avoir l’opportunité d’aller me former dans cette école. Louis était ravi pour moi. Il avait même invité des amis à lui un soir pour me les présenter et en même temps fêter cette bonne nouvelle. La soirée s’était bien passée, et nous avions prévu de faire une sortie tous ensemble deux semaines plus tard. Une fois seul, Louis m’avait félicité pour mon attitude pendant la soirée, me disant que ces amis et lui auraient trouvés déplaisant que je reste assise et que c’était très bien que j’ai eu le réflexe de participer en me levant souvent pour l’aider. Je trouvais sa remarque vraiment étrange. Je m’étais comportée normalement, et je n’avais rien fait de travers non plus à l’écouter donc pourquoi en parler ? Pourquoi me faire une remarque sur un comportement que je n’ai pas eu ? J’avais l’impression d’échapper à des reproches, et en même temps ça avait tout l’air d’être une mise à l’épreuve.

Le weekend d’après, il m’a aidé à déménager mes dernières affaires restées à mon ancien appartement. J’avais loué un camion et il avait fait appel à l’un de ses amis pour l’aider à charger le gros électroménager. Avant de prendre la route pour de bon, nous avons fait un stop pour acheter des sandwichs. Tout d’un coup, en prenant un virage un grand bruit a retenti à l’arrière. Louis est allé vérifier. C’était mon lave-linge qui avait tapé et il me disait qu’il était défoncé sur un côté. Merde ! C’était le genre de nouvelles dont je n’avais pas besoin. Avec un déménagement, un nouvel appartement à meubler entièrement, je ne pouvais pas me permettre de rajouter l’achat d’un nouveau lave-linge. Cette annonce m’a démoralisé instantanément. Ça m’a préoccupé durant tout le voyage et je n’étais pas d’humeur à parler. Je ruminais. Comment j’allais faire sans lave-linge ? Face à mon silence, Louis me culpabilisait en disant que ce n’était pas comme ça qu’il imaginait faire le trajet, déjà qu’il avait du mal à concevoir qu’il m’aide à m’éloigner de lui.

Oui, il était profondément contrarié par mon déménagement. Je comprends que lorsqu’on est en couple on a plutôt tendance à rechercher la proximité, mais lui et moi commencions à peine notre relation, je n’allais pas quitter mon emploi pour retourner vivre dans le sud simplement parce qu’il était dans ma vie. Ça n’aurait pas été raisonnable. Du coup, souvent il disait qu’il allait me demander en mariage pour m’obliger à revenir près de lui. Et là encore je calmais ses ardeurs car il n’en était pas question, c’était trop tôt.

Quoiqu’il en soit, pendant le trajet Louis a commencé à me prendre la tête parce que je ne parlais pas et pour que j’arrête de ruminer tout ce qu’il a trouvé à dire c’est que s’il n’y avait que ça il me paierait un nouveau lave-linge. C’était si facile à dire. Je n’avais pas non plus envie d’être entretenue par lui. Mais c’était une autre histoire. J’étais incapable de penser à autre chose, l’idée d’avoir à investir dans un nouveau lave-linge me pesait. J’étais submergée par mes problèmes financiers et lui à côté de moi n’arrêtait pas de me harceler pour que je parle. Ce n’était pas la première fois qu’il me harcelait comme ça alors que j’étais en pleine introspection face à un problème.

Par exemple, j’avais eu une altercation avec un de mes chefs qui avait cru qu’il serait approprié de me mettre des petites claques sur les joues parce que j’avais dit une plaisanterie qui l’avait fait rire. Même si son geste n’était pas agressif, il n’avait pas à toucher mon visage de la sorte. J’avais alors haussé le ton pour le remettre à sa place, ce qui m’a valu comme remarque de la part d’un autre associé « Quand une femme s’énerve on a tendance à la prendre pour une hystérique » Formidable. Que veux-tu répondre à ça ? Le lendemain, j’étais très angoissée à l’idée de retourner travailler après un tel incident. Louis était chez moi lorsque ça s’est produit et il m’avait déposé en voiture. J’étais très silencieuse sur tout le chemin, mais il voulait absolument que je parle, que je sorte de mon mutisme alors que je n’en avais pas la force. Ma tête était écrasée, prise dans un étau entre l’appréhension de faire face à mon chef et les paroles accablantes de Louis. Il ne pouvait pas respecter mes silences. Alors je fondais en larmes et lui se donnait le rôle du consolateur alors qu’il m’avait poussé à bout. Tout d’un coup, il était plein d’empathie.

Pour revenir au déménagement, lorsque nous sommes arrivés chez moi, j’ai tout de suite vérifié l’état de la machine à laver. Il s’est avéré qu’elle n’avait rien. Elle avait juste un petit accro sur le rebord, mais rien de grave. Elle n’était pas « défoncée ». J’avais eu plus d’inquiétudes que je n’aurais dû. Je n’avais pas été vérifier avant puisque je lui faisais confiance, je l’avais cru sur parole. Je n’ai pas compris pourquoi il n’a pas cherché à me rassurer en me disant que ce n’était rien, au lieu de me dire qu’elle était défoncée et me laisser m’inquiéter. À croire qu’il préférait me voir être tourmentée plutôt que de me voir en paix et joyeuse.
Mais tu sais petite sœur, c’est seulement aujourd’hui que je comprends son manège. Au fond, je crois qu’il avait besoin de me voir souffrir pour exercer du pouvoir sur moi. C’est par la souffrance qu’il me causait qu’il se rassurait d’avoir du contrôle sur mes émotions et mon bien-être.

Après avoir déchargé le camion, nous sommes allés nous coucher directement, il était 23h passé et Louis devait prendre la route vers 4h ou 5h du matin pour aller travailler après avoir rendu le camion. Il a commencé à me toucher et je lui ai dit que je n’avais pas envie de faire l’amour ce soir-là, d’autant plus qu’il devait repartir très tôt avec le camion et pour cette raison je voulais qu’il se repose un maximum. « J’ai envie de toi ! » me dit-il sur un ton agressif comme si le fait qu’il le dise devait me faire céder automatiquement. Pourquoi, parce qu’il avait envie de moi et que nous étions en couple, j’aurais dû me plier à ses désirs quitte à ignorer ce dont moi j’avais envie ? Il n’en était pas question. Même s’il m’avait rendu un grand service ce jour-là, je n’avais pas à lui payer ma gratitude avec mon corps comme une monnaie d’échange. J’avais l’impression qu’il voulait disposer de mon corps comme bon lui semblait. Même lorsque j’avais mes règles, je pouvais lui dire que je ne voulais pas être touchée pendant cette période, il insistait. C’était insupportable et je finissais par céder alors que ça me déplaisait. Il disait que ça ne le dérangeait pas, mais moi si, et pourtant ça n’avait pas d’importance. À croire que tout chez moi lui était dû. Il voulait prendre, il prenait.

Mais pas ce soir-là. Il s’est endormi fâché.

Le lendemain, il s’est réveillé et s’est préparé en faisant un maximum de bruit, il faisait trembler le lit, claquer les portes, il allumait toutes les lumières. Je le soupçonnais de faire tout cela volontairement pour me déranger.
Plus tard, dans la matinée il m’envoyait des messages me reprochant de ne pas l’appeler ni de lui envoyer des messages alors que la veille je m’étais inquiétée de sa sécurité. Justement, sachant qu’il conduisait, je ne voulais pas le distraire en l’appelant, c’était logique, mais lui avait envie de me faire ce reproche et me faire culpabiliser de ne pas réellement me préoccuper de lui. Il se plaignait souvent du contenu de mes messages. Si je n’écrivais qu’un petit message le matin parce que j’étais en retard, il me questionnait sur la raison pour laquelle je n’avais pas écrit un plus long message, plus chaleureux. Peu importe si j’avais quand même envoyé un message pour lui montrer que je pensais à lui, il fallait que ce soit un long message, sinon c’était suspect.

Le weekend suivant mon déménagement, je devais venir chez lui comme prévu pour faire une sortie avec lui et ses amis. J’avais pris mes billets de train, mais cet achat creusait beaucoup trop mon budget. J’étais très serrée financièrement entre mes charges, le remboursement de mes prêts étudiant et l’aménagement de mon appartement. Je lui avais fait part de mon mal-être par rapport à ça. Nous avons discuté au téléphone, il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème et qu’il comprenait mon embarras. Il m’a proposé de payer les billets et j’ai refusé car je tenais à garder mon indépendance. Le temps où Martin me payait mes billets d’avion pour venir le voir à Paris lorsque j’étais étudiante était derrière moi. Je commençais ma vie active en tant que cadre et je voulais assumer. Il a aussi compris ma position. Du moins, c’est ce que je croyais.

Pendant des semaines il n’a cessé de me reprocher d’avoir été absente à cette soirée. Nous en avions parlé, il disait avoir compris, mais ça ne suffisait pas, il m’en voulait et à chaque occasion il remettait l’histoire sur le tapis. Il n’avait pas apprécié devoir justifier auprès de ses amis pourquoi je n’étais pas là. Il n’avait pas supporté d’être seul durant la soirée, ce que je peux comprendre. Néanmoins, cela faisait un mois et demi que l’on se voyait quasiment chaque weekend. Soit je venais, notamment pour mes rendez-vous médicaux et je payais moi-même mes billets, soit c’était lui qui venait à Paris. Nous passions énormément de temps ensemble pour une relation à distance. Je ne l’avais pas abandonné sans raisons, nous en avions parlé, mais il ressentait de la honte et il m’en voulait pour ça.

« Tu as annulé ton voyage, mes amis demandaient pourquoi tu n’étais pas là. Qu’est-ce que je pouvais leur dire ? Nous sommes un couple, on est censé le montrer. C’est comme à la soirée networking de ta boîte, mes amis ne comprendraient pas que tu ne sois pas à côté de moi. Ils trouveraient ça bizarre, c’est comme si on n’était pas ensemble.

- C’est une soirée networking, c’est moi qui organise. Je ne suis pas là pour être ta compagne, j’ai du boulot pendant que tout le monde mange, boit et discute. Si je t’y ai convié c’est parce que c’est ouvert à tout professionnel, pour faire du réseau.

- Oui bon… Je t’ai aidé à déménager. Je l’ai raconté à un ami qui n’en revenait pas de ce que j’avais fait pour toi. Il disait que si j’avais eu un accident sur la route et que j’étais mort, ma famille serait venue t’écarteler.

- Quoi ?! Mais qui te dit des choses pareilles ? C’est horrible.

- Personne, ce n’est plus un ami maintenant de toute manière » me dit-il.
J’avais le pressentiment que cet ami n’existait pas, mais que c’était une réflexion qu’il s’était fait dans sa tête. Je n’ai pas cherché plus loin. Je voulais juste qu’il se taise et que pour la énième fois il arrête de me reprocher l’annulation de mon voyage.

Quand tu seras en couple petite sœur, parfois tu seras déçue par ton partenaire et il t’arrivera aussi de le décevoir. Je parle de déception concernant des broutilles, comme par exemple ne pas pouvoir se rendre disponible pour aller au cinéma comme prévu parce qu’une réunion de dernière minute a surgit au travail. C’est normal, on ne peut pas être performant tout le temps et les aléas de la vie nous empêchent parfois de faire ce qu’on veut. Cependant, à l’âge adulte on est capable de comprendre ces situations et faire preuve d’empathie face à l’embarras de l’autre. Même les enfants, quand ils sont déçus arrivent à comprendre quand on prend le temps de leur expliquer. On s’excuse et on passe à autre chose. Inutile d’en parler pendant des semaines et de le ressortir à chaque fois qu’une dispute éclate ou que ça te passe par la tête, sinon la relation n’avance pas. Louis n’avait pas la compréhension d’un adulte et encore moins celle d’un enfant. Ses reproches constants étaient devenus comme des coups de bâton répétés sur ma tête. Je perdais patience. Il y a un principe en droit pénal qui dit « non bis in idem », ce qui veut dire que nul ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits. Je crois fermement que c’est la même chose dans un couple. J’aurais pu comprendre son mécontentement si je lui faisais le coup tous les weekends, or ce n’était pas le cas.

Sur ce principe, j’avais interdit à Louis de reparler de cette histoire. On en avait parlé, il disait avoir compris mes raisons, je m’étais excusée, c’était fini. Le problème, c’est qu’il n’avait plus rien à me reprocher, alors il trouvait n’importe quoi. Par exemple, j’avais posé mon vendredi car j’avais un rendez-vous médical toujours pour le suivi de mon traitement. Il m’avait laissé le double de ses clés car il était en déplacement et il rentrait le vendredi soir. J’ai été l’accueillir à la gare, et dans le tramway il m’a demandé si j’avais préparé à manger.

« Non, non je n’ai rien préparé, je t’attendais. Je ne savais pas de quoi tu aurais envie et en plus il n’y a pas grand-chose dans ton réfrigérateur.

- Tu ne prends vraiment pas soin de moi. Tu aurais pu préparer à manger. Faire ça pour moi sachant que j’allais rentrer et que j’aurais faim. À croire que tu ne penses pas à moi. Moi je l’aurais fait pour toi. Moi je te mets sur un piédestal » me dit-il en détournant son regard avec dépit. Une fois rentré chez lui, nous avons préparé ensemble… une omelette.

Je me demande s’il n’avait pas décidé de me faire ce reproche parce que je lui avais demandé où étaient passées mes affaires. J’avais remarqué des changements très suspects quand je suis arrivée chez lui la veille. J’avais laissé une nuisette, qu’il a suspendu entre ses chemises de sorte qu’on ne la voit pas, j’avais collé sur un mur un post-it sur lequel j’avais dessiné un cœur, celui-ci avait disparu, j’avais laissé séché une rose qu’il m’avait offerte, elle avait disparu. J’avais remarqué que deux verres à vin étaient en train de sécher dans son égouttoir. Pour les verres, il disait que c’était son frère qui était passé chez lui, pour mes affaires, il n’avait rien pour se justifier.

Alors que lui c’était créé un compte sur Instagram pour me surveiller, il refusait que je publie des photos de nous sur Facebook soit disant parce que son frère avait été infidèle et que sa maîtresse avait rendu public ses écarts ce qui avait fait un vrai scandale dans son entourage. Je ne comprenais pas en quoi ça nous concernait. Tout cela me faisait douter de lui.

Au fur et à mesure de mes rendez-vous médicaux, mon traitement était alourdi. C’était un traitement dont les effets secondaires étaient très difficiles à endurer et ça avait des conséquences sur notre vie intime. D’une part, nous devions constamment nous protéger pour éviter tout risque de grossesse que je serais contrainte d’avorter. Mais il était contrarié de devoir porter un préservatif alors que je prenais la pilule, pourtant tout le monde sait que ce n’est pas fiable à 100%.  D’autre part, j’étais tellement fatiguée par mon traitement que je n’avais même plus de désir, et quand je lui disais que ma baisse de libido était probablement due à mon traitement, il s’en servait comme un reproche supplémentaire à mon encontre. C’était de ma faute si notre vie sexuelle était moins intense. Quel comble ! Il avait déjà oublié qu’au début de notre relation, il avait systématiquement des pannes et que malgré tout je n’avais jamais fait preuve d’impatience vis-à-vis de lui. En revanche, ma défaillance due à mon état de santé était inexcusable. Il se sentait obligé de me faire culpabiliser pour chacune de ses contrariétés.

Au mois de mai, je l’ai présenté à la famille. D’abord à deux tantes sur Paris, puis nous sommes venus chez Maman. Il avait insisté pour ramener des cadeaux à tout le monde. J’ai dû le calmer car ça n’avait pas de sens. Si tu te souviens petite sœur, nous étions venus pour ton anniversaire, tu venais de fêter tes 12 ans, il était donc acceptable qu’il t’offre un cadeau. Il voulait absolument ramener quelque chose à Maman, alors je l’ai orienté sur des chocolats. Jusqu’ici, on peut dire que c’est normal. Mais là où il exagérait, c’est qu’il voulait ramener des cadeaux pour tout le reste de la famille. Je voyais bien là une volonté de se faire aimer à tout prix. Sauf que dans notre famille nous ne sommes pas sensibles à ce type de faveurs. Je l’ai donc stoppé dans son élan.

Nous t’avons offert une douzaine de vernis de toutes les couleurs, tu étais folle de joie, mais Maman n’était pas très contente. Louis est sorti prétextant qu’il devait appeler son frère. Plus tard, lorsque nous avons parlé de ce weekend, il m’a reproché que les débuts s’étaient mal passés, qu’il n’était pas sorti passer un coup de fil mais pour prendre l’air et se donner du courage. Sans l’avouer, il était mort de honte de ne pas avoir immédiatement fait bonne impression auprès de Maman et de ne pas avoir reçu son approbation pour le cadeau qu’il t’avait fait. Ça le tuait et il m’en faisait porter la responsabilité.

Ce qui trahissait le plus sa volonté de se faire accepter à tout prix, c’était sa manière d’adapter son discours.
Si tu te souviens, au début il m’avait dit qu’il était à moitié béninois de par son père sauf que plus tard, au détour d’une conversation, il s’est rectifié en disant que ses origines étaient beaucoup plus éloignées. Me faire cette révélation l’avait d’ailleurs fait stresser, il voulait s’assurer que ça ne changeait rien entre nous. Ça ne changeait rien, néanmoins, je me sentais un peu moins proche de lui. Du coup, lorsqu’il a été question de rencontrer ma famille, il était bien sûr un peu anxieux et pour plaisanter je lui avais dit que s’il parlait de ses origines béninoises ça devrait passer. « Je ne devrais même pas avoir à faire ça » m’avait-il répondu très sérieux, presque offusqué que je puisse plaisanter là-dessus. Sauf qu’il n’a pas pu s’en empêcher. Dans son besoin de se faire aimer quoiqu’il arrive, il a adapté son discours et il a dit qu’il avait des origines béninoises. Je ne disais rien, mais je l’observais jouer les caméléons et faire de la séduction pour montrer qu’il était le gendre parfait. Ce n’était pas la première fois que je l’entendais adapter son discours.

Au début de notre relation, il disait qu’il aimait beaucoup partir seul, à la montagne, être près de la nature. Je lui avais dit que nous étions un peu différents sur ce point, qu’il semblait être plutôt du genre, sac à dos et randonné et moi valise bien remplie et chambre d’hôtel. Il s’est repris et voulait absolument me convaincre qu’il aimait tout à fait partir en vacances dans des destinations prisées et loger dans des hôtels de luxe. Il se disait très adaptables. Je le trouvais surtout très versatile et toujours prêt à s’aligner sur mes pensées. C’était comme s’il n’avait pas d’identité propre, pas de personnalité qu’il assumait pleinement.

Chez Maman, toujours dans son optique de se donner une image valorisante, il t’avait accompagné dehors pour jouer avec toi, puis il est revenu vers moi pour me dire « Jamais je ne laisserai un enfant jouer seul ». Il me disait ça comme s’il voulait une médaille pour sa bonté et sa disponibilité incomparables. En revanche, pendant qu’il s’affairait à essayer de devenir ton meilleur ami, il faisait en sorte de me rabaisser pour la moindre chose que je disais ou faisais. Tu ne t’en souviens peut-être pas, un matin nous sommes partis courir, tu avais pris ton vélo pour nous accompagner. Déjà, lorsque j’étais en train de nouer mes lacets, il me questionnait sur ma méthode car il avait remarqué que je faisais des boucles dans les derniers trous dont peu de gens connaissent l’utilité. Je lui ai montré qu’ils servaient à bien serrer la cheville dans la chaussure. « Pfff ! Je ne suis pas sûr que les grands coureurs utilisent ces trous. Je vais te verrouiller les chevilles moi tu vas voir. » m’avait-il répondu, incapable d’accepter son ignorance, d’autant plus que lui courait souvent.

Au retour, nous avons fait un peu de gainage. Cela faisait quelques mois que je n’avais pas fait de sport et j’avais beaucoup de mal, j’étais en souffrance. Je rigolais même de te voir, du haut de tes 12 ans, faire du gainage sans sourciller, ni faiblir avant la fin du chrono.

« Tu as vu comment elle s’en sort, dis-je en m’adressant à Louis.

- Oui, je me suis dit que tu allais t’en rendre compte toute seule que ta petite sœur ne dit rien contrairement à toi. »

Il ne se montrait pas impressionné par tes performances, il se montrait méprisant vis-à-vis des miennes et préférait mettre l’accent sur ma médiocrité, plutôt que d’en faire un moment amusant partagé avec toi et moi.
À la fin de ce weekend, Louis avait réussi à se faire accepter au sein de la famille. Tout le monde l’appréciait et lui se sentait en terrain conquis.
En revanche, j’ai senti dans son attitude qu’il devenait encore plus oppressant avec moi et sa manie de vouloir contrôler tout ce que je faisais.

Le weekend suivant, j’ai reçu la visite d’une copine de passage à Paris qui était restée dormir chez moi le temps d’une nuit. Louis était sur Paris pour le travail et m’avait proposé de rester passer le weekend avec moi, or je n’avais pas vu cette copine depuis longtemps, et lui je le voyais déjà très souvent. En fait, il était ma seule relation sociale en dehors de ma famille et du travail. Quand je lui ai dit que je ne pouvais pas passer ce weekend avec lui et que je voulais voir mon amie, il me l’a reproché comme un temps dont je nous privais. Si ça ne comptait qu’à Louis, il aurait fallu que j’annule pour passer ce temps avec lui, sauf qu’il en était hors de question. Je lui ai dit que mon homme n’était pas le centre de mon univers et que j’avais le droit de voir mes amies. Ça ne lui a pas plu, mais il n’y avait pas d’autres alternatives. Il fallait qu’il intègre que je n’allais pas organiser ma vie autour de lui. Ça lui était insupportable. Il ne voulait pas que je sorte de mon côté, que je ne l’implique pas nécessairement dans tout ce que je faisais. Même pour aller au cinéma avec une tante, ce qui aurait dû le rassurer puisque je n’étais pas avec un autre homme ni avec une amie avec qui je pouvais sortir dans un bar et risquer de me faire aborder, j’étais avec une tante qui avait approximativement le même âge que lui. Mais non, il se renfrognait, rien qu’à l’idée de m’imaginer dehors. Idéalement, s’il n’était pas là, il voulait que je reste chez moi, toute seule et que je ne parle à personne. Il voulait que je sois totalement isolée et sans vie sociale en dehors de lui. C’était la seule manière pour lui d’être en paix, éventuellement je pouvais sortir courir, mais surtout pas en short même s’il faisait chaud. Pourtant je sortais beaucoup, notamment avec ma tante.

Elle m’avait invité à l’accompagner à une communion et j’avais envoyé à Louis des photos de moi pour lui montrer comment j’étais habillée. Je portais une veste et un pantalon noirs ainsi qu’un corsage en gaze de couleur rose pale. La veille nous nous étions disputés car il était parti en weekend avec des amis, mais il ne me l’avait pas dit, ce que j’ai trouvé très déplacé de sa part. Dans les faits, il pouvait partir en weekend avec ses amis, mais ce n’était pas correct de ne pas m’en informer. En fin d’après-midi, nous avons parlé au téléphone. Alors que je lui racontais comment s’était passé la journée, il m’a demandé si des hommes m’avaient dragué. Je n’ai pas compris l’intérêt de sa question, pourquoi voulait-il savoir ça ? J’ai discuté avec des hommes, tout comme j’ai discuté avec des femmes. J’ai fait connaissance avec les gens qui étaient présents, mais pour lui le regard que d’autres hommes pouvaient poser sur moi le dérangeait d’autant plus que j’étais trop bien habillée à son goût. J’ai explosé. Je lui ai dit d’arrêter d’être jaloux. Il était en train de ruiner notre relation et j’en avais plus qu’assez de devoir sans arrêt me justifier. J’estime que je suis libre de porter ce que je veux, d’aller où je veux et parler à qui bon me semble. À lui de me faire confiance et de SE faire confiance.

S’il devait se passer quelque chose, on pourrait discuter des suites de notre relation mais ce n’était pas le cas. J’avais envie d’une relation saine et je n’avais pas envie d’aller voir ailleurs, je m’investissais sérieusement, mais il rendait la tâche de plus en plus difficile avec cette jalousie maladive. J’avais envie de l’étriper à chaque crise. À chaque fois que l’on se disputait sur sa jalousie il disait qu’il se calmerait, mais ce n’était jamais le cas. J’en avais aussi plus qu’assez de me faire assaillir de fausses accusations en permanence. Si je me faisais draguer, je n’y étais pour rien, je ne m’amusais pas à aguicher les hommes, mais pour lui j’étais beaucoup trop belle et c’était un tort. Même mon apparence était devenue un problème, c’était au point qu’il me reprochait de me lisser les cheveux. Il me disait qu’aux filles antillaises qui se lissent les cheveux, on leur reproche de se prendre pour des blanches au lieu d’assumer leurs cheveux naturels. Dans l’absolu, je fais ce que je veux de mes cheveux, moi et toutes les femmes du monde, quelle que soit leur origine, on fait ce qu’on veut de notre tête. Si je me lisse les cheveux ce n’est pas pour me prendre pour une blanche (ce que je suis à moitié), c’est parce que ça me prend moins de temps pour me coiffer. Ce n’est pas lui qui vient s’occuper de ma tête tous les matins, c’est ma galère et je sais que beaucoup d’autres femmes vivent cette même galère. Honnêtement, à tous ceux qui me disent que je devrais laisser mes cheveux naturels, soit vous venez chez moi tous les matins à 7h pour me coiffer et démêler mes cheveux pendant une demi-heure, soit vous la fermez et vous vous mêlez de ce qui vous regarde. Chacun fait ce qu’il veut de son corps. (Merde !)
Cette dispute était la dispute de trop et je m’étais promise qu’à la prochaine crise de jalousie je le quitterais.

Quand il n’était pas jaloux, il alternait avec des paroles dévalorisantes. Soudainement, je n’étais plus la jeune femme pleine de joie de vivre qu’il aimait, son discours avait changé pour « Tu es un peu bébé parfois, même très bébé je dirais ». Pourtant, il m’imitait dans mes pitreries. Mais finalement, ma spontanéité, mon enthousiasme, ma positivité, toutes ces qualités pour lesquelles il m’admirait et disait m’aimer étaient devenues des défauts pour lesquels il me dévalorisait. J’étais tout ce qu’il n’était pas et c’était comme s’il voulait me retirer tout ce qu’il y avait de meilleur en moi, pour que je n’ai plus rien de remarquable.

J’étais à quelques semaines de commencer ma Summer School. J’étais impatiente. J’allais suivre des cours uniquement en anglais, rencontrer des étudiants du monde entier et surtout ajouter une nouvelle compétence à mon CV. Alors que Louis avait exprimé beaucoup de fierté à propos de mon admission devant ses amis, soudainement il ne supportait pas l’idée de m’imaginer sur un campus avec de jeunes étudiants, qui plus est dans une commune qui s’appelait Jouy. Il disait très clairement que ça ne lui plaisait pas du tout. Il avait à redire sur tout ce que je faisais. C’était de plus en plus absurde, mais je n’avais pas envie de perdre mon énergie à débattre. Que voulait-il que je lui dise ou que je fasse ? Je n’allais pas renoncer à cette formation et le nom de cette commune était ce qu’il était. Je n’allais pas le laisser détruire mes espoirs et voler mon enthousiasme.

Fin mai, je suis allée au salon de l’Afrique à Paris avec ma tante, c’était l’occasion pour moi de sortir et faire du réseau. J’y ai fait la rencontre de Rajesh, un entrepreneur de 30 ans. Comme j’envisageais de changer d’entreprise, j’ai vu en Rajesh une opportunité. Il m’a donné sa carte de visite et je l’ai contacté très peu de temps après pour le rencontrer à nouveau et en apprendre un peu plus sur ses affaires. Étant très sollicité et souvent en déplacement, c’était donc une chance pour moi quand il m’a proposé de déjeuner avec lui un jour en semaine. Il m’a beaucoup parlé de son parcours et de ses affaires, puis à écouter mon projet et bien noté que j’étais à la recherche d’une nouvelle opportunité. Après le repas, il a demandé à son chauffeur de me raccompagner à mon travail et Louis m’a appelé durant le trajet. Il voulait savoir comment ça s’était passé. Je ne voulais pas trop parler en présence du chauffeur. « Une voiture avec chauffeur ! Tu es dans ton élément là », me dit-il avec un ton dédaigneux. C’était encore un signe de sa jalousie. Rajesh avait une meilleure situation que la sienne et me faisait bénéficier de ses privilèges ce qui déplaisait totalement à Louis.

C’est simple, Louis avait des complexes d’infériorité vis-à-vis de tout le monde. Pour que tu comprennes bien, par exemple, il n’aimait pas l’idée que j’ai pu connaître un athlète professionnel.
Alors que nous sortions du cinéma après avoir vu Café Society de Woody Allen, il avait eu l’audace de me demander si j’avais déjà eu un coup de foudre pour quelqu’un et si comme dans le film il y avait une personne que je ne pourrai jamais oublier, pour qui j’aurai toujours des sentiments. J’ai donc évoqué mon coup de foudre pour Herman. Il voulait tout savoir sur cette histoire. Je lui ai raconté dans les grandes lignes comment j’avais mis un pied dans le monde du sport professionnel, et comment j’étais très vite tombée amoureuse de Herman et son rejet dont j’avais souffert. Le problème encore une fois, c’est qu’il n’aimait pas que je puisse avoir eu accès à des lieux luxueux, entrer des cercles fermés, ou que j’ai pu côtoyer des personnes que l’on dit bien placées. Du coup, il se servait des déceptions que j’avais pu avoir avec Herman pour me faire culpabiliser d’avoir eu ces expériences. Il disait que c’était à cause de ma naïveté si Herman avait profité de moi. En bref, si ça m’était arrivée c’est que je l’avais cherché, et que j’aurais mieux fait de rester dans mon coin. Je ne cherchais pas à justifier mes expériences, ni mes déceptions.
C’est ma vie, ce que j’ai vécu m’a mené là où j’en suis aujourd’hui et m’a appris un peu plus sur la vie, sur moi-même et le fonctionnement des hommes. Aujourd’hui, je suis en mesure de dire que je n’avais pas de honte à avoir mais lui faisait en sorte d’exacerber ce sentiment. Par ses paroles, il arrivait à me remuer de l’intérieur et faire en sorte que je me sente coupable, puis il feignait la compassion pour ce donner le beau rôle de l’homme digne de faire partie de ma vie. Autrement dit, il sous-entendait qu’avant lui je n’étais rien, que j’avais fait des erreurs stupides, que je m’étais humiliée, mais qu’il m’appréciait malgré tout.

Au mois de juin, j’ai revu Rajesh. Il m’avait proposé de se voir en afterwork car la dernière fois le déjeuner avait été rapide. À force de reproches, de dénigrement, et de crises de jalousie, j’étais épuisée psychologiquement par ma relation avec Louis. J’étais devenue méfiante, je faisais attention à ce que je disais, ce que je faisais et ce que je lui communiquais. Je me sentais mal, malade même. Je pouvais me surprendre à pleurer ou me mettre en colère en faisant ma vaisselle parce que j’étais hantée par ses paroles. Oui, c’était ses mots qui me faisaient du mal. J’avais le sentiment d’être enfermée dans une bulle remplie de gaz toxique constitué par ses paroles. Louis était toxique.

Connaissant sa jalousie, je lui ai caché que je devais revoir Rajesh. Je ne voulais pas qu’il me dise encore des choses qui me feraient perdre mes moyens face à Rajesh alors que j’espérais faire bonne impression professionnellement.

Rajesh m’a invité à dîner au VIP Room, rue de Rivoli. Nous avons parlé de carrière, c’était ce qui m’intéressait, jusqu’à ce que Rajesh essaie de me draguer. Je lui ai vite fait comprendre que j’étais déjà en couple et que je n’avais pas l’intention d’aller voir ailleurs. Ma présence était purement professionnelle. Sortie du restaurant, j’ai récupéré du réseau sur mon portable et j’ai vu que Louis avait essayé de me joindre. Le lendemain, il m’a demandé où j’étais passée et je ne lui ai pas menti. Je ne pensais pas qu’en lui avouant après coup où j’étais les choses pouvaient violemment dégénérer. Il s’est emporté immédiatement :

« Si tu cherches à te faire baiser tu n’as qu’à le dire.

- Ok, ça va beaucoup trop loin. Toi et moi c’est terminé, lui dis-je.

- Ok. »

Je refusais de me faire insulter de cette manière et je m’étais promise qu’à la prochaine altercation avec lui c’était fini. J’étais énervée quand je pensais à lui et j’étais stressée à chaque fois que je devais le voir ou lui parler. J’appréhendais en permanence sur quoi il allait me faire des reproches. J’étais en vigilance constante. Ce n’était plus vivable. Je n’avais pas passé 2 ans de ma vie à me bâtir une estime de moi haute et stable pour le laisser me détruire et revenir à la case départ. Je m’aimais trop pour accepter une relation aussi toxique.

Je venais de lui cacher volontairement une information sur ce que je faisais de mon temps libre pour ne pas avoir d’histoires. Dans un couple ça ne devrait pas exister. On ne devrait pas avoir à se cacher des choses par crainte de la réaction de l’autre. Je ne voulais plus de cette relation. C’était la parole de trop et je ne pouvais plus accepter de me faire traiter ainsi. À cause de lui, ma tête n’était plus jamais au repos. Je ne supportais plus sa jalousie. Je ne supportais plus de me faire rabaisser et critiquer pour tout ce que je faisais. Je ne supportais plus de devoir me cacher et m’isoler pour ménager son anxiété.

Malgré toutes ces raisons, j’ai trouvé que j’avais rompu trop brutalement et je regrettais d’avoir été si radicale sans prévenir. Je devais aller le voir deux semaines plus tard et j’ai modifié mes billets pour essayer de réparer les choses. En fait, j’avais prévu de le quitter s’il me refaisait une crise de jalousie, je m’étais conditionnée ainsi, mais j’avais oublié de me préparer à renoncer aux projets que l’on avait faits ensemble. Le mariage, les enfants, une maison dans le sud près de l’eau, tout ça j’y tenais et c’est ce qui m’a poussé à aller le voir. Je ne l’avais pas prévenu que je venais.

Alors que j’approchais de chez lui, je l’ai aperçu au loin, il était avec son ex. J’étais totalement sidérée par la situation. Il m’a vu et est venu à ma rencontre.

« Qu’est-ce que tu fais là ? me dit-il.

- Je suis venue pour qu’on parle, pour qu’on répare notre couple, mais je vois que tu n’as pas perdu de temps.

- Et tu ne pouvais pas me prévenir ?! » me crie-t-il.

Puis il se retourne vers son ex et lui dit :

« J’arrive », l’air de dire je m’occupe de ça et je suis à toi.

Il ne supportait pas d’être pris en porte-à-faux. Il disait qu’ils s’étaient croisés par hasard, mais encore aujourd’hui je pense qu’en réalité il menait une double vie. Les deux verres à vin, mes affaires cachées, l’interdiction de publier des photos de nous sur les réseaux sociaux, son weekend soit disant entre amis sans me prévenir, il me trompait durant tout ce temps j’en étais certaine. Et je comprenais pourquoi il craignait que je le trompe, c’est parce qu’il était lui-même fautif. Je suis repartie, mon ancienne colocataire m’a récupéré et pendant plusieurs heures je lui ai envoyé des messages, je l’ai appelé et je lui laissais des messages vocaux où je lui disais à quel point il n’était qu’une pourriture. J’étais hors de moi, j’avais totalement perdu la raison. Après tout ce qu’il m’avait fait endurer, le prendre avec son ex m’avait rendu folle. Mes larmes coulaient à flot, ma voix rugissait, mon corps entier tremblait, je ne me contrôlais plus. J’avais envie de vandaliser tout ce qui trouvait sur mon passage.

Il m’a fait venir à son appartement. Je ne voulais pas aller chez lui pour discuter, mais il ne m’en a pas laissé le choix. Ce que je craignais, c’est qu’en étant chez lui il en profite pour me mettre en position de faiblesse et exiger que je lui rende des comptes. La soirée a été animée.

Moi je lui reprochais de retourner dans les bras de son ex en moins de 24h après notre dispute et lui me reprochait d’être sortie dîner avec un autre homme et de le lui avoir caché. Je subissais un véritable interrogatoire. Il voulait savoir ce que je portais comme vêtements, quel était le restaurant, de quoi on a parlé, il voulait tout savoir dans les moindres détails. Si je lui disais que Rajesh m’avait contacté via Whatsapp, il explosait considérant que c’était un moyen de communication trop intime pour une relation professionnelle, or tout le monde utilise Whatsapp de plus en plus. De toute manière, quelles que soient mes réponses, en lui cachant que je sortais c’était comme si je l’avais trompé avec Rajesh. Il ne supportait pas que je lui ai caché où j’étais et il ne supportait pas de savoir que c’était avec un homme plus riche que lui.
Comment aurais-je pu lui dire ce que je faisais sachant qu’à cause de sa jalousie il aurait encore fait des histoires. L’enjeux professionnel de ce rendez-vous était trop important pour moi pour que je sois dans un mauvais état d’esprit. Et si j’en étais venue à lui cacher ce que je faisais c’est bien que quelque chose n’allait pas avec lui.

Nous avons passé la soirée à nous disputer. Il a fait à manger. Je ne voulais pas manger avec lui, mais il m’a forcé la main. Je sentais qu’il faisait cela pour que je lui sois redevable. Il voulait être l’homme blessé qui malgré tout m’avait nourri moi la femme infidèle.
J’ai fait l’erreur de lui dire que sa jalousie était maladive. Qu’est-ce que je n’avais pas dit ?
« Une jalousie maladive ? Ok, je vais aller consulter pour faire vérifier ça » disait-il calmement. Puis il reprenait sur un ton agressif et réprobateur : « Non mais tu te rends compte de ce que tu dis ?! C’est grave, ce que tu dis. Tu n’as aucune idée de ce que c’est la jalousie maladive. »
Le pire que je pouvais faire c’était le traiter de malade. Martin était jaloux et possessif, mais Louis était atteint d’une jalousie qui dépassait tout entendement. Il n’y avait qu’à voir les détails sur lesquels ils se focalisaient lorsque sa jalousie se manifestait. Ça n’avait rien de mesuré. La preuve en était que tout cela me rendait malade, j’en étais psychologiquement malade et affaiblie.

« J’ai bien écouté tous tes messages, lu tes SMS. Toutes tes insultes. Je vais les garder et les réécouter, encore et encore, pour bien m’en souvenir » me dit-il droit dans les yeux avec un ton de menace.
En cet instant, je me suis sentie en danger. J’avais peur. Pas qu’il me fasse du mal physiquement. Mais j’ai compris qu’il prévoyait de me torturer psychologiquement avec tout ça. Jamais cette histoire ne serait derrière nous.

Après le repas, je n’ai pas voulu rester plus longtemps. On tournait en rond et j’étais épuisée. Mon instinct m’a poussé à récupérer toutes mes affaires chez lui. Quand je lui demande où sont ma crème et mon gel douche, il me dit gaillardement qu’il les a terminés sans penser à me les remplacer alors que c’était des produits de parapharmacie dont j’avais besoin pour apaiser les effets secondaires de mon traitement. Décidément, il prenait tout et ne rendait rien.

Il a quand même accepté de me déposer à mon hôtel. Il alternait le chaud et le froid. Il voulait me faire la gueule, mais voulait m’embrasser avant de se quitter, puis il se ravisait parce qu’après tout j’avais été malhonnête et ne méritais plus son amour.

Nous sommes restés en contact durant les trois semaines qui ont suivies. J’ai commencé ma formation à HEC. Il s’était un peu calmé, mais il restait très froid et distant. Il me demandait comment ça se passait sur le campus, et je lui faisais part de mon amusement face aux étudiants qui venaient avec des accessoires ou des vêtements de luxe, comme si ça pouvait faire une différence dans leur apprentissage, « Bah oui, il y a des codes à respecter. Si tu ne les as pas tu n’es pas à ta place. » m’avait-il répondu avec dénigrement. Et bim ! Il ne manquait pas une occasion de me mettre dans une position d’infériorité. Je ne pouvais parler de rien avec lui sans qu’il me colle une étiquette de médiocrité.

J’étais toujours sur le campus quand un matin au réveil, je reçois encore une attaque de sa part : « Je me demande bien ce que tu as pu raconter à ta mère alors que c’est toi qui est fautive ».
Ce message m’a fait l’effet d’une bombe. Je pensais que les choses s’étaient calmées, mais je me trompais sur toute la ligne. Il était 8h du matin, j’ai essayé de le joindre immédiatement, mais il ne répondait pas. Il m’a envoyé un message pour me dire que soi-disant il était avec son frère et qu’il ne pouvait pas répondre. Comment, en étant avec son frère, il trouvait le temps de me balancer une attaque dès le matin, mais dans la minute qui suivait il ne pouvait pas décrocher son téléphone ? Ça n’avait pas de sens. Je ne veux pas paraître paranoïaque, mais encore aujourd’hui je suis certaine qu’il n’était pas avec son frère mais avec une autre femme. Oui, je m’étais confiée à Maman sur cette situation. Ce que je pouvais lui dire ne le regardait pas. Je voyais là encore une tentative de me faire culpabiliser et de m’isoler de ma famille. L’idée que ma famille puisse avoir une mauvaise image de lui n’était pas concevable. S’il arrivait à faire en sorte que je ne me confie pas à mes proches, je n’avais plus personne pour me soutenir et m’entourer. Or c’est ma famille. Elle sera toujours là pour moi que je sois fautive ou non, ma famille est de mon côté, pas du sien. Il voulait se faire passer pour la victime dans cette histoire. Sauf que, ce n’était pas lui la victime, c’était moi.

J’ai terminé ma formation à HEC et la semaine suivante j’ai été faire une initiation au Muay Thaï. J’avais envie de reprendre un sport de combat et j’ai été tester cette technique de boxe dans une salle pas très loin de chez moi. Pendant trois jours, j’ai pu m’entraîner sur un ring avec un coach, j’ai pu me défouler, frapper sur des sacs, faire des combats, cracher mes poumons, transpirer, me prendre des coups, en parer certains et les rendre avec toute l’agressivité dont j’étais capable. J’ai souffert physiquement, mais ça m’a fait un bien fou dans la tête. Je sentais mes muscles se réveiller, mon corps se redynamiser, je retrouvais mon enthousiasme, mon énergie. Je me sentais forte à nouveau. Je pense très sincèrement que ces quelques jours d’entraînement m’ont donné la force de lui faire face une dernière fois pour mettre un terme à mon calvaire. Je l’ai appelé et j’ai décidé de mettre un terme à cette relation, définitivement cette fois. Je lui ai expliqué que malgré tous les efforts que je faisais pour réparer les choses, je voyais qu’il ne voulait pas coopérer et qu’il valait mieux reprendre le cours de nos vies séparément. Il était d’accord et disait qu’il voulait que l’on reste amis. Au fond de moi ce n’était pas envisageable, jamais plus je ne voulais être en contact avec lui. Il me tuait à petit feu, il était trop toxique. Je lui proposais que l’on se voit lors de mon prochain passage pour que je lui rende ses affaires laissées chez moi.

La semaine d’après, toujours hébergée par ma colocataire à mon ancien appartement et il est venu pour récupérer ses affaires. Je suis descendue à sa rencontre, j’ai ouvert la porte, il s’est approché de moi pour me faire la bise, mais j’ai refusé. Je ne voulais pas qu’il me touche. Je lui ai donné son sac, je l’ai regardé quelques secondes avec un sentiment de mépris et de dégoût. Je me sentais en position de force, de supériorité. J’avais le contrôle de la situation. Puis j’ai refermé la porte sans dire un mot, sans même lui dire au revoir. Et, je suis allée me coucher directement.

C’était enfin le silence dans ma tête, le vide. Je sortais de cette bulle de gaz toxique pour respirer l’air frais et léger. J’étais comme en apesanteur. J’étais libre. Je n’étais pas triste. À vrai dire, dès que j’ai refermé la porte je ne ressentais plus aucune émotion même primaire : ni joie, ni colère, ni dégoût, ni peur, ni tristesse. Encore une fois, c’était le silence. J’étais enfin débarrassée de lui.
J’avais vu sur son Instagram que Herman était dans les parages au même moment. J’avais envie de le voir, mais je n’avais même pas la force de le contacter. Pourtant, j’avais repris contact avec lui pendant ma formation pour le questionner dans le cadre de mon projet d’étude. Le chaos de ma relation avec Louis m’avait amené à penser de nouveau à Herman, mais c’était trop tôt. En fait, je n’avais même plus envie d’être avec aucun homme. Je ne voulais plus être dans une relation, je ne voulais pas être touchée. Je voulais qu’on me laisse tranquille.

Je suis partie à Lisbonne pour fêter mes 28 ans. Louis a essayé de me joindre. J’avais supprimé son numéro, mais je l’ai reconnu et je n’ai pas décroché. Il a tout de suite envoyé un SMS pour me souhaiter un bon anniversaire. Je l’ai remercié par politesse, puis il a essayé d’engager la conversation et là ce n’était pas possible. Hors de question que je le laisse entrer à nouveau dans ma vie même pour lui dire comment je vais. Je n’ai pas répondu et je l’ai bloqué. Je l’ai bloqué partout, sur mon téléphone, sur Facebook, sur Instagram, sur LinkedIn, sur ma boîte mail. Je le voulais hors de ma vie pour toujours. C’était le seul moyen pour me protéger. Je n’avais pas d’autres choix que de le mettre à distance.

À mon retour de Lisbonne, Rajesh m’a invité à dîner pour célébrer mon anniversaire. Nous nous étions déjà revus avant mon départ. Il m’avait demandé comment ça allait avec Louis et je lui avais dit que c’était terminé, notamment à cause de notre dîner que je lui avais caché. Si j’avais accepté de le revoir, ce n’était pas pour des raisons personnelles, j’étais toujours à la recherche d’une autre opportunité professionnelle. Comprenant cela, Rajesh me laissait miroiter un poste, mais il y avait une condition pour que je l’obtienne. « Tu vois c’est un poste très facile. Il s’agit d’aller dîner avec des patrons et de leur vendre mes produits. L’ennui c’est que lorsque je confie cette mission à des nanas, elles finissent toujours en couple avec les mecs parce qu’elles sont trop vénales, du coup elles vendent pas mes produits. Tu pourrais avoir le poste si tu étais ma nana, je te ferai confiance. » Donc pour pouvoir travailler avec lui, il fallait non seulement que je sois sa nana, mais aussi que je joue les escortes pour lui rapporter de l’argent. J’ai compris que ce type ne m’amènerait nulle part. Mais bon, je pouvais peut-être en faire un ami.

Il m’a fait venir à son bureau et avec l’aide de son assistante il m’a acheté un gâteau avec des bougies. C’était une délicate attention à laquelle je ne m’attendais pas. Juste avant de partir au restaurant, il a tenté de me saisir par les bras, je sentais qu’il avait envie d’entreprendre un rapprochement, mais je me suis raidie, du coup il m’a laissé et nous sommes partis. Quand nous sommes descendus de voiture devant le restaurant, à nouveau il a tenté de m’enlacer avec un bras par-dessus mes épaules, mais pareil, tous mes muscles se sont contractés et je ne montrais aucun signe d’appréciation. Alors il reprenait son bras.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Rajesh était tenace. Pendant le dîner, il n’y va pas par quatre chemins et me dit que maintenant que je suis libre, il veut envisager une relation avec moi. Il m’explique que son temps est précieux et qu’il a envie de l’investir pour des personnes qui comptent pour lui. J’ai refusé ses avances.

D’une part, je n’étais pas prête à me remettre en couple. Je me sentais comme traumatisée par ma relation avec Louis, toujours affaiblie même deux mois plus tard. Et d’autre part, je n’étais pas attirée par lui et même si j’avais eu la volonté de passer outre le physique, je trouvais qu’il ne me donnait pas assez de considération. Lorsque l’on se voyait, il parlait beaucoup de lui, il se vendait en permanence pour essayer de m’impressionner, mais quand je prenais la parole il ne me regardait même pas pour m’écouter. Je n’avais pas envie d’être avec quelqu’un qui visiblement était plus préoccupé par sa personne et l’histoire qu’il se racontait que par l’idée d’apprendre à me connaître. Ce fut la dernière fois que je vis Rajesh.

J’ai pris quelques jours pour rentrer chez Maman. Nous avons retrouvé une amie dans un café que nous n’avions pas vu depuis longtemps. Elle s’était mariée et avait déménagé dans l’est, avant de revenir pour fuir son mari. Elle nous racontait tout ce qui s’était passé, du mariage arrivé très tôt dans la relation aux comportements de son mari qui l’avaient poussé à s’en aller. Son récit faisait écho dans ma tête par rapport à mon histoire avec Louis. Puis, elle a posé le diagnostic. Son mari était un pervers narcissique. Elle avait fait des recherches et elle n’avait pas de doutes. Je connaissais ce terme, mais je ne savais pas ce que c’était. Pour moi, Louis était extrêmement jaloux, mais je sais aujourd’hui, que son mal était bien pire que cela.

L’année suivante, Laurent, mon nouveau psy, me dira que le pervers narcissique est un terme à la mode, sans même me laisser le temps d’expliquer tout ce que j’ai vécu. Ce n’est pas un terme à la mode, peut-être que certains s’en servent à tort et sans réels fondements, mais je sais ce que j’ai enduré et c’est parce que j’ai pu enfin le nommer comme tel que j’ai pu me reconstruire, prendre soin de moi et faire à nouveau confiance.

Nous n’aurions jamais dû être ensemble. Lui et moi, ça n’aurait jamais dû avoir eu lieu. Comme je te le disais petite sœur, quand je l’ai vu pour la première fois, je ne l’ai pas senti. La seule chose qui lui a permis de se rapprocher de moi c’est le fait qu’il était arrivé à un moment de ma vie où j’étais vulnérable. J’avais une faille grande ouverte dans laquelle il s’est engouffré, entre Herman dont j’étais amoureuse et qui me rejetait, et le deuil après le décès de Papi qui m’avait amené à me questionner sur mon identité et celle de l’homme avec qui je pourrais faire ma vie. Il n’a eu qu’à faire en sorte de répondre à ce que je demandais, sans être réellement tout ce que je recherchais. Sans cette faiblesse momentanée, ses tentatives de séduction n’auraient pas bénéficié de ma patience. Bien sûr, je ne pouvais pas me douter tout de suite qu’il avait des troubles psychologiques.

Heureusement, que Maman m’a toujours encouragé à tendre vers l’indépendance et à ne pas me laisser dominer par un homme.
Heureusement, que j’ai eu un très bon psychologue en la personne de Greg et qu’il m’a donné les outils pour me construire une estime de moi haute et stable.
Heureusement, j’ai gagné en force intérieure grâce à la pratique des sports de combat.
Heureusement, que je ne suis pas seule.

Comme l’explique Jean-Charles Bouchoux dans son livre Les pervers narcissiques : « Il nous appartient à chacun de travailler sur nous, de repérer dans le monde les êtres qui pourraient être dangereux pour nous, de nous en protéger ou, pour le moins, de garder une distance suffisante. »
Parmi toutes les expériences que je te raconte petite sœur, s’il y en bien une que tu dois retenir c’est celle-ci. Je veux que tu aies la force de t’enfuir si tu te retrouves face à un tel individu, n’attends pas, car rien ne pourra le guérir et il pourrait bien détruire ta vie.

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Ysaé
Posté le 07/05/2020
Salut ! C'est à nouveau la fille dithyrambique!
Je pense que tu le sais mais une relecture est nécessaire, j'ai vu passer quelques coquilles. Et je suis d'accord avec toi : ça pourrait être bien de scinder ton histoire en davantage de chapitres (sur PA ça facilite la lecture, dans tous les cas).

Alors mes remarques ne concernent pas le fond (je ne me permettrais pas de donner un avis sur ce que tu as vécu) mais plutôt sur la forme.

Sur la force de ton récit, cela reste inchangé : il y a vraiment une impression de sincérité, de témoignage authentique, et c'est très agréable.
C'est courageux de se dévoiler telle que l'on est, et de prendre le risque d'être jugée.

Il y a quelque chose que je n'ai pas bien perçue dans ce chapitre, c'est la raison pour laquelle tu insistes avec Louis (ce n'est pas hyper clair). Dans la chronologie :
1) tu vas le voir après lui avoir dis que c'était fini pour recoller les morceaux (tu précise bien que tu es attachée à cette idée de famille, de mariage... ce qui est une bonne raison)
2)mais ensuite tu constates qu'il est avec une autre femme, et là tu deviens folle de rage : "Après tout ce qu’il m’avait fait endurer, le prendre avec son ex m’avait rendu folle. Mes larmes coulaient à flot, ma voix rugissait, mon corps entier tremblait, je ne me contrôlais plus. J’avais envie de vandaliser tout ce qui trouvait sur mon passage."

C'est à partir de ce moment là que j'ai perdu ta logique intérieure, ce qui te pousse à le revoir à nouveau après cette épisode (est ce que tu n'acceptes pas l'échec de la relation, ou est-ce toujours ce rêve de famille que tu poursuis, ou encore t'attire t-il malgré tout de manière irrésistible, en soufflant le chaud et le froid?)

Je pense aussi que ça pourrait être intéressant de parler de votre différence d'âge : c'est tout de même un point non négligeable, surtout si tu envisageais de faire ta vie avec lui. Comment ta famille percevait cette différence? Et vos amis? C'est quelque chose que tu développes bien avec Martin.

Tu le sais, je ne suis pas trop adepte des diagnostics cliniques psychiatriques posés de manière intuitive :) J'aurais préféré que tu t'arrêtes à "personnalité toxique" par exemple, mais je comprends néanmoins où tu veux en venir et il est vrai que le terme de pervers narcissique est de plus en plus utilisé dans le langage courant.

Tout cela n'enlève pas le plaisir que j'ai lu à lire ton expérience.
la confrontation que tu as eu avec le chef d'entreprise est particulièrement déprimante : doit-on en arriver à penser qu'aucune faveur n'est accordée sans arrière pensée? J'ai trouvé ça très triste.

Encore merci, à bientôt.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 07/05/2020
Hello Ysaé,

Merci pour ton commentaire et ta lecture.
C'est un des chapitres que j'ai le moins envie de relire. Replonger dans ces souvenirs, en particulier, est très difficile et douloureux.

Sur la question pourquoi je replonge, il me semble de tête que je l'ai justifié mais peut-être que ce n'est pas assez clair.
Je verrai bien quand je serai prête à le relire ...

Sur la question de la différence d'âge, ce n'est pas un thème central dans cette relation. Comme tu le dis, j'en ai parlé dans le chapitre de Martin parce que c'était le premier, mais c'est un sujet qui revient au chapitre 6 et qui sera déterminant dans mon évolution. Avec Louis, la différence d'âge était vraiment anecdotique. Physiquement, il ne faisait pas son âge donc moi et mon entourage on avait plutôt tendance à oublier qu'il y avait 23 ans d'écart entre nous.
Ce qui caractérise le plus ma relation avec Louis, c'est justement sa personnalité.

Ta remarque sur le fait d'en rester à "personnalité toxique" me fait mal. Tout ce que j'ai vécu me revient en pleine face. Je comprends ton malaise et je le partage, mais comme je l'explique dans mon récit (il me semble), si je n'avais pas eu un échange avec une amie qui a fait des recherches sur les PN par rapport à son compagnon, je n'aurai pas eu l'idée d'aller faire des recherches de mon côté. Je me serais arrêtée à c'est quelqu'un d'hyper jaloux et très toxique. Mais tout ce qu'elle disait m'évoquait quelque chose dans ma propre relation. Le terme PN ne m'est donc pas venu de manière intuitive.
C'est grâce à tout ce que j'ai lu par la suite sur les PN (témoignages de victimes, articles, livres de spécialistes), cette sensation d'électrochoc que j'ai eu en découvrant les signes énumérés (par ex : le livre du psychanaliste Jean-Charles Bouchoux évoqué dans le récit) que j'ai compris et que j'ai pu me reconstruire. Et surtout, c'est parce qu'il cumulait tous les signes et que pour chacun de ces signes j'arrivais à mettre un souvenir en face ! Si ça n'avait été que de la jalousie et de la possessivité, évidemment, ça ne suffirait pas à faire un PN. Des PT, on en rencontre tous mais je pense que le mal qu'ils font n'a pas le même impact.
Je pense que si je me limitais à dire PT, ce serait priver ma petite soeur/mes lecteurs-ices d'une mise en garde importante. Entre les gens qui utilisent ce terme à outrance et ceux qui le nient, ça devient une espèce de légende urbaine "dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom".

Je n'essaie d'entrer dans un débat, comme tu le dis, tu comprends où je veux en venir. En te répondant, je voulais simplement t'assurer que je n'avais pas pris cela à la légère.

Merci encore pour ta lecture :)
Soah
Posté le 16/02/2020
Coucou Petra,
Je n'ai jamais eu affaire a un PN, mais je suis heureuse que tu aies eu le courage de faire face a Louis. Ta force est vraiment inspirante, tout comme ton histoire. Les relations sociales sont parfois difficiles a envisager quand on a le nez dedans et je trouve que ton texte est intelligent et juste.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 17/02/2020
Hello Soah,
Merci pour ton commentaire qui me va droit au cœur. Je suis particulièrement émue que tu utilises le mot "inspirante", car tout au long de l'écriture mon mantra c'était : "sois utile aux autres, sois utile aux autres". Du coup je me dis que ça a marché :)
Tu as entièrement raison, ce n'est pas facile d'avoir du recul quand on est dedans.
Cocochoup
Posté le 07/02/2020
J'ai trouvé toute cette lecture très intéressante. Les autres chapitres permettebt de comprendre comment Louis a pu rentrer dans ta vie.
Il y a beaucoup de pudeur dans ta manière de raconter. Comme si tu te protégeait de cette tranche de vie qui t'a laissé de vilaines cicatrices.
En tout cas, on sent la femme forte que tu es et qui a réussit à s'affranchir de tout ça !
Je confirme ce que je te disais dans mon 1er commentaire, ça pourrait être très intéressant que tout soit repris en format correspondance à ta petite sœur
Merci à toi d'avoir partagé ta plume !
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 07/02/2020
Merci CorinneChoup d'avoir pris le temps de me lire.
Tes commentaires me font vraiment chaud au cœur et m'encouragent à aller au bout de ce projet.
Je vais tout reprendre sous la bonne forme avant de publier les trois derniers chapitres :)
MbuTseTsefly
Posté le 02/02/2020
Chère Petra, le message est très clair. Le chapitre relate très bien, progressivement, comment la personnalité de Louis se découvre peu à peu et les doutes que cela provoque. Une nouvelle fois, je trouve très courageux de partager une expérience très personnelle et douloureuse. Au niveau du texte, c'est un long chapitre, raconté plus en détails. J'ai trouvé parfois difficile à suivre lorsqu'une anecdote passée s'insère dans une autre anecdote, un peu comme des poupées russes. Sorte de parenthèse mais en plus long.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 02/02/2020
Hello MbuTseTsefly,

Merci pour tes retours qui me sont très précieux.

Selon toi, qu'est-ce que je pourrais faire pour simplifier la lecture quand je raconte des anecdotes en "poupées russes" ?
Il me semble important de relater plusieurs anecdotes sur un même comportement pour appuyer sur le fait que ce n'était pas des événements isolés, mais pour autant je ne veux pas perdre le lecteur.

MbuTseTsefly
Posté le 02/02/2020
Tu pourrais les séparer par exemple en insérant un paragraphe dans le paragraphe si la référence est importante et demande d'être racontée. Ou alors si l'anecdote inséré est courte, avec des tirets.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 02/02/2020
Merci pour tes suggestions. Je vais revoir ça pour la V3.
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