Chapitre 5 - Faux-semblant

       

Une douce brise balayait la pièce. La princesse Carminia se tenait sur la terrasse de ses appartements privés, appréciant la caresse matinale qui soulevait ses épais cheveux, laissés libre dans son dos pour l’occasion. Le fin tissu de sa robe se soulevait au gré des caprices du vent, dévoilant ses fines jambes interminables ainsi qu’une grande partie de son buste. Pour le plus grand plaisir des charpentiers qui travaillaient quelques mètres plus bas, sur l’un des toits d’une tourelle.

            Ils n’hésitaient pas à jeter de temps à autre des coups d’œil qu’ils croyaient à tort discrets. Une autre femme les aurait probablement fait arrêter pour un tel acte de voyeurisme, mais Carminia aimait par-dessus tout afficher sa beauté aux yeux de tous et se faire désirer. Aussi les laissa-t-elle s’amuser. Ils comprendraient bien vite leur erreur lorsque l’un d’eux sera trop discret pour faire attention et ne manquera pas de chuter vers le sol.

            La jeune femme se décida soudain à décacheter l’enveloppe qui patientait sur la table devant elle.

La lettre lui venait d’Elsa Montarginaud. Elle admira la magnifique écriture de la jeune fille, et les lettres semblables à des arabesques. La demoiselle avait également une plume exquise. Depuis leurs ébats, les deux femmes n’avaient de cesse de s’envoyer des lettres, faites de promesses de nouvelles expériences et d’aveux quant à leurs désirs secrets.

Carminia lui avait envoyé une invitation pour la semaine prochaine elle passa sensuellement sa langue sur ses lèvres en imaginant leur entrevue.

La venue soudaine d’un visiteur l’extirpa à regret de son fantasme.

La porte du salon de la princesse s’ouvrit sur son ordre, laissant paraitre un serviteur, qui s’effaça pour laisser entrer son invité. La jeune femme fut étonnée de reconnaitre le Saint-Premier. D’ordinaire, le religieux ne quittait que rarement le cabinet de travail de son église, encore moins pour s’aventurer au palais, qui plus est, sans en avertir au préalable Carminia. Il pardonna donc aisément à la jeune femme de ne pas réagir de suite et d’oublier de le saluer convenablement.

Elle s’empara vivement d’une robe de chambre, qu’elle noua fermement à sa taille pour cacher sa tenue peu couvrante aux yeux du religieux. 

– Votre Sainteté… Je ne m’attendais pas à vous recevoir, bafouilla la princesse. Non pas que votre visite m’importune ! Mais je suis surprise que vous ne m’en ayez pas informé, ajouta-t-elle rapidement.

La jeune femme désigna l’un des fauteuils du salon, mais l’homme d’église n’avait pas attendu d’y être invité. Il fit mine de lisser sa robe de religieux, laissant ainsi le temps à Carminia de reprendre ses esprits et d’ordonner aux serviteurs d’apporter du thé et de quoi se restaurer. Il pouvait aisément comprendre sa confusion.

Une fois assurée que le Saint-Premier serait correctement servit, Carminia prit place dans l’un des confortables sièges de salon.

– Est-ce au sujet de l’incident à Maranola ? demanda-t-elle sans détour.

– Non, répondit Abel. Je vous fais confiance pour gérer cela, ainsi qu’à Venzio Salomon.

La jeune femme préféra taire les détails de l’implication exact du mercenaire dans la destruction de la ville. Le Saint-Premier n’était visiblement pas au courant, inutile donc de bafouer son meilleur mercenaire. Du moins pour l’instant. Elle règlerait cela avec lui quand il reviendrait.

– On m’a relaté les évènements qui ont eu lieu à la réception, annonça le Saint-Premier.

Il regarda fixement la jeune femme, dans l’attente d’une réaction de sa part. Celle-ci sentait qu’il attendait d’elle qu’elle saisisse la gravité de la situation.

– Je ne suis pas sûr de comprendre… En quoi cela a-t-il de l’importance ? Si c’est au sujet des citoyens qui se sont introduits dans le palais, n’ayez crainte ils ne viendront pas vous…

– Je ne crains pas nos concitoyens. En revanche, je m’inquiète de ce qu’ils pourraient imaginer. J’ai cru comprendre qu’ils vous avaient invité à faire montre de vos talents magiques, mais que personne ne s’est prêté au jeu…

Un hoquet de surprise échappa à la jeune femme. Elle serra et desserra nerveusement les pans de sa robe de chambre. Le Saint-Premier se tourna en direction de la porte lorsque celle-ci s’ouvrit sur un serviteur chargé d’un plateau. Il déposa son fardeau sur la table basse, et reparti rapidement. Une fois assuré que toutes les oreilles indiscrètes s’étaient envolées, le Saint-Premier poursuivi :

– Vous voyez où je veux en venir ? demanda-t-il à voix basse. Si ce genre d’idée commence à germer dans l’esprit des gens… Il ne leur faudra pas longtemps avant de faire le lien entre notre inaction sur les champs de bataille et notre… situation déplaisante.

Le reste de sa phrase n’avait été qu’un murmure à peine audible. Comme si ne pas mettre de mot concret sur leur « situation déplaisante » suffisait à résoudre le problème.

– Les gens ne doivent pas savoir, insista-t-il. Ils doivent ignorer que nous ne pouvons plus utiliser la magie. Que cela fait des mois que nous en avons été dépossédée. Que c’est pour cette raison que les Magisners ne s’aventurent plus en dehors de chez eux, et qu’en réalité nous sommes en train de perdre la guerre.

» Le peuple ne tardera pas à comprendre. Quant à Concordium, ils le feront également, si ce n’est pas déjà le cas !

– Quels sont vos ordres ? demanda la princesse après un long silence.

– Nous devons étouffer l’affaire. Avant que qui que ce soit ne commence à se poser des questions. Il faut maintenir l’illusion le plus longtemps possible. Qu’est devenue cette femme qui menait la révolte le soir du bal ?

– Je l’ignore Votre Sainteté. Les gardes l’ont escorté jusqu’à la limite du centre-ville et…

– Retrouvez-la ! s’écria le Saint-Premier. Je veux que l’on me l’amène. Utilisez le prétexte de l’intrusion dans le palais pour l’arrêter.

Carminia ne l’avait jamais vu aussi fou. Ses doigts s’agitaient nerveusement sur ses habits, et une lueur folle parcourait son regard. Il avait peur. Cet homme, que la princesse avait toujours vu avec le calme olympien de celui qui maitrisait parfaitement son jeu, avait cédé à ses craintes. L’angoisse d’être démasqué par le peuple le terrifiait. La princesse n’en menait pas large non plus. Le statut privilégié des nobles n’avait toujours tenu que parce qu’ils avaient un moyen de pression non négligeable sur le peuple : celui de la magie divine. Mais à présent qu’elle avait disparue, dans des conditions encore mystérieuses, qu’est-ce qui les empêchaient de se rebeller ?

Les nobles perdraient alors leur statut et leurs privilèges.

– Cette femme ne doit plus nous causer d’ennuis, lâcha le Saint-Premier.

– Bien, répondit Carminia dans un souffle.

L’homme d’église tourna les talons et quitta le salon, sans même avoir touché un seul des hors-d’œuvre présents sur la table.

– Pourvu que la magie nous revienne avant, murmura la princesse.

Mais personne ne sembla entendre sa prière.

 

*

 

            Lora hurla lorsqu’un rat lui frôla la jambe. Ce n’était pas la première fois qu’elle en voyait, les rongeurs et autres nuisibles s’étaient déjà invités à plusieurs reprises dans sa maison, et elle n’avait eu aucunes difficultés à s’en débarrasser. Mais celui était d’une taille encore jamais vue, probablement dû au fait qu’il avait choisi les égouts comme lieu de résidence. Et associé à la pénombre perpétuelle des lieux, et à l’aspect glauque conféré par la myriade de moisissures qui recouvraient les murs, ce simple rat ressemblait plus à un démon aux yeux de Lora.

            – Moins fort ! lui souffla son compagnon. Même ici nous ne sommes pas complètement à l’abri d’être repérés. Nous y sommes presque, alors faite vous silencieuse.

            Lora ne répliqua pas. Mieux valait ne pas contrarier le seul homme capable de vous guider dans ces souterrains obscurs. La jeune femme ne préféra même pas imaginer ce qu’il adviendrait d’elle dans cet endroit sordide, digne de l’entrée des Enfer tels qu’elle se les imaginait. Aussi accepta-t-elle de bonne grâce les sautes d’humeur de son compagnon.

            Elle se demandait encore ce qui l’avait poussé à le suivre ici, alors qu’elle avait une maison à entretenir et des travaux de couture à terminer si elle voulait avoir un salaire. Il avait simplement suffi qu’il évoque son fils disparu et un mystérieux groupe réuni au fin fond des égouts de Pont-Rouge.

            – Nous sommes presque arrivés, annonça soudainement son guide. Mais il va falloir vous pencher. Je vais également éteindre la lumière.

            La jeune femme n’eut pas le temps d’opiner. Elle se retrouva plongée dans le noir le plus total. Seul le goutte à goutte des canalisations, et le cliquètement des pattes de rats sur le sol se firent entendre. Lora resta immobile durant ce qui lui sembla être de longues minutes. Elle s’apprêtait à appeler son guide, s’imaginant déjà qu’il l’avait abandonné ici, quand elle sentit une main s’emparer de la sienne. Le contact la rassura aussitôt. Elle se retint toutefois de serrer plus fort la main de son guide.

            Ils avancèrent de quelques pas, jusqu’à ce que Lora sente le bas de son corps heurter un mur. En tendant la main, elle sentit cependant une surface plate et relativement lisse. Elle en déduisit qu’ils se trouvaient devant un tunnel.

            – Il va falloir monter et ramper, fit son compagnon.

            Il attrapa alors le haut de sa jupe, et l’aida à se hisser à l’intérieur du tunnel, tout en guidant ses pieds sur les bons appuis pour qu’elle ne glisse pas.  

            – Avancez sur environ une vingtaine de mètres, jusqu’à ce que vous ne sentiez plus rien au-dessus de votre tête. Je vous suis.

            Lora obéit et rampa dans le tunnel. La jeune femme sentait que celui-ci était très étroit. La peur de se retrouver enfermer s’empara d’elle, mais elle parvint à la chasser en se forçant à respirer calmement. Elle ne cria même pas lorsqu’elle sentit une matière visqueuse non identifiée sous ses doigts, ni lorsqu’un nouveau rat essaya de lui grimper dessus. Heureusement, le plafond disparu rapidement, la jeune femme s’accorda alors le luxe de soupirer profondément.

            – Vous pouvez vous relever, fit soudain la voix de son guide.

            Il ralluma également la lumière de sa lampe à huile. Lora put alors découvrir une vaste salle, dont le plafond se perdait dans les ombres des égouts. Sur chacun des quatre murs, une demi-dizaine d’arche permettait d’accéder à de nouveaux tunnels.

            Ce doit être le centre des égouts, déduisit la jeune femme. 

            L’homme la conduisit vers l’une des arches de droite. Ils tournèrent et changèrent de direction une bonne dizaine de fois, dans une logique connue de lui seul. Puis après une dernière intersection, des éclats de voix et une vive lumière indiqua à Lora qu’ils étaient enfin arrivés.

            – Obéron !

            Le seul occupant des lieux, un jeune homme aux mèches corbeaux un peu folles, s’était levé en apercevant les nouveaux venus. Il adressa un grand sourire au duo avant de s’en aller chercher du café qu’il versa dans deux tasses à leur intention.

            Le guide de Lora – dont elle connaissait désormais le nom – l’avait amené dans une petite pièce, meublée d’une table et de chaises dépareillées. Dans le fond, des ustensiles de cuisines étaient alignés sur un buffet auquel il manquait un pied. Sur sa gauche, la jeune femme aperçue de petites alcôves, dans lesquelles elle devina des couchettes de fortunes. De toute évidence, il ne s’agissait pas du repaire principal, mais plutôt d’une cachette de repli.

            – Voilà la demoiselle, annonça Obéron. Je te la laisse pour la suite.

            Il la planta là et se saisit de la tasse tendu par le jeune homme, avant d’aller s’étendre sur ce qui avait autrefois dû être un canapé.

            – Ne fais pas attention à mon cousin, lui dit-il. Il est un peu rustre dans son genre, mais il n’est pas méchant.

            Il tendit ensuite la tasse à Lora. Le café était froid, mais elle apprécia le gout réconfortant de la boisson. Les occasions d’en boire étaient rares, le café étant un breuvage plutôt luxueux, aussi la jeune femme se demanda très sérieusement comment ces gens avaient pu en obtenir. 

            – Il n’y a personne d’autre ? demanda naïvement Lora.

            Le jeune homme lui sourit à la manière d’un père qui s’émerveillait de la curiosité de son enfant.

            – Si, mais tu les rencontreras plus tard. Tu vas d’abord avoir affaire à moi, ajouta-t-il sur un ton plus sérieux. Je dois m’assurer que tu aies les épaules pour nous rejoindre. Au fait, je m’appelle Séraphin.

            Affaire à lui ? Que voulait-il dire ? Elle s’étonna que ce garçon, qui ne devait pas avoir plus de dix-huit ans, soit chargé d’évaluer les nouveaux venus.

            – Cela fait un moment que l’on t’avait repéré Lora. Mais accuser ainsi toute une assemblée de Magisners, et devant des gardes en plus, c’est le genre de détermination que nous recherchons. D’autant que tu n’as plus rien à perdre maintenant.

            Son franc-parler étonna la jeune femme, et l’attrista aussi. Penser à son fils disparu la faisait énormément souffrir. Elle ne se souvenait pas avoir passé une nuit sans pleurer depuis l’incident qui lui avait couté la vie. Séraphin dû voir une ombre passer sur son visage, car il lui adressa un sourire compatissant.

            – Assieds-toi là, dit-il en lui désignant l’une des nombreuses chaises dépareillées.

            Son interlocuteur s’assit en face d’elle. Il sembla alors l’étudier de toutes les manières possibles. Ses yeux brillaient d’un étrange éclat qui mettait la jeune femme mal à l’aise. Elle porta un regard sur Obéron, dans l’esprit d’obtenir un soutiens, ou sinon une explication. Mais son guide resta étendu sur le canapé, grignotant une pomme tout en fixant le plafond. 

            – C’est quoi ton nom ? demanda soudain Séraphin.

            Sa question laissa la jeune femme perplexe.

            – Et bien… Lora. Tu l’as dit tout à l’heure.

            Il ignora son air confus et poursuivit :

– Qu’est-ce tu fais comme métier ?

– Je suis couturière. Je travaille dans un petit atelier, et le reste du temps je répare les vêtements de mes voisins et amis contre un peu de nourriture.

– Et ça te plait ? De faire ce métier ?

– Mmh… Oui. Oui, j’aime bien.

Un sourire énigmatique se dessina sur le visage du jeune homme, qui continua son interrogatoire. 

– Où habites-tu ?

– A Pont-Rouge, de l’autre côté du fleuve, dans la Ville Ouest. Plus précisément, dans le quartier des Coutures.

– Je ne le connais pas celui-là. Il est où exactement ?

– Vers le nord-ouest. C’est l’un des plus petits et des plus pauvres.

Lora avait du mal à saisir le sens de ces questions. Séraphin avait affirmé que le groupe l’avait déjà repéré, de plus, la jeune femme avait déjà parlé d’elle à Obéron, le jour où elle l’avait rencontré, après la fête au palais.

Séraphin se pencha soudain davantage vers la jeune femme, comme s’il avait voulu lui murmurer un secret.

– Es-tu une espionne de la couronne ?

            – Pardon ?

            Une sorte de panique s’empara de Lora. Pourquoi cette question ? Qu’est-ce que Séraphin voulait dire ? Obéron ne l’avait donc amené ici que dans l’intention de la supprimer ? Mais dans ce cas pourquoi toute cette mise en scène ?

            – Mais je… Enfin bien sûr que non ! explosa la jeune femme. Ils ont tué mon fils ! Et vous osez me croire avec eux ?!

            Le jeune homme resta encore quelques instants sans bouger. Puis son éclat de rire résonna soudain dans les égouts.

            – Ha pardon… fit-il. Je peux comprendre que cette question te choque. Ça a été pareil pour tous ceux que j’ai interrogés. Mais je n’avais pas le choix, je me dois d’assurer mes camarades que nous ne faisons entrer personne susceptible de nous dénoncer.

            – Simplement… En demandant ? questionna Lora, très perplexe quant à la méthode.

            – Je suis capable de déceler le mensonge chez les gens… avoua-t-il avec fierté. Cela fait de moi un excellent joueur de cartes, de quoi gagner suffisamment pour nourrir notre groupe. Je pourrais faire plus, mais je me ferais arrêter pour tricherie, marmonna-t-il.

            Un instant, la jeune femme s’en voulut de s’être si facilement emportée. Puis elle se rappela l’importance de ces gens – du moins comme le lui avait expliqué Obéron – et les dégâts que pourraient causer la trahison d’une seule personne.

            – D’où te vient cette capacité ?

– Mon père était autrefois espion pour la couronne, expliqua Séraphin. Du moins c’est ce qu’il prétendait entre deux bouteilles d’alcool… Mais y’a une chose dont je suis sûr, ce qu’on lui a appris à déceler le mensonge, et à lire dans le regard des gens. Un jour, il a décidé de m’apprendre, prétextant que cela me serait forcément utile un jour, quelle que soit la carrière que je choisirais. Il n’avait sans doute pas prévu que je finirais résistant, ajouta-t-il dans un demi-sourire.

– Pourquoi cela ? voulut savoir Lora.

– Et bien, on n’était pas riche, mais on vivait confortablement et j’avais un bon niveau d’éducation, de quoi m’assurer une carrière plutôt prospère et me mettre à l’abri avec ma future famille. Lui qui avait été au service du roi, aurait vu mon attitude comme une trahison. Heureusement, la bouteille l’aura tué avant que la vérité à mon sujet ne le fasse.

– Pourquoi n’était-il plus espion ?

La jeune femme avait d’ordinaire pour principe de ne pas se mêler de ce qui ne la concernait pas. Mais Séraphin avait une manière bien particulière de raconter les choses, qui les rendaient immédiatement intéressantes.

– Ha ça… C’est le grand mystère. Mon père me racontait une version différente à chaque fois.

Le jeune homme joua distraitement avec sa tasse, la faisant tourner sur elle-même, ce qui dispersa des gouttes de café sur la table. Puis il braqua son regard soudainement sérieux sur Lora.

            – Il faut que tu aies conscience de ce dans quoi tu mets les pieds Lora. Intégrer la révolte, c’est y consacrer sa vie. Tu devras garder le secret quoi qu’il arrive, et peut-être même devras-tu donner ta vie le jour où nous passerons à l’action.

» Et il va de soi que si jamais tu deviens une menace pour nous, de quelque manière que ce soit, nous nous débrasserons probablement de toi.

La nouvelle venue ne put s’empêcher de tressaillir à cette idée. Imaginer vos propres alliés se retourner contre vous et vous assassiner froidement… Cependant elle comprenait parfaitement. Mais serait-elle suffisamment capable de supporter une telle pression ?

            Oui, se dit-elle. Pour son fils. Elle devait venger sa mort.

– Donc… Vous voulez renverser la couronne ? demanda-t-elle.

– Renverser la couronne ? Mais il s’agit de bien plus que ça ! s’exclama Séraphin de manière théâtrale. Nous voulons bannir toute forme de privilèges. L’enrichissement se fera sur le mérite, le travail et la sueur, et non parce que tu es né avec le don des Dieux, la magie…

– Attends… Tu ne parles quand même pas d’affronter les Magisners ? Ils vont vous mettre en pièces !

– Rien n’est impossible quand y croit assez fort… Si notre grand chef nous rassemble et opère depuis plus d’un an, c’est qu’il sait ce qu’il fait.

– Votre chef ? Quoi ce n’est pas toi ? Ou Obéron ?

Un nouvel éclat de rire secoua le jeune homme.

– Tu me flattes ! Non, nous ne sommes qu’un groupe parmi tant d’autres… Il y en a plusieurs à Pont-Rouge, et peut-être même ailleurs. Personne ne connait leur nombre exact, ou leurs emplacements, ni même les personnes qui les composent, comme ça, si l’un se fait arrêter, il ne peut pas dénoncer ces alliés, et la couronne croit alors avoir étouffé la rébellion.

» Seul notre grand chef, que l’on nomme « Le Masqué » et dont on ignore également l’identité, connait tous ces détails. Obéron se contente juste de mener notre groupe, et de recevoir les ordres du Masqué.

– Comment peut-on accepter de servir un homme dont on ne sait rien ?

Lora avait posé cette question en toute innocence. Pourtant le trouble qui régna dans la pièce après ça en était presque palpable. Séraphin ne s’y attendait visiblement pas. Il resta là, à ouvrir et fermer la bouche, cherchant un argument qui ne venait pas.

– Je crois que ça ira pour aujourd’hui.

Obéron venait d’apparaitre aux côtés de son cousin. Il avait été tellement silencieux que Lora n’avait même pas fait attention quand il s’était levé. La jeune femme chercha une réaction quelconque dans son regard, mais elle entrevoyait à peine ses yeux gris sous ses longues mèches noires. Son guide se contenta de croquer une dernière fois dans sa pomme, avant de jeter le trognon à même le sol. Séraphin le réprimanda, mais n’obtint en réponse qu’un grognement mécontent.

– On va te présenter aux autres, annonça Obéron. N’oublie pas, à partir de maintenant, si tu parles de nous à qui que ce soit, on te tue sans état d’âme. C’est clair ?

La jeune femme hocha timidement la tête, un peu effrayée par la froideur du jeune homme. Le trio se leva et quitta le repaire, avant de se diriger vers les tunnels des égouts, Obéron en tête. Leurs silhouettes à peine éclairées se reflétèrent sur la pierre, avant d’être avalé par les ombres.

 

*

 

            L’eau s’infiltrait par le toit. L’averse qui s’était à nouveau déclenchée la veille ne s’était pas encore totalement évaporée, et tombait en un insupportable goutte à goutte sur le plancher du grenier.

            Venzio grimaça quand son manteau s’imprégna de la flaque et que l’humidité le tira de son sommeil agité. Il pesta de devoir encore le mettre à sécher et le suspendit à l’une des poutres, là où les rayons du soleil venaient se refléter. Au moins cela avait eu pour effet de nettoyer une partie de sang qui y avait séché.

Quand il était soldat, dormir dans des conditions extrêmes faisait partie de son entrainement. Être à même le sol avec la voute céleste pour seul toit ne le dérangeait pas, de même que les températures froides ou chaudes. Il lui était parfois même arrivé de se passer de sommeil pendant plusieurs jours. Il devait cependant reconnaitre que sa nouvelle vie au palais l’avait assagi et que seul un couchage à peu près correct parvenait à l’attirer dans le pays des songes.

            Il se promit de remédier à cela à l’avenir.

            Soudain son estomac gronda. Venzio jeta un œil septique devant la nourriture qu’il avait récupéré dans le garde-manger de la maison. Une grande partie du pain avait pris l’humidité et moisi, mais, heureusement, la viande et le fromage, bien conservés, étaient parfaitement comestibles. Le mercenaire ingurgita son petit déjeuner et jeta un œil dans la rue en contrebas.

Après trois jours passés dans la mansarde poussiéreuse, il espérait s’être fait suffisamment oublier pour que les soldats de la princesse cessent de le chercher.

Il n’avait pas encore toutes les réponses, mais il sentait bien que la garce n’avait pas joué cartes sur table. La gamine était puissante et dangereuse, assez pour que Venzio rechigne à accomplir la mission (même si dans les faits, il n’aurait pas pu s’y soustraire).

Une arme.

C’était le premier mot qu’il avait à l’esprit en pensant à elle. Une arme qui pourrait faire gagner le camp qui s’en emparait. Venzio était peut-être son seul espoir d’échapper à ce destin misérable. Il devait l’aider. Il ignorait encore comment, ni même où elle était, mais hors de question de rester sans rien faire tandis qu’un autre enfant devenait victime des caprices des Magisners.

Mais encore fallait-il qu’il sorte d’ici. Il soupçonnait la princesse de vouloir délibérément l’écarter, maintenant qu’il avait entrevu une partie de la vérité. Elle pourrait ainsi retrouver l’enfant en toute tranquillité, et pour cela, quoi de mieux que d’enfermer son gênant mercenaire dans une ville en quarantaine ?

            Venzio baissa la tête quand un groupe de soldat passa sous sa fenêtre. Ils marchaient d’un pas vif, mais ne négligeaient pas pour autant de jeter des coups d’œil alentour, tant à la recherche de survivants – ou de corps – que de Venzio. La couleur pourpre de leurs uniformes indiquait clairement qu’ils appartenaient non pas à l’armée régulière, mais à la garde personnelle de la princesse. Ce détail fit tiquer le mercenaire. Cela voulait dire que la dame ne souhaitait plus seulement le garder à Maranola, mais le faire mettre sous bonne garde, avant de le reconduire de force au palais.

            Malheureusement, Venzio n’avait pas encore trouvé le moyen de leur échapper.

Des gardes protégeaient tous les accès à la ville, repoussant sans ménagement quiconque essayait de franchir les portes sans autorisation. Seuls les convois de ravitaillement dépêchés en urgence pouvaient passer, à condition qu’ils soient bien sûr fouillés.

De toute évidence, la couronne avait trouvé plus urgent de mettre Maranola sous cloche que de s’occuper du bienêtre de ses citoyens. Elle se donnait beaucoup de mal pour qu’aucune information ne filtre. Restait à savoir s’il s’agissait d’éviter la panique, ou simplement pour que l’image de la couronne ne soit pas ternie par ce terrible coup asséné par l’ennemi.

Venzio penchait plus pour la seconde option. Il avait parfois vu la princesse déformer sans hésitation les faits qu’il lui avait rapporté. Il se demandait cependant quelle histoire les Magisners allaient inventer pour expliquer la présence d’androïdes si loin de Concordium, ainsi que le fait qu’ils semblaient poursuivre une fillette qui les avait finalement battus à plate couture.

Il ne songea pas non plus aux égouts. Ils n’étaient pas aussi complexes et aussi grands qu’à Pont-Rouge, impossible donc d’espérer tromper les soldats en empruntant les passages peu connus. La seule entrée existante était bien gardée, et si toutefois il y en avait une autre, il ne faisait aucun donc qu’elle était jalousement tenue secrète par les Arpenteurs.

Venzio fit claquer sa langue sur son palais, signe chez lui qu’il se sentait dans l’impasse. Il ne lui restait plus qu’à vadrouiller en ville, espérant qu’un miracle viendrait croiser sa route. 

 

Les caravanes s’alignaient le long du mur.

            Leurs propriétaires avaient ordre de ne pas bouger tant que les soldats ne les avaient pas fouillés. Aucun recoin n’était oublié : les bâches étaient arrachées sans vergogne, les caisses et tonneaux éventrés, pour les personnes qui entraient ; et pour celles qui sortaient, on n’oubliait pas le dessous des véhicules. Impossible donc, pour la moindre petite souris de se faufiler hors de la ville.

            Il s’agissait pourtant bien de la solution envisagée par Venzio. Le mercenaire étudia le protocole appliqué par les gardes : une fois les charriots inspectés, ils étaient autorisés à se diriger vers la sortie de la ville, elle-même surveillée par des soldats. En revanche, personne ne semblait s’inquiéter de ce qui pouvait se passer entre ces deux points de passages. Une centaine de mètres à parcourir pour remonter la rue, certes en ligne droite, mais les soldats avaient sans doute mieux à faire que de rester les yeux fixés sur la route. Ils jetaient simplement quelques coups d’œil de temps à autre. Venzio avait compté qu’il fallait aux conducteurs de charriots environ quatre minutes pour effectuer cette portion du trajet.

            Soit un temps qui pouvait largement suffire pour se cacher dans un charriot. Certes, il ne fallait exclure le fait qu’il lui faudrait peut-être le voler, et les gardes à la sortie auraient des doutes en voyant son visage. Mais pourquoi l’arrêteraient-ils du moment que leurs collègues l’avaient auparavant laissé passer ? Pour peu qu’il affiche un air sûr de lui, personne ne viendrait causer du tort au mercenaire.

            Il en fallait peu pour que son plan capote, mais il fallait bien tenter quelque chose… Si Etel avait été là, en désespoir de cause il aurait sans doute proposé de mettre le feu à la ville pour faire diversion. Venzio aurait trouvé l’idée intéressante, mais n’aurait pas approuvé son exécution. Les Maranoliens avaient suffisamment soufferts comme ça.

            Le mercenaire allait devoir se déplacer le long des toits. Il grimpa sur une première chaumière, en prenant bien garde à répartir correctement son poids pour ne pas faire céder le toit dangereusement fragilisé. Il jura lorsqu’une tuile se décrocha et menaça de le faire tomber. Il parvint à se rattraper, mais le morceau de terre cuite continua sa course jusque sur le sol, attirant l’attention d’un marchand qui passait juste à ce moment-là. Venzio réussit in-extremis à se dissimuler à son regard.

            Le mercenaire traversa encore trois maisons, jusqu’à trouver l’emplacement parfait derrière une cheminée. Il ne lui restait plus qu’à attendre le parfait attelage. Celui-ci ne tarda pas à se présenter sous la forme d’une carriole branlante. Deux chevaux, un seul conducteur, et une bâche protectrice.

            Parfait.

            Venzio dût calculer parfaitement son coup. Il devait atterrir au sol pile au moment où personne ne regarderait. Il se laissa tranquillement glisser le long de la maison, s’aidant des rebords de fenêtre pour amortir sa descente. Une fois au sol, il utilisa tous ses talents pour se faire le plus silencieux possible. Traverser la route et soulever la bâche ne lui pris qu’une faction de seconde. La protection en tissu rêche produisit un affreux bruit de froissement lorsqu’il la releva, mais le temps que le conducteur tourne la tête, Venzio avait déjà disparu de son champ de vision.

            Celui-ci avait trouvé une place entre deux caisses vides. Il prenait bien garde à ne pas laisser ses mouvements le trahir et retint sa respiration au maximum.

            Venzio était en train de s’étonner de sa bonne fortune, quand l’attelage s’arrêta brusquement. Il retint de justesse un gémissement de douleur quand l’une des caisses percuta son crâne. Pourquoi le charriot s’était-il arrêté ? Le mercenaire avait compté les minutes, et il savait qu’ils n’avaient pas encore quitté la rue.

            La lumière aveuglante du soleil lorsque la bâche fut retirée lui apporta la réponse.

            – Ca alors… V’là que même les rats cherchent à quitter la ville on dirait.

            Le regard surpris de Venzio croisa celui mécontent de Lochras. Ce dernier lui offrit son plus beau sourire carnassier.

Le mercenaire se serait donné une gifle. Il n’avait pas fait attention au visage du conducteur et s’il l’avait fait, peut-être aurait-il reconnu le visage du chef des Arpenteurs. Quand bien même celui-ci était recouvert de crasse et qu’une large capuche dissimulait en partie ses traits. Venzio n’était apparemment pas le seul à essayer d’échapper à la garde.

– J’me disais bien que j’avais reconnu ta présence, ajouta l’Arpenteur. Tu es un peu comme un nuisible, on sait que tu es là, mais pas forcément où exactement. Heureusement, ce charriot n’est pas bien grand.

Venzio chercha sa lame, mais se retrouva avec un poignard sous la gorge avant même d’avoir pu s’en emparer.

– N’y pense même pas bâtard, cracha Lochras.  

D’un mouvement de tête, il ordonna au mercenaire de se redresser. Il prit également soin de lui confisquer ses lames.

– J’ai l’impression que je ne suis pas le seul rongeur à vouloir quitter le navire.

            Lochras eut un petit rire nerveux.

            – Non, en effet. Et la faute à qui d’après toi ? siffla Lochras.

            Venzio se retint de lancer dans son pied dans les parties intimes de l’Arpenteur.

            – Attends… Tu me tiens pour responsable de la destruction de la ville ? Tu n’es pas sérieux ! Vous vouliez capturer cette enfant ! Les androïdes seraient venus dans tous les cas !

            La remarque n’eut pour seul effet que de resserrer davantage le poignard contre sa gorge. Une goutte de sang perla et glissa le long du cou de Venzio, tachant le col de sa chemise.

            – Il est vrai, admis Lochras. Mais mon poignard me démange atrocement et il faut bien que quelqu’un paye les pots cassés. Or, les androïdes, comme tu les appelles, se sont fait la malle.

            – Dis plutôt que tu n’as pas le courage de les affronter.

            – Parce que toi si peut-être ? ironisa Lochras.

            – Je l’ai déjà fait. En revanche, s’enfuir parce qu’on connait ses limites est différent que d’être un lâche, chose que tu es puisque d’ordinaire tu ne manques jamais de fanfaronner de tes exploits. Je me suis toujours demandé si certain étaient d’ailleurs vrais ?

            Le coup de poing fusa. La mâchoire de Venzio eut alors un sinistre craquement. Mais le mercenaire ne s’en formalisa pas. Ces derniers temps, il lui semblait avoir pris plus de coups que durant toute sa courte carrière de mercenaire royal. Il ne lui vint pas non plus à l’idée de paniquer quand Lochras le planqua contre le plancher du charriot, la main autour de sa gorge.

            – Je vais te fumer, sale petit merdeux. Je me doutais bien que tu m’apporterais un jour des problèmes ! (Il se pencha davantage, Venzio pouvait sentir son haleine chargée de tabac froid dans son cou) Alors écoute moi bien, tu vas gentiment te laisser faire. Tu vas remonter dans ce charriot et…

            – Hé ! Vous là-bas qu’est-ce que vous faites !

            Les deux fugitifs se tournèrent vers celui qui venait de les interpeller. Les charriots suivants commencèrent à former un bouchon. Les conducteurs se plaignaient à grands renforts de protestations et d’insultes. Venzio et Lochras eurent alors la désagréable surprise de voir un soldat de la garde royale. Celui-ci avait porté sa main à son épée et les fixaient d’un air menaçant tandis qu’il se rapprochait, pressentant déjà les problèmes que ces deux-là allaient lui causer. Deux autres gardes le suivaient quelques mètres derrière lui. 

            Lochras s’empressa de faire disparaitre son poignard dans les plis de ses vêtements, tout en veillant cependant à le garder à portée de main. Il relâcha également sa prise sur la gorge de Venzio, qui apprécia grandement de pouvoir à nouveau respirer de l’air frais. 

            – C’est quoi ce bazard ? Pourquoi vous n’avancez pas ?

            Lochras afficha son plus beau sourire.

            – Ce n’est rien… (il jeta un œil aux galons cousus sur l’uniforme du soldat) Sergent. Ma roue s’était délogée de son emplacement, c’est que mon charriot est vieux voyez ! Ce jeune homme m’a aidé à la remettre en place. 

            Le soldat avisa Venzio. Il fronça les sourcils à la vue de ses vêtements en mauvais état, qui ressemblaient à s’y méprendre à ceux d’un voleur et non d’un paisible Maranolien ; mais ne s’attarda heureusement pas trop sur son visage.

            – Vous allez quand même nous suivre tous les deux, déclara le soldat.

            Ses deux officiers firent le tour du charriot et se postèrent de manière à empêcher toute tentative de fuite. Un long échange de regard se fit entre Lochras et le sergent. Mais la large et puissante épée de ce dernier, qui commençait à quitter son fourreau pour gagner la main de son propriétaire, suffit à dissuader l’Arpenteur. Il leva les mains en l’air en signe de reddition. Venzio l’imita aussitôt.

            Les deux compères se retrouvèrent tout deux affublé d’un soldat, jusqu’à ce que ces derniers écopent chacun d’un puissant coup de genou dans le bas ventre. Pliés en deux, ils ne virent pas le second coup qui les envoya au tapis. En à peine un instant, les deux soldats gisaient inconscients sur le sol.   

            Malheureusement, ces quelques secondes suffirent au sergent pour appeler des renforts.

            – On se taille ! s’écria Lochras.

            Venzio ne se fit pas prier. Les deux fugitifs remontèrent la rue, puis bifurquèrent dans la direction opposée à la sortie de la ville. Leur course alerta les gardes en faction qu’ils croisèrent. Ceux-ci ne mirent pas longtemps à comprendre en apercevant leurs camarades qui les talonnaient de près. En seulement quelques minutes, Venzio et Lochras eurent droit à plusieurs dizaines de soldats sur leurs talons. Quant aux autres, ils les avaient contournés et encerclés.

            – Merde ! Ces fumiers nous ont coincés ! siffla Lochras.

            – On n’est pas de taille, fit Venzio. On doit se rendre ou tenter de s’échapper.

            Le mercenaire regardait d’un air peu envieux les épées des soldats, imaginant sans mal les dommages qu’elles pourraient causer si l’une d’elle venait à s’enfoncer dans sa chair tendre.

            Lochras renifla bruyamment.

            – Ça me fait mal de passer pour un lâche devant ces laquais. Mais j’imagine que c’est préférable à la mort ou la taule.

            Les deux alliés malgré eux dégainèrent leurs armes, et les premiers échanges commencèrent.

Venzio désarma un premier ennemi qui eut l’audace de l’attaquer par derrière, le mercenaire lui décocha ensuite un violent coup de talon qui l’envoya percuter un autre soldat.

Le mercenaire se retourna ensuite juste à temps pour éviter un coup de lance dans l’épaule, laquelle fut également éjectée de mains de son propriétaire.

Un jeune soldat tenta de lui faucher les jambes pour l’envoyer au sol, mais fut stoppé par l’intervention de Lochras qui l’embrocha de sa lame. Venzio le remercia vivement, puis il trancha la poitrine d’un officier qui lui visait alors le flan.

Le mercenaire se retrouva vite dépassé par le nombre d’ennemis, surtout sans l’appui d’Etel. Se battre sans lui s’avérait être bien plus compliqué qu’il ne l’aurait imaginé.

Il entendit alors l’Arpenteur lancer un juron. Il venait de recevoir un coup sur le flanc, dont un mince filet de sang s’échappait. Un uppercut dans la mâchoire du responsable lui redonna la hargne suffisante pour continuer.

Pris en tenaille, Venzio cessa de se préoccuper du sort de Lochras pour se concentrer sur deux officiers qui l’attaquaient sur chacun de ses flancs. Une roulade du mercenaire le propulsa hors de leurs épées qui ne rencontrèrent que du vide. En se relevant, il plongea sa lame dans la cuisse d’un sergent qui avait cru pouvoir profiter de la situation. Il le poussa ensuite du pied vers un soldat qui s’apprêtait à prendre Lochras à revers, lequel remercia Venzio d’un rapide hochement de tête.

La situation s’envenima d’un coup.

Un coup de tête fulgurant assomma l’Arpenteur, qui reçut ensuite un coup de lance dans le ventre puis fut violemment poussé pour aller s’écraser contre une pile de ballots de foin.

Désormais seul face aux ennemis, Venzio redoubla d’ardeur. Lui et Lochras s’étaient débarrassés d’un important nombre de soldat, mais il devint vite évident que ceux-ci les dominaient complètement. Ils étaient trop nombreux. Quant à la fuite, elle n’était même pas envisageable, le quartier entier étant bouclé.

Venzio repoussa de justesse une attaque visant une nouvelle fois à le blesser au bras. Son adversaire reçu un coup en plein sur l’épaule, qui laissa une profonde entaille sanguinolente.

Le mercenaire s’autorisa un soupir de soulagement, heureux que ses réflexes ne l’aient pas encore abandonné, même au cœur d’une mêlée. Hélas son répit fut de courte durée. Il déchanta rapidement en apercevant que Lochras ne s’était pas relevé. Il gisait dans la poussière, à la merci des officiers. Cet instant de déconcentration scella également le sort de Venzio. L’un des soldats lui faucha les jambes. Il aperçut alors l’éclat des épées au-dessus de lui, prêtes à lui pourfendre la gorge si nécessaire.

            – Ne l’abimez pas ! La princesse le veut en un seul morceau ! rugit le sergent qui leur avait ordonné la chasse. Attachez-le et mettez-lui un sac sur la tête.

            Tandis qu’on le redressait et qu’on lui liait les mains, Venzio jeta un œil à son camarade de combat.

La face écrasée contre le sol, celui-ci était fermement maintenant par deux soldats qui venaient tout juste de le désarmer. Venzio avisa le sang qui coulait du crâne du chef de guilde, et ses yeux presque éteints. Le mercenaire redouta un instant qu’il fut mort, mais soupira de soulagement en entendant un faible juron franchir ses lèvres.

Malheureusement, il ne put entendre ce qu’on allait faire de lui. L’épais sac lui avait obstrué la vue et l’ouïe.

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arno_01
Posté le 26/08/2020
Carminia est vraiment un des personnages les plus intéressants dans ton histoire, avec ses côtés qui nous plaisent (son envie d'indépendance, de garder le pouvoir), et d'autres qui nous déplaisent (ou qu'on aime détester).

Réintroduire Lora est également un belle surprise.

Tout avance en même temps, deux intrigues de fond (la garde du pouvoir, la révolte), et l'action (la recherche de l'enfant). Ce qui fait qu'on ne s'ennuie pas, et qu'on imagine / espère encore plus pour la suite. C'est un très bon équilibre pour garder le lecteur hors d'haleine, et le faire cliquer sur ' > SUIVANT'
Benebooks
Posté le 27/08/2020
Merci merci merci ! J'aime beaucoup le personnage de carminia moi aussi. A la base il ne devait pratiquement pas apparaître, mais il a fini par se développer de lui même au cours de ma rédaction. Et je suis très contente du résultat !
Benebooks
Posté le 27/08/2020
Lora non plus n'existait même pas d'ailleurs
Filenze
Posté le 25/07/2020
Coucou, je poursuis sur ma lancée!

Ah j'ai adoré l'intro du chapitre :) très drôle et bien écrite!
On est vraiment au cœur de l'action et l'intrigue avance sur plusieurs plan à la fois avec ton découpage par lieux.
Voici pour les coquilles repérées:
Carminia lui avait envoyé une invitation pour la semaine prochaine. La princesse passe sensuellement sa langue sur ses lèvres en imaginant leur entrevu.= pass ; entrevuE. Je me demande si ça ne serait pas plus fluide de lier les deux phrases ?

Mais nooooon!! les nobles ont perdu l'usage de la magie?! O_O

Carminia ne l’avait vu aussi fou. = Ne l'avait Jamais vu aussi fou?

Assis-toi là, dit-il en lui désignant l’une des nombreuses chaises dépareillées. = Assieds toi là

Il pesta de devoir encore le mettre à sécher et le suspendit à l’un des poutres, = l'unE des poutres

ainsi que le fait qu’ils semblaient poursuivre une fillette qui les avait finalement battus à plat de couture. = battre à platE couture (c'est l'expression consacrée :) )

Il en fallait peu pour que son plan capote, mais il fallait bien tenter quelque chose ? = je remplacerais le point d'interrogation par un point ou des points de suspension.

Un long échange de regard se fit entre Lochras et le sergent. Mais la longue et puissante épée de ce dernier, = petite répétition de 'long'

Venzio ne se fit prier. = ne se fit Pas prier

On a deux grandes informations scénaristiques dans ce chapitre: la perte de magie des nobles et l'organisation des rebelles. Je trépigne d'impatience que Venzio vienne mettre un coup de pied dans la fourmilière. Surtout que sa patronne est en train de trahir la confiance et de perdre son autorité sur lui... ça va le rendre d'autant plus imprévisible!
Benebooks
Posté le 25/07/2020
Ravie que tu es été surprise par cette histoire de magie ;) Ce n'est que le début des révélations, j'espère que tu seras aussi surprise par la suite :D
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