Chapitre 5 : Au nom de celle qui dort - Nouvelle version

Notes de l’auteur : Version du 17/09/2022

Nous entrâmes dans la caserne évacuée pour l’occasion au moment où le soleil tombait pour de bon. Là, dans une petite pièce nous attendait Domitia, encore échevelée du trajet. Eskandar demanda à ce que Spurius soit raccompagné par deux soldats : inutile de s’encombrer du chagrin d’un homme, raisonnait-il. L’ambiance était singulière. Une substance crayeuse stagnait dans l’air, crevassant ma langue déjà sèche. Je songeai avec douleur que mon repos et mon repas se trouvaient repoussés une fois de plus. Qu’il faudrait prévenir Tullia, Lucius, les écouter. Longtemps sans doute. On avait apporté des dizaines de lampes à huile, dont la surface en terre reflétait la chaleur de la lumière face à la progression de la nuit. Quand je tendais l'oreille, il me semblait entendre crisser les griffes de l'obscurité le long des murs. Comme aujourd’hui, les ténèbres cherchaient le moindre interstice pour s'engouffrer et étouffer l'éclat de ce qui apparaissait alors comme le dernier îlot de vie au monde : nous étions encerclés. Le poison du sommeil infestait les esprits qui se noyaient en leurs songes éveillés, et les poumons sifflaient au milieu de cet air vicié par le poids d'une malveillance insidieuse. 

Quelques bacs et outils témoignaient du récent passage d'ouvriers, de même que ces particules en suspension dans l'atmosphère qui brouillaient les sens. Au centre, une table sur laquelle reposait le cadavre à peine pâli par les caresses de la mort. Voici quelques heures encore, Dillia avait les joues si roses, l’œil si brillant... Orazio marmonna un juron et s’appuya contre le mur, le plus loin possible de la défunte. Malgré ses provocations, il avait blêmi. Assise sur un coffre, Domitia se tenait en face, le visage froncé, sans doute encore travaillée par la scène causée par le sénateur Spurius un instant plus tôt dans la rue. Le plafond bas, l'absence d'ouvertures... Tout cela renforçait l'effet de somnoler dans la fraîcheur d'un tombeau érigé en mémoire de cette jeunesse fanée sitôt éclose ou de se tenir derrière un rempart alors que l'assaut grondait dans l'inconnu de la nuit. Je me rapprochai d’Orazio et, sans que je comprenne pourquoi, il posa sa main sur mes yeux. Sa peau sentait le vin et quelque chose de plus âcre et sensuel à la fois. Je voulus la repousser, mais il m’en empêcha.

— Une môme devrait pas voir ça, maugréa-t-il. C’est pas bien de grandir trop tôt.

Je ne répondis pas. Que dire ? Que j’avais vu plus d’exécutions, de mort et de sexes dans ma vie que lui ? Qu’il était trop tard pour l’innocence, et qu’il s’agissait bien de la seule chose qui ne se reconstruit pas ? Je ne voulais pas parler. J’avais trop de chagrin pour Lucius et Dillia, alors je ne dis rien. Je décalai juste assez mon visage pour tout de même pouvoir apercevoir la scène entre ses doigts. 

— Alors, Eskandar ? finit par pépier Domitia d'une voix enrouée. Du nouveau ? 

— Je cherche. 

Autour du corps de Dillia Messor, Eskandar voletait à la manière d'une mouche grasse. Il soulevait une paupière, palpait la chair et des questions brèves et sèches à Crassus, trop bas pour que je puisse intercepter quoi que ce soit. De temps à autre, il griffonnait des notes sur des tablettes de cire. Crassus avait trouvé le corps encore chaud tandis qu'il se rendait au lupanar où se terrait Orazio afin de le ramener en cellule pour la nuit. Il n’avait rien remarqué. S’il ne connaissait pas Dillia, il aurait même pu penser qu’elle dormait dans la rue. 

— Orazio, l'appela Eskandar du bout des lèvres. Viens voir. Ce sera important, si tu dois m'accompagner. 

— Mais... 

— Tu peux lâcher Vara, quoi que tu fabriques avec elle. 

Je posai mes petites mains fripées sur le bras d'Orazio et le repoussai en douceur. Puis, je sautai pour me hisser sur la table afin d’assister à l'examen, non sans avoir décoché un sourire narquois à Orazio. Il soupira, se leva dans un grognement et tituba - épuisé de son séjour en prison - jusqu'au cadavre. On lui avait croisé les mains sur la poitrine, à la façon des momies du Sud. Autour, la chaleur dégagée par les lampes rougissait les visages et amollissait les traits de la morte. L'éternel repos ne m’avait jamais paru un sort aussi enviable qu’à cet instant. Elle semblait dormir, et moi, j’avais si mal. Sous l’effet de la migraine naissante, des vers noirs grouillaient sur mes yeux et remontaient en influx nerveux à l'arrière de mon crâne. 

— Approche-toi encore, fit Eskandar à Orazio. J'ai pas que ça à faire. 

La consule murmura :

— Ton avis nous intéresse. Tu es notre porte d'entrée vers le Marionnettiste.

Orazio maugréa. Domitia le fixait sans relâche derrière ses paupières mi-closes où crépitait l'un de ces feux grégeois qui brûlaient jusqu'aux larmes. Un brasier de calcul et de colère. Impossible pour le prisonnier de reculer. Alors, en un frisson d'appréhension, il accepta de poser les yeux sur le visage de cette Dillia Messor, celle que son père pleurait si fort, celle pour qui certains à Esquiliae tueraient bientôt de gré ou de force, celle enfin qui rivetait pour de bon sa liberté à Eskandar. Son destin avait un visage livide. 

Quelque chose d’étrange se produisit alors. Ce fut comme un murmure, et au vu de l’indifférence de Domitia et Eskandar, il n’y eut qu’Orazio et moi pour saisir ce que chuchotait cette voix. Il me jeta un regard terrifié. Je ne lui renvoyais qu’un air surpris, un air de celle que les bizarreries autour de l’affaire du Marionnettiste ne devraient plus tellement effrayer.

Du feu. L'odeur. Tu as faim ? 

De longs cils qui mouillaient le regard éteint de Dillia.

Et ce sable. Du sable, partout. Brûlant. Il frotte. Le feu. Rien n'arrête le feu. L'odeur. Le bûcher. 

Orazio serra la mâchoire, les ongles plantés dans le bois de la table, pris de tremblements. Son passé devait revenir le frapper de plein fouet devant ce masque de marbre de la mort. Mourir n'avait pas toujours été aussi glacé, je connaissais son dossier. 

Mourir peut brûler. 

Il aurait voulu se murmurer à lui-même que tout cela ne lui appartenait plus. Que la courbe des lèvres de Dillia, ligne fine et renfrognée, deviendrait sculpture dans une mémoire de l'éternité. Je le sais, il me l’a confié plus tard, avant de nous trahir. 

Charogne. Elle deviendra charogne. Sauf si tu la brûles, comme tu les as brûlés. Comment ils sentaient bon, ils sentaient la viande, ils sentaient la cendre. Ils sentaient la maison.

Orazio se tapota le front. Je le fixai, avec son rictus dissimulant mal son malaise. La confiance qu’il présentait un instant plus tôt paraissait bien lointaine. De mon côté, je préférais garder mon trouble pour moi. Ce n’était pas la première fois que de telles manifestations se produisaient à côté d’un cadavre, mais Domitia n’était pas informée de cela. Et je ne tenais pas à ce qu’elle le soit maintenant. 

— Quand tu auras fini, Orazio, grogna Eskandar, on pourra peut-être passer à l'examen. 

Le grain de beauté de Dillia au coin de l'œil. Les veines bleues autour de ses paupières. Orazio glissa le pouce sur la peau froide, comme pour essayer d'effacer ce témoignage de sa propre mortalité. J’avais déjà connu ce qui devait l’habiter à présent : les souvenirs qui s’abattaient leurs becs sur son esprit, arrachaient morceau de chair sur lambeau de muscle, perçaient ses oreilles et répandaient ses entrailles. Les vapeurs des morts du Marionnettiste diffusaient leurs effets délétères. 

Soudain, sous le tissu de la robe, un renflement attira son attention. Orazio fronça les sourcils et, toujours sans un mot, s'attaqua à détacher une fibule. Eskandar réagit aussitôt. Il voulut intervenir, mais Orazio le repoussa d'un geste sec de la main.

— Que fais-tu ?  s'inquiéta mon maître. Tu déshabilles un corps ?

— Si tu veux que je t'aide, laisse-moi faire.

— Recule, Eskandar, gronda Domitia. Recule encore, tu le colles. 

Orazio sortit alors un paquet de lin coincé contre l’aisselle de la morte. Crassus le saisit aussitôt et s'empressa d'en défaire les cordelettes. Quelqu'un l'avait ajouté après la mort de Dillia, du moins il le supposait. Sinon, le paquet serait tombé plus loin dans la robe avec la chute de la jeune femme. Crassus déplia les pans de tissu avec nervosité. D'un geste avide, Eskandar abattit ses serres sur son contenu et tira une poupée en bois articulée, dont la chevelure et les vêtements imitaient la défunte. Se disputèrent sur le visage du magistrat des sentiments confus, il n’eut pas le temps de s’appesantir dessus. Un rappel à l'ordre de Domitia obligea Eskandar à tendre la poupée à la consule afin que cette dernière puisse examiner ce morceau de miracle par lequel le Marionnettiste dévoilait une fois de plus sa prescience : il avait dû deviner l’apparence Dillia bien avant leur rencontre pour lui préparer cette poupée. Comme à chaque fois. 

— Encore une, remarqua Domitia. Toujours le même type de poupée. Il se fout de nous.

Sauf qu'Orazio ne voyait pas le jouet. Orazio voyait autre chose. Je suivis son regard. Sur le tissu d’emballage, griffonné au charbon, trônait le profil reconnaissable entre mille d'une ziggourat. 

D'où venaient les végétaux qui alimentent le bûcher ? Souviens-toi, Orazio. Souviens-toi.

— C'est nouveau ça, commentai-je. Pourquoi il a dessiné une pyramide ? 

Eskandar fronça les sourcils et récupéra des mains de Crassus l'esquisse croquée d'un trait sûr. Puis, il murmura, le nez frémissant : 

— Pourquoi ça ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi change-t-il son schéma ?

Nous devinions pourtant tous les deux pourquoi. Le Marionnettiste savait qu’Orazio avait rejoint la partie. Désormais, il n’avait guère plus d’autre choix que de nous suivre dans cette affaire, même s’il l’ignorait encore. Eskandar retourna le tissu à la recherche d'un quelconque indice supplémentaire, puis le tendit à Domitia. Il reprit l'examen de son impeccable cadavre souriant, les yeux écarquillés vers un chemin de lumière qui échappait à ceux qui ne partageaient plus son horizon. Un cadavre du Marionnettiste. Un cadavre devenu une triste habitude dans notre vie à tous les deux, muet et évocateur à la fois. Orazio observa ce corps trop parfait, songeur. 

— Elle n’a pas de blessure ? fit-il remarquer. 

Je souriais tristement : 

— Jamais. Le Marionnettiste ne laisse pas de trace. Pas de piqûre, rien. Les morts tombent comme frappés par la foudre, et il n’y a jamais de témoin. 

— Alors comment vous savez que c’est lui ? 

— Tu le rencontreras. Il aime bien venir nous voir. Tu le rencontreras et tu le sauras. Consule Domitia ? 

Elle leva la tête vers moi, les yeux cernés et les lèvres blanches : 

— Qu’y a-t-il Vara ? 

— Orazio nous sera toujours utile si le Marionnettiste sait qu’il est avec nous ? 

— Non, ajouta Eskandar, ce serait nous encombrer. Autant appliquer sa peine. J’ai trop à faire. Je n’ai pas de temps à perdre avec lui, surtout si le Marionnettiste sait qu’il est dans notre camp. La poupée est d’un bois quelconque, le tissu également. Il n’y a rien, toujours rien... 

Il soupira et se frotta les cheveux, sans cesser son examen. Domitia n’apprécia visiblement pas que je conteste son initiative, elle répondit sèchement : 

— Tous les deux, vous restez avec Orazio. Si vous n’avez rien, ça vous sera un peu de mieux dans votre rien. Il est une piste. Je préfère avoir quelque chose à présenter au prince quand il me convoquera demain pour la mort de Dillia. 

Orazio intervint alors : 

— Si je dois aider, question stupide, mais si le Marionnettiste vient vous voir de lui-même, pourquoi vous l’arrêtez pas ? Fin de l’affaire et fin du problème. Je comprends pas votre histoire d’indice. Vous savez que c’est lui, non ? 

— Il a des protecteurs, marmonna Eskandar, qui l’utilisent pour attiser les braises de la guerre civile. Une arrestation arbitraire, surtout si le Marionnettiste s’avère être un citoyen, pourrait mener à un nouveau conflit. Il faut que nous ayons de quoi convaincre le Sénat de notre bon droit. 

— Enfin, il tue des gens, votre homme. 

— Et en-dehors de Dillia, jusqu’à preuve du contraire, toujours des personnes qui m’arrangent moi ou la consule Domitia. C’est là l’étrangeté de ce meurtre. Pourquoi Dillia ? Je pense qu’il s’agit d’une menace, mais dans quel but ? Il doit attendre quelque chose de nous, une réaction. Il mène encore la partie. 

Le Marionnettiste savait. Il savait comment jouer au grand jeu de la politique et viser ce qui nous mettait en porte-à-faux. Nous étions déjà à quinze morts. Quinze. J’eus alors l'impression que des griffes glacées cliquetèrent sur ma nuque. Je frissonnai, saisie par la chair de poule et me décalai sur la table pour laisser à Eskandar le champ libre à ses analyses. Je n’aimais pas les cadavres, et je ne m’habituais jamais vraiment à ceux des amis. 

Au moment où Orazio voulut répondre, une tunique grise claqua sous mon nez. Un jeune homme aux yeux brumeux débarqua dans la pièce, le souffle court. Un jeune homme familier. Crassus l’avait sans doute prévenu. 

— Eskandar ! appela le nouveau venu. Tu es là !

Mon maître se retourna.

— Leukophaios. Lucius est au courant ? 

Leukophaios secoua la tête et, visiblement rassuré que le secret soit préservé, Eskandar parut se détendre. Je soufflai aussi : au moins passerait-il une dernière nuit en paix. Un père en deuil nous suffisait, je n’étais pas certaine de pouvoir faire face à Lucius cette nuit même. 

— Je viens pour autre chose, sourit Leukophaios rougi par la course. Le Marionnettiste n'est pas encore parti. Il est en ville. 

Eskandar jura. Orazio dressa l'oreille, étonné d'une telle vulgarité dans une bouche qui se voulait si distinguée. Aussitôt, Domitia se leva et sortit en trombe de la pièce, suivie de Crassus. Sa voix résonna dans les corridors, accompagnée du rythme lourd des caligae des légionnaires sur le sol. Cette funeste percussion se propageait le long des murs. On eût dit le tambour de la guerre, et je n’aimais guère cela. Eskandar me saisit par les aisselles afin de me déposer à terre puis se pencha sur moi. 

— Garde le corps, Vara, fit-il d'un ton sentencieux. Je vais rejoindre Domitia, Crassus et ses soldats. 

— Et lui ?

Je pointai Orazio du doigt. Cela parut le contrarier. 

— Je m'en occupe.

Leukophaios avait sorti cela d'un air amusé, sa bouche retroussée en une moue taquine. Aussitôt, Orazio sourit, d’un sourire fauve, oubliant cadavre, mort et compagnie. Ses yeux brillaient d’appétit. C’en était déplacé. Il fallait suivre ses pupilles se porter sur les mèches inégales de Leukophaios, le dessin droit de ses épaules, la courbe de sa nuque qui exhalait un parfum de sueur salé... Visiblement, il enterrait vite le chagrin des autres et la morte alanguie derrière lui. J’en ressentis une vague nausée alors que la main pâle de Dillia luisait dans la pénombre.

— Très bien, marmonna Eskandar. Je laisserai tout de même deux hommes en faction en bas, au cas où. Vous rentrerez avec eux. Leukophaios, on se retrouve chez Domitia.

Sans se départir de son attitude rieuse, Leukophaios ajouta : 

— Je le dépose à un endroit où dormir, oui. Dans son état, il ne me semble guère plus frais que notre pauvre Dillia. Évitons un second mort ce soir. 

Moi, je ne voulais pas rester seule ici. Pas avec ce corps, pas avec ces ombres. 

Eskandar, il y a des choses qui guettent là où je ne vois rien. Eskandar, peux-tu vérifier pour moi ? J’ai peur. Si peur. 

Tout m’était ôté. Je suffoquai, mais Eskandar, incapable de saisir mon trouble s’engouffra à la suite de Domitia dans les ténèbres des corridors enfumés. Et voilà qu’à présent, de sa faute encore, je me retrouve à veiller dans le noir alors que j’écris ces lignes. Même si Trebonia Seneca ne devrait pas tarder : je guette sa présence avec l’immobilité d’une chatte. J’ai besoin de m’économiser face à la peur. Elle m’avait promis de passer à la seconde veille de la nuit, mais j’ignore tout de l’extérieur : y’a-t-il encore un soleil ? Ou tout s’est-il écroulé sans que je n’en sache rien ?

Passons, passons. Il faut que j’écrive pour tuer le temps. Leukophaios regagna également le couloir, après m’avoir salué et glissé un biscuit, nullement inquiet de me laisser tenir compagnie à un cadavre au beau milieu de la nuit. Les joues roses et sifflotant, Orazio lui emboîta le pas. Je fus seule. Seule à en hurler. Les yeux écarquillés, le souffle court, je tournai la tête vers Dillia. Un détail dans attira mon attention : Dillia avait les mains croisées sur la poitrine quelques instants plus tôt, et Eskandar ne les avait pas déplacées de tout son examen. Je le savais, j’étais sur la table avec lui. Or, la morte présentait désormais les bras dépliés le long de son corps, les poings serrés. Encore ce Marionnettiste. Terrifiée, je bondis en claquant la porte sans me retourner. Je courrais, courrais encore dans ces boyaux où je ne voyais pas à trois pas malgré les lampes. À avancer ainsi, cerné par l'obscurité, j’avais la sensation de pénétrer un peu plus en avant dans les entrailles d'un vers à la moite odeur de chair pourrie. Depuis quand ce bâtiment était-il si grand ? Depuis quand les autres avaient-ils pris autant d’avance ? Enfin, à un croisement, le cœur battant à s’en rompre, je retombai sur les silhouettes nonchalantes de Leukophaios et Orazio. À la lueur de la lampe, je voyais Orazio baisser la tête pour fixer le déhanché de Leukophaios. La persistance de ses désirs pervers dans un moment pareil me rassura quelque peu. C'était un point d'ancrage dans cette longue journée de folie.

— Tu es bien silencieux, finit par faire remarquer Leukophaios. 

— Et toi, tu me sembles bien peu triste pour quelqu'un qui connaissait la défunte.

Je ne pouvais pas voir l’expression de Leukophaios. 

— Chacun son secret alors, fit-il. Dillia avait l'air en paix...

— Les morts du Marionnettiste sont toujours en paix. Tout le monde a entendu dire ça. T’arrives vite et tu te détends facilement tout de même. Eskandar ferait mieux de te regarder d’un peu plus près. 

— Je suis déjà venu parier à ton arène clandestine. Toi aussi, tu as des secrets. Mais tu te trompes sur les miens.

Orazio haussa les épaules et baissa la tête. Les marches étaient glissantes sous mes pieds, je manquai de retomber et me rattrapai sur une corniche. Mieux valait limiter les dégâts de cette journée. 

— Je ne sais pas ce que tu cherches à faire. Je suis juste le prisonnier d'Eskandar. Tu peux me menacer, mais moi je sais ce que je dois faire pour être libre. Je pourrais attirer l’attention sur toi.

— J’ai des alibis. Je reste toujours à Esquiliae. Perdu, Orazio. Ça ne sera pas si simple que cela. Tu ne joues pas aux dés avec le bon joueur et tu as l’esprit trop ensablé pour cela.

Leukophaios, lié au Marionnettiste ? L’idée ne semblait absurde. Il avait grandi avec Lucius et Eskandar. Il avait toujours été ainsi sans que rien ne se passe. Sans parler du problème de la localisation. Cela ne coïncidait guère. Tandis que je réfléchissais, Leukophaios se tourna à demi vers Orazio, le profil hâlé de la clarté de la lampe, et sourit. Aussitôt, une bourrasque se leva. La flamme vacilla et un bref instant, je crus que nous allions tous les trois nous trouver plongés dans le noir, avec un étrange cadavre qui bougeait seul sur nos arrières. Heureusement, la lumière se maintint et ils atteignirent la porte quelques pas plus loin. Il s'échappait de l'embrasure un parfum de terre humide et de légumes en décomposition. Pas de vent, en revanche.

— Il était bizarre ce courant d'air, commenta Orazio en frissonnant. C'est calme dehors et y'avait pas de fenêtres ou de portes à l'intérieur. 

Pas de réponse, encore une fois. La noirceur se laissait couper au couteau. Heureusement, une fois à l’extérieur, une lune pâle éclairait le contour des tuiles de la ville. J’aperçus alors Orazio lever le front vers la pièce où j’étais censée me trouver. 

— J’espère que la gosse va bien. Pourquoi elle a l’air aussi fripée d’ailleurs ? On dirait qu’elle a gardé sa tête d’accouchement.

Quel lâche... S’il était vraiment courageux, je songeais, il serait remonté me tenir compagnie.

— Sans doute quelque chose qui venait des étages, s'amusa Leukophaios. Pour le courant d’air.

Il souffla sur la lampe et la déposa sur une marche de la caserne. Puis reprit : 

— Visiblement, les gardes ne sont pas là. Veux-tu remonter ? Ou que dirais-tu d'aller rejoindre les cohortes ? Ils sont partis vite, mais ils ne doivent pas être bien loin. 

— C'est vrai, remarqua Orazio d’un ton perplexe, pourtant nous ne sommes pas restés longtemps à l'étage. Et nous n'avons descendu qu'un escalier. Comment ont-ils pu partir avant nous ?

Je me posais exactement la même question. Comment avais-je pu courir aussi longtemps dans cette caserne somme toute ordinaire ? Mais je ne me montrai pas. Je ne souhaitais pas qu’Eskandar apprenne que j’avais quitté mon poste auprès de Dillia. Il serait capable de ne pas me parler pendant plusieurs jours, faute de me frapper. Eskandar ne m’avait jamais frappée. 

Sans répondre, Leukophaios jeta sur lui un regard embrumé et jamais les étoiles ne me parurent aussi solitaires et glacées. Je posai la main sur mon front, mais ma migraine n'était pas assez prononcée pour expliquer l'enchaînement de phénomènes inquiétants qui survenaient près de moi. Je regrettais plus que jamais l'absence d'Eskandar et de Crassus. Le frêle Leukophaios et ce charognard d’Orazio m’apparaissaient comme un bien maigre obstacle face à la folie qui rampait. Autour, l'Urbs retenait son souffle. Nul chien ou enfant pour percer le sein du silence et les rares fenêtres allumées paraissaient aussi lointaines que le ciel.

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Le Saltimbanque
Posté le 18/04/2022
Beaucoup de choses à dire, et franchement que du positif.

Mon seul défaut à la limite serait Orazio qui passe de "je laisse Leukophaios m'emmener" à "vite on revient en arrière vers les soldats". J'ai trouvé la transition bizarre, je ne sais pas comment te le dire. Orazio se laisse balader assez facilement. Son isolement dans la ville est assez artificiel, maintenant je sais qu'il va leur arriver quelque chose...

Je suis content que la mort de Dillia ne soit pas hyper-violente/dark comme toutes les histoires d'enquête d'un "tueurmystérieuxettrèsintelligent". Le côté presque paisible de sa mort ajoute au côté dérangeant, c'est une très bonne idée. Au delà du choc de la mort, je ne m'attendais pas à la voir mourir si vite, elle ! L'implication mystérieuse d'Orazio sur ce meurtre est aussi délicieusement intéressante, et ce personnage gagne en profondeur à ce niveau.

MAIS tout cela pâlit face à THE star du chapitre : Leukophaios. Celui-là prend la première place dans mes perso pref de cette histoire. Ce philosophe des enfers a un présence folle. Voir Orazio passer de "mmmh il a l'air appétissant" à "ok je ne veux rien avoir à faire avec lui" est glaçant.

voili voilou
Alice_Lath
Posté le 01/08/2022
Helloooo !

J'suis désolée d'avoir pris autant de temps à commencer à répondre à tes nombreux commentaires haha juste que comme j'ai eu un instant de flottement par rapport à OE, je pensais pas trop à venir ici, enfin bref

Ouaaaais, j'aime beaucoup Leukophaios haha il la joue un peu trouble, un peu shady
Pour les divers problèmes, j'entame lentement une correction, qui touchera surtout à la structure (pas trop pour le début, mais ça va venir ensuite). J'espère donc que ça améliorera pas mal de problèmes

Merci beaucoup encore pour ton com (et les autres auxquels je répondrai au fil de mon avancée), merci mille fois

Et bel été à rôtir au soleil !
Le Saltimbanque
Posté le 14/08/2022
Ah, les hésitations à continuer les histoires, ça me connait bien. Prends ton temps, et revient quand ça te dit. Je serai de toute façon TOUJOURS là, à moins d'une catastrophe.

Parce que, honnêtement, des problèmes, il y en a pas tant que ça. OE est l'une des histoires les plus intéressantes et maitrisées que j'ai lue sur ce site.

Voili voilou
Nyubinette
Posté le 02/03/2022
Super chouette. Est ce que ozario est le premier à voir ce côté surnaturel qui semble entourer Leukophaios (je suis partie voir sur internet si je trouvais une signification pour ce nom et j'ai trouvé un adorable petit oiseau.... du coup je pense que je viens de briser l'image que je m'étais faite du personnage.... bravo nyub).
Bon je pense qu'il va quand même continuer de me faire frissonner...

J'ai beaucoup aimé l'ambiance de nouveau. C'est étouffant. Flippant. Et en même temps ça m'a directement plongé droit dans cette pièce avec les autres.

Je me demande quels sont les secrets d'Ozario, un petit côté pyromane pour notre petit héros ? Qu a t il fait...

Encore merci du partage
Alice_Lath
Posté le 09/03/2022
Helloooo !
Alors, Leukophaios ça ne veut pas dire un petit oiseau haha c'est du grec que j'ai transcrit en alphabet latin à ma sauce, mais en gros ça veut dire "gris cendre" (d'où le nom latin de certaines espèces d'oiseaux)

J'suis contente que l'ambiance t'y plonge

Et Orazio a beaucoup de secrets hahaha qui sait, il aime peut-être bien cramer des palmiers

Merci encore pour ton passage <3
Louison-
Posté le 06/02/2022
Coucou :) Je profite du dimanche de lecture pour venir te lire hihi ^^

Très chouette chapitre, comme j’en ai l’habitude maintenant <3 Ca prend plus un tournant policier, et si tu savaaaais comme ça me fait plaisir de lire ça. Pendant un long moment, j’avais été fascinée par le genre, je lisais que ça, et puis en ce moment, je me suis pas mal tournée vers d’autres lectures en me disant : bon, c’est quand que tu te replonges dans un bon polar ? Et bon, j’ai acheté des nouveaux livres l’autre jour, bein c’était pas des polars :’) Du coup je suis contente de lire qqch qui verse un peu dans le policier ! C’est d’autant plus chouette que c’est dans un univers Antique, avec l’apparition d’un peu de fantastique, en fait c’est un mélange que j’ai encore jamais lu et du coup, ça me fait bien kiffer :D

En tout cas c’est intriguant tout ça. Le dessin de ziggourat interroge, forcément on se demande quel est le passé d’Orazio pour que ça lui évoque quelque chose et pourquoi le Marionnettiste en a après lui personnellement. Les petites parties en italique d’ailleurs sont vraiment belles et intrigantes, j’ai relevé notamment : « Mourir peut brûler. » ou « Charogne. Elle deviendra charogne. Sauf si tu la brûles, comme tu les as brûlés. Comment ils sentaient bon, ils sentaient la viande, ils sentaient la cendre. Ils sentaient la maison. » Ki c'est c gens k'il a brûlés ze veux savooooir.

En fait globalement tu joues pas mal sur la subilité, tu parsèmes des petits indices qui font avancer, entrainant avec eux d’autres questionnements, c'est chouette. Certains d’entre eux font froid dans le dos, comme « Le Marionnettiste savait. Il savait qui il était et ce croquis de ziggourat n'était qu'un message qui lui était personnellement adressé. Orazio eut l'impression que des griffes glacées cliquetèrent sur sa nuque. » Grrrr, le Marionnettiste a l’air très très creepy, aussi avec cette histoire de poupée, j’a-dore aha.

Et puis l’ambiance générale, mortuaire, froide, devant laquelle Orazio reste pas indifférent, très bien décrite ! Aimé le « Des vers noirs grouillaient sur ses yeux et remontaient en influx migraineux à l'arrière de son crâne. » >> beeeurk j’aaaaaime. D’ailleurs je me dis : c’est cool d’avoir nuancé le perso d’Orazio de cette manière ici. Il est très troublé (par ce qu'il découvre avec la poupée et aussi par la mort qu'il voit de près, et donc pas totalement détaché de ce qui l’entoure, vs l’image désinvolte et insolente qu’il s’efforce de montrer.) J’ai particulièrement aimé le fait qu’il trouve révoltant qu’Agrippine assiste à l’examen du cadavre. C’est que définitivement il est plus sensible que ce qu’il nous le fait paraître au premier abord ;) Je l’aime ce petiot.

Sinon, je note qu’Eskandar voit le trouble d’Orazio, petit détail qui je pense va avoir ses répercussions d’une manière ou d’une autre ;)

Et puis, enfin : du fantastiiiiique. Que les bras bougent tout seuls, wow. Ou le courant d’air étrange, tout ça c’est très creepy, lugubre, je kiffe wesh. Je me demande si Leukophaios est responsable de tout ça ? S’il est mage ou quoi ? (je sais pas si t'as des mages ou un truc similaire dans ton univers ? x))

(je note une remarque intéressante d’Hastur, qui soulève que les bras qui bougent, c’est comme des fils attachés, faisant ainsi référence au marionnettiste. Très intéressante cette interprétation et j’aime l’image :D)
Dans tous les cas, je me réjouis fort beaucoup de plus en découvrir sur Leukophaois, ce personnage, je sais pas, j’ai comme l’intuition que je vais bien aimer son côté sournois et d’apparence froide et je sais pas, y’a un truc qui se dégage de lui d’assez jouissif presque :)

Bon voilà ! Sorry si je fangirl plus qu’autre chose, mais j’dois dire j’aime bien le creepy et là l’ambiance c’est totalement ça, et puis tes personnages me parlent, et puis bon, rien de très utile dans ce que je raconte, mais c’est aussi que ton histoire c’trop bien.

Bisou, au plaisir de te relire bientôt !

(PS : je rebondis sur une remarque d'Edouard : Agrippine aussi m'a tout de suite fait penser à la mère de Néron, mais je me suis habituée maintenant. A toi de voir si tu veux changer, je te laisse ma pensée quand même)
Alice_Lath
Posté le 19/02/2022
Coucou Louison et encore une fois, merci pour tes super coms <3

Alors, pour l'aspect polar/policier... En vrai je tâtonne encore un peu sur ce que je veux faire haha et comment le catégoriser, donc j'espère que les hésitations te gâcheront pas trop la lecture

J'suis contente que les jolies phrases marchent hahaha j'aime beaucoup faire des jolies phrases, je trouve ça très agréable comme exercice, donc tant mieux si ça marche !

Pour la responsabilité éventuelle de Leukophaios haha je dirai rien, mais tant mieux que le personnage te plaise, il est vraiment plaisant à écrire haha

OK, je note pour Agrippine, je verrai si je modifie ça et comment

En tout cas, merci beaucoup pour toutes tes remarques adorables à nouveau, c'est toujours un très grand plaisir de lire tes commentaires <3
Hastur
Posté le 15/11/2021
Hello !

Toujours un plaisir ce chapitre quotidien !
L'ambiance mortuaire de ce chapitre et son malaise omniprésent ont fourni une sacrée ambiance tout du long. Le retour de Leukophaios renforce d'autant plus cela avec son côté très mystique, et potentiellement dangereux... Ils ne sortent pas de nulle part ces courants d'air !

Les bras ont bougé, un peu comme si un marionnettiste avait bougé les fils attachées à sa créature ? Était-il présent dans la pièce ? On le connait peut-être déjà finalement ?

J'aime beaucoup le côté "policier" qui prend de l'ampleur dans ce chapitre ! Avec le genre historique très propre et carré, je trouve que ça se marie très bien !

A très bientôt ! :)
Alice_Lath
Posté le 16/11/2021
Yooo Hastur !

Jsuis ravie que l'ambiance de ce chapitre ait su distiller le bon niveau d'angoisse haha
Et que Leukophaios fasse son petit effet !

Pour les bras, qui sait ? Je ne dirai rien, mais oui, des pistes vont se dessiner peu à peu !
(Et jsuis ravie que tu trouves le côté historique propre et carré, genre vraiment)

Merci encore !
JeannieC.
Posté le 07/11/2021
Hey hey !
L'ambiance est délicieuse sur ce chapitre encore, ma foi. Tout le côté poisseux et crayeux du début, Eskandar comparé à une grosse mouche - décidément il ramasse xD C'est sans concession avec tes deux protagonistes centraux, j'aime !
Toujours ce ton cynique aussi de la part de cette crapule d'Orazio, le coup "du mort et compagnie" et du "protégé à protéger" m'ont fait sourire.
L'enquête avance avec ce parchemin, le ziggourat dont je suis curieuse de découvrir le rapport avec tout ça. Et j'aime toujours bien le personnage de la consule Aspasie =)
A une prochaine !
Alice_Lath
Posté le 08/11/2021
Yooo Jeannie !
Jsuis ravie d'avoir réussi mon ambiance haha et ouais, mes deux protagonistes, c'est deux guignols que j'aime bien martyriser (avec tendresse bien sûr)
Tant mieux si ça t'arrache un peu d'amusement haha ! Ça fait plaisir à entendre
Et merci pour ton retour ! Mais au besoin, hésite pas à me signaler en tout cas tout problème, jsuis open
Merci encore pour ton passage, ça fait chaud au cœur!
Edouard PArle
Posté le 30/09/2021
Coucou !
Sur la forme c'est excellent, je n'ai rien à t'apporter sur ce chapitre.
Parlons un peu du fond du coup (=
J'aime bien Orazio, il ne perd pas son caractère de salaud après s'être fait bastonné, c'est cool des personnages qui restent fidèles à eux même.
"La persistance de ses désirs pervers dans un moment pareil le rassura quelque peu. C'était un point d'ancrage dans cette longue journée de folie."
Ca m'a arraché un petit sourire xD
Le personnage du marionnettiste m'intéresse aussi beaucoup, je m'interroge sur ses motivations véritables (=
Bon, je t'avoue que les autres personnages me laissent assez indifférent pour le moment. On n'est qu'au chapitre 5 donc c'est assez logique et puis en soit on peut quand même prendre du plaisir à lire un livre où seulement un ou deux personnages sont intéressent. Ca m'arrive même d'apprécier des livres où les héros ne me plaisaient pas.
Tout ce que je viens de dire est assez instantané, peut-être qu'en finissant le chapitre suivant je m'intéresserais fortement à 2 autres personnages donc prends le pour ce que c'est : une impression sur le moment.
Quand à l'univers, l'inspiration romaine permet de se figurer très facilement les lieux et ça aide bien à la lecture. Tu gères plutôt bien je trouve parce que ça peut vite être délicat à écrire.
Petit bémol : quand je vois Agrippine, je pense à la mère de Néron. Quand je vois Germanicus, je pense au général romain. (Après je travaille sur Rome actuellement en FAC donc ça aide pas^^).
Voilà pour ce qui me passe par la tête, l'ensemble reste très plaisant à lire et ta façon de faire est plutôt originale ce qui est agréable.
A très bientôt (=
Alice_Lath
Posté le 30/09/2021
Hello hello
Yess, la bastonnade l'a pas changé haha après, je suppose que c'était une simple histoire d'argent. Et ouais, on arrête mal la mécanique du désir chez lui 🥲 c'est quelque chose d'écrire de son pdv
C'est noté pour les personnages ! Il faudra que je vois par la suite si ça change ou pas, n'hésite pas à me le signaler si jamais tu continues l'histoire 👉👈 Comme il y a beaucoup d'action, c'est vrai que j'ai du mal à trouver le temps de bien les développer, mais j'espère que ça changera par la suite
Je suis contente que les descriptions rendent bien en tout cas!
Pour les noms romains, il y a eu plusieurs homonymes et je pensais qu'utiliser un peu de noms connus faciliterait la mémorisation chez le lecteur 🤔 je me note le problème, je changerai éventuellement cela
Merci encore pour ton retour très complet et je suis contente que ça te plaise
La bise 🦔
Lohiel
Posté le 26/09/2021
Coucou toi 🌹

Bon, j'ai tout lu... et mazette, c'est diablement bon, tout ça. Follement ambitieux, mais tu tiens la rampe de manière tout à fait convaincante. L'attaque, cette histoire de gladiatrice et de dieu vagabond, m'a laissée sur le sable 😶

"Le marionnettiste rouge" est un titre excellent, soit dit en passant.

Et tu as de ces formules, grandioses... et des personnages à la fois complexes et bien dessinés ; Orazio est déjà très attachant... Plusieurs fois, ça m'a fait penser à du Jaworski (celui que j'aime, de *Rois du Monde* & sa suite *Chasse royale* ; il m'est impossible de m'intéresser sincèrement à un salaud aussi puant que le héros de *Gagner la guerre*). Tu le lis ? Parce que sa manière d'allier aventures qui coulent de source et niveau littéraire brillant, c'est assez voisin.

Alors, de temps en temps, il y a une petite faiblesse d'articulation, d'expression, une mini-faute (*)... un emploi sémantique un peu déroutant, une bizarrerie syntaxique. Et dans ces deux derniers cas, c'est plus épineux, parce qu'on se demande parfois si on a pas affaire à ta créativité, plutôt, vu que l'effet peut être intéressant. En tout cas rien qu'une bonne révision éditoriale ne puisse régler, mais il faudrait ce genre de dentellier qui bosse pour les grandes maisons (et pas un de ces pénibles qui insistent pour que l'anacoluthe reste une faute de syntaxe, deux siècles après Fontanier).

Quoi qu'il en soit, une fois mis le point final... je te le prendrais bien pour un premier passage, un verrouillage initial, avant de le présenter à qui que de droit. C'est du boulot (purement amical, désormais), mais pour un texte de ce calibre, je n'hésiterai pas.

(*) Celle-là peut sauter vite fait : dans "Que meure l'oiseau !" c'est un subjonctif qu'il faut utiliser (et non "meurt", donc), "il faut que" étant sous-entendu mais bien présent dans le sens de l'injonction.

Bisous (et félicitations ! 💖)
Alice_Lath
Posté le 27/09/2021
Hello hello !

Beh écoute, tout d'abord, merci beaucoup :') J'espère ensuite que ça va tenir la route, narrativement parlant. Je sais que sur la construction d'une intrigue, j'ai encore du mal, donc je croise les doigts pour maintenir un bon rythme

J'ai jamais lu de Jaworski haha mais je suppose que c'est très chouette d'être comparée à lui, donc merci beaucoup ! Je suis contente que les personnages marchent bien haha et oui, Orazio, ce sacré charmeur

Parfois, je m'emballe, effectivement, ce qui explique que la syntaxe et la grammaire partent cueillir les champignons. Puis j'ai aussi une ignorance des règles qui explique sans doute d'autres faiblesses (j'suis allée chercher ce qu'était "l'anacoluthe", ça m'apprendra d'avoir dormi pendant tous les cours sur les figures de style).

Merci beaucoup pour ta proposition en tout cas ! Ça me fait très plaisir haha, ça me touche beaucoup ! Je préfère déjà attendre de voir si l'intrigue tient la route avant de réfléchir corrections. Je sais à nouveau que c'est une de mes grandes faiblesses...

Merci encore pour ce très joli com qui me fait chaud au coeur, vraiment !

(et je m'en vais corriger la faute dans le titre du chapitre huhuhu personne n'a rien vu)
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