Chapitre 5

Notes de l’auteur : Merci à tous ceux qui me suivent !
J'espère que vous appréciez suivre l'histoire d'Elena et que vous passerez un bon moment en lisant ce nouveau chapitre !
Dites-moi ce que vous en pensez en commentaire ! :D
Bonne fin de semaine à tous :)

Elena vient d’arriver avec le jeune homme. Elle l’a reconnu, elle, sa petite fille chérie. Son aura violette si particulière, si douce, si identifiable ne peut mentir. Cependant, elle ne peut s’empêcher de remarquer qu’elle ne brille plus autant qu’à l’époque de Yelena. Chaque nouveau cycle semble affaiblir un peu plus sa protégée. Comment va-t-elle pouvoir l’approcher cette fois ? L’emprise d’Aithirne Ailgesach semble se renforcer un peu plus à chaque vie. Elle a de plus en plus de difficultés à la retrouver, à l’approcher. Elle n’a pas encore pu identifier quelle forme a prise le druide noir cette fois-ci, mais elle a déjà aperçu ses ombres malfaisantes roder autour d’elle comme des charognards avides. L’espace d’un instant, elle a cru qu’il pouvait s’agir de ce jeune homme qui l’accompagne souvent, mais bien que son aura soit particulièrement terne pour une si jeune personne, elle n’a pas la noirceur de celle qu’elle redoute.

L’autre jeune fille a une aura bien plus lumineuse, d’un bleu éclatant. Une créative, donc. Une personne d’une grande bienveillance, ça ne fait aucun doute.

            Elle n’est pas en mesure d’entendre quoi que ce soit des conversations des jeunes gens, mais elle observe, depuis l’extérieur, assise sur un mur. Les passants la frôlent sans même la voir ou lui prêter attention. De temps à autre, un badaud plus curieux que ses congénères tente de la distraire en lui proposant une caresse. Mais elle ne s’en préoccupe pas. Elle ne veut surtout pas perdre de vue le trio qui mange tranquillement. Elle se contente de leur adresser un regard menaçant, ou, lorsqu’ils deviennent un peu trop insistants, d’envoyer un coût de griffes dissuasif sur les mains importunes.

            Elena est aussi brune que l’était Yelena, mais ses cheveux sont aussi bouclés qu’ils étaient lisses par le passé. Ses yeux ne sont plus verts tels deux émeraudes, mais bleu saphir, elle paraît un peu plus grande, mais toujours aussi mince. Tous ces efforts pour l’épaissir un peu, à grand renfort de shortbread, carrot cake et ragoûts en tous genres, n’ont jamais fonctionné dans sa première vie, et il semble que dans cette vie comme dans les précédentes cette allure fluette et fragile comme le roseau reste une caractéristique constante, songe-t-elle avec amusement. Elle est différente et pourtant reconnaissable entre mille. Son âme si pure reste inchangée.

            L’observatrice se perd dans ses souvenirs. Elle la revoit petite, apeurée, les yeux vides de larmes, cachée dans un bosquet, bien à l’abri des regards et des armes. Elle n’était alors qu’une toute petite fille. Elle avait pourtant, en l’espace de quelques heures seulement, dû affronter tant d’horreur. Elle en avait l’estomac retourné d’imaginer ce qu’elle avait dû voir et subir. Et elle savait pour l’avoir vécu elle-même quelques siècles plus tôt. La guerre, les massacres, la perte des gens qu’on aime et qui nous sont arrachés si jeune, alors que nous ne sommes pas prêtes à voler de nos propres ailes, alors que nos parents sont encore nos dieux, nos seuls repères, nos seuls tuteurs pour grandir. Cette toute petite enfant perdue et traumatisée, c’était aussi elle. Elle sut à l’instant même qu’elle veillerait à ce qu’elle ne soit plus jamais seule, à ce qu’elle se sente à jamais en sécurité. Elle avait pourtant failli à sa promesse. Elle n’avait pas su la protéger de cette bête enragée. Elle n’a pas pu empêcher son exécution inhumaine. Elle n’a pas pu lui épargner toute cette souffrance. Elle n’a pas pu protéger son grand amour alors qu’elle lui avait juré qu’il ne lui arriverait rien. Elle n’a été capable que de les lier toutes les deux, de manière à la guider à travers toutes ses vies pour qu’enfin, elle puisse vaincre le monstre qui l’a fait brûler vive. Pour qu’enfin il ne puisse plus nuire à qui que ce soit. Toutes ses réminiscences lui vrillent les entrailles. Elle, qui n’a jamais été mère, ressent pourtant au plus profond de son âme l’attachement que seule une mère peut comprendre. Un amour inconditionnel, irrationnel, pur, violent. Maintes et maintes fois, elle aurait voulu faire sortir jusqu’à la dernière infime trace de vie de cet être immonde de ses propres mains, savourant chaque instant de sa vengeance. Mais le sort qu’elle a participé à jeter et qui la lie à Yelena pour l’éternité ne le permet d’aucune façon. « Par ta main, aujourd’hui, tu m’immoles, par ma main, tu périras. ». Elle ne peut qu’observer et guider. Éventuellement, aider. Mais jamais elle ne pourra satisfaire cette pulsion vengeresse qui la dévore depuis si longtemps.

            Du mouvement dans la cafétéria la ramène au présent. Les jeunes gens se lèvent et sortent du restaurant. Le garçon semble proposer à Elena de monter dans sa voiture. « Tu n’as pas besoin de lui, ma chérie. Tu mérites mieux que cette aura terne… ». La jeune femme refuse, l’embrasse sur la joue et s’éloigne. « Bien, bien, très bien ! ».

            Les rues sont calmes et le ciel est dégagé. Elle suit sa jeune protégée de loin, sans se faire remarquer. Elle est absorbée par sa musique. De temps à autre, elle la voit contempler l’autre côté de la rive sur les quais, le regard plein de tristesse. Elle la connaît par cœur, elle a soif de liberté, elle a besoin de se découvrir… En tant qu’Elena déjà et en tant que Yelena pour assembler les différentes pièces de son puzzle. Cette vision lui brise le cœur. Elle aimerait tant pouvoir l’aider, là, tout de suite, sans délai. Elle marche lentement : elle prend son temps pour souffler et apprécier la solitude, comme lorsqu’elle était cette toute petite fille triste…

            Elena entre dans la bibliothèque, elle est seule. Cette petite fenêtre sur le côté du bâtiment fera un point de vue parfait pour garder un œil sur elle. Prenant appui sur ses pattes arrière, elle bondit et atterrit pile sur le petit rebord. Elle s’installe du mieux qu’il lui est possible compte tenu de l’espace restreint. « Voilà, elle est là ! ».

            La jeune femme pose ses affaires derrière le guichet et commence à s’activer. Elle range des livres dans les allées en tirant un chariot débordant des retours de lecteurs. Ça lui prend un long moment. Au bout de ce qui semble une éternité à la petite espionne, un homme entre à son tour. Son aura à lui est jaune, éclatante : « Tu es donc un petit bout en train toi… Au moins elle ne doit pas s’ennuyer avec toi, ça ne peut pas lui faire de mal. ». Le double vitrage est bien trop isolant pour lui permettre d’entendre ce qu’ils se disent, mais ils sont, à n’en pas douter, amis. Ils sont familiers l’un envers l’autre et Elena a le sourire, parfois même elle rit, depuis qu’il est arrivé. Ça la rassure un peu de voir son joli sourire, elle commençait à douter de sa capacité à éprouver de la vraie joie de vivre.

            L’après-midi se déroule tranquillement. Elle n’a pas perdu une miette du spectacle. Peu de nouvelles personnes ont franchi la porte de ce lieu de culture aujourd’hui. Les deux jeunes gens n’ont pas cessé de bouger dans tous les sens. Tantôt à ranger à droite, tantôt à trier à gauche, et de temps à autre à accueillir le public et à traiter leurs retours et leurs emprunts… À la fin de la journée, Elena a l’air sur les rotules. À moitié décoiffée, dépenaillée, les cernes bien marqués…

            La jeune femme aux cheveux aussi bleus que son aura rejoint Elena au guichet. Elles discutent quelques minutes et ressortent ensemble. Un bond et c’est reparti pour la filature ! C’est que ça commencerait à lui plaire l’espionnage incognito. Les étudiantes prennent place sur la terrasse d’un café, alors qu’elle s’affale de toute sa longueur sous une table à proximité, profitant de sa couverture pour se faire dorer la pilule au soleil. Le serveur dépose deux pintes de Guinness accompagnées d’un petit bol de cacahuètes à leur table. Elles se racontent leurs états d’âme et rient beaucoup, ce bruit sonne tellement juste à ses oreilles… De ce qu’elle comprend de la conversation, Elena n’est pas très épanouie dans cette vie, elle se sent étouffée par ses proches et elle est persuadée d’être malade. « Qu’est-ce que c’est que ces bêtises ?! Ma fille n’est pas malade !! ». Si elle est persuadée d’être folle, ça expliquerait pourquoi elle n’entend pas les appels de son âme, comprend-elle.

            Yelena était si appliquée lorsqu’elle lui apprenait à fabriquer et à lire les oghams ! Elle n’avait pas son pareil pour reconnaître n’importe quelle plante guérisseuse… Rien ne pouvait la rendre plus bouffie de fierté que de voir cette petite fille retenir ses leçons mieux que n’importe quel adulte, mieux que n’importe quel mage. Elle aurait été à coup sûr la meilleure. Meilleure encore qu’elle, certainement.

            Elena prend congé de son amie. C’est le moment. Elle doit l’avertir du danger, elle ne peut plus rester sans rien faire. À présent qu’elle l’a retrouvée, elle doit la guider. Cette fois ça ne ratera pas. Elle réussira à le vaincre. Elle ne peut pas la perdre une fois de plus, immortelle ou pas, elle n’y survivra pas.

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Eldir
Posté le 12/08/2022
Bonjour, je viens de lire les chapitres de votre histoire. Je me permet de vous signaler deux petites coquilles :
- "les yeux vident de larmes" ==> vides
- "le monstre qui la fait brûler vive." ==> l'a fait brûler

J'ai une remarque sur l'ordre des chapitres qui est inversé sur le site : pour aller du chapitre 1 au chapitre 2 il faut cliquer sur le bouton "précédent".

J'ai aussi une question de fond, mais bon la réponse est peut-être un spoiler :

Pourquoi Yelena a jeter un sort qui l'empêche d'aller au paradis et qui en plus réincarne son meurtrier (ou au moins le garde en vie) ? Et si le sort a été jeter en faveur d'Yelena pourquoi son ennemi est en position de chasseur conscient de la situation alors qu'elle même ne se souvient pas de sa vie précédente ?

Merci de partager votre histoire et bonne continuation.
Wendy_l'Apprent
Posté le 12/08/2022
Bonjour, merci pour votre commentaire et pour vos remarques.
Ah mince, il doit y avoir un bug, je vais m'occuper de ça...

Je vais essayer de ne pas trop spoiler ^^' : Ce que je peux vous dire c'est que le sort de Yelena n'implique en rien son meurtrier, vous le découvrirez dans la suite des chapitres. Yelena se jette un sort, car son besoin de vengeance l'emporte sur tout le reste et que ce sort lui permet de se mettre plus ou moins à égalité avec son ennemi (qui est immortel.). J'espère que je n'en ai pas trop dit, haha.

Encore merci pour votre commentaire, j'espère que la suite finira de vous apporter les réponses :)

Bonne journée et bon weekend à vous.
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