Chapitre 5

Par Edorra

Océane

De lourds nuages gris s’amoncellent dans le ciel lasmonien. Il semblerait qu’aucune virée à l’extérieur ne se fera aujourd’hui. Je soupire et m’appuie aux rebords de la fenêtre ouverte. Plus aucun volet ne me cache la vue à présent. Yanael l’a retiré sitôt notre première sortie.

Le fond de l’air est encore frais en ce début de matinée. Le parc est désert de toute vie animale. On dirait que tous se mettent à l’abri en prévision de la tempête : des familles lasmoniennes aux familles des anatidés. C’est dommage, j’aurais bien aimé pouvoir admirer ces magnifiques oiseaux ressemblant aux cygnes terriens. Ils sont si gracieux avec leur robe verte pale. Ils sont surtout plus raisonnables que moi. Moi aussi, je ferais mieux de fermer ma fenêtre et me pelotonner dans la douce chaleur de la chambre.

Au loin, la grisaille s’approche, entraînée par le vent. Le parfum acre de la terre humide et de l’humus monte jusqu’à mes narines. Je laisse échapper un nouveau soupir, de bien-être cette fois-ci. J’ai toujours apprécié cette odeur.  Je lâche le rebord pour venir poser mes mains sur mon ventre.

Hier, Yanael m’a appris qu’il était mon père. Je reste perplexe face à cette nouvelle. Tout ce que j’ai toujours pris pour acquis s’est écroulé en quelques secondes. Élisa et David n’étaient pas mes vrais parents. Pour David, ça ne me surprend guère : il ne s’est jamais comporté comme un père. Mais Élisa… Elle est et restera toujours ma mère, celle qui me racontait des histoires de princes et de princesses ; celle qui consolait mes chagrins ; celle qui est morte bien trop tôt. J’ai du mal à croire qu’elle ne soit pas ma mère biologique. Mais cette nouvelle explique la lettre qu’elle m’avait laissée dans son bureau secret. Je frissonne. Je n’avais pas repensé à ça depuis des années. Son message était si mystérieux !

J’ai tellement de questions qui me trottent dans la tête. Si Yanael est mon père, pourquoi m’a-t-il abandonnée sur Terre ? Pourquoi est-il revenu me chercher maintenant ? Ces interrogations me brûlent la langue, mais je veux d’abord connaître mieux mes hôtes avant de les poser.

 Je vis tellement de chamboulement que ma tête en tourne depuis hier soir. Cependant, cette nuit, j’ai pris le temps de me poser, de faire le point. Et j’ai enfin vu ce qui crevait les yeux depuis la mort de Dima. Je suis enceinte. J’aurais dû m’en rendre compte depuis des jours : toutes ces nausées, et surtout le retard de mes règles ; les signes étaient plutôt évidents. Je ne me suis vraiment pas montrée futée sur ce coup-là.

Que suis-je censée faire à présent ? Je sais au plus profond de moi que je veux garder mon bébé. C’est sans doute la seule chose qui me reste de mon cher Dimitri, son dernier cadeau. Avec ce futur nouvel être, la vie sera plus belle, sûrement pas plus facile, mais plus belle. Je dois demander à Yanael de me ramener sur Terre au plus vite. J’aurai beaucoup à faire pour préparer la naissance de mon p’tit amour. Mon dieu ! Je lui donne déjà des surnoms stupides. Il serait plus judicieux de d’abord parler à Yanael pour qu’il me donne les résultats d’examen.

Armée de cette nouvelle résolution, je referme la fenêtre et sors de ma chambre pour me diriger vers la pièce de vie principale.

Je commence enfin à me repérer dans ce vaste palais. Enfin, du moment que je me contente d’aller de ma chambre à la salle à manger principale. Les critères architecturaux lasmoniens sont plus que troublants. La forme de base ici est le cercle. De quoi renforcer l’idée de tourner en rond ! À priori, je devrais trouver Yanael dans la salle à manger. Je l’espère, je n’ai pas envie de le chercher dans tout ce labyrinthe.

En remontant le couloir, j’aperçois Azyael arriver au loin, le même visage fermé que le jour où je l’ai rencontré. D’après ce que j’ai compris, c’est mon demi-frère aîné. Il a dix ans de plus que moi. Je crois qu’il ne m’aime pas beaucoup, d’après la pointe de désapprobation que je lis dans ses yeux quand il me regarde. Nous avons juste échangé quelques mots, et vu qu’il s’est borné à parler lasmonien, je n’ai rien compris. Ma connaissance de cette langue est encore quasiment inexistante. Bonjour, s’il vous plait, merci, au revoir… les possibilités de discussion sont minces. Et je doute que Yanael m’ait traduit mot pour mot les propos de son fils.

Je l’observe attentivement. Physiquement, il est bel homme. Il me fait penser à Sineus. Comme lui, il est brun, mais il porte ses cheveux longs jusqu’aux épaules. Aujourd’hui, il les a tressés soigneusement. Il a le même âge que Sineus et comme lui, il n’est pas marié. Ça doit être le défaut de leur promotion. À ce que j’ai cru comprendre, c’est rare d’être célibataire sur Lasmonia.

J’aimerais bien avoir quelqu’un d’autre à qui parler. Peut-être que si je me montrais plus amicale…

Je le salue alors qu’il arrive à ma hauteur.

— Iekeva.

Il se contente de me darder de son regard brun glacial. Ses yeux sont plus qu’expressifs : il ne veut pas que je le fasse chier. Il me dépasse et continue sa route sans même se retourner. J’en reste soufflée. C’est ce qui s’appelle se prendre un vent. Au moins, c’est efficace, le message est passé, et il renforce mon envie de foutre le camp d’ici.

Je reprends ma marche et débouche enfin dans le séjour principal. Certains de mes, je suppose que je dois les appeler demi-frères, en bas âge se chamaillent dans un coin, sous l’œil attentif de Gwenolé. Je fais un tour d’horizon pour découvrir Yanael, confortablement assis dans un fauteuil, lire un vieux manuscrit. Apparemment, lui aussi a le goût des antiquités. Ça nous fait au moins un point commun.

Je m’approche et m’arrête face à lui.

— Iekeva Yanael.

Un sourire chaleureux étire ses lèvres. Il me jette un regard par-dessus son livre.

— Iekeva Océane. Comment te portes-tu aujourd’hui ?

Je fronce les sourcils, étonnée.

— Vous me tutoyez maintenant ?

— Désolé. Ça te dérange ?

Je fais la moue puis hausse les épaules.

— Pas vraiment.

— Tu peux en faire de même… Tu n’as pas répondu à ma question.

Je pousse un grand soupir.

— Bien. Yanael, je veux rentrer chez moi.

Il cesse aussitôt sa lecture et pose un regard soucieux sur moi. Il ferme son livre et le place sur ses genoux. Il tapote soudain l’accoudoir du fauteuil à sa droite.

— Assieds-toi ma fille.

Je lui jette un coup d’œil agacé. Je ne tiens pas spécialement à ce qu’il se comporte comme un père. Pour moi, il n’est encore qu’une connaissance. Je m’exécute tout de même. Notre conversation risque d’être longue, mieux vaut être installée confortablement.

Yanael m’observe un long moment. Je me dandine sur mes fesses, soudain nerveuse. J’ai la désagréable impression qu’il me jauge.

— Océane, finit-il par déclarer, j’ai le résultat de tes analyses.

Je l’arrête d’un geste de la main.

— Je sais, je suis enceinte.

Il hausse imperceptiblement un sourcil. Je m’explique.

— J’ai fini par m’en rendre compte.

Il acquiesce.

— Les tests le confirment. Je peux te faire ce que vous appelez une échographie, si tu le souhaites.

— Vous posséder cette technologie ? m’étonné-je.

— Quelque chose s’en rapprochant, oui.

— Ce ne sera pas la peine. Je ferai toutes les démarches une fois que je serai de retour sur Terre.

Il contracte la mâchoire. Il semble contrarié. Pourtant, il m’a promis que le choix serait mien.

— Océane… j’ai tellement de choses à t’apprendre avant ton départ. Il serait souhaitable que tu restes. J’aimerais tant que tu me fasses confiance.

— Ce n’est pas une question de confiance, Yanael, mais je vous connais à peine ! Je ne suis pas chez moi ici. J’apprécie que vous vouliez me transmettre votre culture, mais je veux reprendre le cours de ma vie.

— Il ne s’agit pas seulement de notre culture.

Il prend une grande inspiration.

— Ce que je vais te raconter va te surprendre, encore une fois. Les Lasmoniens et les Terriens sont semblables sur bien des points. Mais les Lasmoniens ont des capacités psychiques et physiques bien plus développées.

Je fronce les sourcils.

— Développées ? C'est-à-dire ?

— Physiquement, nous sommes beaucoup plus forts et rapide. À plein rythme, nous pouvons courir 1 km en 5 secondes.

J’éclate de rire. Il doit être en plein délire.

— Je ne suis pas si rapide.

— T’es-tu déjà entraînée en ce sens ?

Je cesse net. Il a vraiment l’air sérieux.

— Non… Et psychiquement ?

— Psychiquement ?

Il se mord les lèvres, hésite à continuer.

— Nous sommes télépathes. Nous savons également lire les pensées d’autrui. Et nous sommes les maîtres de l’illusion.

J’en reste ébahie, mais un sourire amusé fleurit sur mes lèvres.

— Vous êtes complètement cinglé…

Je ne me résous pas à le tutoyer. Il reste impassible.

— Je suis parfaitement sérieux et sain d’esprit.

— D’accord, d’accord… Je veux des preuves, le défié-je.

Il soupire et tapote ses doigts sur son accoudoir. Je dois commencer à l’agacer. Il me scrute attentivement. Qu’essaye-t-il de faire au juste ?

— Cela suffit-il ? 

Je sursaute violemment. Ses lèvres n’ont pas bougées, et ce n’étaient pas non plus des sons ventriloques. Je l’ai entendu directement dans mon esprit, comme si une voix intérieure m’avait interpellée. Encore sous le choc, je retrouve difficilement le contrôle de mes cordes vocales.

— Comment… comment avez-vous fait ça ?

— Je te l’ai dit, je suis télépathe.

Je frissonne.

— Vous pourriez arrêter de faire ça, s’il vous plait ?

Il hoche la tête gravement.

— Je comprends que ça te perturbe, mais tu voulais une preuve.

— Vous avez des arguments frappants, Yanael. Ce n’est pas de tout repos d’être à vos côtés. C’est une raison de plus pour passer ma grossesse loin de vous, sans vous offenser.

Il pousse un soupir agacé.

— Tu ne m’as pas écouté, Océane. Je dois t’apprendre à développer et contrôler ces capacités.

— C’est très aimable, mais je pourrais m’en passer. J’ai vécu sans pendant vingt-trois ans, je peux continuer ainsi.

L’inquiétude s’installe sur son visage.

— Non, tu ne pourras pas.

Je me fige et l’interroge du regard. Il continue.

— Ces dons dorment en toi depuis ta naissance. Ils ne cessent de grandir. Ils éclateront un jour, quand tu t’y attendras le moins. Si tu n’apprends pas à les maîtriser, tu feras beaucoup de dégâts. 

— J’ai l’impression que vous me comparez à une bombe atomique.

— Laisse-moi t’éduquer, c’est pour ton bien. Reste jusqu’à ton accouchement. Nous prendrons soin de toi et de ton bébé. Rassure-toi, ton apprentissage est sans danger pour lui.

Je m’écroule contre le dossier de mon siège. Yanael a insinué le doute en moi. Et c’est sans compter sans mon incroyable curiosité. J’ai envie de savoir ce que me réserve cette planète.

— Je doute que les membres de votre famille soient aussi catégoriques que vous. Je suis un caillou dans leur chaussure.

Il écarquille les yeux.

— C’est faux ! Tu fais partie de la famille. Ils sont ravis que tu sois là.

— Jihanne et Gwenolé peut-être, mais les autres… Azyael me déteste, j’en suis sûre.

Il secoue la tête avec désapprobation.

— Tu exagères. Azyael est juste le plus mystérieux de tes frères. Laisse-lui un peu de temps. Apprends à nous connaître, je te promets que tu ne le regretteras pas.

Je pousse un profond soupir et passe une main sur mon front. Que dois-je faire ?

— Vous promettez que mon enfant ne court aucun risque ?

— Je te le promets. Nous avons les techniques et les soins pour vous garder tous les deux en parfaite santé.

— Dans ce cas, d’accord… j’accepte de rester jusqu’à la fin de mon « apprentissage ».

Un sourire radieux éclaire son visage.

— Merveilleux, à partir de maintenant, on va pouvoir avancer.

Je l’observe. Il semble vraiment satisfait de ma décision. Ses yeux azurin pétillent de joie. Ses traits marqués sont détendus.

Je hausse un sourcil. Est-ce que je lui ressemble ? Son visage est ovale, comme le mien, mais c’est assez courant. Contrairement à moi, sa mâchoire est plus prononcée, mais nous avons le même front, et le même nez romain… le mien est peut-être un peu plus court. Vu toutes ces ressemblances, il ne semble pas si incongru qu’il soit mon père.

Hésitante, je me mordille la lèvre, puis demande.

— C’est pour mon apprentissage que tu es revenu me chercher ?

Il acquiesce, soudain plus sérieux. Je ne sais toujours pas comment réagir face à cet abandon. Je suis perdue. Je ne connais pas suffisamment Yanael pour être peinée, mais je suis en pleine incompréhension.

—  Pourquoi n’es-tu pas revenu plus tôt ?

Il grimace, gêné.

—  Tu semblais heureuse sur Terre.

Je sursaute comme si une aiguille m’avait piqué les fesses et m’exclame.

— Heureuse !

Je repense à tout ce par quoi je suis passée depuis mon adolescence. Je ne peux décemment pas décrire mon parcours comme serein ; même si j’ai eu des moments de joie.

Il hausse un sourcil.

—  Aurais-tu préféré vivre ici et ne pas connaître ce que tu as connu sur Terre ?

Je prends le temps de la réflexion. Si je n’avais pas vécu sur Terre, je ne serais pas devenue actrice. Je n’aurais pas rencontré mes amis. Je ne serais pas enceinte de Dimitri. Je finis par avouer.

—  Je ne sais pas.

Il hoche la tête gravement. Je vois bien que le sujet le dérange, mais il reste encore une question en suspens.

— Qui est ma mère ?

Il se fige et fait la moue. Ce n’est pas lui qui me répond, mais une voix venant de derrière nous.

— C’est moi.

Je me retourne vivement pour découvrir Jihanne. Ses traits sont impassibles, mais son regard laisse transparaître des émotions que je n’arrive pas à définir.

Après un instant d’hésitation, elle nous rejoint et s’installe dans un fauteuil face à nous. Elle m’observe longuement, puis un léger sourire étire ses lèvres.

— Maintenant que ce secret est dévoilé, on peut discuter. Tu peux me demander ce que tu veux.

Yanael toussote légèrement à ces mots. Je jette un coup d’œil étonné vers lui, puis reporte mon attention vers Jihanne. Elle attend. Le problème, c’est que je ne trouve rien à lui demander. Pour moi, elle n’est tout simplement pas ma mère, mais une inconnue. Je bafouille.

— Je suis désolée, mais non… je… Tout ça arrive beaucoup trop vite. Je viens juste d’apprendre que j’ai été adopté, et que je suis une extraterrestre par-dessus le marché ! Alors pour l’instant… je suis désolée, mais vous n’êtes pas mes parents.

Je me lève rapidement, voulant échapper à leur regard déçu qu’ils cachent tant que mal. J’ai besoin de m’aérer, de faire le tri dans mes pensées… si tant est que ce soit possible.

 

🙢 🙠 

 

Yanael

L’enclume qui menaçait de tomber sur ma tête vient enfin de s’évanouir. La décision de ma fille me soulage d’un poids énorme. Mes projets vont pouvoir se mettre en place. Il y a quelques imprévus, comme l’enfant d’Océane, ou ses distances vis-à-vis de nous, mais je trouverai une solution le moment venu.

Maintenant, je dois réfléchir à notre première leçon. Par quoi vais-je commencer ? Peut-être par l’aspect physique avant que sa grossesse ne soit trop avancée… Elle a déjà commencé à apprendre le jeu d’Escelian. Elle y joue à cet instant précis en compagnie de Sineus. Il a l’air de beaucoup l’apprécier, tellement que je vais devoir le surveiller. Un mariage ne m’arrangerait pas. Heureusement qu’Océane n’est pas dans un esprit romantique.

Sur ces réflexions, j’entre dans mon bureau et me dirige vers la bibliothèque murale. Je dois faire une sélection des ouvrages qui seront le plus utile à ma fille. La plupart sont ludique, voire enfantin, mais repose sur la culture lasmonienne. Elle devrait tout de même pouvoir les comprendre.

Je relève la tête en entendant quelqu’un entrer dans la pièce : Azyael.

— Bonjour père.

Je lui réponds d’un signe de tête et me replonge dans ma recherche. Je sens son regard rivé sur moi.

— Te voilà bien occupé.

Puis il s’approche et observe les livres que j’ai posés sur la table. Un éclat de rire sarcastique s’échappe de ses lèvres.

— Intéressant. Je n’avais pas revu ces livres depuis une vingtaine d’années.

Je me retourne et lui désigne celui que je tiens dans mes mains.

— Celui-là était ton préféré.

Il fait la moue.

— Possible.

Il pose ses mains de chaque côté de la pile de manuels et me fixe d’un air grave.

— Tu comptes vraiment perdre ton temps avec elle ?

Je fronce les sourcils.

— Je n’ai perdu mon temps avec aucun de mes enfants. Pourquoi serait-ce différent avec elle ?

— Elle est trop âgée, et elle a été élevée par ces maudits terriens. Tu ne pourras rien en tirer.

— Apprends à la connaître avant de la juger.

— Je sais déjà tout ce que j’ai à savoir.

— Azyael ! Ça suffit ! Océane est notre invitée, que ça te plaise ou non. Fais un effort, parle-lui.

Il me fusille du regard.

— Tu ne m’obligeras pas à parler une de ces stupides langues terriennes !

— Alors, apprends-lui le lasmonien.

— C’est toi son professeur, pas moi. Je persiste à croire que tu devrais la renvoyer sur Terre dès maintenant. C’est ce qu’elle voulait après tout.

— Elle a changé d’avis, heureusement. Mais ton attitude n’a pas aidé. Je peux savoir pourquoi tu t’es montré si froid ?

— Oh, la petite fille est triste que tout le monde ne l’aime pas ? Pauvre, pauvre petite fille…

Un rictus moqueur déforme son visage. J’ai une subite envie de le lui faire ravaler.

— Cette remarque est indigne de toi. Océane est bien loin de ressembler à ce que tu dis.

Il s’approche de moi et pose son index sur sa tempe.

— Tu oublies que je peux lire ses pensées. Elle est exactement comme je dis.

— Tu ne vois que ce que tu veux voir.

Son sourire s’élargit.

— Exactement comme toi, mon très cher père. Tu veux tellement qu’Océane soit ta guerrière vengeresse que tu ne vois pas que la femme que tu as sous les yeux est une pauvre chose apeurée, et enceinte qui plus est. Elle n’est pas à la hauteur, accepte-le.

Je serre les dents. Ce n’est pas la première fois que nous avons cette discussion lui et moi. C’est le seul de notre famille que je n’ai jamais réussi à convaincre.

— C’est ton opinion, je la respecte. Mais je ne changerai pas d’avis.

Il pousse un grognement rageur et tourne les talons. Il m’avertit soudain.

— Je n’abandonnerai pas, Père, tu es sur la mauvaise voie, et je te le prouverai.

Il sort de la pièce en fulminant. Je laisse échapper le soupir que je retenais depuis le début de cette conversation. Il va également falloir que je me méfie d’Azyael.

Jihanne entre à son tour et m’interroge du regard. Moi qui espérais être tranquille.

— Azyael te cause encore des troubles ? 

Jihanne n’aime pas le son de sa voix ; elle a toujours préféré s’exprimer par télépathie.

— Tu nous as entendus ? 

Elle hoche la tête et vient me prendre dans ses bras, posant sa joue contre mon dos.

— Il a toujours eu un caractère particulier, mais ça n’ira pas plus loin que des mots. Il ne fera pas de mal à Océane 

— Non, pas consciemment. C’est mon fils, Jihanne. Depuis la mort de sa mère, il est de pire en pire. 

— Eleanor nous a quittés il y a neuf ans. Il a eu le temps de s’y faire. C’est dur pour lui, comme ça l’a été pour nous tous, mais il a fait son deuil. Et il semble avoir accepté Gwenolé. *

Un rire s’échappe de mes lèvres.

— Elle ne lui a pas laissé le choix ! 

— Océane sera acceptée de la même façon. Laisse-lui un peu de temps. Elle est si différente ! 

— Pas tant que ça, chérie, pas tant que ça. Elle est beaucoup plus forte que ce qu’elle nous a montré jusque-là. J’ai confiance en elle. Elle sera un guide pour les terriens. 

— Il va te falloir beaucoup de patience pour la convaincre. Elle est très têtue. 

— … mais raisonnable. Je commencerai son apprentissage dès cet après-midi. Si le temps se calme, je la conduirai au cirque de pierre pour faire un point sur sa condition physique. 

Elle pose un baiser sur ma nuque et se dégage.

— Prends soin d’elle. 

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