Chapitre 5 : Le maître d'équipage

Par Mary

V

LE MAÎTRE D’ÉQUIPAGE

 

 

 

 

 

Alban se réveilla à l’aube, en n’ayant presque pas dormi. Il descendit l’échelle quatre à quatre, et traversa l’entrepôt ouest en courant. Il ne pouvait pas attendre, il devait voir le Lotus Noir de ses propres yeux. Après en avoir tant entendu parler ! Le jour n’était pas tout à fait levé lorsqu’il déboula sur les quais encore calmes à cette heure-ci. Il dépassa les bateaux de pêche et autres rafiots sans importance, et remonta le débarcadère sans savoir à quoi s’attendre. C’est là qu’il le vit.

            Le Lotus Noir était amarré peu après la Grand’Porte. Sous son nom en lettres dorées, de belles fenêtres perçaient le gaillard arrière d’une coque de bois brillante. Une rambarde joliment dessinée bordait le pont supérieur. Un apprêt aussi sombre que de la peinture noire était appliqué sur le bastingage et un garde-fou ajouré, taillé dans une essence claire, cernait la dunette. Comme le gaillard avant, elle était plutôt haute et de bonne taille. Six sabords aménagés à mi-hauteur, dans la partie la plus bombée de la coque, cachaient les rangées de canons de chaque côté. En y regardant bien, le navire devait être plus spacieux qu’il n’y paraissait vu de l’extérieur. Toutes les voiles avaient été repliées sur les deux mâts, leurs attaches et leurs sangles cliquetaient dans le vent. À la proue, le dieu Neptune veillait sur l’équipage, et à la poupe, flottait un drapeau blanc orné de trois ovales entremêlés en une sorte de corolle, dessinés dans un noir profond. Probablement un lotus.

            Un sentiment diffus et perturbant s’empara d’Alban, pas un malaise, pas une peur non plus, simplement une sensation de trouble devant ce Lotus Noir. La légende prenait vie devant ses yeux, et il mourrait d’envie d’en savoir plus, bien entendu, mais ce n’était pas ça. Quelque chose clochait. Alban balaya cette pensée, c’était l’émotion, sans aucun doute. Il allait enfin continuer son enquête, et pouvait espérer des réponses, désormais. Il reprit son observation.

Le Lotus Noir était un bateau léger, rapide, comme Alban en avait beaucoup vu les semaines passées. Ce n’était pas les gros vaisseaux commerciaux, les corsaires leur préféraient les petits navires maniables. On n’avait pas dressé de passerelle, il était encore tôt et les hommes devaient dormir, à l’exception de deux silhouettes perchées tout en haut du grand mât, à peine plus visibles que des papillons. Si le navire revenait d’une prise, ce n’était pas surprenant. Avant de pouvoir décharger, il fallait établir la légitimité du butin. Le capitaine envoyait un rapport à l’Amirauté du port, qui venait détailler les marchandises et les soumettait au Tribunal des Prises. Une fois que ce dernier avait donné son accord, et à ce moment-là seulement, l’équipage pouvait enfin mettre pied à terre et vider la cale. Le butin serait mis aux enchères et les gains seraient répartis.

            Alban avait appris cela après avoir apporté une énième cargaison à la Grand’Porte, tout comme il l’avait fait pour La Chimère le premier jour. En effet, les jugements de saisie y étaient très souvent rendus. C’était un lieu très pratique compte tenu de sa position centrale, à mi-chemin des quais et du bâtiment principal de la Compagnie des Marchands Antillais. Ils avaient dû y installer un avant-poste, surtout que la halle de la Grand’Porte servait parfois de salle des ventes pour les enchères.

            Les docks s’animaient autour de lui. Le jeune homme s’écarta du navire sans le perdre de vue. En toute honnêteté, le Lotus Noir le décevait un peu. Il s’était attendu à quelque chose de plus spectaculaire. Tout à son dépit, il rejoignit l’endroit où il retrouvait Milo. Lorsque celui-ci arriva, il lui désigna le deux-mâts. Milo se renseigna dans la journée, mais effectivement, l’Amirauté n’avait pas encore accordé les autorisations.

            Alban avait la tête ailleurs en organisant le rangement du hangar sud. Il était partagé entre son impatience de savoir si son oncle était à bord et sa curiosité grandissante à propos du Lotus Noir. Il n’avait en soi rien de remarquable alors pourquoi suscitait-il autant d’intérêt ? Que se passerait-il si Yann n’y était pas ? Est-ce que quelqu’un saurait seulement où le trouver ? En plus de ça, les marins étaient tout sauf bavards. Il pourrait déjà s’estimer heureux que l’un d’eux lui adressât la parole.

            Quand vint la soirée, le jeune homme n’avait pas très envie de rentrer tout de suite. Il décida de se rendre à L’Hermine et la Herse. Il n’avait pas rendu visite à l’aubergiste depuis longtemps. Roger lui proposa une demi-miche de pain avec un peu de beurre et de saucisse, qu’il ne put refuser.

— J’ai appris que le Lotus était revenu. Tu as pu voir, pour ton oncle ?

— Non, ils n’ont pas encore autorisé le déchargement du navire, alors personne n’est encore descendu, répondit Alban en étalant un bon morceau de beurre sur une tartine. Ça devrait être pour demain, je pense. J’ai vu le Lotus Noir. Je ne vois pas ce qu’il a de si remarquable. Il est très beau, en bon état, il a fière allure, mais ce n’est qu’un bateau ! Pourquoi est-ce que tout le monde en fait tout un mystère ?

— Mon garçon, ce n’est pas tant le bateau que ce qui se passe sur son pont qui fascine les gens. On ne connaît presque rien de son équipage, ou de son capitaine, pas plus que de ses occupations. Tu as bien vu, sur le port, tu sais d’où viennent les navires que tu décharges et leur prochaine destination. Leurs capitaines président le ravitaillement, et les marins deviennent loquaces après un ou deux verres. Rien de tout cela n’est vrai en ce qui concerne le Lotus Noir. C’est parce qu’on ne sait rien de lui qu’il fait rêver. C’est peut-être un équipage comme les autres, qui sait.

Alban réfléchit aux paroles de l’aubergiste. Il y avait sans doute du vrai. La réalité s’avèrerait certainement moins romanesque que ce que les gens se plaisaient à imaginer. Quand on parlait du Lotus Noir, on cherchait avant tout à entretenir la légende, non à l’expliquer.

Il finissait son assiette lorsqu’on tambourina à la porte. Tout de suite après, Milo entra. Il salua son père de la main et se rua sur Alban, encore un peu essoufflé.

— Je te trouve enfin ! On était… avec Loïc et les autres. On allait vers… enfin bon, je sais pas comment il a fait…

— Doucement, de quoi tu parles ?

— Normalement, ils n’ont pas le droit de descendre, il a dû filer en douce.

— Qui ça ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

— On a vu le maître d’équipage du Lotus Noir au Tonneau brûlé, y’a pas une heure !

Derrière son fils, Alban aperçut Roger qui secouait imperceptiblement la tête. Cette taverne était depuis des années un repaire de corsaires et de pirates, à la réputation peu enviable. On racontait que la plupart des mauvais coups se préparaient autour de ses tables. Elle se trouvait à la limite de la cité, dans une des ruelles le long des quais. Le plus surprenant, comme le disait Milo, c’était qu’il ait pu descendre du navire alors que personne n’y était autorisé avant que la cargaison ne soit homologuée. Il avait dû se glisser discrètement dehors. Ça en disait long sur le personnage.

            La respiration d’Alban s’accéléra. Il aurait pu patienter jusqu’au lendemain, prendre contact avec eux au port sans risquer des ennuis, mais il se leva précipitamment. Il en avait assez d’attendre sagement. Il enfila sa veste et quand la porte se referma sur lui, Roger et Milo le regardaient encore, perplexes. Taverne mal famée ou non, une telle occasion ne se représenterait pas de sitôt. Hors de question qu’Alban la laisse passer. Le maître d’équipage saurait forcément quelque chose.

 En courant à moitié, il atteignit Le Tonneau brûlé en un rien de temps. La ruelle empestait l’humidité, les déchets domestiques mal nettoyés, et quelque part au fond, on entendait des hommes se quereller ou rire à gorge déployée. Alban afficha son air le plus sérieux et s’approcha, l’estomac noué. À l’extérieur devait se trouver une demi-douzaine de marins, chacun plus imbibé que son voisin. L’un d’eux était affalé à même le sol, le ronflement sifflant. Les autres le dévisagèrent avec un œil mauvais, mais s’écartèrent pour le laisser entrer.

            L’intérieur n’avait décidément rien à voir avec L’Hermine et la Herse. La salle était basse de plafond, si bien que la fumée des pipes s’amoncelait en un nuage nauséabond, en se mêlant aux odeurs de nourriture et d’alcool. Des hommes ripaillaient autour de chopes et de grands plateaux, en parlant très fort, ou au contraire tellement bas qu’on ne pouvait deviner un seul mot. On était loin des sages établissements qu’Alban fréquentait depuis son arrivée. Il parcourut la pièce du regard, sans laisser transparaître son interrogation. Lequel de ces bandits pouvait bien être cet étrange maître d’équipage ? Il ne voyait là qu’une bande de forbans avinés et des crapuleries en préparation. Un ou deux types le bousculèrent alors qu’il s’avançait vers le comptoir, fait de larges planches de parquet. « Probablement récupérées sur un navire », songea Alban. Le tavernier le lorgna du coin de l’œil.

— Qu’est-ce qu’il boit, le jeunot ?

— Rien, merci. Je cherche quelqu’un, répondit-il fermement, ignorant les battements saccadés de son cœur.

— Du moment que c’est pas les ennuis, que tu cherches…

            Quelqu’un, assis à la table du fond, se leva en raclant le sol avec son tabouret. Alban tourna la tête vers lui, ce qui lui évita de répondre au barman. L’homme était plus sobrement vêtu que la dernière fois, mais Alban le reconnut aussitôt. Il s’agissait du gratte-papier qu’il avait croisé dès sa première journée, celui qui prenait des notes en parlant au capitaine de la Chimère. Il se chargeait des rapports de courses pour le compte de la Compagnie des Marchands Antillais. Que fabriquait-il ici ? Le fonctionnaire salua son interlocuteur, et Alban s’avança pour lui passer devant sans qu’il le repère. Il se pencha pour voir avec qui il discutait.

            Ça devait être lui. Âgé d’une quarantaine d’années, ses cheveux étaient d’un brun fatigué, coupés courts ; il était rasé de près et avait les yeux renfoncés, mais vifs. Sa corpulence fine contrastait avec sa tenue, environ une taille trop large. Même sa peau, abîmée par le soleil, paraissait légèrement trop grande pour lui. Trop occupé à regarder le fond de son verre, il n’avait pas encore aperçu Alban.

Celui-ci prit son courage à deux mains, et vint s’assoir en face de lui. Surpris, l’homme releva la tête, le dévisagea rapidement, puis lâcha d’une voix rauque :

— T’as dû faire erreur, mon gars, ils vendent pas de jus de raisin ici.

— Je ne crois pas m’être trompé, non. Vous êtes bien le maître d’équipage du Lotus Noir?

L’homme haussa les sourcils, l’air suspicieux, mais ne répondit pas.

— Je cherche Yann Le Guirec, qu’on appelle aussi Le Yann. On m’a dit que vous pourriez m’aider. La dernière fois qu’il a été vu, c’était à bord du Lotus.

— Cela fait longtemps que je ne n’avais pas entendu ce nom-là.

Il réfléchit sans montrer la moindre expression.

— Pas vu depuis des années.

— La dernière fois, c’était quand ? insista Alban. Il a embarqué il y a dix ans. Serait-il mort ?

— Pas que je sache. Il doit être en train de se la couler douce quelque part aux Caraïbes, je présume. Mais de toute façon qui es-tu, d’abord ? Pourquoi est-ce que tu veux voir Le Yann ?

— Je m’appelle Alban, et Yann était mon oncle.

— La belle affaire ! Je dois te croire sur parole, bien entendu ? Peux-tu prouver ce que tu racontes ?

Il voulait des preuves, pourquoi ? Méfiant, Alban prit malgré tout sur lui et d’une main un peu tremblante, remonta sa manche gauche jusqu’au coude, dévoilant les marques de brûlure.

— C’est tout ce que j’ai, et c’est la raison de ma venue.

En face de lui, l’autre eut un mouvement de recul.

— C’est pas joli, ça.

— J’ai des questions à poser à Yann, sur l’homme qui m’a sauvé la vie le jour où c’est arrivé. Je dois le retrouver.

— Qui est-ce ?

— Pour le moment, cela ne vous regarde pas. Je veux juste savoir où trouver mon oncle. J’ai promis de…

Il s’interrompit, la gorge sèche. Alban s’était promis venger ses parents, mais ne l’énonçait que rarement à voix haute. Cela fit néanmoins son effet.

— Une promesse, hein ? Et que serais-tu prêt à faire ?

— Absolument tout.

Le maître d’équipage finit son verre cul sec et resta silencieux quelques instants, avant de soupirer :

— Je suis désolé, je peux rien pour toi. Je sais pas où est ton oncle.

Alban serra le poing. Quelle mauvaise volonté, il ne demandait pourtant pas la lune ! Il en avait dévoilé déjà bien plus qu’il le voulait, alors perdu pour perdu…

— Il y a bien quelqu’un à bord qui se souvient de lui, un marin qui serait là depuis longtemps, ou même le capitaine ?

— Attention où tu mets les pieds, petit.

— Quelqu’un doit forcément savoir où il est, et peu importe le temps que ça prendra, j’irai jusqu’au bout ! Je dois savoir, même si je dois pour cela trouver un navire et chercher aux quatre coins des îles !

Alban avait dit ça un peu trop fort, et certains soiffards des tables d’à côté s’étaient retournés. Une étrange expression passa sur le visage du maître d’équipage, une sorte d’inquiétude mêlée de quelque chose d’autre, indéfinissable.

— Monte pas sur tes grands chevaux…

Cet homme ne l’aiderait pas. Inutile de rester plus longtemps ici. Alban se releva en dissimulant sa frustration et sa colère autant que possible.

L’autre le regarda se lever, le jaugea, puis finit par se redresser sur son banc en soupirant.

— Promesse ou non, t’as l’air d’être un homme de parole, et c’est peu courant, de nos jours. Très bien. Sache que je ne promets jamais rien. Je ne te promets donc pas de faire quelque chose pour toi, mais si l’envie m’en prenait, je pourrais peut-être parler à quelques personnes. En gardant à l’esprit que je ne te dois rien, bien sûr. Sur ce, au revoir. Nous nous reverrons peut-être.

Alban resta interdit. Cette conversation prenait un tournant inattendu, même s’il lui avait clairement dit de s’en aller. Il le salua d’un signe de tête et sortit de la salle surchauffée. À l’extérieur, un matelot s’installait avec un petit violon, sur lequel il s’efforça de jouer une mélodie impossible à reconnaître. C’était assourdissant, et faux à en faire grincer les dents. Alban s’éloigna de ce vacarme, et une fois qu’il eut tourné au coin de la rue, s’appuya contre un mur et prit une profonde inspiration. Ça s’était plutôt bien passé, malgré un démarrage laborieux. Son appréhension, non, sa peur, s’était changée en colère sans prévenir. Il n’aurait pas dû se laisser emporter, mais au moins avait-il appris que Yann n’était pas mort, pas officiellement. Si personne ne savait où il était, où commencer à chercher ? Un sentiment de panique l’envahit, mais il se maîtrisa. Il verrait ça plus tard, il avait eu son compte d’émotions pour aujourd’hui. Le jeune homme se contenta de rentrer se coucher, conscient qu’il ne s’endormirait pas avant des heures.

 

À bien y réfléchir, la parole de cet homme ne valait rien. Il se renseignerait peut-être, mais sans aucune garantie. Alban n’avait pas de plan de secours, l’équipage du Lotus Noir était pour le moment sa seule chance de mettre la main sur son oncle. Sinon, il faudrait suivre d’autres pistes, ou bien, et cela n’était pas rassurant du tout, trouver un moyen de se rendre aux Caraïbes, aussi insensé que cette idée paraisse. En disant qu’il irait jusqu’au bout, il ne pensait pas que ça l’emmènerait si loin.

C’est sur ces considérations qu’Alban se leva le lendemain de son aventure au Tonneau Brûlé. En arrivant au port, il repéra vite Milo, qui lui fit signe de venir. À côté de lui, une grande cloyère vissée au bras, se tenait Roger, tout sourire. Étrange, à cette heure-ci, il devrait être en train d’installer la salle.

— Bonjour la compagnie, lança Alban. Roger, c’est bien la première fois que je vous vois en-dehors de l’auberge !

— Il faut bien faire son marché ! répondit l’aubergiste en soulevant le torchon de son panier, dévoilant six beaux merlus qui avaient dû être pêchés durant la nuit.

— Alors ? Quelles sont les nouvelles ? le pressa Milo. Raconte !

Alban leur fit le récit détaillé de toute l’entrevue qu’il avait eue avec le maître d’équipage. Père et fils écoutaient attentivement, se lançant parfois des regards entendus. Alban conclut :

— Pour le moment, j’attends seulement de voir s’il fera ce qu’il a dit.

— Si le responsable des hommes ne l’a pas vu depuis des années, il y a de grandes chances pour qu’il revienne bredouille, s’il revient. Sinon, tu peux toujours te faire embarquer direction les Caraïbes ! s’exclama Roger avant d’éclater de son rire retentissant.

— J’y ai bien songé, mais je ne suis jamais monté sur un navire, je n’y connais absolument rien ! se désola Alban.

— J’ai parlé à Boris, normalement, on pourra décharger Le Lotus Noir ce soir ou demain. Tu verras, c’est tout sauf habituel. En général, ils amènent leurs marchandises en haut du ponton. Nous, on met à peine un pied à bord. C’est un petit bâtiment, il n’est pas fait pour contenir beaucoup de cargaison. On devrait avoir vite fini.

— J’en apprendrai peut-être plus.

— T’attends pas à des miracles. Ils ne nous adresseront la parole que si c’est strictement nécessaire, et ce sera juste des « Pose ça là » ou « Amène-le ici ».

— Tu l’as déjà fait ?

— Juste une fois, répondit Milo en secouant la tête. Un des trucs les plus bizarres que j’aie jamais faits.

— Pour en revenir à leur maître d’équipage, attends déjà sa réponse, dit Roger. Après, vis ta vie. C’est le mieux que tu as à faire. Les enfants, je dois vous laisser, ça va pas se préparer tout seul en cuisine.

L’aubergiste s’apprêtait à partir quand Nora fonça vers eux.

— Milo ! Oncle Roger !

Elle était essoufflée comme si elle courait depuis des heures. Elle portait la même robe orange que lors de sa première rencontre avec Alban, et cette fois, elle avait noué ses cheveux en un chignon volumineux enchevêtré d’un mince ruban sombre. Quelques mèches s’en échappaient et tombaient de chaque côté de son visage. Avec ses joues rosies par l’effort et la fraîcheur du matin, Alban la trouva vraiment jolie.

— Eh bien, ma petite, quel empressement !

— Tu as encore éconduit un prétendant ?

— Arrête Milo, tu n’es pas drôle. Je dois me rendre à l’Amirauté pour Papa, mais il fallait absolument que je vous dise !

Elle s’interrompit en voyant Alban derrière son cousin, mais Roger l’encouragea à continuer :

— Apparemment, il y a un problème avec l’ordre de mission de la Chimère.

— Quel genre de problème ? demanda son oncle très sérieusement.

— Je ne sais pas encore, mais Papa a dit qu’il allait s’en occuper ce matin.

— Si ça se trouve, ce n’est rien, mais il vaut mieux s’en assurer. Vois ce que tu peux faire.

Nora acquiesça d’un signe de tête.

— Je vous enverrai un message dans la journée.

— Parfait. Oh, et Nora ?

— Oui ?

— Prends Alban avec toi. Je suis sûr que Milo et Boris pourront se passer de lui pour aujourd’hui. Si la Grenouille nous l’envoie, ce n’est pas pour rien, ajouta l’aubergiste d’un ton amusé.

— De quoi ?! protesta Alban, sidéré. Attendez, qu’…

Mais Nora l’avait déjà attrapé par la main, et recommençait à courir en le traînant derrière elle.

Que venait-il de se passer, au juste ?

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Jowie
Posté le 09/02/2020
Pourquoi Alban pense-t-il d'abord que quelque chose cloche en voyant le Lotus Noir ? Ou pense-t-il ça parce qu'il est déçu et s'attendait à quelque chose de plus spectaculaire ?
Dans tous les cas, il a eu de la chance de croiser le maître d'équipage. Même si celui-ci ne lui donne pas d'indices quant à l'emplacement de son oncle, il semble impressionné par les brûlures d'Alban et sa manière de s'énerver. À mon avis, cet homme sait peut-être ce qui est arrivé à ses parents... dans tous les cas, j'ai l'impression qu'il sait plus que ce qu'il ne laisse paraître.
Pauvre, Alban, je comprends qu'il se décourage ! Tant d'efforts pour qu'on lui dise que son oncle n'a pas été vu et qu'il se la coule douce sur une île ou une autre !

Je me demande pourquoi les gens du port peuvent décharger le Lotus alors qu'il ne pouvaient pas le faire auparavant...
Je ne sais pas ce qu'un problème d'ordre de mission signifie et du coup, à la fin, je me trouvais dans le même état de confusion que ce pauvre Alban qui se fait entraîner par Nora. Ça donne terriblement envie de continuer à lire pour comprendre tout ça. J'ai le pressentiment que cet événement est un tournant pour les personnages !

Remarque:
Si le responsable des hommes ne l’a pas vu depuis des années, il y a de grandes chances pour qu’il revienne bredouille, → je ne suis pas sûre de comprendre à qui se réfèrent les différents “ils”. Je comprends la phrase comme ça : Le responsable des hommes = le maître d'équipage qui n'a pas revu Yann depuis des années. Il y a de grandes chances pour que le maître d'équipage revienne bredouille. C'est juste ?

Je me réjouis de poursuivre ma lecture la semaine prochaine !
À bientôt !
Mary
Posté le 09/02/2020
Je ne dis rien, tu auras ta réponse, promis ;) Le maître d'équipage est chelou, oui (mais en même temps, il est maitre d'équipage du Lotus Noir, hein). Les gens du port ont toujours déchargé le Lotus, c'est juste que ça se fait en silence et que personne ne mets le pied à bord, ils se contente d'attendre sur la passerelle (tu verras ça dans deux chapitres)
Tu as tout juste en ce qui concerne le passage (je crois que je l'ai modifié et clarifié dans la version définitive)
Alors à la semaine prochaine :D Merci pour tous tes commentaires !
Arabella
Posté le 12/10/2019
Coucou Mary,

Je reprends ma lecture du Lotus Noir, toujours avec plaisir. Je trouve que tu gagnes vraiment en aisance dans ce chapitre : il est plus affirmé, les dosages entre description (d’une précision, d’une maitrise et taille parfaite !!!! Le lotus noir fait rêver !!!) et dialogue (beaucoup plus naturels !) est parfait !
Là, on voit vraiment un cap : le texte se lit avec une belle fluidité.

J’adore le nom « Tonneau brûlé », ça donne le ton ! Je trouve que ton univers est à chaque chapitre un peu plus riche, développé et séduisant ! On s’éloigne de l’image que l’on a en tête (en tout cas que moi j’ai) de Pirates des Caraïbes (je n’ai pas pu m’empêcher au début ! désolée ☺ )

Merci Mary pour cette chouette lecture que tu nous offres !
Mary
Posté le 13/10/2019
Oui, y'a pas mal de trucs à retoucher dans les premiers chapitres pour harmoniser le style.
Merci pour tout ces compliments, ça me fait très très plaisir et ça me touche beaucoup !
Léthé
Posté le 22/09/2019
Salut Mary !

C’est mon premier commentaire sur le Lotus mais en vrai j’avais déjà lu les 4 premiers chapitres discrètement, l’air de rien XD faut dire que j’avais pas tellement à dire, le style est hyper précis et concernant l’histoire, j’attendais d’en savoir un peu plus sur Alban et le Lotus pour en parler :p

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est vraiment étrange ce Lotus. J’aime beaucoup cette ambiance, surtout parce qu’on a l’impression que les gens s’en font tout un fromage alors qu’en vrai c’est juste un bateau XD je pense que c’est surtout le ou la capitaine qui est le plus grand mystère et j’en hâte d’en apprendre plus à son sujet.
Concernant le rythme de l’histoire, je déplore un peu que ce ne soit pas plus rapide parce qu’en 5 chapitres au final la quête d’Alban n’a pas bougé d’un pouce (on sait pas où est Yann, on sait pas ce qui se passe sur le Lotus, on sait pas qui est l’homme qui l’a sauvé XD ON NE SAIT RIEN)
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La description du Lotus dans le premier paragraphe m’a fait rire, parce qu’on aurait vraiment dit qu’Alban regardait une jolie femme et qu’il était en mode « ouah, elle est bien belle » XD c’est pas du tout une critique, je trouve ça cool !

Voilà, c’est tout ce que j’ai à dire pour l’instant et je passe au prochain chapitre <3
Mary
Posté le 22/09/2019
Yaaay coucou Léthé !
Oui au début, la quête d'Alban est un peu statique, mais en fait, cette première partie est méga importante, pleine de balises de partout ! T'inquiète, ça va venir.
Le plus grand mystère, oui c'est le silence des matelots, et le Capitaine invisible :p mais sinon oui c'est juste un bateau hein.
Hahaha c'est vraiment drôle, ce que tu dis sur la description du Lotus. J'apprécie (tu verras bientôt pourquoi) ! A très vite alors !
peneplop
Posté le 11/05/2019
Coucou !
Je n'ai pas grand chose à dire sur l'écriture : tu as vraiment une jolie plume, c'est très agréable de te lire. Quelle chouette description du Lotus Noir : j'en ai une image précise et nette. 
Je sens qu'on rentre dans le vif du sujet donc je vais me dépêcher d'aller lire la suite !
Mary
Posté le 11/05/2019
Merci beaucoup, ça me va droit au coeur ! Oui, ça va commencer à bouger un peu :D À très vite !
Elia
Posté le 25/03/2019
Salut !
Alors pour entrer dans le vif du sujet : j'ai bien aimé la fin du chapitre, mais je trouve que la première partie, il manque un peu quelque chose. Alors j'ai bien aimé la réaction du capitaine, ses avertissements, mais une autre part de moi (oui, je suis divisée en plusieurs parts), est frustrée par ce que finalement, on n'en sait vraiment pas plus sur ce Lotus xD
J'espère que tu ne seras pas vile au point de nous faire languir pendant trop longtemps haha 
Mary
Posté le 25/03/2019
Non, je pense que je vais poster d'ici ce soir !
Et que tu n'en saches pas plus sur le Lotus, sur l'oncle, ou quoi...C'est normaaaal, je suis diabolique XD ! 
À trèèès vite ! 
 PS ; Ce n'est pas le capitaine, c'est le maître d'équipage. Quand tu verras le capitaine, crois-moi, tu le sauras ! 
Sorryf
Posté le 11/03/2019
Je suis d'accord avec Roger : ça va être une alère de retrouver l'oncle Yann si même le maitre d'équipage ne sait pas ce qu'il est devenu.
Le Lotus Noir est très mystérieux ! J'ai hate qu'Alban mette les pieds dessus pour en savoir plus, de rencontrer le capitaine et son second, de savoir en quoi le déchargement du bateau était une expérience bizarre pour Milo du scorpion (désolée pour la blague bas de game, ça fait 4 chapitres que je me retiens de la faire :x)
Et je vois que Nora et Alban se rapprochent bien ! Tant mieux ! Même si pour le moment je suis plus happée pae l'enquête et l'aventure que par la romance, Nora est un perso qui me plait beaucoup, j'aime beaucoup le mélange "effrontée" + "famille", auquel on s'attend pas. 
Mary
Posté le 11/03/2019
Hahaha Milo du scorpion j'y avais même pas pensé XD 
Oui, je commence à le mettre ene difficulté mon petit Alban. Surtout que le Lotus... voilà quoi ;-) 
Comme je te le disais l'autre soir, ça me rassure que tous les passages avec Nora fonctionnent bien, vu qu'elle n'existe que depuis peu. 
Les prochains chapitres arrivent ! 
Rachael
Posté le 10/03/2019
Un peu décevante pour Alban, cette arrivée du lotus noir. C’est bien, cette idée de la visite dans la taverne « glauque » et c’est presque dommage qu’il ne s’y passe rien, un peu de bagarre ou autre. Le maître d’équipage est peu loquace, mais quelque chose me dit qu’Alban finira par en apprendre plus. Est-ce que son oncle, ce ne serait pas le commandant, par hasard ?
La fin de chapitre est assez mystérieuse, je trouve que tu arrives bien à relancer en fin de chapitre pour donner envie de passer au chapitre suivant…
Un détail, je n’ai pas bien compris : tu dis que le bâtiment est désert, mais que ce n’est pas étonnant parce qu’en fait personne n’a débarqué ? Ça me parait paradoxal…Il devrait être animé, alors, si tous les marins sont encore à bord ?
 
Détails
Tu parles de rambarde, de bastingage, de garde-fou, mais ce n’est pas la même chose ? Du coup, j’ai eu du mal à comprendre la description du bateau
de belles fenêtres perçaient le gaillard arrière d’une coque de bois brillante et bien entretenue : je trouve la phrase peu claire
les cordages cliquetaient dans le vent : cliqueter, pour des cordes, c’est bizarre
Ce n’était pas les gros vaisseaux marchands, : n’étaient
Le plus surprenant, comme le disait Milo, c’était que cet homme avait pu descendre du navire : subjonctif, en principe. ait pu ou eût pu
Âgé d’une quarantaine d’années, ses cheveux étaient d’un brun fatigué, coupés courts : phrase un peu disjointe (âgé --- ses cheveux)
Ses joues rosées par l’effort et la fraîcheur du matin : rosies ?
Mary
Posté le 10/03/2019
Oui, en apparence, le Lotus n'a rien de spécial...en apparence. Quant au maître d'équipage, à navire bizarre, maître d'équipage bizarre ! 
Non, bien essayé, mais son oncle n'est pas le commandant XD  
 
Pour la bâtiment désert, effectivement après relecture, ce n'est pas très clair, je suis en train de corriger petit à petit, je précisera ça. Il faut que je fasse un glossaire, mais je ne sais pas comment le mettre en forme. 
Le bastingage c'est ce borde le navire, et la rembarde sa partie supérieure. Le garde-fou de la dunette c'est sa "barrière" dans le sens que ce n'est pas juste une plateforme surélevée ( vois ça comme un parc pour enfants XD ) C'est assez difficile à décrire sans se répéter. 
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